La messe en ut mineur KV 427 (KV 417a), dite grande messe (en allemand Große Messe), est une œuvre inachevée de Wolfgang Amadeus Mozart composée entre 1782 et 1783. Elle est considérée comme supérieure à toutes les autres messes composées par Mozart, hormis son Requiem.
Sa carrière salzbourgeoise ayant pris fin le 1781, le prince-archevêque Colloredo l'ayant congédié, il part s'installer à Vienne. Quelques mois avant son mariage avec Constance Weber le , il commence à composer cette messe, car il avait en effet promis à son père d'écrire une œuvre sacrée, qu'il souhaitait créer dans sa ville natale, à l'occasion de la présentation de son épouse.
Historique et première représentation Mozart a composé dix-huit messes, la plupart ayant été écrites durant sa période salzbourgeoise, c'est-à-dire jusqu'au 1781, date à laquelle son employeur Colloredo le congédie.
Après avoir quitté le service du prince-évêque, il part pour Vienne, où il s’installe en tant qu'artiste indépendant. Il compose principalement des sérénades, des sonates, des concertos pour piano, des symphonies et des opéras, mais plus de musique sacrée, faute de commandes.
Le il épouse Constance, à laquelle il a promis que si un jour il devait l’amener à Salzbourg il ferait jouer une messe composée en cette occasion. Il y travaille dès l’été de la même année. Dans une lettre adressée à son père Leopold datée du , il lui fait part de son projet.
L’œuvre semble avoir été influencée par les styles de Jean-Sébastien Bach et de Haendel, dont Wolfgang étudie les œuvres à la même période, auprès du baron Gottfried van Swieten. Ainsi, le début du Gloria est nettement inspiré de l'Alléluia du Messiah de HaendelPréface de la partition des Éditions Breitkopf & Härtel, n° 1867.
Elle est considérée comme supérieure à toutes les autres messes composées à son époque, hormis son RequiemÉditions Carus-Verlag .
La première représentation a lieu en l’église catholique Archi-abbaye Saint-Pierre de Salzbourg, le dimanche 1783, le vingtième dimanche après la Pentecôte. .
La sœur de Mozart, Nannerl, a consigné dans son journal que les interprètes étaient des musiciens employés par Colloredo, lesquels étaient donc d’anciens collègues de Wolfgang. Une répétition a eu lieu dans la Kapellhaus (Maison de la chapelle) voisine le , soit trois jours avant la première représentation.
Structure
Kyrie (Andante moderato, en ut mineur, à (), 94 mesures). Chœur et soprano solo Gloria - Gloria in excelsis Deo (Allegro vivace, en ut majeur, à (), 60 mesures). Chœur - Laudamus te (Allegro aperto, en fa majeur, à (), 143 mesures). Soprano solo (cors en fa) - Gratias agimus tibi (Adagio, en ré mineur, à (), 12 mesures). Chœur, 2 soprani - Domine Deus (Allegro moderato, en la mineur, à , 99 mesures). Duo : deux soprani - Qui tollis (Largo, en sol mineur, à (), 56 mesures). Double chœur - Quoniam tu solus (Allegro, en mi mineur, à (), 171 mesures). Trio : deux soprani et ténor solo - Jesu Christe (Adagio, en ut majeur, à (), 6 mesures). Chœur - Cum Sancto Spiritu, (à () (mesure 7), 196 mesures). Chœur Credo - Credo in unum Deum (Allegro maestoso, en ut majeur, à , 116 mesures). Chœur - Et incarnatus est (Andante, en fa majeur, à , 119 mesures). Soprano Solo Sanctus - Sanctus (Largo, en ut majeur, à (), 61 mesures). Double chœur - Hosanna (Allegro comodo (mesure 18), à ()). Double chœur Benedictus (Allegro commodo, en ut majeur, à (), 167 mesures). Quatuor de solistes et double chœur
Durée d'exécution: environ (composition originale) environ (version complétée)
Orchestration Instrumentation de la messe en ut mineur KV427VoixSolo : soprano, alto, ténor, barytonChœur : sopranos, altos, ténors, bassesCordespremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebassesBois1flûte (solo dans et incarnatus est, 2 hautbois, 2 bassonsCuivres2 cors en do (en fa dans le Laudamus te), 2 trompettes en do (clarines), 3 trombonesPercussions2 timbales en do et solClavierorgue
Autres données de l'œuvre vignette|upright=1.2|L’archi-abbaye Saint-Pierre de Salzbourg où eut lieu la première représentation de la Grande Messe, le . Mozart avait fait le vœu que si un jour il devait amener Constance dans sa ville natale, il ferait jouer une messe composée en cette occasion et dont elle serait une des interprètes. Wolfgang écrit à son père, le :«Quand j'ai fait ce vœu, ma femme était encore souffrante, étant fermement résolu à l'épouser après sa guérison.»Cette lettre est le seul témoignage de cette promesse. Référence dans le catalogue Koechel (Koechelverzeichnis) : KV 427 ( édition, de nos jours encore en usage) KV 417a ( édition)
Lieu et dates des premières exécutions : Archi-abbaye Saint-Pierre de Salzbourg : (d'après Henri de Curzon 1888Henri de Curzon, Lettres de W. A. Mozart, p. 493, note n° 1, 1888 ) ou (selon le journal de Maria Anna Mozart)
De nos jours, la plupart des chercheurs estiment que cette dernière date est la bonne, car la sœur de Wolfgang, Nannerl, a mentionné dans son journal qu'une répétition de l'œuvre s'est tenue le , ce qui donne plus de certitude pour la datation.
Œuvre inachevée Mozart réutilisa, en 1785, la musique du Kyrie et du Gloria, presque sans changements à l'exception du texte, dans la cantate Davide penitente, KV 469. Car il était trop occupé sur ses enseignements et les concerts à Vienne pour qu'il puisse composer une nouvelle œuvre pour deux concerts caritatifs du Carême. Cette cantate fut publiée plus tard, ce qui permet de vérifier la composition originale.
Il est à noter que le prêtre Peter Allan, de la communauté anglicane de Résurrection (CR) et le musicologue britannique Philip Wilby, ont émis l'hypothèse suivante: l'œuvre serait restée inachevée car, à l'époque de sa composition, le Credo et l’Agnus Dei avec orchestre n'étaient interprétés que les dimanches et les jours de fêtes solennellesRevue Music é Letters Oxford University Press, tome 87, n° 3, p. 498, 2006, article par Denis McCaldin .
Concernant le « Et incarnatus est » Le musicologue et mathématicien anglais , a fait la remarque suivante à propos de la partition du « Et incarnatus est »: vignette|Autographe du Kyrie (recto) vignette|Autographe du Kyrie ( page)
Postérité
Deux ans plus tard, au début de l'année 1785, Mozart reçut une commande, de la Tonkünstler-Societät à Vienne, d'une œuvre pour le concert caritatif du Carême. Le temps dont il disposait était trop court pour composer une telle œuvre, aussi Mozart réutilisa-t-il la plupart des pièces de cette œuvre, qui était inconnue à Vienne. Cette cantate Davide penitente fut créée le sous la direction du compositeurWolfgang Gersthofer, Avant-propos de la partition pour le conducteur, p. IX - X, 2006 (consulté le 13 janvier 2026).
Éditions complètes Vers le milieu du , le compositeur allemand Aloys Schmitt entreprit de compléter la partition en y incorporant des éléments provenant d'autres œuvres de Mozart, afin de se conformer aux textes liturgiques. Mais il se garda d'y inclure ses propres compositions, comme l'avaient fait pour le Requiem, cinquante ans plus tôt, Joseph Eybler et Franz Xaver Süßmayr à la demande de Constance.
Cette édition, finalement publiée en 1901, ne reçut pas un accueil favorable, mais la maison Breitkopf & Härtel décida de la maintenir dans son catalogue: Crucifixus : Lacrimosa de Requiem, K Anh.21 (selon un manuscrit faussement attribué à Mozart ; en fait une composition de Johann Ernst EberlinDavid Daniels, Orchestral Music : A Handbook, p. 263, 2005 ) Et resurrexit : KV 139 et K V323 Et in Spiritum Sanctum : KV 262 Credo in unum Deum : KV 322 et KV 337 Et vitam venturi : KV 262 Agnus Dei : reprise de Kyrie en façon de Requiem
En ce qui concerne l'intégralité du programme du , jour de la première représentation de la Grande messe, les musicologues, après maintes recherches, ne sont pas parvenus à l'établir avec certitude.
Publications de partition Publication ancienne 1840 : Johann Anton André 1882 : Philipp Spitta
Édition critique 1956 : Howard Chandler Robbins Landon / Ernst Eulenburg, n° 983 1987 : Monika Holl et Karl-Heinz Köhler / Bärenreiter (restitution de Credo, Et incarnatus est, Sanctus et Hosanna) 1989 / 1990 : Richard Maunder / Oxford University Press et Carus-Verlag, CV40.620 2002 : Monika Holl, Karl-Heinz Köhler et Helmut Eder / Bärenreiter (Urtext), TP255Éditions Bärenreiter 2004 : Philip Wilby / Novello & Co 2016 : Paul Horn / Carus-Verlag, Carus 51.651/03 2019 : Urlich Leisinger / Bärenreiter, BA9188
Édition complète 1901 : Aloys Schmitt / Breitkopf & Härtel, n° 1867 2005 : Robert D. Levin / Carus-Verlag, 51.427 2010 : Benjamin-Gunnar Cohrs / Musikproduktion Jürgen Höflich, n° 1049 Éditions MPH
Nouvelle composition 2006 : Robert Xavier Rodriguez / G. Schirmer (composition d'un Agnus Dei)Éditions G. Schirmer
Discographie sélective
Source« Quelle est la meilleure version de la Grande Messe en ut de Mozart ? » sur Radio France, 30 octobre 2020.
Ferenc Fricsay , Orchestre Radiophonique de la RIAS et chœur de la Cathédrale Sainte-Edwige de Berlin : Maria Stader (soprano), Hertha Töpper (contralto), Ernst Haefliger (ténor), Ivan Sardi (basse): Mozart. Grande Messe En Ut Mineur, K. 427, Deutsche Grammophon, 1960 , LPM 18 624 (pochette en français). Sir Colin Davis, London Symphony Orchestra, Helen Donath, Heather Harper, Ryland Davies, Stafford Dean, Philips Classics, 1971. Raymond Leppard, New Philharmonia Orchestra et chœur John Alldis, Ileana Cotrubaș, Kiri Te Kanawa, , Hans Sotin : Mozart - Messe en ut min. K.427, EMI, 1974 . Neville Marriner, Philips 446197-2, 1979. Herbert von Karajan, Berliner Philharmoniker, chœur Wiener Singverein, Barbara Hendricks, , Peter Schreier, : Mozart. Grande messe en ut mineur, k.427, Deutsche Grammophon, DG 4390122, 1981, (pochette en français). Nikolaus Harnoncourt, Teldec 13 CD 3984218852, 1985. John Eliot Gardiner, The English Baroque Soloists, Monteverdi-Chor Hamburg, Sylvia McNair, , Anthony Rolfe Johnson, . Mozart. Great Mass in C minor, Philips 4202102, (enreg. : Londres, ), 1988, "Mozart: Mass in C minor, K427 'Great'" sur prestomusic.com. James Levine, Wiener Philharmoniker, Kathleen Battle, Martin Haselböck, , Peter Seiffert, Kurt Moll: Mozart: Gross Mass in C-mol KV 427, Deutsche Grammophon , 1988, code: 423664-2. Robert Shaw, Atlanta Symphony Orchestra, Edith Wiens, Delores Ziegler, John Aler, : Mozart. Mass in C minor ‘‘The Great’’ and Beethoven. Missa Solemnis, Telarc,1988. Philippe Herreweghe, Harmonia Mundi HMC901393, 1991. Leonard Bernstein, Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, chœur, Arleen Augér (soprano), Frederica von Stade (mezzo-soprano), (ténor), (basse), Friedemann Winklhofer (orgue), Wolfgang Seeliger (chef de chœur), Orchestre symphonique du Bayerischer Rundfunk, Chœur du Bayerischer Rundfunk, Deutsche Grammophon (enreg. : Stiftsbasilika, Waldsassen, ), 1991, 431 791–2.(voir aussi article en anglais ). Paul McCreesh, Archiv 477 5744 (enreg. : Walthamstow Town Hall, Londres, ), 2004"Mozart, Paul McCreesh, Camilla Tilling, Sarah Connolly, Gabrieli Consort & Players – Great Mass In C Minor" sur Discogs.. Laurence Equilbey, Chœur de chambre Accentus, La Chambre Philharmonique, Sandrine Piau (soprano), Anne-Lise Sollied (mezzo-soprano), Paul Agnew (ténor), Frédéric Caton (basse), Naïve Records , 2005, V5023 AD098. Louis Langrée, Le Concert d'Astrée, Natalie Dessay, Véronique Gens, Topi Lehtipuu, Luca Pisaroni, Virgin Classics 3593052, 2006. Masaaki Suzuki, Bach Collegium Japan, Christian Immler, Makoto Sakurada, Carolyn Sampson, Olivia Vermeulen, BIS Records, 2016
Postérité Messe de mariage