Bertrand de Bacilly [Bacilli, Bassilly], baptisé à Lolif (Manche) le et mort à Paris le , est un compositeur, chanteur et théoricien de la musique français.

Élève du chanteur Pierre de Nyert et probablement du luthiste Denis Gaultier, il a été le maître de chant de nombreuses personnes de condition comme de plusieurs musiciens professionnels.

De 1703, année où il est cité dans le Dictionnaire de musique de Sébastien de Brossard, jusqu’à un colloque de 2008 qui a rectifié cette erreur, il a été nommé Bénigne de BacillyVoir Michel 2008 et Guillo-Michel 2011 n. 19. Aucune édition ancienne ne cite son prénom avant la mention de Brossard, et tous les actes d’archives qui le citent le prénomment bien « Bertrand »..

Biographie Jeunesse et apprentissage thumb|right|250px|La page de titre du livre d'airs de 1662. Sa famille est établie à Lolif, bourgade normande au nord nord-ouest de la ville épiscopale d’Avranches. Son grand-père Jean I Bacilly, sieur des Vallées, était conseiller du roi, élu en son élection d'Avranches, et marié à Renée Le BannoisTous les éléments généalogiques sont détaillés dans Guillo-Michel 2011 p. 269-273 ; seuls les principaux sont repris en notes ici.. Mort en 1628, il laissa quatre fils et deux filles. Le fils aîné Julien Bacilly, sieur des Vallées (ca. 1595 – 1649), était advocat conseiller du roy et esleu en son eslection d’Avranche, donc officier royal de rang moyen. Il reçut en 1621 ses lettres de provision pour l’office de contrôleur des tailles d’Avranches. Marié avec Geneviève Le Chevalier autour de 1615, Julien eut huit enfants légitimes puis quatre enfants naturels après le décès de sa femme en 1627. Son troisième enfant fut Bertrand de Bacilly, baptisé le , qui tenait son prénom de son parrain Bertrand Le Bret, président en l’élection d’AvranchesADR Manche : BMS Lolif, à la date..

La jeunesse de Bertrand de Bacilly n’est pas documentée ; on ignore s’il a appris la musique en amateur ou s’il a suivi un cursus maîtrisien. N’étant que le troisième fils de son père, il n’eut pas de nom de terre et sa part d’héritage fut probablement réduite. Le , son père Julien lui céda une rente de 60 lt. à prendre sur les revenus d’une de ses terresActe cité dans l’inventaire après décès du musicien., pour constituer sa rente sacerdotale. Cette formalité étant nécessaire pour accéder à la prêtrise, on peut supposer que celle-ci eut lieu peu après. En effet, le , lorsque Bertrand est parrain de Bertrand II Bacilly, un fils de son oncle Guillaume, il est déjà qualifié de prêtreADR Manche : BMS Lolif, à la date. Ce Bertrand II Bacilly (1648-1722) a été anobli en 1698 ; il fut gentilhomme ordinaire de la Grande vénerie du roi et cité comme tel dans l'État de la France de 1699. Il est référencé dans les manuscrits Nouveau D’Hozier 20 et Chérin 12 à la Bibliothèque nationale de France et cité dans Du Boscq 1907 p. 82.. Dans tous les actes parisiens retrouvés, Bertrand est toujours qualifié de prêtre et le seul bénéfice qu’il semble avoir eu est celui de la chapelle Saint-Eustache de La Versine.

Premières années à Paris Assez tôt, Bacilly fut attaché au duc d’Elbeuf (1596 – 1657), comme le mentionne la dédicace des Remarques sur l’art de bien chanter offerte en 1668 à sa fille Marie Marguerite-Ignace de Lorraine (1628 – 1679) dite Mademoiselle d'Elbeuf. Bacilly déclare avoir été son maître de chant et rappelle à cette occasion qu’il « fut » à son père, c’est-à-dire attaché à son service. Charles II de Guise-Lorraine, duc d'Elbeuf, était établi à Paris ; sa mort en 1657 laisse supposer qu’il fut un des premiers protecteurs de Bacilly et que Mademoiselle d’Elbeuf fut probablement une de ses premières élèves de BacillyLa présence de Bacilly dans les archives relatives à cette famille n’a pas été retrouvée.. Étant un proche du duc François VI de La Rochefoucauld, le duc d’Elbeuf a peut-être laissé Bacilly profiter des relations littéraires de son ami, qui fréquentait le salon de Madeleine de Souvré, marquise de Sablé.

Avant 1659, Bacilly a obtenu le bénéfice de prieur de la chapelle Saint-Eustache de La Versine, localité composée du château du même nom et de quelques fermes, près du bourg de Saint-Maximin (Oise), entre Chantilly et Creil. Ce château était le siège d’une seigneurie ; il était doté d’une chapelle dédiée à saint Eustache, incluse dans la paroisse de Saint-Maximin et placée sous le patronage du prieuré de Saint-Leu-d'Esserent, situé sur l'autre rive de l'Oise, lui-même sous l'obédience de l'Abbaye de ClunyLe prêtre était attaché au service de la chapelle Saint-Eustache jouissait d’un revenu en blé à prendre sur le domaine royal de Creil. Tous les chapelains qui ont précédé Bacilly à La Versine ont affermé le revenu de la chapelle et se firent remplacer pour dire les trois messes hebdomadaires ; l’inventaire après décès de Bacilly contient des quittances qui montrent que Bacilly fit de même auprès du curé de Saint-Maximin.. Comme c’est le prieur de Saint-Leu d’Esserent qui avait le « privilège de présentation » du bénéfice de La VersineC’est-à-dire que lui seul pouvait présenter aux autorités ecclésiastiques (et sans doute aussi au seigneur du lieu) les prêtres susceptibles de recevoir ce bénéfice. on peut supposer que Bacilly le connaissait. Ce prieur était alors François II Dufour, aumônier du roi et prieur commendataire de 1642 à 1668, membre d'une famille de notablesSur cette famille, voir les éléments rassemblés dans Guillo-Michel 2011 p. 279-281. Sa sœur Anne Dufour († 1702), seconde épouse d’un intendant de l'Argenterie du roi et des Menus-Plaisirs de sa Chambre, était en relation avec la marquise de Rambouillet et ses enfants d'Angennes, ainsi qu'avec le mémorialiste Gédéon Tallemant des Réaux. Son frère Jean Dufour, receveur général des Bois puis receveur des Finances en la généralité de Rouen, possédait un bel hôtel à Rouen et acheta en 1673 la seigneurie de Nogent-les-Vierges, maintenant Nogent-sur-Oise. établie entre Rouen, Paris, Saint-Leu d’Esserent et Nogent-sur-Oise ; elle a donc pu être un vecteur de la carrière de Bacilly entre la Normandie et Paris (mais ce n’est qu’une hypothèse).

La seigneurie de La Versine avait été achetée en par Charles de Rouvroy (1601 – 1690), marquis de Saint-Simon, qui en prit possession en 1635. Lui et son frère Claude de Rouvroy (1607 – 1693), duc de Saint-Simon, étaient restés proches et leurs épouses étaient toutes deux issus de la famille de Budos. Dans le second tiers du , la famille Saint-Simon tint sa place dans les spectacles de cour et dans l'intimité des souverainsVoir à ce sujet Hourcade 1993 pour le détail des rôles tenus par les Saint-Simon et leurs épouses, et McGowan 1963 p. 301-303 sur les ballets cités. ; le fait que Bacilly soit en contact avec Charles de Rouvroy a sans doute permis à Bacilly de se rapprocher de la cour ; peut-être aussi de fréquenter leurs familles alliées, les Montmorency et les Condé, toutes deux d'un milieu lettré, mécène et richissime.

Un troisième indice sur les premières années de Bacilly figure dans la Comparaison de la musique italienne et de la musique françoise (Bruxelles, 1704) de Jean-Laurent Lecerf de La Viéville de Fresneuse (1674 – 1707), garde des sceaux du Parlement de RouenVoir p. 86 de l’édition de 1705, numérisée dans Gallica.

« Je vous répondrai que j’ai tant dîné avec Lambert, tant fait de grands soupez avec Lulli, & fait vivre Bacilli tant de temps, que tout cela ensemble peut passer pour un petit cours de musique. Bacilli a demeuré plusieurs années en cette ville. J’étois, sans vanité, son patron. Il a travaillé trente fois pour moi, & entr’autres ce fut moi qui lui fis faire sur un vieil oncle que j’avois, plus resserré que n’aurois souhaité, un certain air, qui n’est pas le plus mauvais des siens. »

Ce témoignage, qui a l’air véridique, ne peut cependant être relié à rien de précisLe mécène cité ne peut être Le Cerf de La Viéville, qui était trop jeune pour être le patron d’un musicien mort en 1690. Peut-être est-ce une allusion aux Dufour de Rouen ? Rien n’est clair....

Dans les années 1650, Bacilly fut l’élève de Pierre de Nyert (voir ci-dessous) et il a probablement complété sa formation auprès du fameux luthiste Denis Gaultier (mort en 1672). En effet, Bacilly conservait chez lui un portrait « de Mr Gautier », ainsi que deux théorbes de Bologne, deux autres théorbes et deux luthsMention dans son inventaire après décès..

Le lien avec Pierre de Nyert La protection de Charles de Rouvroy fut sans doute déterminante pour Bacilly : on sait que c’est son frère Claude de Rouvroy qui présenta en 1635 à Louis XIII le chanteur Pierre de Nyert (1596 – 1682), considéré comme un des fondateurs de l’école française de chant. Dans l’émission de 1679 de son traité de L’art de bien chanter, Bacilly fait un éloge appuyé de Pierre de Nyert et déclare qu’il l’a fréquenté depuis vingt cinq ans (il le connaissait donc depuis 1654, date la plus ancienne à laquelle on puisse associer Bacilly et la musique) et comme Nyert était de la génération précédente il est clair que Bacilly fut son élève. Bacilly lui a aussi adressé la dédicace de son livre de chansons pour danser et pour boire de 1668 où il insiste sur ses qualités de chanteur, d’inventeur « de toute la politesse du chant », de pédagogue, et déclare qu’il lui est très obligé « non seulement dans le chant mais en mille autres choses ». Le Mercure galant de rapporte que :

« On sçavoit le commerce qu'ils avoient ensemble depuis trente années, & l'on attribuoit à Mr de Niert tout ce qui estoit de Mr de Bacilly. Cependant on voit bien par ce qu'il fait à présent, qu'il n'emprunte de personne, & quelques petits airs d'Amadis, & autres du temps, qu'il a ornez, en sont une preuve.’’

Dans son CatalogueVoir Brossard 1994 p. 69., Sébastien de Brossard a également écrit à propos de Bacilly :

« Il avoit une espece de musique naturelle qui luy fournissoit de tres beaux chants ; mais comme il n’avoit pas assez de musique practique pour les notter et les mettre sur le papier, il estoit obligé pour cela de se servir de l’oreille et de la main d’autruy. »

En somme, on peut dire que Bacilly a beaucoup publié et Nyert quasiment rien ; ils se sont constamment fréquentés depuis 1654 environ ; des rumeurs couraient du vivant de Nyert comme quoi certaines œuvres de Bacilly étaient en fait les siennes, rumeurs suffisamment répandues pour que Bacilly juge utile en 1684 de les réfuter après la mort de Nyert en 1682 ; Brossard rapporte enfin que Bacilly devait être assisté pour bien noter les mélodies qu’il inventait. Si l’on ajoute à ça que Nyert était réputé avoir inventé une nouvelle méthode de chant, que Bacilly fut son élève et qu’il fut l’auteur de la principale méthode de chant français, on peut raisonnablement déduire que la méthode de Bacilly est fondée sur celle de Nyert, et que ces deux maîtres ont œuvré pendant une petite trentaine d’années dans une sorte de symbiose professionnelle. Bacilly a formalisé – aussi amplifié et précisé – ce que Nyert lui avait appris, tandis que Nyert a probablement aidé Bacilly à noter ses airs et leurs ornements, au point que cette collaboration ait pu susciter un doute sur leur paternité.

Élèves amateurs ou professionnels À partir des années 1650, Bacilly fréquente les salons parisiens, perfectionne son métier et prend ses premiers élèves. Sa carrière est celle d’un musicien indépendant, focalisé sur la musique vocale, profane ou spirituelle, et il n’exerce aucune charge à la cour.

On connaît une quinzaine d’adresses qu’il a successivement occupées à Paris, dans l’Île Saint-Louis, dans le quartier des Tuileries ou dans celui de la place Maubert, et dans le Marais. Il louait également à Versailles un appartement de trois chambres. Outre les leçons qu’il a prodiguées à Paris ou à Versailles, on peut supposer qu’il a chanté dans des concerts privés (comme le faisaient alors les musiciens de renom) mais là-dessus les témoignages manquent.