Le franc Poincaré est une unité de compte qui a été utilisée dans la réglementation internationale de la responsabilité. Il est instauré le par le gouvernement présidé par Raymond Poincaré, en remplacement du franc germinal. Il est défini comme étant d'or d'une finesse de de millimètre, soit 80 % de moins que le franc germinal... Il était auparavant identique au franc français, bien qu'il ne le soit plus depuis les années 1920.

Création

thumb|upright| Pièce de en argent ; la dernière sera émise en 1920 et marque la fin « symbolique » du franc germinal. Dès , avec l'entrée en guerre, le franc français cesse d'être convertible en or : il a cours forcé. Les cours de change à taux fixe sont, durant le conflit, de moins en moins tenables et on assiste à la mise en place de changes flottants sur des marchés monétaires parallèles. D'autre part, la thésaurisation s’accélérant durant le conflit, des moyens de paiement dits de nécessité, gagés en grande partie par les Chambres de commerce et les municipalités, se font jour.

La crise du franc Le financement de la Première Guerre mondiale fut très lourd et pesa sur le franc, retardant le rétablissement de sa convertibilité en or. Les dépenses budgétées pour la guerre étaient évaluées à de francs (le budget pour 1914 est de cinq milliards) : les dépenses réelles furent de . Seuls 15 % étaient couverts par l'impôt (dont l'impôt sur le revenu voté en 1914 et appliqué en 1916-1917). La part des dépenses publiques dans le PIB est passée de 8,8 % en 1912 à 27,8 % en 1920Jean-Charles Asselain et al., L’inflation française de 1922-1926, Université Montesquieu-Bordeaux IV, 2003.. On eut d'abord recours à l'augmentation de la masse monétaire : en 1914, il y avait six milliards de francs en circulation ; en 1919 : . La Banque de France utilisa le stock d'or pour gager les premières dépenses à hauteur de 5 % à 8 % comme il était d'usage. Cependant, l'encaisse-or diminua fortement du fait des transactions interbancaires et internationales. Une autre solution pour couvrir les frais de guerre fut l'emprunt : auprès de la population française sous forme de « bons de la défense » ( à court terme, mais toujours renouvelés) et en emprunts à long terme. Il y eut aussi des emprunts à l'étranger : un milliardCf. tableau comparatif dans John Maynard Keynes, Les conséquences économiques de la paix, Gallimard, 1919. au Royaume-Uni et aux États-Unis. Tout cela entraîna une inflation importante et une baisse du franc sur le marché des changes. En , le franc avait déjà perdu près de 70 % de sa valeur vis-à-vis du dollar par rapport à la parité d'avant-guerre.

Entre 1919 et 1928, le gouvernement français et une bonne partie de l'opinion estiment possible le retour du franc à sa valeur d'avant 1914. Cette « illusion »Jean-Charles Asselain (2003), op. cit. est en grande partie la cause du flou monétaire dans lequel plonge la France durant les années 1920 et retarde la dévaluation, pourtant recommandée par les experts du Trésor.

Le traité de Versailles est à l'origine de ce jugement erroné, car il prévoit dans le cadre des réparations de guerre le remboursement par l'Allemagne d'un montant de de mark-or, dont une bonne partie à la France.

« L’Allemagne paiera » devient un motif récurrent dans la presse, mais, en réalité, seront remboursés, dont 9 à la France, d'après .. Par ailleurs, si l'Allemagne suspend effectivement ses remboursements au printemps 1922, elle les reprend en 1925. La France comptait sur ces réparations pour équilibrer son budget : de fait, le déficit reste important jusqu'en 1925 puis l'équilibre est atteint. Entre et , le franc se redresse même face au dollar, revenant de à Cf. Tabl. 11 dans Bertrand Blancheton, « Dette, circulation et crise du franc de 1924-1926 », Université de Bordeaux IV, s.d. ..

Entre-temps, pour obtenir le paiement, Raymond Poincaré décide l'occupation de la Ruhr à partir de pour aller chercher « un gage productif ». La France est alors isolée diplomatiquement et sa monnaie est fragilisée, ce qui entraîne la défaite électorale de Poincaré. Par la suite, l'inflation s'emballe comme jamais auparavant : les prix doublent entre 1925 et 1926. Mais cette inflation, qui n'a rien à voir avec l'hyperinflation que venait de connaître l'Allemagne, a un effet bénéfique sur le rétablissement des comptes publics et le rapprochement entre la valeur réelle du franc et le niveau d’endettement national. En , le franc connaît une nouvelle attaque sur le marché des changes : face à la livre sterling et au dollar, il ne vaut plus qu'un dixième de sa valeur d'avant-guerreRespectivement, les cotations moyennes indiquaient en : = et = ..

thumb|Pièce de en bronze-aluminium type Morlon (1936), issue de la réforme Poincaré de 1928.

Le sauvetage du franc Le , Poincaré est rappelé : il est à la fois président du Conseil et ministre des Finances. Se constitue un comité des experts, dirigé par Raymond Philippe, à la tête de la banque Lazard et qui, en tant que Cité par Guy-Alban de Rougemont, Lazard Frères : Banquier des Deux Mondes, Fayard, 2010, chap. 17 .. Par ailleurs, il est décidé la création de caisses d'amortissement chargées de la gestion de la dette de l'État, financées par des taxes sur le tabac et des loteries. Le franc se redresse et revient en à pour sterling. Le gouvernement et la Banque de France visent alors la stabilisation de la monnaie à pour et restaurer ainsi la convertibilité en or. Peu avant la victoire d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Poincaré en , le « Poincaré exécute le franc Germinal » - Joseph Savès, Hérodote., on fait le choix de la dévaluation. Le franc Poincaré est alors mis en place : il vaut 1/ du franc germinal et représente d'or finPetite histoire du franc.. Cette dévaluation met fin à l'illusion d'un retour au franc de la Belle Époque.

Une nouvelle gamme de pièces de monnaie est alors frappée, des pièces en argent de 10 et font leur apparition en 1929.

En matière de change, la valeur moyenne du franc français pour l'année 1929 s’établit comme suit : 1 livre sterling = 125,00 1 dollar américain = 25,00 1 reichsmark = 6,05 1 franc suisse = 5,00 1 lire italienne = 1,39Le cours de la livre sterling à Milan s'établissait en 1926 à 90 lires. 1 franc belge = 0,857

Grande Dépression et années 1930 Le franc connaît par la suite de nouvelles attaques sur le marché (1931, 1934) puis en 1936 et 1938, le gouvernement du Front populaire décide deux dévaluations progressives de 35 et 25 % pour, entre-temps, abandonner en , la convertibilité en or. À la veille de la guerre, le franc Poincaré avait perdu 75 % de sa valeur depuis 1928.

Conversion

Notes et références

Catégorie:Monnaie obsolète en Europe