Gaston Mardochée Brunswick dit Montéhus est un chansonnier français né dans le de Paris le et mort dans le de Paris le . Il est notamment l'auteur de Gloire au , La Grève des mères, La Butte Rouge et La Jeune Garde.
D'abord socialiste modéré, il évolue en 1906 vers un antimilitarisme radical proche du journal La Guerre Sociale avant de rejoindre l'Union sacrée en 1914. Dans les années 1930, il adhère à la SFIO.
Biographie Il est né dans une famille de la bourgeoisie juive parisienne, son père Abraham Brunswick est négociantArchives de l'état civil de Paris. Il est l'ainé d'une famille de vingt-deux enfants.
Il commence à chanter en public à 12 ans, en 1884. Il publie sa première chanson, Au camarade du , en 1897. Il adopte alors son pseudonyme, plus facile à porter que son nom dans un contexte de fort antisémitisme et d'antigermanisme.
Il signe alors des chansons engagées tolérables, il signe cependant en 1904 Du pain et du plomb qui le fait s'engager à la S.A.C.E.MTemps des cerises / Montéhus mais c'est surtout sa chanson La grève des mères, en 1905, qui retiendra l'attention du gouvernement pour Radio-France / Montéhus, narrateur engagé de l'histoire de France (Léopold Tobish, 12 juillet 2022)..
La chanson Gloire au , en l'honneur du régiment d'infanterie qui fraternisa avec la foule à Béziers lors de la révolte des vignerons, le fait connaître définitivement en 1907.
En 1913, Max Viterbo le remet en scène à La Sirène Variety, avril 1913, ..
Un chanteur engagé thumb|Les soldats du , levant la crosse sur les allées Paul-Riquet à Béziers. Dans la seconde moitié du , la chanson est centrale dans la culture populaire. Les livres, chers, sont peu accessibles aux prolétaires. Lorsqu'elle comporte une dimension politique forte, la chanson peut être un véritable outil de propagande. Montéhus a été l'un des chantres de la révolte rouge, avec Jean-Baptiste Clément (1836-1903), auteur de la chanson Le Temps des cerises, Eugène Pottier (1816-1887), auteur de L'Internationale, Jules Jouy (1855-1897), auteur de V'là l'choléra qu'arrive, Les Anarchistes de Chicago, Pierre Dupont (1821-1870), Le chant des ouvriers, Le chant du vote, Gaston Couté (1880-1911) Le gars qu'a mal tourné, etc.
Dans ses chansons au style vif, entraînant, Montéhus s'oppose à la guerre, à l'exploitation capitaliste, à la prostitution, à la misère, à l'hypocrisie religieuse, mais aussi à l'impôt sur le salaire : Au lieu d'imposer l'travailleur qui enrichit l'gouvernement Imposez plutôt les noceurs [les capitalistes] qui gaspillent tant d'argentL'impôt sur les fainéants, répertoire Montéhus. Il a également défendu la cause des femmes. La Grève des mères fut interdite par décision de justice en et Montéhus condamné pour « incitation à l'avortement ».
En 1907, il rachète un café-concert à Paris, le renomme Le Pilori de Montéhus, et y donne des spectacles engagésHistorique du L'Archipel sur son site officiel..
Engagement dans la franc-maçonnerie
Le , Montéhus est initié en franc-maçonnerieIdRef notice à la Loge « L'Union de Belleville » du Grand Orient de France à Paris, puis s'affilie à la Loge « Étoile de la Vallée » à EaubonneLéo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les anarchistes dans la franc-maçonnerie, éditions Alternative libertaire, 1996, lire en ligne..
Un ami de Lénine thumb|Montéhus. Montéhus entretint des relations avec Lénine. Ce dernier d'ailleurs l'évoque dans sa correspondance. Dans une lettre à Lev Kamenev il écrit : « Ah ! si je pouvais encore écouter Montéhus »Marc Robine, « Montéhus, Le chansonnier humanitaire. Enregistrements originaux 1905-1936 » EPM, Paris. Lors de son exil en France (entre 1909 et 1912), Vladimir Ilitch Oulianov donna une série de conférences dans une salle de la Rive Gauche ou à Bobino (le lieu est incertain). À la demande de Lénine, Montéhus chantait en première partie afin d'attirer un public important. Les gens venus pour écouter le « chanteur humanitaire » étaient invités à entendre également l'activiste bolchevique après l'entracte. Les relations entre art et politique ici préfigurent l'agit-prop mis en place en URSS à partir des années 1920 : l'art est au service du discours politique et/ou idéologique.
Un Durant la Première Guerre mondiale, Montéhus, comme beaucoup d'autres, change radicalement d'opinions et compose des chansons militaristes et patriotiques. En cela, il est à l'image de la population, qui à de rares exceptions près soutient l'Union sacrée. Montéhus chante alors La Guerre finale, détournement de L'Internationale :
Et maintenant tous à l'ouvrage Amis, on ne meurt qu'une fois !
Dans Lettre d'un Socialo (chantée sur L'air du Clairon de Paul Déroulède), il explique que l'heure est à La Marseillaise, en attendant de chanter à nouveau L'Internationale :
Nous chantons la Marseillaise Car dans ces terribles jours On laisse l'Internationale Pour la victoire finale On la chantera au retour.
Dans une chanson intitulée Pan ! Pan ! L'ArbiBertrand Dicale, Dictionnaire amoureux de la chanson française, Place des éditeurs 2016 sans pagination dans laquelle il tente de reproduire l'accent nord-africain, Montéhus tient des propos très agressifs contre les Prussiens : Moi li sait bien, toi pas voulu guerre Toi, li Français, c'est kif kif le bon DieuMarc Robine : « Montéhus, Le chansonnier humanitaire. Enregistrements originaux 1905-1936 » EPM, Paris.
Plus loin : Moi suis content voir Paris : J'suis content, c'est bézef bonno A couper cabêche aux sales Pruscots car eux, du tout, pas gentils As pas peur, as pas peur, Sidi Si Pruscots venir, moi coupe kiki.
Au , le qualificatif de « racisme gentil » est retenu par Bertrand Dicale pour décrire cette chansonFrance Tv info La gloire ambiguë des troupes coloniales.
Durant ces quatre années de guerre, il ne cessa de composer des chansons belliqueuses (La Dernière victime, La Voix des mourants, La Vision sanglante, Debout les Morts !, etc.) et ne sera jamais mobilisé. Par contre, sur la scène, à l'Olympia, il s'est montré blessé à la tête chantant des chansons bellicistes. À la fin de la guerre, en 1918, il recevra la Croix de guerre.
Disgrâce Montéhus a connu la disgrâce après la guerre. Il cesse d'enregistrer jusqu'au Front populaire. Il tente de se racheter en composant, en 1923, La Butte Rouge ; la chanson fait référence à la butte de Bapaume, théâtre de violents combats sur le front de la Somme, durant l'offensive de l'été 1916. (Une erreur fréquente veut que cette butte soit la Commune; elle est, en réalité, fort peu évoquée dans l'œuvre de Montéhus). Dans cette chanson, il s'en prend aux responsables du carnage :
Soutien au Front populaire Dans les années 1930, il adhère à la SFIO. À l'avènement du Front populaire, à l'âge de 64 ans, Montéhus est de nouveau une vedette avec Le décor va changer, Vas-Y Léon !"Anthologie de la chanson française année 1936, Le Cri des grévistes, L'Espoir d'un gueux, chansons dans lesquelles il soutient le Front populaire et Léon Blum.
Sous l'Occupation Sous l'occupation allemande, Montéhus n'est pas déporté, mais il est contraint de porter l'étoile jaune de 1942 à la Libération. En 1944, il écrit le Chant des Gaullistes.
Durant le procès Pétain, Pierre Laval évoque « son ami d'enfance » Montéhus. Il déclare lui avoir proposé de composer une chanson sur l'histoire des bustes de Marianne, symbolisant la République, que le régime de Vichy avait ordonné de faire remplacer par des portraits de Pétain. Laval raconte que Montéhus avait composé une chanson dans les 24 heures et qu'il la lui avait chantée, Laval la trouvant amusante et se disant prêt à la distribuer « dans les faubourgs ». Mais l'homme politique s'est ravisé, se souvenant de la judéité de Montéhus, lui disant de ne pas le faire car il risquait de se faire arrêter par les Allemands ou les FrançaisFrédéric Pottecher, Le Procès Pétain, J.-L. Latès, 1980, p. 327.
Après la Libération thumb|Tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Il reçoit la Légion d'honneur des mains de Paul Ramadier en 1947La Chanson française et francophone, Ed. Larousse, 1999 . Oublié de tous, seulement soutenu par sa famille, il meurt en 1952, à Paris, et est inhumé au columbarium du Père-Lachaise (case 681).
Œuvres Discographie Montéhus a très peu enregistré. Dans sa discographie connue, on trouve 10 monologues, publiés sur 5 disques à saphir Le Semeur, enregistrés probablement en 1914 ; et 3 disques 78 tours, enregistrés en , chez Odéon, comprenant six titres.
Gloire au Le chant des jeunes gardes Vas-y Léon Le décor va changer L’espoir d’un gueux Le cri des grévistes
Par ailleurs, en 1911, la firme Pathé a publiés 28 titres, chansons et monologues, en disques à saphir. Ces disques, catalogués et étiquetés « Répertoire Montéhus », sont des œuvres de Montéhus interprétées par un interprète non identifié.
Une partie de ces disques a été republiée en microsillonMontéhus, enregistrement originaux de 1905 à 1936; disque 33 tours 30 cm Expression Spontanée ES 30 publié vers 1976. et la quasi-totalité sur un double CDMontéhus Le chansonnier humanitaire, EPM référence 982462 publié en 1992.Chronique du disque par Raoul Bellaïche, in Montéhus Je chante magazine.
Vers 1910, un certain Charles X M. a enregistré pour les disques à aiguille EDEN au moins 11 titres de MontéhusRépertoire des disques de l’Automotion : PARES APGA EDEN et CIP, vers 1910. Republié en fac-similé par la Phonogalerie (Paris) en 2006..
La grève des Mères Gloire au Morale à la débauche Les râfles La Fête à Jésus V’la l’temps qui tourne à l’orage Clairon de malheur On ne devrait pas vieillir Le Gueux et la Lune Ohé vous pouvez rire Quand les Femmes sont belles
Christian Borel a enregistré 10 titres de Montéhus, publiés une première fois en 1964Les chansons de Montéhus, 33 tours 25 cm, BAM LD 404 et réédités en 1976Les chansons de Montéhus, disque 33 tours 30 cm, BAM LD 5404.
Filmographie 1920 : Si Titi était le patron
Bibliographie Robert Brécy, Florilège de la chanson révolutionnaire, de 1789 au Front populaire, Paris, Hier et demain, 1978. Marcel Roels : Nos anciens Ils creusèrent le sillon… (pages 36 à 39), Éditions de la Liberté, Paris, 1947 Rémy Wermester : Montéhus La lutte en chantant, Éditions Elzévir, 2012, à la fois une biographie, bibliographie de l'auteur sous un fond historique de la Belle Époque aux Trente Glorieuses.
Sources
L'Éphéméride anarchiste : notice biographique. Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice bibliographique. René Bianco : 100 ans de presse anarchiste - notice Léo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les Maillons libertaires de la Chaîne d'Union, Éditions Alternative libertaire, 1996, lire en ligne, pdf.
Archives Inventaire du fonds d'archives de Montéhus conservé à La contemporaine.
Notes et références
Catégorie:Naissance en juillet 1872 Catégorie:Naissance dans le 10e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en décembre 1952 Catégorie:Décès dans le 15e arrondissement de Paris Catégorie:Anarchiste français Catégorie:Chanteur français du XXe siècle Catégorie:Chanteur libertaire Catégorie:Poète libertaire Catégorie:Décès à 80 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 87) Catégorie:Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas Catégorie:Nom de scène Catégorie:Personnalité de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Mononyme de chanteur français