La bataille de Gebora est un affrontement de la guerre d'indépendance espagnole, opposant les armées espagnoles et françaises. Elle se déroula le près de Badajoz, en Espagne, et vit l'armée espagnole d'Estrémadure mise en déroute par une force française en infériorité numérique.

Afin d'appuyer l'action du maréchal Masséna au Portugal — dont les troupes piétinaient devant les lignes défensives de Torres Vedras, en avant de Lisbonne —, le maréchal Soult, avec un contingent de l'armée du Midi, quitta l'Andalousie et vint mettre le siège devant l'importante forteresse de Badajoz. Pour contrer cette menace, le général britannique Wellington et son allié espagnol le marquis de La Romana décidèrent d'envoyer une armée espagnole à la rencontre des Français. La Romana mourut peu après et ce fut le général Gabriel de Mendizábal qui fut chargé de diriger l'expédition. Accompagnés par un détachement de cavalerie portugaise, les Espagnols arrivèrent en vue de Badajoz au début du mois de et campèrent sur les hauteurs voisines de San Cristóbal.

En dépit des instructions de Wellington, Mendizábal négligea d'ériger des retranchements défensifs et Soult, profitant de la vulnérabilité de son adversaire, envoya une partie de ses troupes à l'assaut des collines. Le matin du , les formations françaises du maréchal Mortier enfoncèrent rapidement l'armée espagnole, cette dernière perdant tués ou blessés et prisonniers contre seulement hommes chez les assaillants. Cette victoire permit à Soult de concentrer l'ensemble de ses forces autour de Badajoz, qui capitula le et resta aux mains des Français jusqu'à l'année suivante.

Contexte Malgré sa victoire sur le maréchal Masséna lors de la bataille de Buçaco, en , la progression française força l'armée du vicomte de Wellington à se retirer derrière les lignes de Torres Vedras, un réseau de fortifications visant à défendre la route de Lisbonne. Le , toute l'armée anglo-portugaise avait franchi les lignes à l'exception de l'infanterie légère britannique et de quelques patrouilles de cavalerie. Simultanément, Masséna concentra ses forces autour de Sobral en vue d'organiser une attaque contre les positions ennemies. Après un premier affrontement le , les Français renoncèrent cependant à lancer un assaut d'envergure et restèrent ancrés sur leurs positions pendant un mois avant de se retirer vers Santarém et Rio Maior.

vignette|gauche|Le maréchal Jean-de-Dieu Soult, duc de Dalmatie, par Louis-Henri de Rudder.

Parallèlement à ces événements, Napoléon avait envoyé plusieurs dépêches au maréchal Soult, commandant en chef de l'armée du Midi, pour lui demander d'apporter de l'aide à Masséna.. Les directives de l'Empereur se fondaient néanmoins sur un contexte militaire obsolète car la situation sur place avait considérablement évolué entre-temps. soldats alliés et six forteresses d'importance séparaient à présent l'armée française de la capitale portugaise, rendant une attaque contre Lisbonne pratiquement impossible. Contraint à l'action, Soult rassembla tout de même une armée de hommes, principalement issus du corps, et lança une expédition en Estrémadure, dans le double objectif de capturer la forteresse espagnole de Badajoz et d'attirer une partie des forces alliées loin de Masséna et des lignes de Torres Vedras.

Le maréchal divisa son armée en deux colonnes et s'enfonça en Estrémadure par les deux principaux cols menant jusqu'à la vallée du Guadiana, avec l'intention de rejoindre la ville d'Almendralejo. L'une des colonnes françaises, commandée par le général Latour-Maubourg, ne rencontra aucune résistance sérieuse durant sa marche : le , elle tomba sur espagnols et portugais près de la localité d'Usagre, mais ces derniers se contentèrent de couvrir la retraite de la division espagnole Mendizábal au-delà du Guadiana. Latour-Maubourg arriva sans encombre à proximité d'Almendralejo où il attendit l'arrivée de la deuxième colonne française..

Celle-ci, commandée par le maréchal Soult en personne et formée principalement de la division d'infanterie du général Gazan, fut ralentie dans sa marche par le train de siège qui devait emprunter une route plus longue et plus praticable. Le mauvais temps et la désertion des conducteurs espagnols retardèrent dangereusement les canons français, un problème aggravé par la menace des soldats espagnols du général Ballesteros. Accroché par les troupes du maréchal Mortier, Ballesteros se replia sans grands dommages et continua à rester une menace sur les arrières des forces françaises. Pour prévenir toute tentative de coup de main, Soult envoya la division Gazan tenir à distance les Espagnols afin de protéger le convoi d'artillerie, tandis que lui-même avec la cavalerie poursuivit sa marche sur Almendralejo. Soult parvint à faire sa jonction avec Latour-Maubourg le , mais avec seulement une fraction de ses forces d'origine et sans artillerie lourde.

Prélude de la bataille Soult prend Olivence et assiège Badajoz vignette|gauche|Pedro Caro y Sureda, de La Romana, par Vicente López y Portaña.

Soult n'avait pas les moyens d'assiéger une forteresse aussi imposante que celle de Badajoz avec une armée réduite et décida donc de modifier ses plans. Il envoya sa cavalerie légère sous le commandement du général de brigade André Briche prendre Mérida et, laissant quatre escadrons de dragons à Albuera pour surveiller la garnison de Badajoz, il marcha avec le reste de son armée sur Olivence dans le but d'investir cette ville.. Wellington avait auparavant proposé au général marquis de La Romana — commandant de l'armée espagnole d'Estrémadure – soit de détruire les fortifications d'Olivence, soit de les réparer et de s'y retrancher ; la Romana, à son tour, avait ordonné à Mendizábal de détruire les défenses, mais celui-ci avait ignoré cet ordre et préféré renforcer la garnison avec quatre bataillons d'infanterie.. De fait, lorsque Soult arriva devant la ville le , les Espagnols ne disposaient que de retranchements médiocres pour abriter leur garnison. L'artillerie lourde française rallia le corps de Soult à partir du et, le 22, une brèche mal réparée dans les murs de la forteresse fut rouverte. La garnison se rendit le avec plus de soldats de l'armée d'Estrémadure.

Ce succès ne rendit pas la situation de Soult meilleure pour autant : bien qu'il disposait d'un important contingent de cavalerie (environ hommes), l'envoi de deux bataillons chargés d'escorter les prisonniers capturés à Olivence jusqu'à Séville ne lui laissait que fantassins pour poursuivre sa campagne. En outre, bien que son train de siège eut commencé à rejoindre, l'absence de la division Gazan le privait de troupes importantes. Le maréchal décida malgré tout d'assiéger Badajoz dans l'espoir que Wellington dirige des renforts sur ce point, réduisant d'autant l'effectif de l'armée alliée opposée à Masséna sur les lignes de Torres Vedras. Le , Soult marcha donc en direction de Badajoz tandis que Latour-Maubourg avec six escadrons de cavalerie fut chargé de traverser le Guadiana pour bloquer l'accès nord à la forteresse. Le , le premier siège de la ville commença. La division du général Gazan rejoignit enfin l'armée de Soult le , ce qui renforça de hommes l'effectif de l'armée française.

Mendizábal prend le commandement de l'armée espagnole vignette|Le vicomte Wellington décida avec La Romana du plan de campagne de l'armée alliée (peinture de Robert Home, 1804).

Pendant ce temps, le général Mendizábal se repliait sur la frontière portugaise après avoir envoyé deux bataillons renforcer la garnison de Badajoz. Affaibli par sa défaite à Olivence et par l'absence des soldats de Ballesteros, il envoya des renforts à La Romana et fut lui-même renforcé le par hommes partis d'Abrantès sous le commandement de Charles d'Espagne. Près de soldats furent également dirigés en avant des lignes de Torres Vedras le et arrivèrent à Elvas le 29. Ces forces se joignirent aux hommes de Mendizábal, lequel disposait d'une division de cavalerie espagnole et d'une brigade de cavalerie portugaise, portant l'effectif de l'armée à environ soldats. Ces troupes devaient être commandées par le général La Romana et avaient pour objectif de tenir Soult en échec devant Badajoz. La Romana mourut cependant d'un anévrisme le et le commandement de l'armée revint alors au général Mendizábal...

Peu de temps avant sa mort, La Romana avait rencontré Wellington et convenu avec lui d'un plan de campagne, prévoyant que l'armée irait s'installer sur les hauteurs de San Cristóbal, son flanc droit protégé par le fort du même nom et son front couvert par les cours d'eau Gebora et Guadiana, le flanc gauche étant quant à lui sécurisé par la forteresse de Campo Maior et sur ses arrières par celle d'Elvas.. Lorsqu'il arriva sur la rive nord de la Guadiana le , Mendizábal ne tint aucun compte de cette décision dont il avait pourtant été informé lors de sa prise de commandement. La plus grande partie de son infanterie pénétra dans l'enceinte de Badajoz, ne laissant qu'un faible contingent de fantassins et la cavalerie sous le fort San Cristóbal. Le , Mendizábal tenta une sortie contre les lignes de siège françaises. La cavalerie portugaise, soutenue par un petit détachement d'infanterie, feinta vers l'aile gauche française tandis qu'un contingent de hommes s'en prit à leur aile droite. Les Espagnols commandés par Charles d'Espagne culbutèrent les premières lignes françaises et réussirent même à engager l'une des brigades du général Girard, mais le maréchal Mortier ayant envoyé plusieurs bataillons au secours de son lieutenant, les assiégés furent finalement repoussés et durent regagner Badajoz après avoir perdu soldats, contre tués ou blessés dans le camp français.

Le , Mendizábal retira la plus grande partie de ses hommes de la forteresse de Badajoz, ce qui réduisit l'effectif de la garnison à soldats. fantassins vinrent occuper les hauteurs de San Cristóbal tandis que cavaliers campaient en arrière des lignes dans les plaines de la Caya. Contrevenant une nouvelle fois aux directives de Wellington, le général espagnol négligea d'édifier des retranchements défensifs et se contenta d'envoyer une partie de sa cavalerie en avant de ses lignes pour observer les mouvements français. Soult, de son côté, écarta momentanément la menace de l'armée espagnole pour se concentrer davantage sur la mise en place de ses lignes de siège et de ses canons autour de Badajoz. De fortes pluies transformèrent les cours d'eau Guadiana et Gebora en torrents infranchissables, de sorte qu'entre le 11 et le , l'artillerie française n'eut d'autre choix que de bombarder l'extrémité sud de la ligne espagnole, la forçant à s'éloigner d'une certaine distance de Badajoz et de la protection du fort San Cristóbal...

Déroulement de la bataille vignette|upright=1.6 |Carte de la bataille de Gebora (19 février 1811).

La pluie s'apaisa enfin durant la nuit du et la Gebora était à nouveau guéable. Dans la soirée, Soult dirigea neuf bataillons d'infanterie, trois escadrons de cavalerie et deux batteries d'artillerie, le tout sous le commandement de Mortier, traverser un pont enjambant la Guadiana à partir de la rive nord. Rejoint par les six régiments de cavalerie du général Latour-Maubourg, le maréchal avait sous ordres , et prêts à attaquer les lignes adverses à l'aube du .. Profitant d'un épais brouillard matinal, les Français traversèrent la Gebora, repoussèrent les avant-postes espagnols et s'avancèrent à moins de deux kilomètres de leurs lignes sans être repérés. Simultanément, le de hussards, chargé par Latour-Maubourg de contourner le flanc gauche de Mendizábal, gravit discrètement les hauteurs au nord et tomba par surprise sur les unités sans méfiance de Charles d'Espagne.

vignette|gauche|upright=0.7|Le maréchal Édouard Mortier, duc de Trévise.