Joseph-Maximin Buchon, dit Max Buchon, né le à Salins (Jura) où il est mort le , est un poète, romancier et traducteur français.

Biographie

Son père, Jean-Baptiste Buchon, cesse son activité de capitaine de l'armée en 1816 et s'installe sur les terres agricoles familiales dont il hérite à Salins-les-Bains. Jeanne-Louise Pasteur, qu'il épouse en 1815, vient d'une famille de vignerons et propriétaires terriens du village de Vuillafans. Ils auront ensemble sept enfants qui mourront presque tous en bas âge. En effet, ne survit avec Max que sa sœur Marie-Louise. Jeanne-Louise Pasteur décède en 1832Joliot (1980, pp.1-2). Pour Frey (1940, p.7),elle serait morte l'année du grand incendie de Salins en 1825. et il semble que Max soit proche de cette famille maternelle puisqu'il dédie En province, scènes franc-comtoises (1858) à ses oncles Pasteur de Vuillafans.

En 1830 ou 1832, Max Buchon entre au petit séminaire d'Ornans où il rencontre Gustave Courbet, chez qui (alors habitant Ornans) il se rend régulièrement. Les Courbet et les Buchon ont des origines sociales similaires (toutes deux implantées depuis longtemps dans la région et propriétaires terriennes voire bourgeoises) et seraient lointainement cousinesLettre de Max Buchon à Gustave Courbet en 1867, citée dans Joliot (1980, p.4). Il est possible qu'il rencontre à cette même période Armand BarthetFrey (1980, p.21).

Jean-Baptiste Buchon scolarise son fils, élève supposément médiocre, au collège jésuite de Saint-Michel à Fribourg, en SuisseJoliot (1980, p. 4).. De 1834 à 1837, durant ses études qui marquent son ouverture à la culture germanique, Max y retrouve des Francs-Comtois, et se lie d'amitié avec quelques Suisses, dont Alexandre Daguet, lequel l'épaulera durant sa période d'exil. L'enseignement classique, humaniste et rigoriste forgera chez lui un « anticléricalisme forcené »Joliot (1980, p.5)., ainsi qu'un certain ressentiment à l'égard des JésuitesFrey (1940, p. 26)..

De retour à Salins en 1837 et bénéficiant des rentes de sa mère, Buchon se lance dans la littérature. Il renoue avec Courbet et fait imprimer chez Louis Saint-Agathe (avec lequel il entretient des accointances socialistesDesbuissons (2007, p. 9)) en 1839 son premier recueil de poèmes accompagnés de lithographies de celui qui deviendra le chantre du réalisme. Ce recueil, Essais poétiques, empreint de maladresses romantiques, dénote à la fois la jeunesse de Buchon et de Courbet, mais aussi leur amitié fraternelle.

L'argent de sa défunte mère lui permet également de voyager. À 22 ans, il traverse la Suisse pour rejoindre l'Italie, sac au dos ; puis retourne à Fribourg en 1841 afin de retrouver une amourette de jeunesse et parce qu'il "aime [ces] grandes montagnes»Lettre de Buchon à Daguet, 1941 (citée dans Frey, 1940, p.44). Déçu par la cohabitation avec des « épiciers, députés et académiciens » dont le « contact a seulement vénalisé d'une hideuse façon vos campagnards »Lettre de Buchon à Daguet,7 décembre 1841 (citée dans Frey, 1940, pp. 43-44), il se serait finalement installé dans une auberge à Bulle, avant d'entreprendre deux ans plus tard un périple pédestre à travers l'Allemagne, notamment la Forêt-Noire. Durant cette période de pérégrinations suisses, Max Buchon rencontre Felix Bovet Joliot (1980,p.6). et aiguise son goût pour la culture populaire, suisse et alémanique.

Tiraillé entre les perspectives de voyager et de percer dans le domaine de la littérature à Paris à la suite des encouragements de Charles Magnin, Buchon préfère rejoindre les siens à Salins, notamment sa sœur laissée seule sous l'œil vigilant de l'ancien militaireJoliot (1980, p.6), et commencer une carrière journalistique« Pensez-vous donc, Monsieur que je puisse sérieusement aller à Paris pour y travailler la littérature […] Cependant mon arrière-pensée ne serait toujours […] que l'exploitation du journalisme en province. Il me semble alors que je travaillerai à mon goût » (lettre de Buchon à Magnin, 1841, citée dans Frey, 1940, pp.35-36).

Il se fait adepte du fouriérisme et l'un des premiers représentants régionaux du socialisme. Entre 1848 et 1851, Buchon est à Salins rédacteur du journal Rouge. Il est deuxième adjoint au maire de Salins en 1848. Après le coup d'État de Louis-Napoléon, il est inquiété en tant que républicain et expulsé en Suisse, où il demeure à Fribourg, puis à Berne. Il sollicite sa grâce en et l'obtient à la suite des interventions du sénateur Victor Tourangin.

Son ami d'enfance Gustave Courbet l'a placé dans son monumental tableau commémoratif de 1855, L'Atelier du peintre, et a donné de lui un grand portrait en pied (musée Jenisch Vevey). Il apparaît aussi dans une toile de Jean Gigoux, L'Atelier du peintre (1853)..

Buchon traduit aussi en français des œuvres de Jeremias Gotthelf, qu'il fait connaître en France. Sur la suggestion de son ami Champfleury, il publie dans L'Indépendant, un journal de Neuchâtel, une étude sur le réalisme.

Dans ses Scènes de la vie comtoise, il décrit les conditions de vie de la population franc-comtoise du , restitue le travail et la vie quotidienne du petit peuple des vignerons, bûcherons, marchands de fromage, typographes… dans un langage à la fois savoureux et authentique, qui témoigne d'un profond amour de la province, de ses paysages et de ses gensPréface de Michel Vernus à la réédition des Scènes de la vie comtoise, Sainte-Croix, Presses du belvédère, 2004..

Il meurt le à Salins.

Publications

Poésie et romans Essais poétiques (1839), illustré par quatre dessins de Gustave CourbetNotice du Catalogue général, BNF, en ligne. Le Val d'Héry (1848) trilogie romanesque composée en Suisse de 1851 à 1856 : Le Gouffre gourmand publié dans la Revue des deux Mondes (1854) ; Le Fils de l'ex-maire (1857) ; Le Matachin (1858) Elle est réunie en 1858 sous le titre Scènes de la vie comtoise. Poésies franc-comtoises, tableaux domestiques et champêtres (1862 ; rééd. 1868)

Études franc-comtoises En Province, scènes franc-comtoises (1858) Salins-les-Bains, ses eaux minérales et ses environs (1862) Noëls et chants populaires de la Franche-Comté (1863) Les Fromageries franc-comtoises (1866)

Traductions Heinrich Heine, Theodor Körner et Ludwig Uhland : Poésies allemandes (1846) Berthold Auerbach et Johann Peter Hebel : Scènes villageoises de la Forêt-Noire (1853) Jeremias Gotthelf : Nouvelles bernoises (1854) Jeremias Gotthelf : Les joies et les souffrances d’un maître d’école (1859)tome 2, éditeur Charles Leidecker Johann Peter Hebel : Poésies complètes (1863) Johann Peter Hebel : Poésies allémaniques (1864) Jeremias Gotthelf : L'Âme et l'argent (1869) Jacob et Wilhelm Grimm : Contes populaires de l'Allemagne, recueillis par les frères Grimm (s. d.)

Voir aussi Références

Bibliographie Alexandre Fontaine, « Entre les rives politiques et esthétiques, Max Buchon (1818-1869) », dans Trajectoires, n° 10, 2016 Lire en ligne. Hugo Frey, « Max Buchon et son œuvre », thèse en lettres, sous la direction de Pierre Moreau, Besançon, Université de Franche-Comté, 1940, 214p. Janine Joliot, « Les Scènes de la vie franc-comtoise du romancier Max Buchon », dans : Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, , 1981, . Janine Joliot, « Max Buchon : romancier réaliste et régionaliste », thèse de 3e cycle en littérature française, sous la direction de Jacques Petit, Besançon, Université de Franche-Comté, 1980, 211p. Alphonse Mandrillon, 1882, Causeries franc-comtoises : conférences sur Max Buchon faite au Cercle de la Société Nautique : Langronet aux Enfers : Le Retour des exilés, Besançon, Ch. Marion, Morel et Cie, libraires-éditeurs, 29p. Michel Vernus et Max Roche, Dictionnaire biographique du département du Jura, Lons-le-Saunier, 1996.

Liens externes

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