La Geheime Feldpolizei (GFP) était, pendant la Seconde Guerre mondiale, la police secrète de la Wehrmacht, comparable à la sûreté militaire dans d'autres armées, comme celle de la France. Elle était chargée d'assurer la sécurité interne des forces armées, tant sur le territoire du Reich que dans les zones occupées. Elle opérait en complément de la Feldgendarmerie (prévôté) et en liaison étroite avec l'Abwehr, le service de renseignement militaire.

Jusqu’en 1942, la GFP, structurée en « groupes » (Gruppen) de 50 à 100 hommes, relevait directement du commandement militaire (Oberkommando der Wehrmacht). Elle agissait dans un cadre strictement militaire, en assurant des missions de contre-espionnage, de contrôle des troupes, et de surveillance des civils dans les zones sous autorité militaire.

À partir de 1942, ses groupes déployés dans les territoires occupés, notamment en France et en Belgique, passent progressivement sous le contrôle du RSHA (Reichssicherheitshauptamt), le puissant organe de sécurité du parti nazi dirigé par Reinhard Heydrich. Leurs agents deviennent alors, de facto ou de jure, des membres de la SS, et collaborent étroitement avec la Gestapo et le Sicherheitsdienst (SD).

Cette évolution marque une radicalisation de leurs méthodes : la GFP devient l’un des rouages de la répression nazie, surnommée « la Gestapo de la Wehrmacht ». Elle se rend coupable de crimes de guerre à grande échelle et de crimes contre l’humanité, en particulier dans la traque des résistants, des déserteurs et des civils jugés hostiles. Ces actions furent reconnues et condamnées par le Tribunal militaire international de Nuremberg après la guerre.

Origines

Des structures proches de la GFP apparaissent déjà avant la Seconde Guerre mondiale. Un organisme analogue est expérimenté par l’Allemagne nazie durant la guerre d’Espagne (1936–1939), sous l’appellation « S/88/Ic », un service de renseignement militaire attaché à la Légion Condor.

Avant la guerre, lors de l’Anschluss (annexion de l’Autriche en 1938) et de la crise des Sudètes, la sûreté militaire allemande est temporairement assurée par un service nommé « H.Dv.g.150 », bien que peu documenté.

La Geheime Feldpolizei (GFP), littéralement « police secrète de campagne », c’est-à-dire la police secrète dans les zones d’opérations militaires, est officiellement créée en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, mais elle hérite en réalité d’une tradition plus ancienne :

Elle remonte à une création prussienne du milieu du XIXe siècle, juste avant la guerre austro-prussienne de 1866. Elle est réactivée en 1914 pendant la Première Guerre mondiale, puis dissoute en 1918. Elle renaît avec la Wehrmacht en 1939, comme police militaire et de sécurité interne, agissant en parallèle avec la Gestapo et le SD.

Les agents de la GFP étaient parfois reconnaissables au sigle « GFP » apposé sur leurs épaulettes ou leurs papiers militaires, bien qu’ils opéraient souvent en civil ou en uniforme sans insigne distinctif, leur rôle impliquant un certain degré de clandestinité.

Caractéristiques Rôle La Geheime Feldpolizei avait pour missions principale:

D'arrêter toute personne menaçant l'action de la Wehrmacht : agents de renseignement ennemis, saboteurs, résistants, propagandistes, etc., notamment dans les zones d'opérations militaires. De mener des enquêtes de contre-espionnage et de centraliser les renseignements issus d’interrogatoires, d’arrestations et d’observations sur le terrain. D’assurer la sécurité de l’armée allemande dans les territoires occupés, en identifiant les menaces internes ou externes et en recommandant des mesures défensives adaptées. De réprimer toute forme d’opposition ou de propagande hostile dans les zones occupées, y compris au sein des populations civiles. De surveiller la population, évaluer son comportement et son état d’esprit à l’égard des forces d’occupation, et détecter toute forme d'organisation clandestine. D’exploiter les sources humaines, notamment en recrutant des informateurs ou collaborateurs locaux. D’assurer la discipline interne au sein de la Wehrmacht, y compris en enquêtant sur les comportements jugés déviants ou compromettants pour l’image de l’armée du Reich (ex. : homosexualité, trafic illicite).

En résumé, le rôle de la GFP dépassait largement le cadre classique de la police militaire. Son objectif était de protéger la Wehrmacht par tous les moyens, y compris par la torture, les arrestations arbitraires et la collaboration avec des groupes locaux. Elle agissait dans un cadre très large, interprétant la notion de « sécurité militaire » de manière expansive, ce qui lui permettait d’intervenir sur tout ce qui était considéré comme une menace, réelle ou supposée, pour l’armée allemande..

Après la guerre, bien que ses méthodes aient souvent été aussi brutales que celles de la Gestapo, la majorité de ses membres échappèrent à toute condamnation, à l’exception de quelques procès isolés.

Composition La taille des groupes de la GFP varie en fonction de la zone d'opérations. Ces groupes sont entièrement motorisés, mais leur armement est limité aux armes d'infanterie légère.

En 1939-1940 (Pays-Bas, Belgique, France), les groupes sont de 50 hommes : un chef de groupe ; 32 policiers ; 17 personnes chargées de l'intendance et du soutien (chauffeurs, secrétaires, personnel de sécurité, etc.).

En URSS à partir de 1941, leur effectif est de 95 hommes : un chef de groupe ; 54 policiers de terrain ; 40 personnes chargées de l'intendance et du soutien.

Recrutement Les cadres sont des policiers de métier, membres de la Kripo ou de la Gestapo, mobilisés dans la Wehrmacht.

Également mobilisés, les agents allemands de base sont choisis pour leur connaissance du pays et de la langue.

Enfin, la GFP recrute sur place des agents qui pénètrent les mouvements de résistance.

Réorganisation de la Geheime Feldpolizei en France et en Belgique (1942) En 1942, la Geheime Feldpolizei subit une profonde réorganisation dans les territoires occupés d’Europe de l’Ouest, notamment en France et en Belgique. Cette réorientation marque un tournant vers une militarisation encore plus idéologique et une intégration accrue dans l’appareil répressif nazi.

En France À partir de , la structure de sécurité allemande en zone occupée est renforcée avec la nomination à Paris de Carl Oberg comme Höherer SS- und Polizeiführer (HSSPF). Ce dernier, représentant direct de Himmler, place progressivement tous les services de sécurité sous le contrôle du Reichssicherheitshauptamt, dirigé par Reinhard Heydrich.

Les 23 groupes de GFP déployés en France sont alors intégrés, pour la plupart, dans les structures régionales du Sipo-SD (Gestapo + Sicherheitsdienst), appelées KdS (Kommandeur der Sicherheitspolizei und des SD). Les agents GFP reçoivent des grades SS et leurs unités sont fondues dans l’appareil de répression SS. Certains officiers prennent même le commandement local des antennes Sipo-SD, comme à Dijon.

Les groupes non intégrés sont dissous, à l’exception de ceux affectés directement à des unités militaires sur le terrain. Cette absorption vise à centraliser la répression, notamment contre la Résistance, les réseaux alliés, et les civils hostiles à l’occupation.

Un exemple notoire de brutalité est le groupe GFP 6/10, dont certains éléments composent le Kommando für Kapitalverbrechen à Paris, chargé d’exécutions au stand de tir de Balard.

En Belgique En Belgique, également occupée militairement depuis 1940, la réorganisation suit une logique similaire mais moins radicale. Les groupes GFP restent en grande partie sous commandement militaire, mais passent fonctionnellement sous la coupe du RSHA via la Sipo-SD.

Contrairement à la France :

Il n’y a pas de dissolution massive des groupes GFP. Les agents sont parfois intégrés aux structures SS locales, mais sans que la GFP perde entièrement son identité militaire. Aucune prise de commandement connue par des officiers GFP sur des unités Sipo-SD en Belgique.

Les groupes GFP belges conservent donc une double nature : officiellement organe militaire, mais agissant en collaboration étroite avec la Gestapo et le SD, notamment à Bruxelles, Anvers, Liège, et autour des grandes infrastructures stratégiques.

Enfin, les départements du Nord et du Pas-de-Calais, bien que français, sont administrés depuis Bruxelles dès 1940. Les GFP qui y opèrent (Lille, Calais, Arras...) suivent donc le modèle belge, non celui de la zone occupée française, ce qui explique leur non-intégration au Sipo-SD.

Actions de la GFP Contre les Allemands La GFP effectuait également la recherche des déserteurs de la Wehrmacht. Au printemps 1944, elle retrouve .

Il serait pour le moins étrange que cet organisme militaire ait pu terroriser la Gestapo, organe du parti nazi sous les ordres de Heydrich et de Himmler !

En France et en Belgique Organisation de la GFP des zones d'occupation de France et de Belgique En France et Belgique la GFP était le bras exécuteur de l'administration militaire dans la lutte contre la Résistance, l'espionnage allié et en effectuant une terreur sélective contre la population civile avec arrestations, déportations et exécutions des otages.

La torture et le meurtre étant monnaie courante comme en France au stand de tir de Balard.

Le chef de la GFP pour la France, Philip Greiner, à Paris, porte le titre de Leitender Feldpolizeidirektor auprès du gouverneur militaire en France. Il est installé à l'hôtel Lutetia, PC de l'Abwehr (renseignement et contre-espionnage) en zone occupée, ce qui facilite les liaisons. Plusieurs groupes sont installés dans la capitale. On peut citer ceux de l'hôtel Terrasse, avenue de la Grande-Armée, celui de l'hôtel Cayré, boulevard Raspail, etc.

Entre 1940 et 1942, la GFP est organisée au sein des trois circonscriptions militaires (Militärverwaltungsbezirk) de la zone occupée. Circonscription A (Saint-Germain), Circonscription B à Dijon, siège d'un poste Abwehr dont la compétence s'étend jusqu'en Suisse et en Belgique, et Circonscription C de Bordeaux-Angers.

Pour le Nord de la France (départements du Nord et du Pas-de-Calais), la GFP siège à Bruxelles, rue Traversière dans la commune de Saint-Josse-ten-Noode, et relève du général Alexander von Falkenhausen, gouverneur militaire (militär befehlshaber) de la Belgique et des départements du Nord et du Pas-de-Calais qui y sont annexés, à la tête de l'administration militaire de la Belgique et du Nord de la France (en allemand : Militärverwaltung in Belgien und Nordfrankreich).

Rôle de la police française Les conventions internationales disposent que l'ordre doit être assuré par la police du pays occupé et non par celle de la puissance occupante. Dans tous les pays envahis par la Wehrmacht, cette mesure censée atténuer les rigueurs d'une occupation militaire va, au contraire, aggraver la dureté et l'efficacité de la répression, d'autant que, pour des raisons politiques ou par intérêt personnel, de nombreux fonctionnaires collaborent activement. Or, ils ont une profonde connaissance de la population qui, sans eux, aurait fait défaut aux polices allemandes.

Les Brigades spéciales de la préfecture se trouvent soumises à la GFP (allemande). Les interventions routinières de police, telles que la recherche de renseignements, les perquisitions, les filatures, les premiers interrogatoires et les tortures étaient assurées par la BS2 (Brigade Spéciale N°2) de la préfecture.

En Belgique