Peter Sotos (né le à Chicago) est un écrivain, musicien et plasticien américain.

Éléments biographiques

Après ses études secondaires, Peter Sotos s'inscrit à l'université du Nord de l'Illinois avant d'opter pour l'École de l'Art Institute of Chicago où il étudiera pendant quatre ans. En , alors qu'il collabore régulièrement au groupe Whitehouse et publie le fanzine Pure qui , Sotos est arrêté par la police pour détention de matériel photographique à caractère obscèneChicago Tribune, December 06, 1985. On lui reproche, entre autres, d'avoir reproduit dans le n° 2 de Pure un cliché de nature pédophile tiré d'un autre fanzine américain, Incest IVÉric Duboys, Industrial Musics vol. 1, Rosières-en-Haye, Éditions du Camion blanc, 2009. Inculpé par l’État d’Illinois en vertu d'une révision de la loi sur la pornographie infantile, Sotos devient en 1986 .

Dans Les Forcenés du désir, Christophe Bourseiller observe qu’avec Pure, premier fanzine du genre « murder-zine », Bourseiller note néanmoins qu’avec l’anthologie Total Abuse, publiée en 1996, Pourtant, en 2006, dans la revue Lignes, l’éditrice Laurence Viallet témoigne :

Littérature

Dans ses livres, Sotos met en scène les criminels sexuels et la pornographie violente, notamment celle impliquant les jeunes enfants, utilisant souvent la narration à la première personne du point de vue de l'auteur des faits violents. D'aucuns considèrent qu'il s'agit pour lui de critiquer l'hypocrisie médiatique autour de ces sujets.

La lecture de ses livres peut être particulièrement éprouvante. Ainsi, dans sa préface à l'édition française d'Index (1999), Jean-Jacques Pauvert écrit :

Le , au cours de l'émission radiophonique Le Masque et la Plume sur France Inter, l'écrivain et critique littéraire Arnaud Viviant déclare à propos d'Index :

Dans sa livraison d’, la NRF publie « La question Peter Sotos » de Bruce Benderson NRF, n° 577 (avril 2006), Paris, Gallimard, pp.84-105. L’auteur y relève la filiation littéraire qui existe entre les cut-ups de William Burroughs et Brion Gysin et les collages de Sotos qui juxtaposent sans précaution articles de journaux et passages relevant de l’autobiographie ou de l'autofiction (même si Benderson n'emploie pas ce second terme). De façon plus inattendue, il note que dans Égoïste, infime, suivant le tourbillon des appétences des tueurs en série, Sotos retrouve le modèle d’écriture du flux de conscience qui fut celui de certains modernistes dont William Faulkner, James Joyce ou Virginia Woolf. La « rudesse grammaticale » de Sotos lui évoque également Pierre Guyotat pour qui l’écriture est une sécrétion. Le rapprochement avec Georges Bataille semble tout aussi pertinent tant les deux écrivains sont obsédés par la transgression et l’obscénité, même si, loin du désir de transcendance bataillien, Sotos affirme la dynamique des pulsions du moi. Enfin, comparant l’écrivain chicagoan à Sade, Bruce Bendenson précise qu’« en faisant références aux méthodes contemporaines de déconstruction sémiotique, en manipulant le tabou de la pédophilie […], en déboulonnant les explications psychologiques communes du désir et de la sexualité, en se moquant des platitudes progressistes, en refusant de considérer ses propres pulsions à travers le prisme de la biographie psychologisante, Sotos s’escrime à subvertir le système de pensée » de son époque comme Sade le fit en son temps. Cependant, il souligne deux différences essentielles dans leur approche de la perversion. D’abord, la fascination de Sotos pour l’abject qui le conduit à refuser de renverser les valeurs pour déifier le mal. En second lieu, son identification aux victimes et donc son masochisme. Bruce Benderson conclut : « La meilleure façon de juger des écrits de Sotos pourrait être de les lire comme un “texte de jouissance”, ainsi que le définit Barthes dans Le Plaisir du texte, [...] un texte qui “met dans un état de perte, celui qui déconforte (et peut-être jusqu’à un certain ennui), fait vaciller les assises culturelles, psychologiques, du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs et de ses souvenirs, met en crise son rapport au langage.” »

En , à l'invitation de Dennis Cooper, Peter Sotos donne une conférence au Centre Pompidou. Levant le voile sur ses archives et ses obsessions, il place, dès l’incipit, son propos sous l’influence de Jean Genet, de la lecture sartrienne de Genet, et de R. D. LaingCentre Pompidou : Peter Sotos – Mine, Kept.

Sotos s’est intéressé à l’œuvre de Catherine Breillat et signe la postface à l’édition américaine de PornocratieCatherine Breillat, Pornocraty, Los Angeles, Semiotext(e), 2008. En 2012, Sotos publie Pure Filth (Feral House) avec l’acteur et réalisateur de pornographie gonzo Jamie GillisPeter Sotos & Jamie Gillis, Pure Filth, Port Townsend, Feral House, 2012. Le livre paraît après la mort de Gillis, en . En 2014, Sotos publie Desistance (Nine-Banded Books) consacré aux travaux du photographe Antoine D'AgataRTBF : « Carte blanche à Antoine D'Agata à Paris : la vie même », par Sylvia Botella, 21 novembre 2014.

Musique

Peter Sotos a été membre du groupe de musique industrielle Whitehouse de 1983 jusqu'à la fin de l'année 2002. Il est également crédité sur l'album Bird Seed sorti en 2003.

Il est l’auteur de Buyer's MarketDiscogs : Peter Sotos – Buyer's Market, collage sonore d’interviews de victimes de crimes sexuels, de leurs parents ou des forces de l’ordre. Produit par Steve Albini, cet opus solo sort en 1992. Suivront Proxy (Creation, 2005)Discogs : Peter Sotos – Proxy et Waitress (Creation, 2005)Discogs : Peter Sotos – Waitress.

Arts plastiques

Peter Sotos réalise des collages vidéo. Il a notamment présenté Waitress I, II et III à la Galerie Éof, à Paris, et au Palais de TokyoPalais de Tokyo : programme du 13 au 30 avril 2005La Plupart du temps, 24 avril 2005 : « Peter Sotos en France pour une série de rencontres et de conférences » en .

En , une partie de ses archives papiers est présentée pour la première fois à la New Galerie, à Paris, au cours de l’exposition collective What’s Up Doc?New Galerie, Paris : What's Up Doc?i-D : « Cinq artistes à suivre pendant la Fiac 2017 » par Ingrid Luquet-Gad, 16 octobre 2017

Impact culturel

Dans une scène de Love (2015), le réalisateur argentin Gaspar Noé a ostensiblement placé Lazy, l’une des œuvres de Sotos, dans la bibliothèque de son hérosYouTube: “Omi Is Pregnant”, excerpt from Love by Gaspar Noé. L’écrivain américain est également remercié dans le générique de finIMDb: Love by Gaspar Noé.

Publications traduites en français Index, traduction par Frank Reichert, Paris, La Musardine, coll. « Désordres », 1999 , rééd. en 2003, Paris, La Musardine, coll. « Lectures amoureuses » Au fait, traduction par Laurence Viallet, Paris, Éditions Désordres/Laurence Viallet, 2005 Égoïste, infime : Lesley Ann Downey annotée, traduction par Laurence Viallet, Paris, Éditions Désordres/Laurence Viallet, 2006 Les Portes de Janus : Anatomies de serial killers de Ian Brady, introduction de Colin Wilson, préface du Dr Alan Keightley, postface de Peter Sotos, traduction par David Perez, Rosières-en-Haye, Éditions du Camion noir, 2011

Notes et références

Liens externes

« Peter Sotos : Aucun autre crime que l'amour du crime » par Christophe Bourseiller « L'horreur en lettres de Peter Sotos » par Blake Butler (Vice Magazine)

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