Cécile Augusta Marie de Mecklembourg-Schwerin, née le à Schwerin et morte le à Bad Kissingen, est une duchesse de Mecklembourg-Schwerin, devenue par son mariage princesse royale () de Prusse et de l'Empire allemand.
Biographie
Famille et jeunesse vignette|gauche|Cécile avec sa sœur, son frère et sa mère en 1890. Née le à Schwerin, Cécile est le troisième enfant et la benjamine du grand-duc Frédéric-François III de Mecklembourg-Schwerin et de la grande-duchesse Anastasia Mikhaïlovna de Russie. Son prénom est un hommage à sa grand-mère maternelle et marraine, la princesse Cécile de Bade. Elle est la sœur d'Alexandrine et de Frédéric-François IV de Mecklembourg-Schwerin.
Elle passe la majeure partie de son enfance à Schwerin, au château de Ludwigslust et au , à seulement quelques kilomètres de la côte de la mer Baltique. Son père est asthmatique et le climat froid et humide du Mecklembourg met en danger sa santé fragile. De plus, la grande-duchesse Anastasia s'ennuie en Mecklembourg et préfère résider sur la Riviera. En conséquence, Cécile passe beaucoup de temps avec sa famille à Cannes.
Lors d'un séjour à Cannes en hiver 1897, sa sœur rencontre son futur époux, le prince héritier Christian de Danemark. Après la mort de son père en avril de la même année, Cécile réside quelque temps avec sa mère au Danemark. Le mariage de sa sœur a lieu à Cannes en . De 1898 à 1904, Cécile rend visite chaque été à ses proches en Russie. La princesse séjourne alors à Mikhailovskoe sur la baie de Cronstadt, la résidence d'été de son grand-père, le grand-duc Michel Nikolaïevitch de Russie.
La régence du Mecklembourg-Schwerin est pendant ce temps confiée à son oncle, le duc Jean-Albert.
En 1902, sa mère met au monde un enfant adultérin ; elle est déclarée persona non grata en Allemagne et en Russie.
Princesse héritière de Prusse vignette|redresse|gauche|Cécile de Mecklembourg-Schwerin et Guillaume de Prusse en 1905. Au mariage de son frère avec Alexandra de Hanovre à Schwerin en , la princesse Cécile fait la connaissance de son futur époux, Guillaume de Prusse, fils aîné de Guillaume II et d'Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg. Guillaume est frappé par sa grande beauté, ses cheveux et ses yeux noirs. Plus grande que la plupart des femmes de son temps, mesurant , Cécile est aussi grande que le prince héritier allemand. Le , le jeune couple célèbre ses fiançailles au pavillon de chasse de Gelbensande. Le Kaiser, en guise de cadeau de fiançailles, fait construire un chalet à proximité pour le couple.
Le mariage de la princesse Cécile et du prince héritier Guillaume a lieu le à Berlin. À cette occasion, la grande-duchesse douairière Anastasia est autorisée à titre exceptionnel à se rendre à la cour de Berlin. L'autorisation sera de nouveau accordée, pour la dernière fois, lors de la naissance de son premier petit-fils. Arrivée à la gare de Lehrte, la princesse reçoit sur le quai un bouquet de roses rouge foncé. Elle est accueillie au château de Bellevue par la famille impériale et fait ensuite une joyeuse entrée par la porte de Brandebourg avant d'assister à une salve de canon au Tiergarten. Des foules se massent sur l'Unter den Linden alors qu'elle se rend au château de Berlin. Guillaume II l'accueille au palais et la conduit à la salle des chevaliers où plus de cinquante invités de différentes maisons royales européennes l'attendent, dont le grand-duc Michel Alexandrovitch de Russie et l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche. Le jour de son mariage, le Kaiser lui présente l'ordre de Louise.
La cérémonie de mariage a lieu en la chapelle royale ainsi qu'à la cathédrale de Berlin. À la demande de la mariée, la célèbre marche nuptiale de Lohengrin de Richard Wagner est jouée, ainsi que des extraits de Die Meistersinger von Nürnberg, sous la direction de Richard Strauss. Le couple royal reçoit en cadeaux de mariage des bijoux, de l'argenterie et de la porcelaine.
Six enfants naissent de cette union :
Guillaume (1906-1940), épouse en 1933 Dorothée (1907-1972), d'où descendance ; Louis-Ferdinand (1907-1994), épouse en 1938 la grande-duchesse Kira Kirillovna de Russie (1909-1967), d'où descendance ; Hubert (1909-1950), épouse en 1941 la baronne Marie-Anne de Humboldt-Dachrœden (1916-2003). Après avoir divorcé en 1943, il épouse la princesse Madeleine de (1920-2009), d'où descendance ; Frédéric (1911-1966), épouse en 1945 Lady Brigitte Guiness (1920-1995), d'où descendance ; Alexandrine (1915-1980), atteinte de trisomie 21, restée célibataire et sans enfants ; Cécile (1917-1975), elle-même porteuse d'une forme de trisomie 21, épouse en 1949 l'architecte américain Clyde Kenneth Harris (1918-1958), d'où descendance. Bien qu'en public, le mariage semble parfait, des fissures apparaissent rapidement en raison des infidélités et du caractère autoritaire du prince héritier. Très tôt, il entame une série d'aventures qui tendent les relations du couple. Ainsi, annonçant à Cécile sa dernière escapade, la jeune femme pense à se noyer. Elle entretient elle-même une relation passionnée avec le baron Otto von Dungern (1873-1969), l'aide de camp de son mari. En découvrant que Dungern a également une liaison avec une autre femme de la cour, elle avoue tout à son mari qui ordonne au baron de démissionner en lui disant : .
L'été, le couple réside au palais de Marbre dans le nouveau jardin de Potsdam et à partir d' dans le nouveau château de Cecilienhof, offert par le Kaiser et baptisé en l'honneur de la princesse. Le reste de l'année, le couple vit au palais du Kronprinz à Berlin sur Unter den Linden.
vignette|redresse|Portrait de la princesse par Philip de Laszlo en 1908.
Cécile devient rapidement l'un des membres les plus appréciés de la famille impériale allemande. Des contemporains soulignent sa beauté et son élégance. Elle suit de près la mode, ayant un faible pour les chapeaux, très vite imitée par des milliers de femmes et de jeunes filles allemandes. D'apparence calme et ouverte, elle a en privé un tempérament fougueux, n'acceptant pas la contradiction.
La princesse héritière fait preuve d'intérêt pour l'éducation des femmes, et c'est pour cette raison qu'un grand nombre d'écoles et de rues portent encore aujourd'hui son nom. Le , elle baptise le . Pour Cécile, qui a une grande passion pour la mer depuis l'enfance, c'est une grande joie. La vie de Cécile est composée d'une série constante de défilés militaires, de banquets d'État, de cérémonies officielles et de visites d'État. Vers la fin de 1910, le couple princier entreprend une tournée à Ceylan, en Inde et en Égypte. En , il visite la cour de Saint-Pétersbourg. Une visite au roi George V et à la reine Mary suit en . La reine Mary apprécie particulièrement le couple et reste en contact avec la princesse héritière jusqu'à sa mort en 1953.
Première Guerre mondiale
Au déclenchement de la guerre en 1914, Cécile est de nouveau enceinte. Elle est bouleversée par la trisomie de sa fille Alexandrine, condition dont son autre fille sera aussi porteuse à un degré moins handicapant. En raison de la rigidité du protocole de la Cour, la condition de la princesse n'est pas dévoilée, l'enfant n'étant cependant pas cachée — contrairement à beaucoup d'enfants royaux handicapés. En tant que princesse héritière, Cécile doit poursuivre ses fonctions, ce qui en temps de guerre consiste surtout en des visites régulières aux blessés de guerre dans le but de maintenir le moral. Très liée à la cour de Russie par sa mère, la princesse est très affectée par la révolution russe de . Son oncle le grand-duc Serge Mikhaïlovitch est assassiné avec d'autres membres et proches de la famille impériale à Alapaïevsk dans la nuit du 17 au . Les deux frères du grand-duc et oncles de la Kronprinzesin Nicolas et Georges sont exécutés sommairement le .
La situation politique et économique de la dernière année de la guerre devient de plus en plus désespérée. Le , le nouveau chancelier impérial, le prince Max de Bade, rencontre le ministre Wilhelm Solf pour discuter de l'avenir de l'Empire allemand. Ils sont tous deux d'avis que la monarchie ne peut survivre qu'avec la destitution du Kaiser et de son fils le prince héritier et la mise en place d'une régence nominale de la princesse héritière Cécile pour son fils le prince Guillaume. Une telle idée disparaît rapidement lorsque Friedrich Ebert devient chancelier et que la république est déclarée trois jours plus tard. Le Kaiser et le prince héritier traversent la frontière pour s'exiler aux Pays-Bas. Cécile vit à Potsdam avec ses jeunes enfants pendant la période révolutionnaire. Elle quitte Cecilienhof avec ses enfants pour rejoindre sa belle-mère dans la relative sécurité du Nouveau Palais. C'est ici que l'impératrice Augusta-Victoria lui déclare : .
Entre-deux-guerres vignette|La princesse et sa famille en 1925, de gauche à droite : le prince Guillaume, le prince Hubert, la princesse héritière Cécile, le prince héritier Guillaume, le prince Frédéric et le prince Louis-Ferdinand de Prusse ; les princesses Alexandrine et Cécile de Prusse sont au premier rang.|gauche La princesse Cécile est réaliste quant à la nouvelle situation politique à laquelle sa famille et l'Allemagne sont confrontées. L'ancienne impératrice s'exile pour rejoindre son mari et la princesse héritière est disposée à faire de même, mais préfère rester en Allemagne avec ses enfants si possible. Elle y est autorisée et le , elle quitte le Nouveau Palais et retourne à Cecilienhof. À la suite de ce changement de situation, Cécile réduit de moitié son personnel de maison. Le tuteur de ses enfants quitte son service et, par conséquent, ses deux fils aînés, les princes Guillaume et Louis-Ferdinand, fréquentent pour la première fois une école. Cécile se sent solidaire du sort du peuple allemand. En réponse à une allocution de l'Union des femmes allemandes à Berlin, l'ancienne princesse héritière déclare : . La maison de Hohenzollern possèdent encore des propriétés privées considérables en Allemagne en raison d'un accord provisoire conclu entre la dynastie et le gouvernement en , et le château d'Oels, avec 10 000 hectares de terres exploitables en Silésie, fournit des revenus substantiels à la famille de Cécile.
Son époux n'est autorisé à retourner en Allemagne qu'en 1923. En l'absence de son mari, Cécile est devenue la figure de proue de la maison de Hohenzollern. Le soir du , le couple est réuni au château d'Oels. Les années de séparation et le comportement de Guillaume ont réduit le mariage à néant, mais Cécile est déterminée à préserver les apparences, même à distance, son mari s'installant en Silésie alors qu'elle reste à Cecilienhof. Le couple se réunit lorsque c'est nécessaire dans l'intérêt de l'unité familiale pour les mariages, les confirmations, les baptêmes et les funérailles.
Cécile reste active au sein de plusieurs organisations caritatives telles que le Fonds de la reine Louise, l'Union des femmes de la patrie et les Dames de l'Ordre de Saint-Jean, tout en se gardant de toute implication politique. Avec l'arrivée au pouvoir du Parti national-socialiste en 1933, toutes ces organisations caritatives sont dissoutes. À Cecilienhof, elle se consacre à sa passion, la musique. Elle fait donner des concerts privés et bientôt de nombreux chefs d'orchestre et musiciens réputés comptent parmi ses amis proches, comme Bronisław Huberman, Wilhelm Kempff, Elly Ney, Wilhelm Furtwängler et le jeune Herbert von Karajan. vignette|redresse|La princesse Cécile de Prusse vers 1930 avec ses filles : Alexandrine (à gauche) et Cécilie (à droite).