Anastasia Mikhaïlovna de Russie, (en russe : Анастасия Михайловна), née le à Peterhof, morte le à Èze (France), est une grande-duchesse de Russie et par son mariage grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin.

Famille

Elle est la fille du grand-duc Michel Nicolaevitch de Russie (fils du tsar Nicolas et frère cadet d'Alexandre II) et de la princesse Cécile de Bade.

Le , Anastasia Mikhaïlovna de Russie épousa au Palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg, le prince héritier Frédéric-François de Mecklembourg-Schwerin (1851-1897), fils de Frédéric-François II et de sa première épouse Augusta de Reuss-Köstritz.

Trois enfants sont nés de cette union :

Alexandrine (1879-1952), qui épousa en 1898 le futur Christian X de Danemark (1870-1947), fils de Frédéric VIII de Danemark et de Louise de Suède, Frédéric-François (1882-1945), grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, en 1904, il épousa Alexandra de Hanovre (1882-1963), fille d'Ernest-Auguste de Hanovre et de Thyra de Danemark, Cécile (1886-1954), qui épousa en 1905 le Kronprinz Guillaume de Prusse (1882-1951), fils aîné du Kaiser Guillaume II et de l'impératrice Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg.

Un fils illégitime est né de sa liaison avec Vladimir Alexandrovitch Paltov (1874–1944)André Peyregne, "Le grand duché de Mecklembourg, la famille des tsars sur la Côte", sur Nice-Matin, 25 février 2018 (consulté le 8 juin 2021). :

Alexis Louis de WendenVilla Wenden, puis Le Rouve, sur fragments-cannes.com (1902-1976), qui épousa en 1929 Paulette Seux. De leur marriage naquirent deux filles.

Biographie Une enfance heureuse vignette|gauche|redresse|La grande-duchesse Anastasia Mikhaïlovna de Russie en 1878.

Anastasia Mikhaïlovna de Russie naquit au palais de Peterhof le .

La jeune Anastasia était surnommée dans sa jeunesse Stassie par son entourage. Elle était la seule fille parmi les sept enfants du grand-duc Michel et donc l'enfant chéri de la famille, l'enfant préféré de son père, choyée par ses six frères.

En 1862, son père fut nommé vice-roi du Caucase. Il s'installa avec sa famille à Tiflis, capitale de la Géorgie où la grande-duchesse grandit dans le vaste palais de son père, mais également au domaine de Borjomi, résidence d'été de la famille. Son père possédait en outre près de Saint-Pétersbourg le palais Mikhaïlovski et une résidence sur les bords de la mer Noire.

Le grand-duc était fort occupé par ses fonctions militaires et ses responsabilités de gouverneur. La mère d'Anastasia, la grande-duchesse Cécile, née princesse de Bade) était outrancièrement fière de son sang (alors qu'il y des doutes sur sa légitimité). Elle faisait observer une discipline toute germanique et montrait peu d'affection pour ses enfants, les éduquant d'une main de fer.

Dépourvue d'affection maternelle, la grande-duchesse trouvait un peu de tendresse auprès de ses frères, mais elle vivait séparée d'eux la plupart du temps. Le dimanche, elle était autorisée, le temps d'une promenade, à se joindre à eux. Elle était particulièrement proche de son frère aîné, le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch, dont elle partageait les intérêts artistiques. Elle grandit donc de façon indépendante, manifestant une certaine intelligence tout en étant dotée d'une forte personnalité. Elle avait un caractère ouvert et chaleureux. Grande et mince, les cheveux foncés, les yeux verts, Anastasia Mikhaïlovna eut une éducation centrée sur l'étude des langues, comme toute princesse destinée à épouser un prince européen. Elle parlait bien sûr le russe et l'allemand, mais aussi le français, langue des cours et l'anglais.

Un mariage et une douloureuse couronne vignette|Le grand-duc Frédéric-François III. Anastasia Mikhaïlovna de Russie n'avait pas encore dix-huit ans en 1878, lorsque sa mère la grande-duchesse Michel, et la grande-duchesse Wladimir (née princesse Marie de Mecklembourg-Schwerin), épouse du frère de l'empereur, prirent la décision de la marier avec le prince Frédéric-François de Mecklembourg-Schwerin, frère de la grande-duchesse Wladimir. Le prince héritier de Mecklembourg-Schwerin était âgé de vingt-sept ans. Leurs grands-mères, la princesse Alexandrine de Prusse pour l'une et la princesse Charlotte de Prusse pour l'autre, étaient sœurs. Frédéric-François était également un descendant direct du tsar Paul de Russie.

Au printemps de 1878, le prince de Mecklembourg-Schwerin arriva à Tiflis pour demander la main d'Anastasia Mikhaïlovna. Proche parent des Hohenzollern et des Romanov, il était riche, héritier d'un grand-duché allemand, sur la mer Baltique et enclavé dans le royaume de Prusse. Il possédait un grand cœur, mais il était de santé fragile et souffrait d'asthme, d'éruptions cutanées et de faiblesse cardiaque. La grande-duchesse ne fut pas très satisfaite de son fiancé, et même consternée par la maladie de peau dont il souffrait avec dignité. Il avait périodiquement des crises d'eczéma sur le visage et le corps, cette maladie le poussant à un complet isolement pendant de longues périodes. Comme dans tout mariage dynastique, Anastasia Mikhaïlovna n'eut pas le choix. Les fiançailles furent donc annoncées en octobre de la même année, puis elle se rendit avec ses parents à Saint-Pétersbourg pour les préparatifs du mariage.

Les noces furent célébrées le au palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg suivant le rite de l'Église orthodoxe russe et le rite luthérien. Le mariage fut un événement qui marqua le Gotha, les grandes familles d'Europe étant toutes présentes.

Le grand-duc de Mecklembourg-Schwerin vignette|redresse|gauche|Photographie de 1880 de la grande-duchesse Anastasia et de Frédéric-François III de Mecklembourg-Schwerin. Le , le jeune couple arriva à Schwerin et s'installa au . Anastasia ne fut pas autorisée à décorer ses appartements selon ses goûts. L'atmosphère froide et démodée de la cour protestante allemande fut à l'origine de la nostalgie qu'éprouva la grande-duchesse pour le luxe de sa vie de jeune fille. Et surtout elle n'était pas amoureuse de son mari. Bien que sa propre mère soit allemande (mais allemande du sud alors que le Mecklembourg est en Allemagne du nord), elle ne put jamais surmonter son aversion envers son pays d'adoption.

Pourtant, les membres de la Maison grand-ducale et notamment ses beaux-frères étaient des personnalités intéressantes : le duc Jean-Albert se vit confier la régence du duché de Brunswick, le duc Adolphe-Frédéric fut un explorateur réputé qui fut nommé gouverneur du Togo, colonie allemande. Le plus jeune le duc Henri épousa en 1901 la jeune reine Wilhelmine des Pays-Bas.

Une famille en villégiature La jeune princesse de Mecklembourg-Schwerin fut bientôt enceinte de son premier enfant et une fille prénommée Alexandrine naquit le à Cannes, que la princesse appréciait de plus en plus. Elle y passera d'ailleurs la plus grande partie de sa vie. La mauvaise santé de son époux fut un prétexte parfait pour passer le moins de temps possible à Schwerin. La princesse grand-ducale de Mecklembourg-Schwerin rendait parfois aussi visite à sa famille en Russie, ou les rencontrait à Cannes à Monte Carlo et à San Remo que les grands-ducs appréciaient. Elle préférait séjourner en Italie et en France sur la côte méditerranéenne.

Le couple vécut aussi à Palerme, où le , la princesse grand-ducale accoucha de son second enfant, le futur grand-duc Frédéric-François IV.

Grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin Le décès de son beau-père survenu le et la montée sur le trône grand-ducal de Mecklembourg-Schwerin de son époux (qui devint le grand-duc Frédéric-François III), contraignit la nouvelle grande-duchesse à suivre son mari à Schwerin. Au début du règne, elle remplit avec soin ses obligations de grande-duchesse souveraine. Elle s'installa dans les somptueux appartements du château de Schwerin, mais le mauvais état de santé du grand-duc obligea le couple à retourner en Italie et en France. La population de Schwerin s'offusquait de voir leurs souverains vivre dans un autre lieu, la grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin fut sévèrement critiquée, d'autant qu'elle était insensible à son mari. Un compromis fut donc trouvé: le grand-duc et son épouse devaient résider cinq mois de l'année à Schwerin, le reste de l'année ils pourraient se rendre où bon leur souhaitait, à la condition que les enfants à venir naîtraient à Schwerin.

Après la naissance de la princesse Cécile, le , la grande-duchesse s'installa à Cannes, où elle passait déjà la plupart de son temps. Elle vivait alors séparée de fait de son époux et s'entourait d'une société différente de celle de Schwerin. Entre 1887 et 1889, Frédéric-François III fit construire la , résidence de style italien située sur le flanc d'une montagne dominant la baie. Chaque année, de novembre à mai, il venait lui rendre visite, et le couple lors de son voyage de retour vers l'Allemagne s'arrêtait à Paris. La grande-duchesse Anastasia passait le moins de temps possible à Schwerin en été, préférant résider à Gelbensande, petit pavillon de chasse construit en 1886 dans le style cottage anglais, près de la mer Baltique.

Elle éduquait ses enfants avec simplicité et accordait à ses deux filles et à son fils plus de liberté qu'elle-même n'en avait reçue de ses parents. Elle maintint des liens étroits avec ses enfants. La grande-duchesse s'adressait en français à son époux, en anglais à ses enfants. Elle était une joueuse de tennis douée et passionnée et avait son propre court de tennis à la Villa Wenden. Elle appréciait la musique italienne, notamment les opéras de Puccini, et le théâtre. Elle fréquentait bien sûr les membres des familles royales européennes qui passaient aussi l'hiver sur la Côte d'Azur, notamment ses parents et ses frères, lesquels lui rendaient fréquemment visite. Cependant son style et son mode de vie éloignèrent d'elle des personnalités plus rigoureuses, car elle avait de discrètes liaisons.

Trop fière de son sang, sa mère la grande-duchesse Cécile mourut d'une crise cardiaque le en apprenant le mariage secret et morganatique que son fils Michel Mikhaïlovitch avait contracté secrètement lors d'un séjour à San Remo. La grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin consola son père et maintint des liens étroits avec ses deux frères aînés, les grands-ducs Nicolas et le "coupable" Michel.

La grande-duchesse ne lésinait pas sur les dépenses et cette prodigalité lui attirait de nombreuses critiques notamment de ses sujets mecklembourgeois. Elle préférait la société de Cannes et de Monte Carlo et devint une joueuse assidue du casino de Monte-Carlo où elle perdait de grosses sommes tandis que sa conduite prêtait aux rumeurs.

La mort du grand-duc