Gustavo Rojas Pinilla, né le à Tunja (Boyacá) et mort le à Melgar (Tolima), est un général et homme politique colombien. Il met en place une dictature militaire à la suite du coup d'État du et conserve le pouvoir jusqu'en 1957. C'est le seul dictateur militaire qu'ait connu la Colombie au Gustavo Rojas Pinilla, la única dictadura del país en el siglo XX, El Tiempo, 2011.

Biographie

Jeunesse

Gustavo Rojas Pinilla est le cinquième des six enfants d'une famille de lignée conservatrice de Tunja. Il naît le , fils de Hermencia Pinilla Suárez, sa mère, et du colonel Julio Rojas Jiménez, alors participant à la guerre des Mille Jours. Il passe ses premières années dans le département de Boyacá, d'abord à Tunja, puis à Villa de Leyva, et enfin dans une propriété de campagne à Arcabuco.

Il fait ses premières études au collège des Sœurs de la Présentation à Tunja, puis ses études secondaires à l'École normale de garçons de la même ville. Entre 1916 et 1917, il complète ses études au collège de Boyacá avec une licence de sciences.

Carrière militaire Gustavo Rojas Pinilla commence sa carrière militaire à l'École des Cadets en 1920. En 1923, il est en garnison à Manizales et est promu lieutenant. En 1924, il demande à sortir de l'exercice actif pour pouvoir effectuer des études d'ingénierie civile au Tri-State College, en Indiana. Il obtient le titre d'ingénieur civil en 1927 et, dès lors, participe à la construction de routes et autres ouvrages publics dans le cadre de sa carrière militaire.

En 1932, il est réintégré dans le service actif afin de prendre part à la guerre contre le Pérou. L'année suivante, il est assigné au poste de commandant de la batterie côtière du port de Buenaventura et comme ingénieur militaire de cette région, dans le cadre de la défense nationale en cas d'une possible attaque péruvienne.

En 1936, Gustavo Rojas Pinilla devient ingénieur au département technique de la fabrique de munitions de l'armée. Il est alors envoyé en mission en Allemagne afin d'obtenir les machines nécessaires pour la création d'une usine de munitions à Bogota. À son retour en Colombie, il est nommé chef du département technique de la fabrique de munitions.

En 1943, il est envoyé aux États-Unis pour acheter des armes et divers équipements pour l'armée colombienne. Il devient directeur-adjoint de l'École supérieure de la guerre en 1944 et directeur de l'Aéronautique civile en 1945. Il présente alors son projet de création d'aéroports à travers le pays, Pistes d'atterrissage en Colombie. Ce projet lui permettra d'accéder au grade de colonel et sera à l'origine de l'aéroport international El Dorado de Bogota, ainsi que de plusieurs autres aéroports importants du pays.

Ayant été promu colonel, il est nommé en 1946 comme commandant de la Première Brigade de Tunja, puis en 1948 commandant de la Troisième Brigade de Cali. Il se fait alors remarquer en réussissant à pacifier la rébellion de cette région, conséquence de l'assassinat du candidat à l'élection présidentielle Jorge Eliécer Gaitán le . Gustavo Rojas Pinilla gagne la reconnaissance du président Mariano Ospina Pérez et des principaux dirigeants du Parti conservateur. Le , il est promu général et est nommé au commandement de la Brigade des Instituts militaires le . Le , il est nommé ministre des Postes et Télégraphes.

Le très controversé conservateur Laureano Gómez devient président en 1950, après une élection à laquelle les libéraux ont refusé de participer. Il nomme Rojas Pinilla chef d'état major de l'armée. Le est créé le Commandement général des Forces militaires, avec Rojas Pinilla en tant que commandant suprême. Il ne conserve pas longtemps cette fonction, étant nommé le délégué de la Colombie pour les Nations unies à Washington. À ce titre, il passe en revue le Bataillon Colombie créé selon les vœux du président et est envoyé pour appuyer la lutte contre le communisme durant la guerre de Corée. Le président désigné Roberto Urdaneta Arbeláez succède à Laureano Gómez le , ce dernier ayant subi une crise cardiaque et souhaitant se retirer. En 1952, Urdaneta promeut Rojas au grade de major-général et il réintègre dès lors le Commandement général des Forces militaires. Le , Urdaneta promeut Rojas au grade de lieutenant-général.

Le , Laureano Gómez tente de reprendre ses fonctions mais le général Gustavo Rojas Pinilla se saisit du pouvoir alors que Gómez se sauve en Espagne.

Coup d'État Le contexte Les circonstances ayant mené au coup d'État sont en partie liées à la personnalité de Laureano Gómez. Connu pour ses sympathies envers le nazisme et le fascisme, celui-ci dirige le Parti conservateur d'une main de fer depuis 1932. Élu président de la république en 1950 lors d'un scrutin polémique, il gouverne alors de manière très autoritaire et supprime toute opposition. Il est néanmoins tenu de s'éloigner du pouvoir pour raisons de santé et désigne Roberto Urdaneta Arbeláez comme président intérimaire, tout en continuant à donner des consignes de gouvernance.

Parallèlement, l'assassinat de Jorge Eliécer Gaitán en 1948 marque le début d'une période d'extrême violence dans tout le pays, avec plus de en cinq ans.

Roberto Urdaneta Arbeláez est beaucoup plus modéré que Gómez, et il gagne progressivement le respect des militaires, et en particulier de Rojas Pinilla, qu'Urdaneta rappelle en septembre 1952 afin de lui confier l'état-major des armées. Cette décision contrarie Gómez, qui cherche alors un moyen de l'éloigner.

Le , Rojas Pinilla déjoue une tentative de Gómez destinée à le séparer de l'armée. Ce dernier souhaite l'envoyer à Francfort comme représentant du gouvernement pour l'inauguration de la ligne Bogotá-Francfort. Informé des intentions de Gómez par ses subalternes, Rojas Pinilla décide de ne pas monter dans l'avion à la dernière minute. Cet épisode démontre la loyauté de l'armée envers le général Rojas, sans qui le coup d'État n'aurait pas été possible.

Le se tient un banquet de gala à l'École militaire des Cadets, en l'honneur de Roberto Urdaneta et auquel assiste tout l'état-major de l'armée, lui démontrant ainsi son soutien.

Peu après, éclate une affaire concernant Felipe Echavarría Olózaga, un industriel détenu arbitrairement par l'armée puis torturé à la suite de l'accusation de participation à des actes terroristes. Gómez tente d'en imputer la responsabilité à Rojas, bien qu'il ne semble pas être à l'origine de cet événement.

Le , Urdaneta forme son dernier cabinet, avec comme ministre de la Guerre.

Le , Rojas Pinilla part pour Melgar. Il a auparavant prévu un plan de communication en cas d'urgence et pris ses dispositions afin de prévenir toute manœuvre à son encontre. Laureano Gómez demande alors à Urdaneta de faire destituer le général Rojas à la suite de l'affaire le concernant, ce qu'il refuse de faire faute de jugement confirmant la culpabilité de Rojas.

La journée du 13 juin 1953 Tôt dans la matinée, Laureano Gómez ordonne à nouveau à Urdaneta de destituer Rojas. Celui-ci refuse. Gómez annonce alors qu'il reprend sa position de président, destitue Urdaneta et convoque un conseil des ministres extraordinaire. Quittant son lieu de convalescence, Gómez se rend au palais Nariño où se trouvent réunis les ministres. Lucio Pabón Núñez, ministre de la Guerre, refuse également de signer le décret de destitution du général Rojas Pinilla et se retire. Gómez nomme alors un nouveau ministre de la Guerre, Jorge Leyva, qu'il charge de rédiger et de signer un nouveau décret de destitution. Il nomme également le général Régulo Gaitán nouveau chef des armées. Dès dix heures du matin, la nouvelle de la disgrâce de Rojas circule parmi le personnel du palais présidentiel. Vers midi, la nouvelle est officiellement annoncée aux membres du gouvernement et à diverses personnalités présentes au palais. Le ministre de la Guerre Jorge Leyva décide de sortir passer des troupes en revue afin de se faire accepter comme nouvelle autorité de l'armée.

Vers deux heures de l'après-midi, le général Alfredo Duarte Blum prévient Rojas de la situation. Celui-ci prend l'avion de Melgar pour Bogotá. Il se rend à quatre heures au bataillon Caldas, commandé par le colonel Navas Pardo. Ce dernier est alors simultanément informé de la venue des nouveaux ministre de la Guerre et chef des armées pour passer les troupes en revue. Assuré à ce moment-là du soutien des libéraux mais aussi d'une partie des conservateurs et de l'armée, Rojas décide d'attendre leur arrivée. Ne se doutant de rien, le ministre Jorge Leyva et le général Régulo Gaitán, accompagnés des généraux Mariano Ospina Rodríguez et Gustavo Berrío Muñoz, ainsi que du colonel Billy Hollman, se rendent dans les bâtiments. Ils sont immédiatement arrêtés et Rojas transmet par radio l'information à toutes les garnisons qu'il est le nouveau commandant en chef.

Vers cinq heures, le général Carlos Turriago soumet pacifiquement le bataillon de la garde présidentielle. Rapidement informé, Rojas décide se rendre au palais Nariño, où il arrive à . Il fait appeler Urdaneta en urgence afin de lui proposer de reprendre la présidence. Celui-ci, alors grippé et alité avec une très forte fièvre, se déplace néanmoins pour discuter des différentes options possibles. Urdaneta s'obstine toutefois à considérer Laureano Gómez comme le président légitime et refuse de prendre sa place tant qu'il n'aura pas renoncé de lui-même à sa charge.

Laureano Gómez s'étant caché chez des amis, Rojas l'envoie chercher afin de le faire renoncer à la présidence. L'émissaire revient avec la réponse de Gómez qui aurait affirmé qu', donnant ainsi de facto son approbation pour le coup d'État. Urdaneta rentre alors chez lui et Rojas règle ses préparatifs pour la prise du pouvoir.

À dix heures du soir, Rojas assume pleinement le pouvoir et prononce un discours radiodiffusé à travers le pays. Il y dira une phrase restée célèbre : Le discours est alors relativement bien reçu par l'ensemble des Colombiens, dans le contexte tragique de la Violencia et dans l'attente de jours meilleurs.

L'ensemble de la journée s'est déroulée sans versement de sang et Rojas fait assurer le jour même la protection de Gómez et de ses proches contre toute pulsion extrémiste, afin de ne pas être accusé d'avoir permis l'assassinat de l'ancien président, ayant pour but de tenter de pacifier le pays. De fait soutenu par une part importante de la population mais aussi des politiques, l'ancien président de la République par intérim de 1943 à 1944 Darío Echandía préfèrera qualifier ce coup d'État de coup d'opinion.

Approbation de l'Assemblée

L'Assemblée nationale constituante (ANAC), initialement convoquée pour le afin de discuter du projet de nouvelle constitution, décide de maintenir la tenue de la session deux jours après le coup d'État. Néanmoins, les discussions sur le projet de constitution sont abandonnées et il est jugé nécessaire de prendre position sur les récents événements. Le , l'ANAC décrète que : La fonction de président de la République s'est trouvée vacante le ; Le général Rojas Pinilla peut légitimement porter le titre et exercer la fonction de président de la République jusqu'au terme du mandat en cours, celui-ci prenant fin à la date du Alvaro Tirado Mejia.La Asamblea Nacional Constituyente, ANAC. "El gobierno de Laureano Gómez". Nueva Historia de Colombia, II. Planeta; 1989, et 108. .

Trois mois après sa prise de pouvoir, Rojas obtient la signature d'un armistice de la part des guérillas libérales, le .

Gouvernement

Idéologie du gouvernement Rojas Pinilla