Un taxon Lazare est un taxon, le plus souvent une espèce ou un groupe animal mais parfois une espèce ou un groupe végétal, qu'on a cru éteint mais qu'on redécouvre vivant, ou bien un taxon qui n'apparaît pas dans le registre fossile pendant une période significative de l'histoire de la Terre et qui semble réapparaître à un moment donné.
Cette appellation est donnée en référence au personnage de Lazare, ressuscité par Jésus dans le Nouveau Testament.
Description et type de taxon Lazare Il s'agit d'un terme qui s'applique à toute espèce animale ou végétale considérée comme éteinte à la fois dans la nature et en captivité mais qui est redécouverte et se révèle être en vie « de façon miraculeuse ». Les populations d'animaux considérés comme n'existant plus qu'en captivité (comme l'Ara de Spix ou le Cerf du Père David) mais qui sont redécouvertes dans la nature pourraient techniquement compter comme telles, et ce, dans une zone plus large de la définition du terme, mais ce dernier est officiellement et universellement accepté comme n'étant exclusif qu'aux espèces « disparues » de manière totale.
Il existe deux types de taxon Lazare : celui où il est question d'un organisme déjà une fois découvert, décrit ou non, par l'homme du vivant de l'organisme en question puis qui disparaît d'une manière ou d'une autre, et est redécouvert de nouveau une seconde fois par l'homme qui l'a cru disparu. À savoir que les espèces disparues depuis un certain temps (au moins depuis 50 ou environ selon les standards, période de temps où l'on considère que, faute d'observations confirmées et officielles de l'espèce, elle n'existe plus) et considérées officiellement comme espèces éteintes au niveau mondial sont techniquement les seules à pouvoir être éligibles. Les autres espèces disparues en apparence et redécouvertes après un laps de temps relativement court ne sont généralement pas acceptées ou considérées comme pouvant en faire partie ; celui où il est question d'un organisme découvert tout d'abord à partir de fossiles ou subfossiles (pouvant dater de plusieurs milliers ou millions d'années suivant les cas) par l'homme, qui le classifie par voie logique comme éteint puisque aucune preuve ne vient corroborer la possibilité de la survie de l'espèce, mais qui plus tard est redécouvert comme étant vivant bien qu'on ait cru d'abord à son extinction (extinction d'origine humaine lointaine ou extinction naturelle). Il s'agit alors souvent moins d'une espèce que d'une famille, voire d'un ordre entier, comme celui des coelacanthes (dont les espèces actuelles ne sont pas les mêmes que celles du registre fossile). Dans ce cas là, les organismes se voient aussi le plus souvent attribués le terme de fossiles vivants, qu'ils aient beaucoup ou très peu évolué entre la date des ossements premièrement découverts et la redécouverte de l'espèce en vie.
Les taxons Lazare sont très importants dans le domaine scientifique, de la biologie, de la nature, de l'écologie et de la conservation puisqu'ils rendent compte de l'importance des conséquences et de l'impact de l'homme sur Terre, sur l'environnement, sur l'évolution des populations animales et végétales à travers le temps. Il est également primordial de rappeler au public l'importance de la sauvegarde des espèces menacées, qu'elles soient vulnérables ou en danger (critique ou non) d'extinction et de la diversité génétique et biologique.
Caractérisation des périodes d'absence vignette|Fuligule de Madagascar.
Taxons fossiles Le terme est à la base utilisé en paléontologie. La période d'absence d'un taxon se traduit par un manque dans les enregistrements fossiles, c'est-à-dire qu'on ne connaît que des preuves de vie ancienne et des preuves de vie récente, mais qu'il n'en existe aucune pour les périodes intermédiaires. Comme il est impossible qu'un groupe évolutif puisse réapparaître après avoir disparu, ce phénomène s'explique le plus souvent par le fait qu'aucun fossile intermédiaire n'a été retrouvéCnrs.fr- Glossaire. La période d'absence se traduit aussi par le manque, voire la quasi-absence, d'individus observés dans la nature.
C'est par exemple le cas des coelacanthes : ils disparaissent du registre fossile en même temps que les dinosaures, mais deux espèces d'eaux profondes ont survécu jusqu'à nos jours, alors que les espèces fossiles connues étaient des espèces de faible profondeur. Ce genre de cas de figure n'est évidemment pas possible avec des animaux devant respirer à la surface comme les dinosaures.
Espèces éteintes Par extension de sens, le terme peut aussi s'appliquer à des espèces considérées comme « éteintes », faute d'individus observés pendant plusieurs années ou décennies, voire siècles, mais redécouvertes vivantes, tels le Petaurus gracilis, le Takahé du Sud ou le Fuligule de Madagascar, ou encore le Rat-chinchilla du Machu-Picchu. Cependant, il faut que la redécouverte et l'existence des créatures impliquées soit prouvée. En effet, certaines espèces, comme le Pic à bec ivoire, peuvent soi-disant avoir été vues par des personnes et ces témoignages en question, non confirmés, ne peuvent pas suffire à prouver l’existence d'animaux disparus vivant encore aujourd'hui (cela relève alors de la cryptozoologie). Certaines espèces classées comme éteintes peuvent cependant être reclassées comme espèces en « danger critique » à la suite de certains de ces témoignages, suivant les conditions, comme la Nette à cou rose.
Espèces menacées Cependant, malgré la redécouverte d'animaux, qui implique que des individus vivants de ces espèces existent, les grands organismes de conservation comme l'UICN considèrent que ces espèces sont le plus souvent toujours menacées de disparaître, le nombre d'individus observés étant faible, ou à un stade proche de l'incapacité de renouveler les générations. Malgré cela, certaines espèces ont pu vivre sans être observées pendant plusieurs décennies, tel que le Potoroo de Gilbert, présumé éteint pendant .
Le plus souvent, ces espèces « ré-apparues » sont pour la majorité des animaux de petite taille, qui nécessitent moins de place et de nourriture pour survivre, et qui peuvent de fait passer inaperçues durant plusieurs années, au contraire des animaux de taille moyenne ou grande, qui peuvent difficilement ne pas laisser de traces de leur présence et survivre avec peu de ressources. Les mœurs et habitudes de certains animaux, souvent très discrets et craintifs de nature, peuvent aussi favoriser et inciter les organismes à les considérer comme éteints.
Le plus souvent, les espèces disparues redécouvertes sont localisées et ne subsistent que dans des lieux isolés où l'homme ne met presque jamais les pieds, là où leurs aires de répartitions, pour les espèces non endémiques des îles, étaient autrefois grandes pour la plupart, mais chassés jusqu'à l'extinction dans ces zones. Les espèces redécouvertes sont donc aussi le plus souvent des espèces dite « relique ». Au vu des recherches et expéditions scientifiques un peu partout dans le monde, surtout depuis la fin du et de nos jours, de nombreuses espèces qu'on pensait éteintes sont redécouvertes et peuvent la plupart du temps bénéficier d'une protection ainsi que des efforts de sauvegarde afin de les mettre hors de danger.
Réapparition d'espèces Réapparition d'espèces présentes sur la liste rouge de l'UICN Plantes Eriogonum truncatum que l'on pensait éteinte en 1935, a été redécouverte en 2005 ; Pedicularis furbishiae que l'on pensait éteinte en 1880, redécouverte dans les années 1970 ; Ilex sapiiformis, l’Ilex de Pernambouc, que l'on pensait éteinte en 1838, redécouverte en 2023.
Mammifères Eupetaurus cinereus, petit écureuil volant connu seulement grâce à des peaux collectées au Pakistan à la fin du jusqu'à ce que des spécimens vivants soient capturés dans les années 1990 (1994). Potorous gilbertii (Potoroo de Gilbert), marsupial australien présumé disparu dès les années 1870 jusqu'à sa redécouverte en 1994... Cryptotis nelsoni, espèce de musaraigne du genre Cryptotis de la sous-famille des Soricinae de la famille des Soricidae, endémique des pentes du volcan San Martín Tuxtla dans l'État de Veracruz au Mexique, découverte en 1894, puis non observée pendant environ pour être ensuite redécouverte en 2004.
Oiseaux Pterodroma cahow (Pétrel des Bermudes), un oiseau marin présumé éteint depuis 1620, jusqu'à sa redécouverte au début du . Acrocephalus orinus, (Rousserolle à grand bec) un sylviidé connu seulement grâce à un seul spécimen collecté en Inde en 1867, redécouvert en Thaïlande en 2006. Otidiphaps insularis, le « pigeon-faisan », redécouvert en Papouasie Nouvelle Guinée en et pourtant « disparu » auparavant.
Insectes Dryococelus australis, un phasme de l'île Lord Howe présumé éteint dans les années 1920-1930 mais redécouvert en 2001 sur le massif volcanique de la pyramide de Ball. Également nommé tree lobster (« homard des arbres ») en raison de sa taille, c'est un des taxons Lazare les plus connus, emblématique de la protection, de la réintroduction et de la conservation des insectes en Australie.
Reptiles Chelonoidis phantasticus (Tortue géante de l'île Fernandina), tortue considérée éteinte depuis 1906, et redécouverte en avec la découverte d'un spécimen femelle vivant et officiellement en 2021 après que des tests génétiques pour prouver bel et bien son identité aient été réalisés.
Autres espèces redécouvertes Mammifères Burramys parvus (Opossum nain des montagnes), une espèce naine d'opossum déclaré éteinte en 1896 et redécouvert en 1966. Petaurus gracilis, une espèce d'opossum disparu pendant plus de cent ans à partir des années 1800 et redécouverte en 1989. Pseudomys novaehollandiae, rongeurs de la famille des Muridés, éteinte en 1867 et redécouverte en 1967. Solenodon cubanus (Solénodonte de Cuba), espèce de mammifères venimeux appartenant à la famille des Solénodontidés, découverte en 1861 puis considéré comme en danger d'extinction le car aucun spécimen n'avait été observé depuis 1890, puis redécouvert en 1974 et 1975 avec quelques rares observations pour être considéré comme éteint en 1980 et re-redécouvert en 2012. Pithecia vanzolinii (Saki moine de Vanzolini), espèce de primates d'Amazonie, éteinte en 1956 et redécouverte en 2017. Moschus cupreus (Porte-musc du Cachemire), espèce de Porte-musc originaire d'Afghanistan, non-observé de 1948 à 2009, auparavant considérée comme une sous-espèce du Porte-musc alpin. Tragulus versicolor (Chevrotain à dos argenté), espèce Vietnamienne de la famille des Tragulidae, décrite en 1910 et considérée comme éteinte pendant trente ans, depuis 1990, et redécouverte en 2019. C'est le plus petit de tous les ongulés. Dobsonia chapmani, une espèce de chauve-souris endémique des Philippines considéré comme éteinte dans les années 1970 mais redécouverte en 2000. Nesolagus timminsi (Lapin tigré), une espèce de lapin asiatique proche du Lapin de Sumatra. Considéré comme disparu, il a été de nouveau observé en 2000 au Vietnam et dans une région reculée du Laos. Tarsius pumilus (Tarsier pygmée), primate asiatique endémique de Célèbes de la famille des Tarsiidae connu auparavant à partir de deux spécimens fossiles de musée, redécouvert en 2008 dans le parc national de Lore Lindu, à plus de d'altitude. Pseudomys gouldii (Souris de Gould), une espèce de souris australienne vivant sur les îles au large de Shark Bay, en Australie-Occidentale, connue comme « souris de Shark Bay », ou « djoongari », présumée éteinte depuis et redécouverte en 2021 après que des chercheurs ont réalisé une étude sur la diversité des rongeurs en Australie.... Apomys sacobianus (Souris du volcan Pinatubo), une espèce de souris vivant sur le mont Pinatubo sur l'île de Luzon aux Philippines, présumée éteinte depuis 1991, date à laquelle le mont est entré en éruption, redécouverte en 2011 et 2012, et officiellement médiatisé en 2021, et étonnamment redécouverte en état prospère sur les lieux de son habitat...