Jean Chrysostome (en ), né à Antioche (aujourd'hui Antakya en Turquie) entre 344 et 349La date de naissance est discutée., et mort en 407 près de Comana, a été archevêque de Constantinople. Il est considéré comme un des pères de l'Église.

C’est à la prédication qu’il consacre l’essentiel de son immense activité littéraire. Son éloquence brillante et énergique est à l'origine de son épithète grecque de (), qui signifie littéralement « à la bouche d'or ». Sa rigueur et son zèle réformateur face aux puissants de son temps qui rivalisaient d’intrigues basses et coupables l'ont conduit à l'exil et à la mort.. On lui doit l'anaphore qui constitue le cœur de la plus célébrée des Divines Liturgies dans les Églises orthodoxes.

À la fois saint, père de l'Église orthodoxe, docteur de l'Église catholique et de l'Église copte, Jean Chrysostome est fêté le , le (translation de ses reliques), le (fête des Trois Hiérarques) dans l’Église orthodoxe, le dans l’Église catholique.

Biographie Sa famille, chrétienne, appartient à la bourgeoisie d'Antioche. Son père, Secondus, officier dans l'armée syrienne, perd la vie tandis que Jean est encore enfant. Il est alors élevé par sa mère, Anthusa. Devenu adolescent, il aurait reçu, selon certains auteurs chrétiens du , l'enseignement du célèbre orateur et professeur de rhétorique Libanios, mais ce n'est nullement assuré, bien qu'il ait été certainement formé à la rhétorique. Ayant assimilé tout l’essentiel de la culture grecque classique, il entre au barreau, Il témoigne avoir mené une jeunesse dissipée et avoir été (Du Sacerdoce, I, 3), pour s'accuser ensuite d'avoir été gourmet, amateur d'éloquence judiciaire et de théâtre.

Vers les années 369-372, vers l’âge de ans, Jean s'intéressant plus qu'à toute autre chose à l’Écriture sainte, demande le baptême, après avoir rencontré l'évêque Mélèce. Antioche étant alors un centre théologique important, Jean devient l'élève de Flavien et de Diodore de Tarse, maître incontesté de l'époque. C'est auprès de ce grand exégète qu'il devient sensible au sens littéral des textes sacrés, se méfiant quelque peu des interprétations allégorisantes de l'école théologique d'Alexandrie. Aimant particulièrement l'évangile de saint Matthieu et les épîtres de Paul, il ne cessera de les relire jusqu'à sa mort. Ces méditations éveillent en lui un goût certain pour la solitude et l'ascèse : il renonce toutefois à partir pour le désert, afin de ne pas attrister sa mère. Résolu néanmoins à devenir moine, il s'installe seul dans une petite maison, vivant en ermite aux portes de la ville. Ordonné lecteur par Mélèce, l'évêque d'Antioche, il se consacre à la théologie. Mais l'appel du désert finit par triompher : en 374, à la mort de sa mère, Jean renonce à ce monde qu'il aimait tant ; il se retire d’abord dans un couvent pendant quatre ans, puis s'aventure, non sans appréhension, dans les lieux arides du désert. Il y découvre alors que les plus « durs travaux » ne sont pas les travaux physiques, tels que « bêcher, porter du bois et de l'eau et faire toutes sortes de travaux de ce genre » (De compunctione ad Demetrium, I,6), mais de se porter et de se supporter soi-même, ainsi que le rappel incessant de ses maux et de ses faiblesses. Au bout de quelques années, en 380, il revient à Antioche en prédicateur de l’ascétisme : Durant l'hiver 380-381, il est ordonné diacre par Mélèce, soit l'année du concile œcuménique de Constantinople.

En 386, Flavien, successeur de Mélèce, lui confère le sacerdoce.. Le ministère principal de Jean devient alors la prédication ainsi que la direction spirituelle. Dès l’année suivante, en 387, une émeute éclate à AntiocheÉvénements rapportés par Libanios et par les historiens Sozomène, Théodoret et Zosime. à la suite d’une forte levée d’impôts ; une délégation de citoyens aisés demande des allègements ou des délais, mais cette démarche pacifique se transforme dans la foule en sédition accompagnée de violences. On coupe les cordons des lampes qui éclairaient les bains, on abîme les images peintes sur bois, et on s’attaque aux statues de bronze qui représentaient l’empereur Théodose et Ælia Flacilla, son épouse défunte, ainsi que ses fils Honorius et Arcadius : c’est un véritable crime de lèse-majesté qui oblige l’évêque Flavien à partir pour Constantinople afin d’implorer la grâce de l’empereur. Jean Chrysostome reste seul à Antioche face à la population désemparée ; il prononce alors les célèbres homélies intitulées Sur les statues. Flavien à son retour est porteur d’un rescrit de pardon, mais les coupables voient leurs biens confisqués et leurs familles sont chassées de leur maison.

Jean poursuit son travail d'écriture, et rédige de nombreux traités, entre autres, À une jeune veuve, De la Persévérance dans le veuvage, Consolation à Stagire, Sur les cohabitations illicites entre moines et moniales, et sur l'éducation. Il acquiert une certaine célébrité grâce à son talent d'orateur : des fidèles prennent des notes de ses homéliesVoir ainsi l', prononcée en 387 pour se réjouir de voir la ville d'Antioche épargnée par l'empereur après la révolte.. Dans son Dialogue sur le sacerdoce (IV, 3), influencé par les idées de Grégoire de Nazianze, il décrit ainsi l'idéal qui est le sien : Dans le même ouvrage (VI, 5), à propos du monachisme, Jean écrit que ce n'est pas la seule voie menant à la perfection. Si le moine, menant une vie recluse, éloignée des tentations, peut plus facilement atteindre son but, Jean juge plus méritante encore la voie du prêtre, qui se consacre au milieu des périls du monde au salut de son prochain :

En 397, Nectaire, archevêque de Constantinople, perd la vie. Au terme d'une bataille de succession acharnée, l'empereur Arcadius choisit Jean. Dans ses prédications, il prêche assis sur l’ambon du lecteur, au milieu du public qui se presse autour de lui. La rééducation morale de la société et du peuple s’impose à lui avec force ; il constate une déchéance générale, l’abandon muet des exigences et des idéaux, non seulement parmi les fidèles, mais aussi dans le clergé : Il s'élève alors avec une grande force contre la corruption des mœurs et la vie licencieuse des grands, ce qui lui attire beaucoup de haines violentes. Il destitue les prêtres ou les évêques qu'il juge indignes, parmi lesquels l'évêque d'Éphèse, et ramène de force à leur couvent les moines vagabonds. Il s'attaque également aux hérétiques, aux juifsDavid Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 4, 2023, Éd. Labor et Fides, et aux païens : (Homélies sur les statues, I, 12). Il tient un langage sévère à l'égard des chrétiens judaïsants qui participent aux fêtes juives et suivent les offices religieux à la synagogue, mais aussi à l’égard des juifs, en qui il voit les adversaires de l'Évangile de Jésus : il marque ainsi et pour longtemps l’opposition théologique entre le judaïsme et le christianismeDavid Nirenberg : Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 3, 2023, Éd. Labor et Fides, . thumb|Jean Chrysostome. Icône en stéatite byzantine du . Musée du Louvre. Il impose son autorité aux diocèses d'Asie Mineure alentour. Répugnant à ses devoirs de représentation, il prend seul ses repas et impose un mode de vie frugal et austère à son entourage.

S'il jouit au départ de la faveur du couple impérial, il s'attire rapidement l'inimitié des classes supérieures et des évêques par ses critiques sévères de leur mode de vie non conforme à l'idéal évangélique. Lorsque Jean ordonne le retour des reliques de saint Phocas, l'impératrice Eudoxie, épouse d'Arcadius, se charge en personne de porter la châsse à travers la ville, ce dont Jean la remercie ensuite vivement dans une homélie. .

En 399, l’influence de Jean parvient à sauver, dans un premier temps, l'eunuque Flavius Eutropius, chambellan et favori de l'empereur, disgracié et réfugié dans la cathédrale, et qui avait pourtant été un temps parmi ses adversairesIl prononce alors une homélie restée célèbre, l’.. Mais Flavius Eutropius est décapité peu après. Cependant, l'inimitié de la cour impériale va croissant. Jean finit par blesser vivement Eudoxie en lui reprochant l'accaparement d'une somme appartenant à la veuve Callitrope et des biens d'une autre veuve : dans un sermon prononcé quelques jours auparavantSeconde Homélie de Chrysostome avant son départ pour l’exil., il avait comparé l'impératrice à Hérodiade et à l'infâme reine Jézabel de l'Ancien Testament.

En 402, Jean est mêlé à l'affaire de Théophile, patriarche d'Alexandrie, accusé publiquement de tyrannie et d'injustice par un groupe de moines égyptiens, accusés d'être disciples d'Origène. Ces derniers font appel à Jean, qui tente de se récuser, mais doit finalement accepter de présider un synode, convoqué par l'empereur, devant lequel Théophile est censé se présenter. Théophile engage alors la lutte contre son juge, en rassemblant tous les mécontents. Parmi les adversaires de Jean figurent Acace de Béroé, Sévérien de Gabala, et Antiochus de Ptolémaïs. Arrivant finalement à Constantinople en , Théophile est accompagné de vingt-neuf évêques égyptiens. L'affaire se retourne alors contre Jean : il est convoqué par ces évêques pour répondre des accusations formulées contre lui au concile du Chêne, près de Chalcédoine. Jean est alors déposé et condamné, condamnation ratifiée par l'empereur Flavius Arcadius. Dans une homélie, il exprime sa confiance dans le juge suprême, le Christ :

Il est aussitôt rappelé à la demande de l'impératrice qui, à la suite d'un mystérieux accident y voit un avertissement du Ciel. Cependant, les accusations reprennent contre lui. Quand la tension avec la cour est à son comble, Jean se montre peu diplomate, commençant un sermon par une allusion à Hérodiade réclamant la tête de Jean le Baptiste : La veille de Pâques, alors que Jean dans le baptistère s’apprête à baptiser les catéchumènes, les soldats font évacuer l’église à coups d’épée, le sang coule, et Jean est traîné brutalement, sur ordre de l’empereur, dans ses appartements. Finalement, il est une deuxième fois condamné et exilé à Cucusus, en Arménie, au milieu d’une population primitive et de brigands, et dans les rigueurs d’un climat malsain. Il est remplacé au siège patriarcal le par un vieillard, Arsace, auquel succède très vite Atticus, un ennemi de Jean. N’ayant plus rien à espérer des évêques qui se font les instruments dociles de la vengeance d’Eudoxie et de Théophile, il implore la protection du pape qui condamne et casse ces nominations. En butte à d’autres accusations calomnieuses, après l’incendie de l'église Sainte-Sophie et de la curie, Jean reçoit le soutien de plusieurs de ses partisans qui plaident son innocence auprès du pape.

Peu de temps après, Jean doit se réfugier au château d'Arabisse pour fuir une incursion des Isauriens. L'Église romaine reste jusqu’au bout fidèle au patriarche Jean. Le pape lui écrit dans son exil pour le consoler. Il condamne le concile du Chêne qui l'avait déposé et reconnaît Jean comme seul patriarche légitime de Constantinople. De là, Jean Chrysostome exprime au pape sa profonde reconnaissance pour les efforts accomplis pour lui rendre son titre légitime d’évêque de Constantinople : Cependant, sa renommée va grandissant. Devant l'afflux des visiteurs qui viennent à lui, en 407, il est condamné sur ordre impérial, à une relégation dans un lieu désert aux confins de l'empire, à Pithyos, sur la mer Noire. Il est forcé de faire à pied de longues marches sous l’ardeur du soleil.

Affaibli par la maladie, Jean meurt le au cours du voyage près de Comana dans le Pont. Ses dernières paroles furent sa doxologie coutumière : « Gloire à Dieu pour tout. Amen » (« / »).

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