vignette|Plusieurs trajets empruntés par l'Orient-Express entre 1883 à 1914. vignette|Publicité d'époque. vignette|Étiquette à bagage. LOrient-Express est un train de luxe créé par la Compagnie internationale des wagons-lits (CIWL) qui, depuis 1883, assure la liaison entre Paris et Vienne puis Venise, à partir de 1919, puis Constantinople, officiellement renommé Istanbul en 1930Orient-Express : attention au départ., desservant plusieurs capitales de nations européennes. Dans les années 1920, avec des artistes-décorateurs comme René Prou ou bien René Lalique, le style « Orient-Express » atteignit son apogée. C'est après plusieurs changements d'itinéraire, deux guerres et enfin par l'abaissement continu de son prestige pendant la guerre froide, que le service quotidien Direct-Orient-Express vers Istanbul et Athènes cessa en 1977, vaincu par la faiblesse de sa vitesse commerciale (à peine vers la fin) due aux interminables arrêts douaniers dans les pays communistes traversés, ainsi qu'à l'état obsolète de leurs réseaux, et malmené par la concurrence grandissante de l'aviation de masse.

Depuis 1982, un nouveau train de luxe régulier, assuré par une compagnie privée, le Venise-Simplon-Orient-Express, a pris le relais sur le trajet Paris – Venise, via Innsbruck ou Vienne, avec parfois un prolongement vers Istanbul. La marque Orient-Express est cependant restée propriété de la SNCF., toute compagnie privée devant utiliser une appellation à ajout (comme le Venise-Simplon-Orient-Express). Le Paris-Vienne a roulé sous l'appellation Orient-Express jusqu'en 2009, date depuis laquelle son exploitation par la SNCF est suspendue. La SNCF a racheté au groupe Accor les sept voitures du Pullman-Orient-ExpressArticle « La SNCF veut faire revivre l’Orient-Express » du journal ’’Le Monde’’, mars 2014., restaurées par la Compagnie internationale des wagons-lits, afin de les incorporer dans les convois de la société Train-Expo ou de les proposer à la location par des entreprises ou des particuliers. Du fait de la crise économique, leur utilisation dans la circulation de dîners-voyages, assurée précédemment, n'est pas jugée viable pour le moment. C'est une partie de ces voitures d'époque qui est parquée en 2014 le long de l'Institut du monde arabe, dans le cadre de l'exposition Il était une fois l'Orient-Express.

Histoire Les origines de l'Orient-Express (1867-1883)

vignette|Logo de la Compagnie internationale des wagons-lits (et des grands express européens).

Lors d'un voyage de plusieurs mois aux États-Unis en 1867, l'ingénieur belge Georges Nagelmackers découvre les (wagons-lits) conçus par l'industriel américain George Pullman. Si ces trains sont bien plus avancés technologiquement que ceux européens, ils s'avèrent être plutôt inconfortables selon l'avis même de la clientèle. À l'opposé, Nagelmackers observe les luxueux aménagements des paquebots transatlantiques. Dès lors, il revient en Europe avec l'idée de créer des trains de nuit de luxe à destination d'une clientèle aisée et publie son projet quelques années plus tard dans le livre Projet d'installation de wagons-lits sur les chemins de fer du continent. Mais le franchissement des frontières pose à la fois des difficultés techniques et diplomatiques . Le Belge entame de nombreuses négociations qui se trouvent interrompues par la guerre franco-allemande de 1870......

Georges Nagelmackers fonde en la société « Georges Nagelmackers et Cie » avec le soutien du roi des Belges Léopold II. Grâce à des conventions signées avec les compagnies ferroviaires nationales, il parvient à accrocher ses premiers wagons-lits aux trains circulant entre Paris (France) et Vienne (Autriche) puis entre Paris et Berlin (Allemagne). Mais l'entreprise connaît des difficultés financières et les banques se retirent. À la recherche de financement, Nagelmackers fait la rencontre à Londres (Royaume-Uni) du colonel américain William d'Alton Mann, riche inventeur dépositaire d'un brevet de wagon-lits doté de compartiments ouvrant sur un couloir latéral. Les deux hommes s'associent et fondent en la « ». En , Nagelmackers rachète les parts de son associé. Le , il fonde à Bruxelles la « Compagnie internationale des wagons-lits » qui devient en 1884 la « Compagnie internationale des wagons-lits et des grands express européens » en accord avec le développement de son activité.

Le , la Compagnie des wagons-lits lance un aller-retour Paris-Vienne exceptionnel dans un train de luxe baptisé « Train Éclair ». Composé de quatre voitures-lits, d'une voiture-restaurant et de deux fourgons, le train relie les deux capitales en . C'est la première fois que la Compagnie affrète son propre train..

Les débuts de l'Orient-Express (1883-1914)

vignette|Gravure du premier Orient-Express en 1883.

Le Paris-Vienne ayant beaucoup de succès, Georges Nagelmackers a l'idée de le prolonger vers Constantinople, capitale de l'Empire ottoman. La vogue de l'orientalisme n'a pas reflué et cet empire ne cesse de fasciner. De plus, les deux grandes puissances européennes, la France et la Grande-Bretagne, veulent soutenir ce géant moribond pour empêcher la Russie et l'Autriche-Hongrie de se partager ouvertement le contrôle des dernières régions européennes de l'Empire. Ainsi, les observateurs européens de l'époque voient dans cette nouvelle voie ferrée « l'annexion de Constantinople au monde occidental », tandis que pour les Ottomans, c'est en fait « l'Occident Express »..

Le à , a lieu de la gare de Strasbourg (actuelle gare de l'Est) à Paris le premier départ de l'« Express d'Orient », déjà appelé aussi « Orient-Express »Le Figaro, , . Cette appellation s'inspirait sans doute de celle, allemande, d'« Orient-Express-Zug ». à destination de Constantinople (Turquie)Le Figaro du 7 juin 1983, .. Selon certaines sources, les passagers étaient tous des hommes, à qui il avait été recommandé de porter par précaution une arme à feu.. Après cette mise en service, l'inauguration officielle a lieu le de la même année. Une foule composée notamment de journalistes, d'artistes et de personnalités des mondes politique et ferroviaire se presse sur les quais pour assister au départ de son voyage inaugural, auquel sont conviés vingt-quatre passagers, dont deux femmes. Parmi eux se trouvent des membres de la Compagnie des wagons-lits, dont le directeur et fondateur Georges Nagelmackers, des hommes politiques et hauts fonctionnaires français et belges, des représentants des grandes compagnies de chemin de fer français, des journalistes français et étrangers tels que Georges Boyer (Le Figaro)Voir sa relation du voyage dans Le Figaro, , . et Henri Opper de Blowitz (The Times), et le romancier Edmond About. Le prix des places, -or, représente la moitié d'un salaire annuel d'un ouvrier qualifié..

L'Express d'Orient fait l'aller-retour Paris-Constantinople de en moins de deux semaines : parti le à , à l'arrêt pendant cinq jours, il est de retour le à . Ainsi, le trajet de Paris à Constantinople n'a pris que quatre jours là où, jusqu'alors, la liaison maritime Marseille-Constantinople en nécessitait une quinzaine. C'est une révolution rapportée par une presse enthousiaste. Cependant, le trajet n'est pas encore direct : le train traverse l'Europe de Paris (France) à Bucarest (Roumanie) via Strasbourg, Munich (Allemagne), Vienne (Autriche) et Budapest (Hongrie). En l'absence de pont permettant de traverser le cours inférieur du Danube, les passagers doivent prendre un bac entre Giurgiu (Roumanie) et Roussé (Bulgarie)Ce n'est qu'en 1954 que le pont de l'amitié Roussé-Giurgiu sera mis en service (et à l'époque l'Orient Express n'emprunte plus cet itinéraire). pour franchir le fleuve et la frontière. Ils prennent ensuite un autre train à destination de Varna, port bulgare sur la mer Noire, où ils embarquent à bord du navire à vapeur Espero qui les emmène en une quinzaine d'heures jusqu'à Constantinople sur le Bosphore. De plus, au luxe du train s'ajoutent des animations comme un concert de musique tzigane et la visite du château de Peleș en Roumanie..

En 1885, le service devient quotidien entre Paris et Vienne. Cette même année, une nouvelle voie ferrée est ouverte de Budapest (Hongrie) à Constantinople (Turquie) via Belgrade (Serbie) et Sofia (Bulgarie), mais les passagers doivent encore prendre une diligence entre la ville serbe de Niš et la ville bulgare de Plovdiv.. Le premier , l'achèvement du dernier tronçon de la ligne permet à la liaison d'être intégralement effectuée en train.

vignette|Carte postale de l'Orient-Express près de Constantinople en 1900.

En 1891, l'Express d'Orient est renommé « Orient-Express », mais continue à être désigné sous son appellation initiale dans la version française du nouveau traité conclu en 1899 entre les douze administrations nationales des chemins de fer concernées et la Compagnie internationale des wagons-litsDocument consultable sur Open Archives SNCF.. À cette époque, les passagers sont libérés des contraintes administratives, la Compagnie s'occupant de présenter les passeports à chaque passage de frontière. Le train devient un axe de communication majeur vers l'Orient, attirant une clientèle fortunée mais variée comme des célébrités, des demi-mondaines, de riches marchands, et même des espions en mission. Ce microcosme va inspirer de nombreux artistes tel qu'Agatha Christie. L'Orient-Express est un chef-d'œuvre de l'Art nouveau et de l'Art déco à tous les niveaux (marqueterie, maroquinerie, tapisserie, argenterie, vaisselle…), mais son luxe et la richesse présumée de sa clientèle suscitent des convoitises. Ainsi, le , à Tcherkeskoï (Thrace orientale), des bandits de grand chemin attaquent le train et repartent avec un butin de et cinq voyageurs en otagePour la presse allemande, le convoi attaqué était bien l'Orient-Express lui-même (voir le Hamburgischer Correspondent du 1er juin 1895, alors que pour la presse française, il s'agissait en réalité d'un train spécial d'excursion organisé pour de riches passagers de l'Orient-Express. Les faits sont relatés dans le journal Le Temps des 3, 5, et 7 juin 1891, et Le Matin annonce leur dénouement heureux le 9 juin 1891 . . L'année suivante, le train est mis en quarantaine en raison d'une épidémie de choléra survenue à bord.

En 1894, une liaison appelée « Ostende-Vienne-Orient-Express » relie Ostende et Bruxelles (Belgique) à Vienne (Autriche) où les wagons se raccrochent à l'Orient-Express venant de Paris.. De la même manière, une autre liaison de prestige appelée « Berlin-Budapest-Orient-Express », composée de matériel luxueux, relie Berlin (Allemagne) à Budapest (Hongrie) à partir du , quotidienne d'abord, puis bi-hebdomadaire, puis hebdomadaire jusqu'à sa disparition le , faute de fréquentation suffisanteR. Commault, En 1900, un train de luxe pour , La Vie du Rail, , , ..

Grâce au succès de l'Orient-Express, la Compagnie des wagons-lits se développe : elle lance d'autres trains de luxe vers de nouvelles destinations (le Sud-Express entre Paris et Madrid/Lisbonne, le Rome Express entre Calais et Rome, le Riviera Express entre Amsterdam/Berlin et Nice), fonde en 1894 la Compagnie internationale des Grands Hôtels qui ouvre des hôtels de luxe dans les principales étapes des lignes pour ses voyageurs (Pera Palace à Constantinople, Élysée Palace à Paris, Riviera Palace à Beausoleil).

La Première Guerre mondiale (1914-1918)