Le Turkoman est une race de chevaux de selle historiquement élevée par les Turkmènes dans les steppes, sur un vaste territoire qui comprend le Turkestan occidental (actuel Turkménistan), et une partie des actuels Turquie et Iran. Il est proche de l'Akhal-Teké, dont il est souvent décrit comme l'ancêtre.

Ce cheval oriental est caractérisé par sa grande taille, sa finesse et sa morphologie anguleuse, qui lui confèrent rapidité et vivacité. Il est aussi particulièrement endurant, permettant aux Turkmènes de contrôler diverses oasis sur la route de la soie et de réaliser des raids en traversant le désert. À partir de la fin du , la race Akhal-Teké élevée au Turkménistan russe, puis soviétique, se distingue du Turkoman historique en prenant une orientation d'élevage différente, les chevaux restés en Iran étant alors croisés avec le Pur-sang. Le Turkoman actuel est élevé uniquement dans le nord de l'Iran.

Dénomination et sources Le Turkoman a été très peu étudié par des historiens. La majorité des sources disponibles à son sujet datent du jusqu'au .

Comme le soulignent différents chercheurs, dont l'ethnologue Carole Ferret, jusqu'à la fin du , le terme ou est utilisé par des Européens pour désigner les chevaux des Turkmènes, indépendamment de l'ethnie qui les élève. Les chevaux turkmènes exportés en Russie sont notamment connus sous ce nom. Les Turkmènes ne s'intéressent historiquement pas aux notions de race ou de « pureté de la race », seules les qualités des chevaux étant prises en compte pour leur reproduction. Ils distinguent plutôt les chevaux par leurs usages, le džins-at étant l'animal le plus fin et délicat, caractérisé par son attachement indéfectible envers son maître. De tous ces chevaux dits « Turcomans », ceux de la tribu des Tekkés sont les plus réputés, ce qui entraîne une tendance au remplacement du nom de « Turcoman » par celui d'« Akhal-Téké ». Après la conquête d'une partie de cette région par l'Empire russe et sa partition, les animaux intégrés à la Russie se font donc connaître sous le nom d'Akhal-Teké et prennent une orientation d'élevage différente, les chevaux élevés par les Turkmènes dépendant de la Perse (Iran) gardant seuls le nom de Turkomans, sous lequel ils continuent d'être désignés jusqu'à nos jours.

La docteure en études grecques et romaines Carolyn Willekes cite l'Akhal-Teké comme le descendant direct des chevaux touraniens et Turkoman. ; l'équipe de la généticienne Barbara Wallner décrivant l'Akhal-Teké comme un descendant direct du Turkoman, de même que l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards en 1992.. Ce dernier décrit ensuite en 2016 le Turkoman et l'Akhal-Teké comme deux races proches issues d'un ancêtre commun. L'auteur autrichien Martin Haller décrit un groupe de races de chevaux répandu du sud de la Russie à l'Afghanistan et à l'Iran, dont font partie l'Akhal-Teké et le Jomud.. Au contraire, l'auteur italien Gianni Ravazzi distingue l'Akhal-Teké du , qu'il décrit comme un descendant du , désormais disparu.

Il existe aussi des revendications selon lesquelles Turkoman et Akhal-Teké constituent une seule et même race de chevaux..

Histoire Constituant l'une des plus anciennes races de chevaux au monde, il semble connu dès l'Antiquité, et pourrait descendre du Nisaen (actuel Iran). Le vétérinaire anglais William Youatt lui prête des origines arabes. Comme tous les chevaux domestiques modernes, il provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature..

Ce cheval est historiquement élevé dans la région des plaines du Turkestan, située au nord-est de la mer Caspienne. Les Turkomans sont élevés en vastes troupeaux dans des steppes ouvertes, avec une transhumance saisonnière afin de trouver de nouveaux lieux de pâturage. Ils sont entraînés dès leur plus jeune âge à supporter la fatigue et les privations.. Ce cheval devient très réputé le long des routes commerciales. Une étude menée sur des restes de chevaux découverts en Chine, datant des dynasties Han et Tang, montre qu'un de ces chevaux partage une relation maternelle en commun avec l’Akhal-Téké, une race étroitement apparentée au cheval turkmène, suggérant que l'ancêtre commun des chevaux turkmènes et Akhal-Téké est présent dans cette région et illustrant l'impact des échanges culturels entre l'Est et l'Ouest de l'Asie sur la diffusion et l'évolution des chevaux d'Asie centrale.. Il est possible que les conquérants Hongrois venus de l'Est aient eu une influence sur cette race au .

Du jusqu'au milieu du , sous l'Empire ottoman, les Séfévides et l'empire moghol, il s'inscrit dans le cadre des échanges commerciaux entre nomades des steppes pastorales et villes agraires. Le changement de cours de la rivière Oxus à la fin du créée un biotope de steppes près du désert du Karakoum, permettant une activité d'élevage équin florissante pour les nomades turkmènes, qui avec la perte de leur puissance commerciale, s'appuient sur la rapidité et la résistance de leurs chevaux pour prendre le contrôle des oasis. Dès lors, le commerce de ces chevaux s'étend peu à peu à toute l'Eurasie, et de plus, les Turkmènes jouent un rôle important, associés à leur chevaux, dans cette zone de contact entre les empires Séfévide, Qadjar, Perse et Moghol, chacun de ces empires ayant produit des écrits d'histoire naturelle et des récits de voyage qui traitent de la culture équestre turkmène. Au , l'ambassadeur de Charles II à Constantinople, Lord Winchilsa, écrit au comte Wesley son impossibilité à se procurer des chevaux arabes comme le demande le roi, et propose d'acquérir plutôt des Turcomans.

Au vignette|gauche|Gravure d'un cheval Turkoman en 1848.|alt=Gravure représentant un cheval de côté, regardant vers la droite. Avant la partition du territoire turkmène entre la Russie et la Perse, ce cheval est monté par des nomades qui vivent sous des tentes de feutre, lors de raids et de rapines ciblant des agriculteurs du plateau persan, durant lesquels les Turkmènes capturent des esclaves. Cet usage cesse progressivement au . Le cheval élevé par ces nomades fait néanmoins l'objet d'un commerce dans tout le Proche-Orient, en Russie, en Europe et en Inde, jouissant d'une excellente réputation dans le monde occidental, où il est considéré comme l'un des meilleurs , ou comme le ..

M. de Lamartine décrit dans son Voyage en Palestine les chevaux Turcomans comme étant les plus beaux animaux qu'il ait vus à Damas. Des soldats anglais en mission dans l'Empire ottoman (pendant la guerre de Crimée) rentrent ensuite en Angleterre avec ces chevaux, auxquels ils donnent le nom de Turks. De même, plusieurs dons d'étalons Turkoman à la France par l'ambassadeur de Perse, dont un étalon gris du Khorassan nommé D'jar, sont attestés dans les années 1840 et 1850.. M. Moll témoigne d'avoir vu des Turkoman sous la régence d'Alger, dans la province de Constantine, au . D'après Youatt, vers 1850, ces chevaux se vendent pour .

Après la guerre de 1880, des tribus turkmènes qui élèvent ce cheval se déplacent, et certaines se réfugient en Iran... C'est aussi à la fin du que la tribu turkmène des Tekkés sélectionne une race de chevaux spécifique près d'Achgabat, qui se fera connaître sous le nom d'Akhal-Teké.

Depuis le début du vignette|Carte de répartition des races de chevaux présentes en Perse en 1931 : le « Turcoman » est élevé dans le nord-est du pays.|alt=Carte illustrant la répartition des races de chevaux. Les déplacements de populations nomades d'Asie centrale vers l'Iran se poursuivent dans le contexte de la Révolution d'Octobre (1917-1930)..

Dans les années 1960, le cheval Turkoman reçoit l'influence du Pur-sang, alors importé pour la pratique des courses de chevaux. Selon Hendricks, ces croisements différencient le Turkoman iranien de l'Akhal-Teké soviétique, qui n'a pas été croisé avec le Pur-sang. La révolution iranienne de 1979 est une catastrophe pour l'élevage, car après le changement de régime, une loi interdit à la population de posséder plus d'un cheval. Les éleveurs cachent alors leurs chevaux, ou bien les lâchent dans le désert.

Description vignette|Byerley Turk ancêtre du Pur-sang, est présumé Turkoman.|alt=Peinture d'un grand cheval brun foncé très fin. Le Turkoman est plus grand que les autres races de chevaux originaires d'Iran, il est en effet réputé historiquement pour sa taille élevée . M. de Lamartine les décrit comme et proches du cheval normand, en les qualifiant de , avec leur longue crinière.

Selon Gianni Ravazzi (2010), la taille moyenne des chevaux modernes est de . L'étude de Hadi Ghezelsoflou et al. (2018) sur des chevaux iraniens fournit une taille moyenne au garrot à partir d'un échantillon de 121 chevaux mesurés au garrot : la moyenne s'établit à , le cheval le plus petit mesurant , tandis que le plus grand est toisé à .

Il existe une certaine uniformité morphologique parmi les Turkomans iraniens. En fonction de sa province d'origine, le cheval peut être plus ou moins grand, et avoir une croupe plus ou moins profonde (écart type de ). Il existe aussi un fort dimorphisme sexuel exprimé au niveau de la circonférence de la tête et de l'encolure, de la taille au garrot et de la hauteur de croupe.

Morphologie

Très proche de l'Akhal-Teké, il présente un modèle de cheval de selle typique du cheval oriental, particulièrement fin et étroit, anguleux, caractérisé par des parties « longues » à l'échelle de tout le corps . Ils sont enlevés et hauts sur jambes, avec beaucoup d'air sous le ventre. D'après Houël, ils ressemblent . Cette morphologie particulière leur a longtemps valu d'être considérés à tort comme des chevaux , et d'être comparés négativement aux races de chevaux de sport européennes. Ainsi, le capitaine Fraser estime que ces chevaux , avec un corps trop long comparativement à leur masse, et un manque de muscle.

La tête est proportionnée au corps, cunéiforme et de profil rectiligne, petite selon Hussey et légère selon Houël. Cependant, le Capitaine Fraser déclare dans son Récit d'un voyage dans le Khorasān en 1821 et 1822 que tous les Turkomans qu'il a vu ont la tête large et peu raffinée, grossière et généralement mal attachée à l'encolure, une opinion partagée par le vétérinaire anglais William Youatt qui leur décrit une tête . Le front est large et les yeux sont grands, avec l'expression typique du cheval oriental. Les oreilles sont longues.

L'encolure est longue et fine, mais dotée d'une bonne musculature, et peut parfois présenter une forme renversée (dite encolure de cerf) ; Youatt la compare à celle d'un agneau. Le garrot est sorti, sec et relevé. La poitrine est profonde, mais étroite. L'épaule est longue, inclinée et musclée. Le dos est long et droit. La côte est courte. La croupe est longue et inclinée. D'après De Blocqueville, ils ont une croupe tranchante, dite .

Les jambes sont longues et fines, mais musclées et très résistantes. Selon Hendricks, elles sont dotées d'articulations solides et de tendons bien définis, Fraser décrivant au contraire des tendons faibles. Le pied est petit et dur, de forme arrondie. La peau est fine, avec un poil fin et soyeux. Crinière et queue sont peu fournies.

Robe vignette|Turkoman noir ou bai-brun sur un champ de course iranien.|alt=De la foule entoure un cheval de course noir monté par un enfant. La robe peut être baie, bai-brune, grise, noire ou alezane. Selon M. de Lamartine, ils sont tous de robe bai-brun.

Tempérament et entretien Ces chevaux ont une endurance exceptionnelle, que reflète leur apparence taillée pour la vitesse et l'effort prolongé, leur conférant une grande rapidité, particulièrement au galop. Ils sont historiquement fameux pour la vitesse de leurs allures.. Ces allures sont aussi confortables pour un cavalier, car douces et droites.