En Italie, des élections parlementaires anticipées se sont déroulées les et Bloomberg.com, , 2008-02-08. Elles se sont tenues en même temps élections administratives (partielles : municipales, provinciales et deux régionales), dans le cadre d’un . à la suite de la dissolution du Parlement italien, prononcée le par le président de la République, Giorgio Napolitano, après la chute du second gouvernement de l'économiste Romano Prodi, lors d'un vote de confiance au Sénat de la République, au sein duquel la majorité, très fragile, ne tenait qu'à un fil BBC News, 2008-02-06, Italy to hold snap April.

Cette décision d'un retour anticipé aux urnes a été prise à la suite de l'échec de l'initiative présidentielle visant à nommer une personnalité de compromis (le président Napolitano ayant songé à nommer Franco Marini, le président du Sénat), capable de former un gouvernement de transition en vue de réformer la loi électorale, jugée propice à l'émiettement politique. En vertu de la Constitution italienne, les élections doivent avoir lieu dans les qui suivent la dissolution.

En italien on qualifie ces élections delezioni politiche (« élections politiques »), par opposition aux elezioni amministrative (« élections administratives » : municipales, provinciales ou régionales).

Modes de scrutin

Les (de la Chambre basse) sont élus sur la base d'une représentation proportionnelle de listes bloquées avec prime majoritaire, à l'exception du député de la Vallée d'Aoste et des qui représentent les Italiens à l'étranger. Concernant les coalitions, la loi électorale prévoit que seules celles obtenant au moins 10 % des suffrages exprimés au niveau national puissent accéder à la répartition des sièges, à la représentation proportionnelle, dans le cadre de 26 circonscriptions législatives. Au sein de ces coalitions, les sièges sont distribués entre les listes ayant obtenu au moins 2 %, ainsi que parmi celles ayant obtenu le plus de voix juste en dessous de ce seuil. Concernant les partis se présentant seuls, ils doivent obtenir au moins 4 % des suffrages exprimés, également au niveau national, pour se voir attribuer des sièges. En outre, la loi permet à la coalition (ou au parti) ayant obtenu le plus de voix de recevoir au moins 55 % des sièges de la Chambre (soit ), les sièges restants étant répartis entre toutes les listes à la représentation proportionnelle.

Les (de la Chambre haute) sont élus dans le cadre des vingt circonscriptions régionales. Dans chaque région, la liste arrivée en tête reçoit directement 55 % des sièges à pourvoir, les sièges restants étant répartis à la proportionnelle entre toutes les listes qui ont dépassé 8 % des voix.

Contexte : une grave crise politique Le , le ministre de la Justice, Clemente Mastella (Union des démocrates pour l'Europe, Udeur), a présenté sa démission du gouvernement de Romano Prodi, invoquant la campagne d'accusation dont il faisait l'objet et le manque de solidarité gouvernementale pour justifier sa décisionAnalyse de l'observatoire des élections en Europe : Avec son épouse, Sandra Lonardo, alors présidente du conseil régional de Campanie, Mastella est soupçonné de corruption, de concussion et de trafic d'influence à Naples. de l'UDEUR ont été arrêtés ou assignés à résidence dans cette affaire. Soupçonné d'avoir fait pression sur le gouverneur de la région de Campanie pour obtenir la nomination d'un de ses proches à un poste de responsabilité, M. Mastella a découvert peu avant sa démission que lui et toute sa famille avaient été placés sur écoute. En conséquence, l'Udeur décidait de se retirer de l'Union, la coalition de centre gauche soutenant Romano Prodi. Celui-ci devait alors faire face à sa mise en minorité au Sénat et réclamer la confiance du Parlement.

Le régime parlementaire italien est caractérisé par un bicamérisme égalitaire, ce qui veut dire que les deux chambres du Parlement ont exactement les mêmes pouvoirs. Si l'Union se trouvait être largement majoritaire à la Chambre des députés lors du vote de confiance, il en allait tout autrement au Sénat, où elle perdait, avec le départ des sénateurs de l'Udeur, sa fragile majorité absolue. Ainsi, alors que la Chambre des députés lui accorde sa confiance le , par pour et contre, le Président du Conseil perd la confiance du Sénat par pour et contre, et se retrouve de facto contraint à la démission. Peu après l'avoir fait, Romano Prodi a déclaré vouloir se retirer de la vie politiqueAnalyse de l'observatoire des élections en Europe : « Je quitte la politique. Mon avenir est serein. Le monde est plein d'opportunités » a-t-il déclaré le 9 mars dernier, ajoutant « j'ai décidé de ne pas être candidat pour ouvrir la voie à un changement de génération qui est nécessaire. Quelqu'un doit donner l'exemple ».

Le gouvernement Prodi aura duré au total . Il s'agit en outre de la huitième législature qui ne va pas jusqu'à son terme. Ce gouvernement comptait issus de 10 partis politiques différents, allant des communistes (dont le parti de gauche Refondation communiste) au centre droit démocrate chrétien. Sujet à de multiples mouvements de balancier entre son aile gauche et son aile droite, il a souvent dû faire face à de graves dissensions et M. Prodi a souvent dû s'appuyer sur le soutien des sénateurs à vie, l'Union ne disposant que d'une avance de deux sièges sur l'opposition au Sénat. Ces conflits au sein de sa majorité l'ont contraint à abandonner certaines de ses promesses électorales, comme l'instauration d'une union civile pour les couples homosexuelsAnalyse de l'observatoire des élections en Europe, La crise politique et la démission du gouvernement de Romano Prodi, .

Face à la crise, le président de la République, Giorgio Napolitano, a alors appelé Franco Marini, le président du Sénat de la République, second personnage de l'État, à former un gouvernement de transition qui, après avoir changé la loi électorale en vigueur (qui favorise de manière excessive les petits partis) aurait ouvert le chemin vers de nouvelles élections. Les négociations, menées avec force par le chef de l'État ont cependant échouéAnalyse de l'observatoire des élections en Europe : « Napolitano a été contraint d'admettre que l'organisation d'un scrutin législatif anticipé constituait la seule solution pour sortir de la crise. Les élections anticipées sont une anomalie qui n'est pas sans conséquence sur la gouvernabilité du pays », a-t-il souligné., et M. Napolitano s'est résolu à dissoudre le Parlement. Les élections devant obligatoirement être organisées entre 45 et après la dissolution, les électeurs italiens éliront les et prochain leur en .

Les enquêtes d'opinion révèlent que deux italiens sur trois étaient favorables à l'organisation d'élections anticipées après la chute du gouvernement. Bien que le patronatAnalyse de l'observatoire des élections en Europe : « L'économie italienne a besoin de stabilité et d'efficacité politiques. Nous avons besoin de stabilité pour garantir la croissance qui est inférieure à celle de tous les pays européens » a déclaré Luca di Montezemolo, président de la Confindustria (patronat italien)., la Conférence épiscopale italienne et de nombreux représentants de la société civile y étaient opposés, le chef de la droite italienne, Silvio Berlusconi, a plaidé pour l'organisation immédiates d'élections parlementaires anticipéesAnalyse de l'observatoire des élections en Europe : « Le gouvernement provisoire serait inutile et représenterait une perte de temps dommageable » avait affirmé Silvio Berlusconi qui s'est dit convaincu que « la loi électorale (dont il est l'initiateur) a donné de bons résultats et que la meilleure solution pour affronter les graves problèmes du pays est de donner à l'Italie un gouvernement légitime et immédiatement opérationnel par des élections populaires ».. A contrario, le chef du Parti démocrate (PD), Walter Veltroni, s'était dit favorable à une modification préalable de la loi électorale, invoquant les très fortes dissensions au sein de la majorité sortante et leur influence néfaste sur la stabilité gouvernementale et la cohérence politiqueAnalyse de l'observatoire des élections en Europe : « Il est juste de retourner aux urnes car il n'y a pas de majorité compacte et nous finissons par ne plus pouvoir prendre de décisions déclare M. Veltroni. Ce gouvernement ne pouvait pas faire davantage avec une majorité politique aussi peu homogène » a affirmé le ministre des Infrastructures du gouvernement sortant Antonio Di Pietro (Italie des valeurs, IdV)..

Forces en présence Les chefs des deux principaux courants politiques, favoris du scrutin pour accéder à la présidence du Conseil des ministres, sont l'ancien chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, le chef du parti Forza Italia, la plus forte formation politique d'opposition de centre droit, et le maire sortant de Rome, Walter Veltroni, le chef du Parti démocrate (centre gauche).

Le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi left|thumb|Silvio Berlusconi

L'ancien président du Conseil, Silvio Berlusconi, est candidat pour la cinquième fois. En 1994, il avait donné un tour nouveau à la communication et à la vie politique italienne. En 2006, il devenait le premier président du Conseil à avoir terminé son mandat de , malgré plusieurs crises internes ayant débouchées sur une série de remaniement.

Le , date anniversaire d'une grande mobilisation des forces de l'opposition contre le gouvernement de Romano Prodi, Berlusconi lance le Peuple de la libertéLa véritable fondation n'interviendra qu'un an après, lors de la tenue de son premier congrès à Rome. Jusque-là, les partis qui le constituaient ont gardé leur propre statut. (PDL) parti de droite comprenant son propre parti, Forza Italia, les nationalistes de l'Alliance nationale et différentes petites formations politiques issues d'horizons diversParmi celles-ci, on trouve notamment la Démocratie chrétienne pour les autonomies, les Populaires libéraux, les Réformateurs libéraux, les Libéraux-démocrates, l'Action sociale d'Alessandra Mussolini, le Parti des retraités, le Parti républicain italien, ainsi que Fortza Paris qui ont tous des personnalités en position éligible Corriere della Sera, Berlusconi: «Simbolo unico per Fi e An», 2008-02-08.

Le Peuple de la liberté est allié en Padanie à la Ligue du Nord, parti fédéraliste, xénophobe et populiste situé très à droite sur l'échiquier politiqueSite de l'Express, Les principaux partis politiques italiens, "Parti régionaliste, antieuropéen et xénophobe créé en 1991, la Ligue du Nord [...] plaide pour une structure fédérale" qui se présentera encore seule dans le nord de l'Italie tandis que dans le Mezzogiorno, le Mouvement pour les autonomies, bien implanté en Sicile, fait de même. Le Peuple de la liberté est donné favori, en début de campagne, par diverses enquêtes d'opinion The New York Times, , 2008-02-07, mais cette avance semble fondre courant février et mars.