vignette|Société d'histoire locale et régionale de Mons et de ses environs L'histoire locale est le domaine des recherches et publications historiques centrées sur un territoire particulier, généralement limité de manière volontaire à une localité ou à une zone géographique très restreinte. L'objet des recherches peut varier et toucher simultanément à des disciplines très variées : l'archéologie, la géographie, la démographie, la généalogie, la dialectologie, la toponymie, et bien d'autres. Dans sa variante plus professionnelle, elle mobilise également de nombreux autres courants de l'historiographie comme l'histoire rurale, la démographie historique, etc. Les études sont souvent réalisées et publiées par des sociétés savantes locales.

Définition et concept L'histoire locale est indissociable du cadre géographique envisagé par l'historien, le topos. Pour reprendre les termes de Pierre Goubert : " Nous appellerons histoire locale ce qui concerne un village ou quelques villages, une petite ou moyenne ville (un grand port ou une capitale est au-delà de la portée locale), ou une zone géographique ne dépassant pas l'unité provinciale commune (comme un shire anglais, un contado italien, un Land allemand, un bailliage ou un pays français)". L'histoire locale est donc celle qui prend pour topos, une zone géographique restreinte, qu'elle soit pratiquée par des historiens "amateurs" ou "professionnels"

Souvent, ceux qui la pratiquent la défendent en arguant que c'est à une échelle particulièrement pertinente, probablement la plus pertinente, car pendant longtemps l'homme avait pour unique perspective la paroisse voisine ou la petite ville la plus proche, soit un rayon d'une dizaine de kilomètres. Cet espace géographique restreint à étudier, présente alors une forte homogénéité et cohésion sur les plans juridique, social et économique. Pierre Goubert (1971) fait remarquer que : « puisque seules les élites locales, en tout cas les plus cultivées et socialement élevées, sont amenées à sortir de ce contexte local, pour se déplacer dans la province ou dans un pays voisin proche (notamment dans le cadre de guerre, de visite rendue au suzerain,...), leurs remarques sont générales en fait ne tiennent pas compte de certains facteurs comme les institutions sociales appliquées à échelle plus grande (notamment dans le domaine religieux) ».

Une histoire écrite par des « amateurs » ou des « professionnels » ?

Une histoire d'abord écrite par les érudits, puis par les historiens professionnels Ainsi, il ne faut pas réduire l'histoire locale à ce que certains historiens ont appelé « l’érudition locale », et c'est bien le cadre qui définit ce qui relève d'une approche locale de l'histoire, et non ceux qui la pratiquent. Néanmoins, on observe que si les historiens dits "professionnels" tendent à se spécialiser dans un domaine historique précis, l’érudit local lui construit généralement un savoir large sur la localité (ou la région) sur laquelle il travaille. Par cet ancrage géographique, les historiens contribuant à cette érudition participent à l’affirmation d’une identité locale, chose plus rare pour les historiens professionnels qui même lorsqu'ils sont "localistes", travaillent la plupart du temps sur des régions pour laquelle ils n'ont aucun affect. De l'autre côté, pour les érudits locaux, étudier ce passé local est un moyen de prouver que le "topos" envisagé est digne d'intérêt pour les historiensB. De L'Estoile, Le goût du passé, dans Terrain, , 2001, (lire en ligne [archive], consulté le 3 décembre 2018) .

Néanmoins, il faut reconnaître une certaine forme de primauté dans l'apparition d'une histoire locale écrite par des érudits locaux sur l'historiographie "localiste" "professionnelle". En effet, les premières tentatives d'histoire locale sont d'abord celles d'érudits locaux, avec notamment dès le la mode des histoires provinciales ou même plus tard, les multiples histoires d'institutions à fort rayonnement local comme les abbayes et grandes seigneuries, qui jette les bases du genre. Mais il faut attendre le début pour que l'histoire locale prenne la forme qu'on lui connaît. À cette époque, des sociétés savantes se forment, à la suite des académies apparues dans la seconde moitié du , dans lesquelles se rassemblent des gens issus des franges bourgeoises de la société (des rentiers, des avocats, quelques enseignants, des nobles,...). Ceux-ci se présentent comme des érudits mais jusqu'au début du , leurs productions font l'objet d'une grande méfiance de la part des historiens issus des milieux académiques. Ces érudits pratiquent une histoire nourrie par certains événements locaux qui suscitent cette soif de savoirs sur un lieu précis comme l'ouverture inattendue de fouilles archéologiques, la mobilisation autour d'un monument en ruine menacé, d'un site remarquable, d'un re-découpage administratif ou des commémorations en tous genres.

De leur côté, les historiens professionnels, dans leur globalité, dédaignent l'histoire locale lui préférant une histoire générale qui est nécessairement politique, diplomatique, militaire ou ecclésiastique. Ces histoires générales sont présentées comme représentatives de tous les individus, considérés comme formant ensemble homogène au niveau national, sur le mode d'un peuple, une nation. L'entreprise "localiste" pour des historiens dits "professionnels" n'apparaît que très tardivement, dans l'après-guerre. Elle part du sentiment d'insatisfaction de nouvelles générations d'historien inspirée par l'école des Annales, lassée de réaliser des études sur les classes les plus élevées de la société et des idées élitistes, et souhaitant faire l'histoire des masses plutôt que celles des minorités gouvernantes. Ce changement entraîne une forme d'interdisciplinarité des nouvelles études d'histoire locale, mises en relation avec l'économie, la sociologie, la psychologie, la biologie ou encore.

Objets d'étude Les objets d’étude de l’histoire locale sont très diversifiés. Cependant, il est possible de délimiter un espace précis dans lequel ces études s’insèrent de manière récurrente. Le topos peut être de nature et d'extension variable, allant par exemple de l’histoire d’un quartier à celle d’une ville ou d’une région. Le cadre provincial est néanmoins, en quelque sorte, le cadre géographique maximum. À l’instar du lieu d’étude, la période embrassée par l'histoire locale peut porter sur la naissance d'une commune à la période contemporaine, ou, au contraire, s'attacher à une période plus lointaine, ou encore brosser une évolution à long termeP. Leuilliot, Histoire locale et politique de l'Histoire, dans Annales. Histoire, Sciences Sociales,  29, ,‎ 1974, (www.jstor.org/stable/27579201)..

Cela dit, une part importante des études d’histoire locale concerne l’histoire du Temps présent car elle permet de solliciter les témoignages des anciens. En tant que détenteurs des savoirs, des pratiques et des traditions, ces derniers sont des maillons essentiels dans leur transmission ainsi que dans leur préservation par les historiens locauxJ. Caritey, Pour une perspective de l'histoire locale et régionale, dans La Revue Administrative, v. 44, , 1991, p. 555-559 (www.jstor.org/stable/40782652)..

Du point de vue thématique, l’histoire locale ne se limite pas à la seule discipline historique, mais s'ouvre à d'autres domaines tels que les beaux-arts, l’architecture, la géographie, la littérature, le folklore, l’archéologie

Méthodologie Comme tout courant historiographique, l'histoire locale doit répondre aux méthodes rigoureuses de la science historique. Elle comporte encore souvent des travaux réalisés par des « amateurs » peu formés aux exigences du métier d'historien. En réalité, même si l’histoire locale a tendance à moins s’interroger sur ses méthodes et ses objectifs, sa pratique comporte quelques spécificités qu’il s’agit d’éclairer.

Outre le fait de focaliser son étude sur un espace restreint dont l’historien amateur est souvent issu, l’histoire locale recourt à une démarche beaucoup plus souple et plus narrative, loin des modèles universitaires. De plus, elle a la particularité d’être en partie l’œuvre de professionnels (notaires, magistrats, banquiers, médecins) qui mettent leurs connaissances pratiques au service de la compréhension du passé.

Étant donné sa limitation géographique, l'histoire locale est davantage qualitative que quantitative. Cela est dû en partie à la dimension réduite de l'objet, mais aussi au manque de qualification dans le traitement de données statistiques. L'histoire locale est également plus concrète, plus proche de la reconstitution de la vie quotidienne des anciens d’un quartier ou d’une ville. Dès lors, elle souligne l’écart entre l'histoire générale et les réalités parfois différentes, telles que vécues dans les régionsP. Leuilliot, Problèmes de la recherche V. Défense et illustration de l'histoire locale,dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, v. 22, , 1967, p. 154–177..

Peu d’études d'envergure internationale ont été réalisées sur l’histoire locale et la plupart des recherches scientifiques portant sur ce courant se rapportent à un événement dans un contexte national particulier. Par définition, l’histoire locale est ancrée dans une localité et embrasse, tout au plus, l'espace régional. À ce stade, le courant d'histoire locale ne cherche pas à universaliser sa méthodologie et ses enjeux, car tant les recherches que les réflexions se situent au niveau localD.V. Murillo, Modern local history in Spanish American historiography, dans History Compass, v. 15, , 2017; G. Thuillier et J. Tulard, Histoire locale et régionale, Paris, 1992..

Pour ce qui est de l'historiographie dite "professionnelle", le fait de prendre en compte un champ géographique restreint apparaît comme une méthode alternative qui permet de bénéficier pour ces espaces de valeurs précises et de données inédites, qui permettent de remettre en question certains poncifs de l'histoire générale. En effet, nombres d'études d'histoire générale offrent une vue certes globale, mais qui base leurs hypothèses parfois sur des corpus qui ne permettent pas d'établir des faits rigoureux, et parfois les auteurs se hasardent à des analyses que l'étude des sources régionales par les "localistes" permettent parfois de remettre en question. Néanmoins, les résultats obtenus ne peuvent être généralisés qu'avec précautionP. Goubert, Local history, dans Daedalus, v. 100, , dans Historical studies today, hiver 1971..

Sources À l'instar de l'histoire générale, l’histoire locale étudie une large diversité de sources, lesquelles varient selon le contexte chronologique et spatial. Les thèmes de recherche dépendent aussi des auteursD. Guyvarc’h et A. Croix, éd., Guide de l'histoire locale. Faisons notre histoire !, Paris, 1990, ; W. B. Stephens, Sources for English local history, Manchester, 1973, .. La liste ci-dessous n'est donc pas exhaustive : Égo-documents et écrits du for privé Archives notariales (Répertoire de notaires) Registre paroissial Registre d'état civil Recensement Tableaux de conscription Cahier de doléances Presse écrite Enquêtes orales Archives politiques Archives d'organismes de charité et d'aides aux pauvres Archives de l'industrie

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