Fabrice Emaer, né Francis Paul Emaer le à Wattrelos et mort le Archives en ligne de Paris , année 1983, acte de naissance , cote 1D 135, vue 16/31.Didier Eribon, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, éditions Larousse Hexagone Gay Portrait de Fabrice EmaerFrédéric Martel, Le Rose et le Noir, Essais Points dans le 1 arrondissement de Paris, est un propriétaire de night clubs parisiensVivre et survivre dans le Marais : au cœur de Paris du Moyen Âge à nos jours par Jean-Pierre Azéma, books.google.fr comme Le Sept, rue Sainte-Anne.

En 1978, il ouvre la plus grande boîte de nuit parisienne en s’inspirant du Studio 54 à New York, dans un vieux music-hall désaffecté qu'il a racheté et rénové : Le Palace, dont il fait son . Là, des personnalités des arts, de la politique, des écrivains se mêlent à une clientèle hétéroclite. Le punk et le bourgeois, l’homosexuel et l’hétérosexuel se côtoient : Grace Jones, Jack Lang, Alain Soral, Pierre et Gilles, Amanda Lear, Anouchka, Christophe Mourthé, Anémone, Yves Saint Laurent, John Travolta, Alain Pacadis, Paloma Picasso, etc.

La réputation de ses établissements et les fêtes d’exception qu’il organise lui ont valu le surnom de "Club: Le Palace" Disco-disco.com. Consulté le 26 janvier 2010..

Biographie Francis Paul Emaer grandit à Wattrelos près de Lille. Son père, représentant de commerce pour des filatures roubaisiennes, meurt alors qu'il a 14 ans, et laisse sa famille dans le désarroi financier. À 17 ans, le jeune homme quitte sa famille, voyage en Afrique du Nord et sur la Côte d’Azur avant de s’installer à Paris. Il change son prénom, Francis, pour prendre celui de Fabrice plus « chic ». Il travaille alors comme styliste et maquilleur Drake, Alicia (2006). The Beautiful Fall: Lagerfeld, Saint Laurent, and Glorious Excess in 1970s Paris. New York: Little, Brown. . Koymasky, Matt & Andrej, Famous LGBT People: Fabrice Emaer. Consulté le 26 janvier 2010..

Grâce à l'argent d'un riche lord avec lequel il s'est lié d'amitié lorsqu'il était barman à Cannes, il ouvre son premier club au 3 rue Sainte-Anne, « Le Pimm's Bar » (du nom de la boisson favorite de Lord Peter), en 1964, qui devient très vite un rendez-vous pour les artistes et les homosexuelsDidier Lestrade, mars 99, "Palace - comportement 80" Têtu Magazine. Consulté le 11 janvier 2010.

Son ascension est stoppée nette en 1967, lorsqu'un petit voyou surgit dans son appartement de Courbevoie, un pistolet à la main, pour rafler la recette du samedi soir. Il vide le contenu de son chargeur, douze balles, sur Fabrice Emaer. Après trois mois de soins intensifs et un an de convalescence, il se lance dans des projets plus délirants les uns que les autres. En décembre 1968, au 7 rue Sainte-Anne (), il ouvre Le Sept (7) : restaurant au rez-de-chaussée et piste de danse au sous-sol. Le décor est simple, miroirs sur les murs, plafond éclairé de multiples lampes multicolores qui rythment la musique.. La grande innovation du Sept, c'est qu’il est défini par le « glamour », pas l’« homosexualité ». Chacun peut y entrer, gay, hétéro, bi. Il n’était pas nécessaire d’être riche ou célèbre dit l’ancien DJ du Sept Guy Cuevas, mais il fallait être beau Drake, Alicia (2006). The Beautiful Fall: Lagerfeld, Saint Laurent, and Glorious Excess in 1970s Paris. New York: Little, Brown. . Bacos, Bernard. "Le Sept / Le Palace" Le Paris branché des années 70. Consulté le 11 janvier 2010.. On a pu y voir entre mille autres Francis Bacon, Rudolf Noureev, Roland Barthes, Bianca et Mick Jagger, Andy Warhol, Fred Hughes, Karl Lagerfeld et Jacques de Bascher, Yves Saint Laurent et Kenzo, Grace Jones amoureuse d'un serveurMarie Ottavi, Jacques de Bascher, dandy de l'ombre, Paris, éd. Séguier, 2017, p. 68.

Fort du succès du Sept, Fabrice Emaer reprend en septembre 1970 le club Le Carroll's, exploité précédemment par Frede, 12 rue Sainte-Anne. Il en fait un café-théâtre, appelé Le Théâtre du 7. La réussite, cette fois-ci, n’est pas au rendez-vous, et Emaer cède vite la place à Ysolde Chrétien, une ancienne hôtesse de l’air qui transforme le Théâtre du 7 en un bar gay, Le Piano-Bar.

Après un voyage à New York en 1977, Fabrice Emaer affiche de plus grandes ambitions, celle, notamment, de concurrencer le Studio 54 sur le modèle de La Main bleue, discothèque installée à Montreuil depuis 1976, et décorée par Philippe StarckVincent Sermet, Les musiques soul et funk. La France qui groove des années 1960 à nos jours, Paris, L'Harmattan, 2008, .. Il trouve le Studio 54 . Il en moque la clientèle trop , trop Drake, Alicia (2006). The Beautiful Fall: Lagerfeld, Saint Laurent, and Glorious Excess in 1970s Paris. New York: Little, Brown. . .

Les années Palace Sur la recommandation du ministre de la Culture, Michel Guy, avec qui il joue fréquemment au gin ramiMarie Ottavi, Jacques de Bascher, dandy de l'ombre, Paris, éd. Séguier, 2017, p. 203, Emaer s’installe au Palace, un ancien théâtre délabré rue du Faubourg-MontmartreBalendras, Laurent. novembre 2008. "Ça, c’est Palace" Labelenchanteur.blogspot.com. Consulté le 14 janvier 2010.. Il reconvertit à grands frais le lieu, confie la maîtrise d’œuvre et la scénographie à Patrick Berger et Vincent Barré, et demande au peintre Gérard Garouste de le décorer. Il a pour attachées de presse Sylvie Grumbach (pour la mode) et Dominique Segall (pour le show-business)Marie Ottavi, op. cit., p. 206. Une pré-inauguration a lieu en en petit comité pour l'anniversaire de Kenzo sur le thème : .

C’est à nouveau le grand succès. Le soir de l’ouverture, le , il n’y a pas une place de plus pour entrer. À la porte d’entrée, Edwige (peroxydée) et Paquita Paquin ainsi que le travesti Jenny Bel'Air ont pour mission de choisir qui peut pénétrer : un mélange de riches et de désargentés, gays ou hétéros, noirs ou blancs, bourgeois ou punks. Ce qu’elles doivent déterminer, c’est une attitude, un look… Le dimanche, l'entrée du club est gratuite pour les gays, c'est le « » dont Didier Lestrade est un habitué. Amanda Lear en 1979 lui rend hommage dans sa chanson : qui dit, « Chez Regine. »Fashion Pack (Studio 54) Anthony Monn - Amanda Lear. Eurodisc / Ariola. 1979.

Toute la jet-set fan du Sept se retrouve au Palace. En tête, Paloma Picasso qui y donne une grande fête pour son mariage en . On y trouve aussi le journaliste de Libération Alain Pacadis, le futur ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, Madonna encore inconnue. Une fête , une autre (organisée par Hélène de Turckheim) ou encore et (donnée par Karl Lagerfeld) ou le bal vénitien en octobre 1978 (donné aussi par Karl Lagerfeld) marquent ces annéesMarie Ottavi, op. cit., p. 207. En 1979, Kenzo, travesti en Minnie Mouse, donne une soirée où les invités sont déguisés en personnages de dessins animés. Prince, Patrick Juvet, Tina Turner, Tom Waits ou encore Serge Gainsbourg y ont chanté sur la scène.

Peut-être un peu lassé de la mixité, car au fil des années la consigne est de laisser entrer plus de monde pour des raisons économiques, Fabrice Emaer ouvre en 1980 dans les sous-sols du Palace, Le Privilège, réservé aux VIP, avec restaurant.

Emaer qui ne s’immisce pas publiquement dans la politique, fait une exception en 1981, en demandant que l’on vote pour François Mitterrand. Il était ouvertement homosexuel et militant de la cause homosexuelle. Paquita Paquin dans ses mémoires, Vingt ans sans dormir, raconte que l’appel de Fabrice à voter Mitterrand entraîna de nombreux retours de la carte du « Privilège », carte qui donnait l'accès à la loge VIP du PalacePaquin, Paquita (2005). Vingt ans sans dormir, Paris : Éditions Denoël. . En 1982, les caisses sont vides, l'établissement manque de fermer, allant de pair avec la chute du disco. Après de long mois de souffrances, Fabrice Emaer meurt d’un cancer le , quelque temps après la fermeture effective du Palace (on sait depuis que sa mort a peut-être été liée au sida, malgré le déni initial)Voir Le Monde daté du et Frédéric Martel, Le Rose et le noir (Seuil, 1996 ; réédition Bouquins, 2022). . Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (). thumb|Tombe au cimetière du Père-Lachaise, division 95 le long de l'avenue transversale n°2.

Fabrice Emaer a dit de lui-même : . Il a dépensé tout l’argent qu’il gagnait dans des réfections du Palace et dans le confort qu’il y faisait régner, éléments qui ont contribué à la légende du lieuLestrade, Didier. Mars 99 "Palace - comportement 80" Têtu Magazine. Consulté le 11 janvier 2010.Têtu .

Au cinéma Dans le film Une jeunesse dorée (2019), son rôle est joué par Benoit Solès.

Exposition collective 2023 - début 2024 : Nuits parisiennes, de 1977 à nos jours, accrochage incorporé salle 1.61 du musée Carnavalet à Paris, dans le parcours de ses collections permanentes, du 13.01.2023 au 16.03.2024Sur le site du musée..

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes LGBT à Paris

Liens externes

INA Cristal palace J A2 - - , inclut l'interview de Fabrice Emaer Rose Palace, documentaire réalisé par Colin Ledoux, 2003, Planète, durée : 52 min Les années palace Documentaire réalisé par François Jonquet et Chantal Lasbats, 2005, France 5 Paris, années 80 : les branchés. Documentaire réalisé par Gérard Miller, 2009, durée : 52 minutes, France 3 Paris Île-de-France Centre

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