Les brigades spéciales (BS) étaient, à la préfecture de police de Paris, pendant la Seconde Guerre mondiale, une police spécialisée dans la traque des « ennemis intérieurs », principalement communistes, rarement dissidents, prisonniers évadés, et réfractaires au STO. Créées en 1941 par Pierre Pucheu, elles dépendaient de la direction centrale des Renseignements généraux (RG) et travaillaient en étroite collaboration avec les polices allemandes, sur la base de textes répressifs français.. Si les affaires juives étaient suivies par ces mêmes RG, la recherche des Juifs était principalement entre les mains de la brigade spécialisée de la Police judiciaire.

Confusion Les brigades spéciales de Vichy ne doivent pas être confondues avec la Brigade spéciale du Quai des Orfèvres.

En 1942, le service de sûreté éclate en une dizaine de districts et il ne reste à Paris qu’une brigade spéciale forte d’environ 300 hommes. Cette brigade est divisée en trois sections. À la première section, dite BS1, on confie les enquêtes de sang. C’est l’ancêtre de la brigade criminelle. La BS2 est chargée de réprimer les vols ; et la BS3 traite des escroqueries, des abus de confiance et de la fausse monnaie.

Après la Libération, pour éviter le moindre quiproquo avec les calamiteuses brigades spéciales de Vichy, l’appellation « brigade spéciale » disparaît du vocabulaire policier.

Siège Le siège des brigades spéciales était situé au , salle 35 de la préfecture de police de Paris, aile actuellement occupée par la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC).

Chefs Commissaire Fernand David, responsable de la BS1 (pièce 47), surnommé « David les Mains Rouges », fusillé après la Libération le Commissaire René (dit Jean) Hénoque, responsable de la BS2 (pièce 29) spécialisée dans la traque des communistesEn fuite à la Libération, il pourrait avoir quitté le territoire français, pour peut-être la Belgique ou le Congo belge. Il est condamné à mort par contumace, mais il n'est ensuite jamais retrouvé. Baldini (pièce 27) Inspecteur Gaston Barrachin Blancard (pièce 38) Bouton Inspecteur Chauveau (pièce 37) Clévy (pièce 41) Inspecteur Daimé (pièce 37) Decorty (pièce 40) Désaunié (pièce 45) Leblanc (pièce 27) Maupin Portalès - secrétaire (pièce 44), par ailleurs reconnu comme résistant. Rochet - secrétaire (pièce 42) Thévenard - secrétaire (pièce 46)

Affectation Les agents affectés aux brigades spéciales (BS) sont majoritairement des inspecteurs de la police de Paris, complétés par des gardiens de la paix promus, occasionnellement recrutés sur concours avant 1937. Ils sont pour la plupart, comme beaucoup de leurs collègues, d'origine provinciale et nés avant la première guerre mondiale. Ces policiers intègrent les RG ou les BS parfois à partir de , puis à et enfin en 1942. Le recrutement s'avère alors difficile faute de volontaires. Même de très jeunes inspecteurs fraîchement recrutés seront versés de force dans ces unités.

Les premiers sont des inspecteurs volontaires issus des RG ou de la PJ, puis ils sont rejoints par des gardiens de la paix, détachés comme inspecteurs auxiliaires de la DRG à la déclaration de guerre et qui se retrouvent versés dans les BS. Titularisés inspecteurs spéciaux, ils constituent l'ossature de la BS2.

Les seconds sont des gardiens de la paix, de la BS1. Les plus zélés se trouvent dans les et de la BS2 commandés par Jean Bouton, membre du PPF, de Doriot et Gaston Barrachin.

Ceux de 1942 sont soit de jeunes policiers, certains membres du PPF ou du RNP entrés à la police de Paris par idéologie, soit des jeunes devenus policiers pour échapper au STO et affectés aux BS.

La plupart de ces inspecteurs sont et vivent dans un climat xénophobe, antisémite et anticommuniste, à l'image de l'État de Vichy et d'une partie de la population. Les volontaires ne sont pas nombreux après 1942, malgré l'assurance de gratifications (primes, médailles, etc.) et d'un avancement rapide (même en cas d'échec aux concours).

La politique collaborationniste du régime de Vichy permet une coopération étroite entre les forces répressives allemandes et françaises. C'est ainsi que le , René Bousquet, préfet et secrétaire général de la police de Vichy, et Carl Oberg, Höherer SS- und Polizeiführer (« chef supérieur de la SS et de la police allemande ») pour la France, signent un accord de coopération. Mais l'essentiel des arrestations se font sur la base de textes français d'avant-guerre, les « décrets Daladier ».

Les brigades spéciales travaillent ainsi avec les différents services de sécurité allemands (Geheime Feld Polizei, Ordnungspolizei, Kripo, Gestapo, Sicherheitsdienst…), afin de démanteler les groupes de guérilla, à Paris en particulier, qui entretiennent un sentiment d'insécurité au sein des troupes occupantes.

Méthodologie Les principales méthodes étaient déjà pratiquées depuis de nombreuses années : Fichiers, indicateurs puis filatures, arrestation, interrogatoire, passage à tabac, torture…

Les inspecteurs chargés d’une surveillance marchaient en binômes. Ils devaient téléphoner au chef de groupe quotidiennement, afin de rendre compte et recevoir des ordres. Tous les deux jours, ils devaient présenter des rapports. Une fois les personnes connues, une seconde équipe, voire une troisième, était jointe à la première afin d’identifier la personne filée. L’identification connue, la BS cherchait à repérer sa, ou ses, planques. S’il s’agissait de surveiller un lieu fixe où le camouflage était difficile, ils utilisaient des camions bâchés ou des camionnettes. La filature s’effectuait par des équipes dont les membres étaient échelonnés de de part et d’autre du trottoir. Les policiers pouvaient être camouflés en ouvriers, en employés des PTT ou de la RATP, voire en clochards.

Des résistants ont signalé avoir été suivis par des individus portant l'étoile jaune. Aucun camouflage n’était tabou. La filature pouvait durer plusieurs mois, afin d’être la plus efficace possible. Lorsqu’un résistant se sentait traqué, les inspecteurs relâchaient la surveillance afin qu’il doute de son sentiment. Les policiers désignaient souvent leurs cibles par un pseudo relatif à l'endroit où elles avaient été repérées pour la première fois. Les spécialistes dressaient ensuite des organigrammes détaillés qui permettaient d'établir aisément des rapprochements.

Une fois arrêté le résistant était amené dans les locaux des brigades spéciales à la préfecture de police. Dans un premier temps, il y était interrogé et torturé puis il était interné, déporté ou exécuté.

Démantèlement des bataillons de la Jeunesse communiste 250px|thumb| Après série d'attaques, dont certaines assez spectaculaires, contre l'armée allemande, la BS2 sous le commandement du commissaire Georges VeberEmmanuel Lemieux : Tony, 1942. Un procès oublié sous l'Occupation puis du commissaire divisionnaire René Jean Hénoque, entre octobre et , démantèle une grande partie des bataillons de la jeunesse communiste avec les arrestations successives de Fernand Zalkinow, Robert Peltier, Tony Acher Semahya, Roger Hanlet, Pierre Milan, Tony Bloncourt et Christian Rizo, puis le Louis Méléro, dit « Tony ». Seul le chef du groupe, Gilbert Brustlein, parviendra à échapper à la capture Le commissaire Hénoque et les redoutables enquêtes de la BS-2, partie I.

En , sept membres des bataillons de la jeunesse sont jugés par la justice militaire allemande dans le cadre du procès dit du « Palais Bourbon ». Ils seront tous fusillés au Mont-Valérien.

Démantèlement de l'Organisation spéciale du PCF La BS-2 s'applique ensuite à démanteler l'Organisation spéciale du PCF. Le , Yves Kermen est arrêté, le c'est au tour de Robert Marchand, puis le suivant Maurice Feferman et Maurice Feld tombent, et enfin le Raymond Losserand, France Bloch-Sarrazin et Dominique Savattero sont à leur tour arrêtés par la BS2.

En , une vingtaine de membres de ce groupe sont jugés par la justice militaire allemande dans le cadre du procès dit de la « Maison de la Chimie ». La plupart d’entre eux seront fusillés au Mont-Valérien.

Autre groupe Le , après l'explosion d'une grenade devant la porte d'entrée de l'hôtel Chicago occupé par l’armée allemande 99 bis, rue de Rome, deux hommes prennent la fuite. Maîtrisé par des passants sur le boulevard des Batignolles, Maurice Cadet est amené au siège de la BS-2 où il reconnaît les faits ainsi que la participation à d'autres actions, comme le le jet d'un engin explosif contre un bureau de placement allemand de la rue Clisson, où un gardien de la paix est tué après un échange de coups de feu, le il assure le service d'ordre durant la manifestation anti-allemande de la rue Daguerre, animée par Lise Ricol, le le jet d'un engin explosif contre le bureau de placement de la rue de la Procession et, le , l'incendie un camion allemand sur le quai de JemmapesPlaque à la mémoire de Maurice et Jean Cadet, Paris ..

Jugé le , il est fusillé le du même mois en même temps que son frère Jean, Marcel Lainé, Eugène Dion et Gaston Père.

Parmi les autres personnes arrêtées au sein de ce groupe se trouvait Artur London, qui sera appréhendé le et qui sera déporté à Mauthausen, tout comme sa femme, Lise Ricol.

Lutte contre la MOI Histoire de la première filature : les BS effectuent la première filature dont la cible est l’organisation communiste de la jeunesse juive et son appareil de propagande des FTP-MOI.

Le , les policiers suivent deux résistants de la jeunesse juive, qui rencontrent une jeune fille accompagnée d’une fillette que les inspecteurs n’ont pas encore identifiés mais dont ils connaissent les « surnoms » : Lucien, Bertrand et Martine. Les BS perdent leurs traces lorsque le groupe rentre dans un immeuble à plusieurs sorties (qu’ils ignoraient).

Le , la police retrouve la trace de Bertrand et le suit jusqu'à sa planque 8, rue Stanislas-Meunier à Paris. Bertrand ressort accompagné de Martine. Désormais ces deux résistants sont logés.

Voici les portraits parlés de Bertrand et Martine par les inspecteurs de la BS2 : Bertrand : 22 ans, , mince, nez long, visage type sémite, cheveux châtain clair rejetés en arrière, retombant sur le côté. Pardessus bleu marine à martingale, pantalon noir, souliers jaunes, chaussettes grises. Martine : 20 ans, , corpulence moyenne, cheveux châtain moyen relevés sur le devant et retombant sur la nuque. Nez légèrement retroussé, teint mat, non fardée, vêtue d’un manteau beige avec fronces dans le dos, bas blancs ; elle porte un sac à provision gris et un sac à main noir. Elle est accompagnée d’une fillette.

Le , Henri Krasucki dit Bertrand, l'un des quatre membres de la direction de la jeunesse juive, et sa compagne Paulette Sliwka dite Martine (la petite fille était Lilli Krasucki sa sœur) sont arrêtés ainsi que jeunes Juifs de nationalité étrangère, qui sont ensuite déportés, sous l’inculpation d’assassinats, menées terroristes et complicité.

Histoire de la seconde filature : Les BS effectuent une seconde filature dont la cible est la branche politique de la MOI.

La nouvelle filature commence à partir du dénommé Maroc, qui faisait partie de ceux qui avaient été laissés en réserve, au cours de précédentes arrestations, pour servir de point de départ (à son insu bien entendu) pour de nouvelles opérations. Le , Maroc rencontre Henri, dont les BS font le portrait parlé : Henri : 32 ans environ, , corpulence moyenne, teint clair, visage juif, cheveux bruns, coiffé d’un chapeau marron clair à bords larges, légèrement relevé sur le derrière, pardessus gris beige à martingale avec des raies longitudinales marron, pantalon gris, souliers noirs, genre élégant. Les BS identifient rapidement Henri ; il s’agit d'Adam Rayski responsable de l’organisation juive de la MOI, le qui était composé d'une quarantaine de juifs. Début , l’adjoint d'Adam Rayski, Idel Barszczewski dit Korman, dit Orléans, est pris en filature, identifié et une de ses planques logées (square du Tarn).