La cathédrale Notre-Dame de Grenoble est une cathédrale catholique romaine située à Grenoble en Isère. Construite à partir du , elle est le siège de l’évêché de Grenoble. Lentement abandonné en raison des travaux inachevés de restauration de 1966, l'édifice a retrouvé sa place dans la vie du diocèse et de la société civile grâce à la découverte inattendue en 1989 des restes de son premier baptistère datant du . Dans un urbanisme extrêmement dense, elle possède la particularité d'avoir des immeubles d'habitation accolés à sa structure ainsi qu'une autre église avec laquelle elle communique.
La cathédrale a été classée sur la liste des monuments historiques en 1862. Puis, par arrêté du , cette protection est étendue par une inscription concernant les abords de la cathédrale : les parties restantes du cloître et sa cour, le jardin de la cathédrale et de l'ancien évêché, les vestiges archéologiquesListe des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2013 (JORF n° 0107 du 8 mai 2014 page 7804) sur Légifrance, consulté le 21 juin 2014..
Histoire L’emplacement actuel de la cathédrale se trouvait à l’époque romaine près du rempart qui entourait la ville (Cularo), près de la porte viennoise ou Herculea, dédiée à l’empereur Maximien. Des lieux de culte existaient déjà en ce lieu. La cathédrale fait partie au Moyen Âge d’un vaste ensemble de bâtiments très fortement remaniés au cours des siècles suivants, qui comprenait l’évêché, une église dédiée à saint Hugues, la cathédrale elle-même, les maisons du chapitre, un cloître. La cathédrale n’apparaît donc, extérieurement, de la place Notre-Dame, que par son clocher-porche massif, de plan carré, qui a la particularité d’être construit en brique sur un soubassement en pierre gris clair provenant de la carrière de la Porte de France utilisée jusqu'au Les nouvelles de Grenoble N°160 janvier-février 2014, page 46..
L’église Saint-Hugues se trouve à gauche de la cathédrale. Elle est dédiée à saint Hugues, évêque de Grenoble alors Gratianopolis, qui y rencontra saint Bruno, créateur de l'ordre des Chartreux, scène illustrée par le vitrail central du chœur. D’époque pré-romane, elle était primitivement dédiée à saint Vincent et fut édifiée contre le rempart romain. Elle fut reconstruite au .
Entre-temps, on avait construit ou reconstruit à côté la cathédrale actuelle, à partir des , suivant un système d'église double dont les exemples ne sont pas rares depuis le . Si l’église Saint-Hugues a une nef unique, la cathédrale possède des bas-côtés, celui du nordEntendre le côté gauche en regardant vers l'abside, la cathédrale n'étant pas strictement « orientée » — l'abside est sensiblement dirigée vers le sud-est. (à gauche) étant plus large que son pendant au sud, lequel est doublé d'un autre bas-côté, dans des styles architecturaux qui témoignent des remaniements successifs : le bas-côté extérieur sud a été construit au aux dépens d’une aile du cloître qui jouxtait la cathédrale, et qui avait servi de nécropole, notamment pour les dauphins Guigues IV (mort en 1142) et Guigues V (mort en 1162).
Les piles carrées de la nef remontent au . Reliées par des arcades en brique, surélevées au , elles sont surmontées de grandes baies du . La chaire en bois sculpté, du , classée, présente un panneau central avec une scène de la Visitation et, à la base, les symboles des Évangélistes.
Les chapelles donnant sur le bas-côté nord, ainsi que le bas-côté extérieur sud, sont surmontés d'une large galerie, avec balustrades du . Une voûte croisée d’arêtes en brique recouvre l’ensemble de la nef. L’abside fut reconstruite au , sans doute à l'époque des évêques Falcon et Guillaume II de Sassenage. Deux chapelles dissymétriques flanquent l'abside de chaque côté.
En , la cathédrale voit passer devant elle les premiers tramways de la ligne Grenoble - Chapareillan qui cessera son activité en 1947. Quarante deux ans plus tard, en 1989-1990, les travaux d'une nouvelle génération de tramway, l'actuelle ligne B de tramway, révèlent la présence d’un baptistère à quatre absides symétriques devant la cathédrale et remontant à la fin du mais abandonné vers la fin du . Ce baptistère a été préservé et intégré dans la crypte archéologique du musée de l'Ancien Évêché.
Aux , la cathédrale a abrité le reliquaire de la Sainte Épine de Grenoble avant qu'il ne soit installé au musée de l'Ancien Évêché en 1998. Depuis le , il est de nouveau dans la chapelle Saint Louis de la cathédrale..
Le , des reliques du Bienheureux Jean-Paul II sont accueillies dans la cathédrale. Ce jour-là, de nombreuses messes, veillées et témoignages sont organisés. Le , la cathédrale est le lieu des funérailles de l'évêque Louis Dufaux, évêque de Grenoble de 1988 à 2006diocese-grenoble-vienne.fr, Mgr Louis Dufaux est décédé..
Architecture Le chœur Dans le chœur, du côté droit, on admire le ciborium qui fut commandé en 1455Henri Ferrand, Grenoble capitale des Alpes françaises, 1911, page 24. par l'évêque Siboud Alleman. De style gothique flamboyant, en pierre de Voreppe, haut de , cet ouvrage se présente comme une sorte de façade très ouvragée, terminée par un clocher à arcs-boutants, orné de crochets. L'armoire à ciboire elle-même est au premier étage de cette construction, encadré par des niches vides dont les statues furent détruites en 1562 par les calvinistes du baron des Adrets lors des guerres de Religion. La partie droite habille une porte en simulant une façade avec baie en arc brisé, surmontée d'un gâble et d'arcatures décoratives.
Du côté gauche, le tombeau des évêques construit en 1407 par Aymon de Chissé. Au centre, l'autel contemporain a été installé en 2008, ainsi que la cathèdre, siège de l'évêque, qui porte depuis le les armoiries de Jean-Marc Eychenne.
Le fond du chœur est orné de panneaux de bois sculpté et doré, représentant des scènes de la vie du Christ (). Le maître-autel présente un double tabernacle sous un baldaquin : le tabernacle supérieur () provient du monastère de la Grande Chartreuse, à qui il avait été donné par la Chartreuse de Pavie.
À l'extérieur, le chevet de la cathédrale encastré dans les remparts a été rénové de 2008 à 2011Lettre Rhône-Alpes culture de septembre 2011., permettant aux anciens jardins du palais de l'évêque aménagés en 1775 d'être totalement rénovés. Cette rénovation qui a englobé une campagne de fouilles archéologiques, permet de mieux contempler au-dessus du chœur un ancien chemin de ronde fortifié établi en 1374 par l'évêque Rodolphe de Chissé, époque où les Grandes compagnies menaçaient la ville. Porté par des arcs et des contreforts afin de ne pas obstruer les vitraux, il possède de petites baies alternées par la présence de meurtrières. Avec le recul nécessaire, les jardins permettent également de voir la chapelle de la Vierge et la sacristie de l'église Saint-HuguesMagazine Spot N°125 de janvier 2015, page 6..
La nef Jacques Ginoulhiac (1853-1870) fait supprimer les tribunes entre 1861 et 1864 sur proposition de l'architecte Alfred Berruyer, entraînant de profonds remaniements notamment sur les chapelles. Une chaire en bois sculpté du est installée à gauche dans la nef.
Les chapelles Côté nord vignette|La chapelle de la Vierge est à gauche du chœur. Des chapelles latérales s'ouvrent sur les bas-côtés. À l'extrémité du bas-côté nord, on trouve une chapelle d'abside, consacrée à la Vierge : selon la tradition, c'est à cet endroit que l'évêque saint Hugues accueillit saint Bruno en 1084. Puis, en descendant vers l'entrée, les chapelles latérales, peu profondes. La première est actuellement dédiée à Notre-Dame de la Salette. Sur la gauche, on voit un « pilier saxon » massif, sans doute vestige d'un édifice antérieur. Puis la chapelle Sainte-Anne, et la chapelle Sainte-Philomène, anciennement dédiée à Jeanne d'Arc. Une plaque rappelle le passage du père Lacordaire en 1844. La chapelle suivante est le passage qui mène à l'église Saint-Hugues. Suivent la chapelle Notre-Dame du Sacré-Cœur, et l'ancienne chapelle Saint-Georges où se trouve une porte d'accès à l'atrium de Saint-Hugues. À gauche du porche se trouve encore une chapelle, qui est dite chapelle des Alleman, car elle fut édifiée par cette famille importante dont plusieurs membres, Siboud Alleman (1450-1476), Laurent Alleman (1476-1482 et 1484-1518), et Laurent II Alleman (1518-1561), furent évêques. Elle présente une belle voûte à liernes et tiercerons.
Côté sud vignette|La chapelle du Sacré-Cœur est à droite du chœur. Du côté sud, en remontant le bas-côté vers l'abside, on longe d'abord un mur rythmé par des pilastres et des chapiteaux sculptés en molasse très érodée, d'époque Renaissance. Puis une série de chapelles, qui formaient autrefois une aile du cloître : cette aile fut incorporée à la cathédrale à l'époque de Laurent Alleman. La première chapelle est consacrée à Saint Louis. Un vitrail représente le cardinal Le Camus, évêque majeur de Grenoble au . Puis la chapelle Saint-Victor, ancienne chapelle Saint-Sébastien, présente une arcade d'entrée sculptée de pampres et de raisins, et une belle voûte en étoile avec liernes et tiercerons.
La chapelle consacrée à Notre-Dame de Lourdes, ancienne chapelle de lAdoration des mages, offre aussi un encadrement sculpté représentant une guirlande de feuilles de chardons. On y voit une clé de voûte représentant le Couronnement de la Vierge par la Sainte Trinité. Suit la chapelle de Saint Vincent de Paul, ancienne chapelle de la Nativité. L'ancienne chapelle des Griffon, ou de Sainte-Anne, donne accès au cloître.
Enfin, la chapelle au fond du bas-côté, à droite du chœur, est la chapelle du Sacré-Cœur. Chapelle la plus monumentale par ses dimensions, elle est décorée de fresquesberruyer.fr, (Jean Maurice) Alfred Berruyer (1819-1901). et une plaque devant son entrée rappelle qu'elle est l'accomplissement d'un vœu de vrais adorateurs du cœur de Jésus en mémoire de la délivrance de la ville des troupes austro-sardes en . Son autel est celui utilisé par Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars, pour ses trois premières messes après son ordination en . Démolie en 1862 à l'époque de la restauration intérieure de la cathédrale, la chapelle a été réédifiée en exécution d'un autre vœu de l'évêque Justin Paulinier lors du siège de Paris pendant la guerre franco-allemande de 1870. Elle est décorée à cette occasion de trois fresques de l'abbé Laurent Guétal réalisées en 1874 et 1875 : Le Christ appelant et consolant toutes les misères du monde, Le Christ présentant ses plaies à Saint Thomas, Le Christ apparaissant à Sainte Marguerite-Marie Alacoque.
Le clocher-porche Édifié au , sur le soubassement en pierre calcaire, probablement après un incendie qui obligea aussi à reconstruire les voûtes, on opta alors pour la brique. Le clocher, de plan carré, haut de sur de large, présente trois étages dans lesquels s’ouvrent des baies en plein cintre, de nombre croissant et de taille décroissante : deux baies au premier étage, trois au second, quatre au troisième. Une porte en plein cintre donnait accès à un vestibule, qui s'ouvre ensuite dans l’axe de la nef. Aujourd’hui on entre dans la cathédrale par une deuxième porte ogivale, à droite de la première lorsqu'on regarde depuis la rue, qui donne accès au bas-côté droit. C'est à cette entrée que les visiteurs découvrent une plaque rédigée en latin où il est rappelé que sous cette porte repose Jean Cappanis, prêtre d'une famille renommée qui donna un calice en argent marqué du signe de la croix et de ses armes avant de s'éteindre le à l'âge de 76 ans et neuf mois.