Louis-François de Bourbon-Conti, né à l'hôtel de ContiL'hôtel de Conti se trouvait à l’emplacement de l’actuel hôtel des Monnaies. le et mort à Paris le , est un prince du sang français. Il fut comte de la Marche, duc de MercœurAmbroise Tardieu, Grand dictionnaire historique du département du Puy-de-Dôme, . puis devint le sixième prince de Conti à la mort de son père en 1727. Le prince est l'un des personnages clefs de l'opposition princière à Louis XV et un des collectionneurs d'art les plus importants de la seconde moitié du . Le prince jouera un rôle central à la cour de Versailles entre 1740 et 1750, et un rôle un peu plus ambigu à la ville (c'est-à-dire Paris) entre 1760 et 1770.

Le prince de Ligne, dans ses Mémoires, donne un portrait plutôt mitigé de ce prince qu'il présente comme un prince fier et ambitieux, qui a reçu une culture ainsi qu'une éducation conforme à un membre de la famille royale. Il sera décrit comme pouvant être « généreux, éloquent et majestueux », mais dont le caractère noble et ambitieux le conduit à travailler avec le Parlement afin de « jouer un rôle » dans la plus pure tradition de la Fronde. Finalement, sans avoir les capacités d'être roi, ce prince est

Biographie Formation Le prince n'est baptisé qu'à l'âge de le dans la chapelle du palais des Tuileries à Paris. Il a pour parrain son cousin le roi et pour marraine, Madame Palatine, duchesse douairière d'Orléans, mère du Régent, son cousin et grand-oncle par alliance. Il est d'abord élève chez les Jésuites au collège Louis-le-Grand avant de continuer ses études sous la direction d'un précepteur, toujours issu de la Compagnie de Jésus, le père Jean-Antoine du Cerceau, qu'il tua accidentellement en 1730, en maniant un fusil.

Carrière militaire La guerre de Succession de Pologne (1733-1738) Il est fait chevalier de l'ordre du Saint-Esprit le .

Âgé de , il prend part à la guerre de Succession de Pologne sous les ordres du maréchal de Berwick dès 1733 ; après être revenu à Paris durant l'hiver, il participe au siège de Philippsburg au et est nommé maréchal de camp le . Il rentre à Paris par permission spéciale du roi pour assister à la naissance de son fils le . En 1735, il rejoint l'armée d'Allemagne et est promu lieutenant général.

Cruellement éprouvé par la disparition de sa femme en 1736, il se retire dans son château de L'Isle-Adam où il passe deux ans, cherchant à tromper son chagrin en s'adonnant à sa passion de la chasse.

La guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) Au début de la guerre de Succession d'Autriche, il sollicite un commandement, mais faute d'avoir obtenu satisfaction, il part sans autorisation rejoindre l'armée du maréchal de Maillebois. Le roi, apprenant cette insubordination, le fait mettre aux arrêts, mais grâce à l'intervention de sa mère, il est libéré et peut faire la campagne de Bohême comme simple volontaire sans gradeIl semble que le prince de Conti avait pourtant le commandement sur le champ de bataille de Deggendorf/Deckendorf en 1743..

Le , à la bataille de Deggendorf (ou Deckendorf), il a son cheval tué sous lui et perd ses équipages. Sa bravoure touche , qui lui octroie en récompense une augmentation de sur son gouvernement du Poitou et le reçoit au château de Fontainebleau le .

Le , Conti reçoit le commandement d'une armée de qui va combattre avec les Espagnols contre . Il rejoint à Aix-en-Provence, le , le gendre du roi l'infant d'Espagne, Don Philippe, commandant en chef des deux armées réunies. En , Conti occupe le château d'Apremont et Nice. Le , il attaque le col de Villefranche et, le , prend le fort du Mont Alban sur les hauteurs de Nice ainsi que le Château-Dauphin. Au siège de Demont, il rétorque au général espagnol de la Mina, qui déclare la place imprenable, le mot fameux : « Impossible n'est pas français ! ». De fait, la forteresse est prise le .

Lors de la bataille de Coni, le , Conti charge à la tête de ses troupes, culbute une colonne ennemie sur une de ses batteries et retourne ses canons contre elle. Il a deux chevaux tués sous lui et la cuirasse percée en deux endroits. Après cette victoire héroïque, qui lui vaut la réputation d’un héros, le roi fait chanter en son honneur un Te Deum à Notre-Dame. Mais Conti, en désaccord avec le général espagnol, lève le siège et rentre à Versailles le . vignette|Portrait de Louis-François de Bourbon, vers 1776. Le succès rend le prince plus ambitieux et plus fier encore. Il réclame au roi des charges militaires de plus en plus importantes, mais celui-ci ne les lui accorde pas toujours. n’ose pas lui confier les plus hautes fonctions dans l’armée, car par certains côtés, il craint son cousin. Grâce à sa popularité, le jeune prince, à qui tout semble réussir, est devenu un personnage influent parmi les militaires et la cour.

En 1745, Conti reçoit le commandement de l'armée du Bas-Rhin mais se voit intimer l'ordre de rester sur la défensive. Le , il est commandant en chef et prend Mons le et Charleroi le . En récompense, lui concède six pièces de canon, qui orneront l'avant-cour de son château de L'Isle-Adam. Mais, à la suite d'un différend avec le maréchal de Saxe en Flandre en 1746, Conti démissionne avec éclat, vend ses équipages, rentre en France.

Le , Conti se présente à Versailles devant le roi. Les retrouvailles sont cordiales et lui confère le brevet de . Mais, le maréchal de Saxe s'étant plaint de la conduite du prince, a avec ce dernier une explication orageuse, à la suite de laquelle Conti, ulcéré, décide de se retirer à L'Isle-Adam. C’est donc par une brouille avec le roi que se termine sa carrière militaire. Il a .

Un opposant à l'absolutisme Ses relations avec vignette|La duchesse de Châteauroux, protectrice du prince de Conti. Les relations du prince de Conti avec restent toujours assez difficiles. Le Roi estime son cousin à la fois pour ses qualités en matière politique, militaire et juridique, mais il redoute ses ambitions. Malgré cela, , entouré de conseillers qui ne sont pas toujours sans ambitions personnelles non plus, est fatigué, las des intrigues politiques qui se trament autour de lui et recherche en son cousin, de sept ans son cadet, le confident qui lui manque.

Protégé par la duchesse de Châteauroux, favorite royale, le prince de Conti gagne de l’influence sur . C’est ainsi qu'il peut élargir son influence à Versailles jusqu'à la mort de de Châteauroux en 1744. En observant le changement de protection à la cour après la mort de la maîtresse royale, Choiseul remarque :

vignette|left|redresse|La marquise de Pompadour, adversaire du prince à la cour.

Ce n’est pas par hasard si Choiseul parle d’un « roman d’ambition » du prince de Conti. Comme en témoigne le duc, bénéficier de la protection d’une maîtresse royale pouvait être décisif à la cour de Versailles. Et Choiseul de se poser la question : Conti pourra-t-il compter sur l’appui de la prochaine maîtresse royale ?

Effectivement, la marquise de Pompadour, nouvelle maîtresse en titre, ne protégea pas le prince et n’eut de cesse, au contraire, de diminuer son influence sur le roi. L’arrivée de à la cour sonna donc le glas des ambitions politiques de Conti. Elle-même était trop ambitieuse pour accepter dans l’entourage du roi un prince du sang investi de missions importantes au service des stratégies européennes de la France. Comme les autres conseillers du roi, la Pompadour craignit l’emprise du prince sur le roi. Elle le desservit donc systématiquement dans l’esprit du roi, une campagne d’autant plus efficace qu’elle savait le Roi hésitant à accorder son entière confiance au prince.

Grand prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem (à partir de 1749) Sous l’influence de la marquise de Pompadour, le roi cherche une autre fonction pour le prince, autant pour l’éloigner de Versailles que pour lui procurer une charge non seulement prestigieuse, mais également lucrative (un aspect non négligeable pour Conti, qui s’endettait en permanence). intervient auprès du pape et, le , Conti, puisqu'il n'est pas marié, est nommé grand prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Paris.

Bien que l’ordre, dans un premier temps, soit assez sceptique à l'arrivée de ce prince du sang, à la réputation d’athée et de libertin, à la tête du prieuré, Conti, rapidement, s’acquitte fort bien de ses devoirs de grand prieur et contribue à la prospérité de l’ordre. Il fait construire de nouveaux bâtiments qui sont loués surtout à des nobles et à des débiteurs dans l’enclos du Temple, échappant à la juridiction du roi. Comme grand prieur de l’ordre, Conti a l’usufruit du palais du Temple et jouit des privilèges attachés à la charge, entre autres la franchise, le droit d’asile et certaines libertés vis-à-vis de la justice royale. Certes, le prieuré de France n’était pas le trône de Pologne, mais le prince disposait d’un véritable petit royaume au cœur de la ville de Paris.

À partir de 1756, Conti s’installe définitivement dans le palais prieural pour y mener la vie d’un prince frondeur, en lutte contre l’absolutisme royal qu’il prétend ressentir comme despotique.

Le frondeur anti-absolutiste En tant que grand prieur, Conti emploie l’avocat janséniste Louis Adrien Le Paige comme bailli du Temple. À côté de ses écrits théologiques, Le Paige est connu pour ses attaques contre le despotisme royal — notamment dans ses — et contre les Jésuites dans les Nouvelles ecclésiastiques, qui paraissent à partir de 1727. Il collabore avec Conti pour rédiger des projets de loi et des remontrances, que le prince propose avec une « éloquence mâle et persuasive » devant le Parlement de Paris.

Le jansénisme, à l’origine un mouvement théologique né au , a évolué en un mouvement politique au . Le conflit entre le pape et les jansénistes — notamment à propos de la bulle Unigenitus de 1713, rédigée à l’initiative de qui envisageait d’excommunier les jansénistes de l’Église catholique s’ils ne renonçaient pas à leurs théories — est également lié à celui qui oppose ultramontains et gallicans. Il marque le comme aucun autre conflit religieux. Nombreux sont les parlementaires qui, opposés à l’intervention du pape dans la politique religieuse conduite en France, affichent leur indépendance en s’alliant à la cause janséniste. Le roi, quant à lui, reste fidèle au pape et interdit aux parlementaires de se prononcer à ce sujet. À plusieurs reprises, le parlement est exilé. Le désaccord est tel que le prince de Conti, membre de la chambre des pairs du Parlement de Paris de par sa naissance, sert d’intermédiaire entre les deux partis jusqu’en 1756. Il a beaucoup d’influence et sur le roi et sur le Parlement, et peut ainsi négocier des accords entre ces deux pouvoirs. Ce n’est qu'après sa rupture avec le roi que Conti s’engage sans ambiguïté du côté des parlements contre le roi. Influencé par les jansénistes, il est persuadé que le roi devait être seulement un primus inter pares, accordant au Parlement le droit de juger les nouvelles lois et aux princes du sang une partie du gouvernement dans le royaume. , diplomate franco-britannique à Paris, nous donne plus d’information au sujet du prince opposé au roi :