thumb|Miniature dans un ouvrage de : un roi pointe une image de son fils et de son tuteur, qui en est tombé amoureux.

L'homosexualité dans l'islam se penche sur les relations sexuelles et amoureuses entre hommes ou entre femmes, qui ont été considérées de diverses manières au long de l'histoire de l'islam et du monde islamique.

Le Coran ne contient pas de passages qui parlent explicitement d'homosexualité, mais l'histoire du prophète Loth est aujourd'hui interprétée par les écoles traditionnelles de loi islamique pour caractériser l'homosexualité comme une turpitude, à condamner moralement et socialement dans sa pratique publique ou dans l'incitation à sa pratique. L'homosexualité est illégale dans la quasi-totalité des pays à majorité musulmane. Dans certains pays appliquant des formes de droit islamique, le sexe homosexuel est notamment sanctionné en tant que crime de sodomie, pour lequel les punitions prescrites peuvent aller jusqu'à la peine de mort, par pendaison ou lapidation.

Les musulmans et musulmanes homosexuelles ont des rapports divers à la religion, et une minorité propose notamment de lire l'islam de manière queer. En politique, les revendications gays et lesbiennes sont également articulées de manières diverses à l'islam.

Histoire

À l'époque du prophète Mahomet, les textes parlent de personnes dites mukhannathun qui pourraient être considérées comme homosexuelles selon les conceptions actuelles.

Dans la littérature L'homosexualité est présente dans l'histoire des littératures du monde islamique. Ainsi, l'homoérotisme dans la littérature arabe classique est-il un thème relativement courant. Dans la littérature persane, plusieurs exemples d'attirance d'un homme pour un autre sont aussi à constater, comme dans la poésie de Saadi.

Au , il existe un genre de poésie en ourdou consacré à l'amour et au sexe entre femmes, le .

Moyen Âge

Dans le Maghreb médiéval, la charia était appliquée par des juges se référant à la loi du rite malikite pour les autochtones et hanafite pour les Turcs. L'homosexualité est criminalisée dans les deux cas. En effet, elle est classée comme une forme de désobéissance aux commandements d'Allah. En revanche, elle n'est pas considérée comme un acte d'apostasie (kufr).. Dans Le Précis de Sidi Khalil de Khalil ibn Ishaq al-Jondi (juriste égyptien du XIV siècle), qui s'adresse aux musulmans malikistes, le chapitre intitulé L'adultère, l'inceste, la fornication et la sodomie décrit les actes sexuels prohibés par la loi religieuse. La sodomie y est décrite comme .. Néanmoins, cette loi condamnant l'homosexualité demeure difficile à appliquer. En effet, selon la jurisprudence malikite, l'acte de sodomie doit être prouvé soit à travers la confession de l'incriminé quatre fois et à quatre moments différents en présence d'un juge, soit à travers les témoignages de quatre hommes musulmans, majeurs, libres et intègres, ayant vu en même temps, à partir du même endroit, la même chose.. Pour les musulmans hanafites, la situation est beaucoup plus souple, bien que leur jurisprudence condamne également l'homosexualité. Les juges ont la liberté de choisir entre la prison et la flagellation comme punition pour les accusés de sodomie. Ceci est basé sur la déclaration d'Abû Hanîfa, fondateur de ce rite : ..

La chercheuse Jocelyne Dakhlia reconnaît une place importante de l’homoérotisme vis-à-vis des jeunes éphèbes dans le monde musulman ou entre femmes jusqu'au , ce qui, pour El-Rouayheb, n'est pas contradictoire avec une condamnation de l'acte homosexuel.

Époque coloniale Selon une étude critique de la question, Mohammed Mezziane, Sodomie et masculinité chez les juristes musulmans du . Arabica 55 (2008) . Koninklijke Brill NV, Leyde, 2008 [Mohammed Mezziane, Sodomie et masculinité chez les juristes musulmans du . Arabica 55 (2008) . Koninklijke Brill NV, Leyde, 2008 DOI: 10.1163/157005808X310651 DOI: 10.1163/157005808X310651]..

Cette vision de l'évolution de la perception de l'homosexualité dans le monde musulman a cependant été critiquée, notamment par Thomas Eich, qui estime qu'il est trop simple d'affirmer que seul le puritanisme de l'époque victorienne avait contribué à cette vision de l'homosexualité aux Proche et Moyen-Orient : « L'inclusion de régions arabes dans l'Empire mongol, ainsi que la migration des peuples turcs, ont pu éventuellement entraîné des changements dans les concepts de genre ». Selon Jocelyne Dakhlia dans un article de revue sur l'historiographie de l'homosexualité dans le monde musulman, les historiens du avaient tendance à présenter la période coloniale comme ayant introduit l'idée d'homosexualité dans l'islam, tandis qu'à partir du , les historiens ne présentent plus les cultures islamiques comme un bloc monolithique, et soulignent le rôle joué par les diverses histoires pré-coloniales, qui contiennent elles aussi des identités liées aux relations sexuelles entre hommes ou entre femmes.

Selon Susana Mangana, une spécialiste interrogée par la BBC, l'homophobie dans le monde islamique date du .

Réinterprétation

Ce sera à partir d'un héritage culturel étranger, que désormais la gravité de la sodomie sera décrite comme étant son opposition avec la finalité des rapports charnels, donc le fait qu'elle est nuisible à la procréation et à la pérennité de l'espèce humaine. Selon Benkheira, il est très clair qu'un débat très important sur la sodomie entre époux a eu lieu au Mohammed Hocene Benkheira, article « Homosexualité », in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, .. Mezziane précise, de même, que l'argumentation sur les raisons de l'interdiction de la sodomie homosexuelle - non plus comme acte d'apostasie (irtidat comme pour le peuple de Loth) ou d'insoumissions aux prescriptions d'Allah (fisq), mais comme un acte contre nature - a été élaborée pour les besoins de la cause assez tardivementMohammed Mezziane, Sodomie et masculinité chez les juristes musulmans du . Arabica 55 (2008) 276-306. Koninklijke Brill NV, Leyde, 2008 DOI: 10.1163/157005808X310651. ..

Pénalisation de la sodomie

L'impact de la Sunna dans le monde musulman a conduit à des législations particulièrement répressives. L'homosexualité est ainsi interdite par la loi dans la quasi-totalité de pays de culture musulmane, avec des peines allant des forcées et la flagellation jusqu'à la peine de mort... Douze pays l'appliquent ainsi : Afghanistan, Arabie saoudite, Brunei, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Pakistan, Qatar, Soudan, Somalie et Yémen..

Sur ce total, la moitié mettent en place la peine de mort pour homosexualité au siècle. Brunei l'introduit ainsi en 2019, contre dix ans de prison auparavant. Sous la pression de la communauté internationale et les appels au boycott, le sultan Hassanal Bolkiah met cependant en place un moratoire sur son application. À l'exception de l'Ouganda, à majorité catholique, qui l'introduit en 2023, l'ensemble de ces pays sont à majorité musulmane, et basent ces lois sur la charia..

L'International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association fait régulièrement état des dispositions légales utilisées pour sanctionner des hommes gays ou des relations sexuelles entre hommes par les organes judiciaires d'États se réclamant de l'islamHomophobie d'État, rapport rédigé par Daniel Ottoson et publié par l'International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) en avril 2007. La lapidation est retenue comme méthode d'application de la peine de mort dans plusieurs de ces pays, tels le Nigeria, l'Arabie saoudite ou Brunei... En Iran, où la pendaison est utilisée, des exécutions publiques ont régulièrement lieu, dont les dernières en 2022.

Le spécialiste des études arabes souligne que la punition de l'homosexualité au nom de l'islam est souvent présentée de manière simpliste:

Dans la jurisprudence islamique

Dans diverses conceptions de l'islam, dont certaines sont aujourd'hui dominantes dans la plupart des pays du monde islamique, l’homosexualité est vue comme un péché en se basant sur la lecture du CoranDictionnaire du Coran, sous la direction de Mohammed Ali Amir-Moezzi, Bouquins, Robert Laffont, .

Hadiths Certains hadiths attribués à Mahomet, prophète de l'islam, condamnent l'homosexualité, et prescrivent parfois également la peine de mort comme sanction, sans toutefois préciser comment pratiquer cette exécution. Or, tous les hadiths présentés sur la question par les jurisconsultes pour appuyer la condamnation à mort ont été critiqués pour leur authenticitéMohammed Mezziane, Sodomie et masculinité chez les juristes musulmans du . Arabica 55 (2008) 276-306. Koninklijke Brill NV, Leyde, 2008 DOI: 10.1163/157005808X310651 ; ..

En droit étatique d'inspiration islamique

Selon l'anthropologue du droit Baudoin Dupret dans une étude de cas sur l'Indonésie, le Liban, l'Égypte et le Sénégal publiée en 2021, ces quatre pays suivant le modèle du droit civiliste ont connu une histoire différente par rapport aux colonies de l'empire britannique, dans lesquelles la sodomie était explicitement interdite. Ainsi, leurs législations ne contiennent pas d'incriminations spécifiques pour l'homosexualité, mais les jurisprudences des tribunaux étatiques s'y appuient sur des dispositions générales interprétées au regard des conceptions localement dominantes de la morale sexuelle, nourries par les traditions islamiques sur l'éthique du sexe.

En Indonésie, le Code pénal hérité du droit colonial néerlandais interdit de manière vague la perbuatan cabul entre personnes de même sexe – dans la version originale néerlandaise inspirée par le Code pénal français, le terme utilisé était ontucht, traduit en debauchery par Dupret, qu'on peut rendre en français par « obscénité ». La jurisprudence, confirmée par un arrêt de la Cour suprême de 2017, a toujours considéré que cette obscénité qualifie seulement les agressions sexuelles sur mineurs du même sexe, pas les rapports entre adultes. En revanche, les juges indonésiens utilisent en partie une loi d'interdiction de la pornographie pour châtier les relations sexuelles entre hommes.

Au Liban, un article du Code pénal de 1943 aux origines obscures – peut-être inspiré par le délit d'homosexualité créé en 1942 sous le régime de Vichy selon Dupret – sanctionne les actes sexuels . Le même héritage français se retrouve dans le droit sénégalais, qui sanctionne les actes contre-nature. Au Liban, les activités sexuelles homoérotiques ont été généralement subsumées sous ce chef d'accusation jusque dans les années 2010, quand un processus de réorientation a été initié par l'association militante Helem et a abouti à un revirement de jurisprudence en 2018.

En Égypte, les juges utilisent une loi de 1961 contre la prostitution pour punir les relations homosexuelles en tant que marques d'obscénité.

Dans l'ensemble, selon le panorama proposé par Dupret, les juges étatiques se reposent principalement sur des textes de loi vagues, appliqués en les interprétant à travers des catégories cis- et hétéronormatives. Ces conceptions morales sont influencées par les diverses traditions islamiques, mais l'islam n'est pas régulièrement invoqué comme un fondement des punitions imposées.

Homophobie et acceptation sociale