Louis Dembitz Brandeis (Louisville, 1 – Washington, ) est un avocat américain, juge à la Cour suprême des États-Unis ainsi qu'un important soutien au mouvement sioniste américain. Un des principaux conseillers économiques de Woodrow Wilson puis de Franklin Delano Roosevelt, il est un des symboles de l'ère progressiste et un des pionniers d'une concurrence régulée. Il a participé à la création de la Réserve fédérale des États-Unis et a apporté de nouvelles idées à la Federal Trade Commission (FTC). Il a introduit également le Brandeis Brief, qu'on pourrait aussi traduire comme l'« argumentation juridique à la Brandeis », dont la caractéristique est de ne pas s'appuyer seulement sur les sources du droit mais de reposer également sur des analyses empiriques et sur des avis d'experts. C'est grâce à cette technique qu'il fit avancer la cause des salariés, participa à la création d'un salaire minimum et d'une limitation des heures de travail. Plus tard cette technique a servi à la lutte contre la ségrégation scolaire. Il a aussi beaucoup influé sur la façon d'aborder la liberté d'expression et le droit à la vie privée.
Jeunesse et vie privée Louis Brandeis est né le à Louisville (Kentucky). Il est le dernier des quatre enfants d'Adolphe et Frédérique (née Dembitz) Brandeis. Ses parents ont quitté Prague alors dans l'Empire autrichien à la fois pour des raisons politiques et économiques. La révolution de 1848 dont ses parents étaient sympathisants a conduit à des bouleversements et à certaines manifestations à caractère antisémite. Les juifs dans l'Empire des Habsbourg étaient contraints de payer une taxe spéciale sur les affaires.
La famille Brandeis s'installe à Louisville, un port prospère de la région du Midwest en qualité de marchand de grains. Son enfance est marquée par la Guerre de Sécession durant laquelle sa famille se réfugie dans l'Indiana. Sa famille, connue pour supporter Abraham Lincoln et l'abolition de l'esclavage, était mal vue alors par certains de leurs voisins.
La famille Brandeis est cultivée, lisant beaucoup, mélomane, et plutôt politique. L’un de ses oncles, Lewis Naphtali Dembitz (dont il adopta le nom en hommage) fut délégué à la convention républicaine de 1860 qui a élu comme candidat Abraham Lincoln. En 1872, en raison d'une dépression économique, la famille vit pendant quelque temps en Europe. Brandeis qui a été à l'école publique de Louisville, puis à l'université locale, passe alors deux ans à l'Annen-Realschule de Dresde, qui lui donne à la fois un sens critique et l'envie de retourner aux États-Unis pour y étudier le droit. Élevé partiellement dans la culture allemande, Louis Brandeis apprécie les écrits de Goethe et de Friedrich von Schiller. Ses compositeurs favoris sont Ludwig van Beethoven et Robert Schumann.
En 1875, il entre à l'âge de à la Harvard School of Law, qui était alors en pleine mutation, passant de la méthode traditionnelle reposant sur la mémorisation, à une méthode plus interactive et plus socratique d'étude de cas. Plus tard, il déclara que . Après avoir obtenu son diplôme, il resta un an de plus à Harvard pour approfondir ses connaissances en droit. Pour subvenir à ses besoins, il fait du tutorat auprès d'autres étudiants en droit.
Brandeis se marie en 1891 à Alice Goldmark et aura deux filles, Susan, née en 1893, et Elizbeth en 1896.
Carrière L'avocat d'affaires Après Harvard, Brandeis est admis au barreau du Missouri et commence à travailler dans un cabinet d'avocats de Saint-Louis (Missouri). Après seulement sept mois, fatigué des cas mineurs dont il a à s'occuper, il accepte l'offre d'un de ses condisciples de Harvard, Samuel Warren — fils d'une riche famille de Boston — de fonder avec lui un cabinet d'avocats à Boston. Dans l'attente des premiers clients, il travaille pendant deux ans comme assistant d'Horace Grey, président de la Cour suprême du Massachusetts. Le cabinet Warren Brandeis prospéra et donna à Brandeis une sécurité financière, qui plus tard lui permit d'avoir un rôle actif pour la cause progressiste. Ensemble avec Warren, ils contribuent à créer le droit à la vie privée (), écrivant ensemble entre 1888 et 1890 trois articles académiques publiés par la . À la mort de son père en 1889, Samuel Warren quitte le cabinet pour reprendre les affaires familiales. Après une période en solo, il crée en 1897 le cabinet Brandeis, Dunbar et Nutter.
Avocat efficace, il se voit plus comme un conseiller que comme un simple avocat stratège. Selon Klebanow et JonasKlebanow et Jonas., quand il prend une affaire il insiste sur deux conditions majeures : . Par ailleurs, il refusait de servir une cause qu'il considérait mauvaise.
L'avocat au service du bien public Une partie de la philosophie de Brandeis à ce sujet est contenue dans son livre de 1905, The Opportunity in the Law.
Il y développe la notion de l'éthique de la profession d'avocat. Pour Brandeis, le plus important est la manière dont les hommes exercent une profession, plutôt que la profession elle-même. Mais selon lui, la profession juridique offre en Amérique des opportunités inhabituelles d'utilité. Si la pratique de l'avocat est générale, son champ d'observation s'étend, au fil du temps, à presque tous les domaines des affaires et de la vie. Les faits ainsi recueillis mûrissent son jugement. Sa mémoire est entraînée à la rétention. Son esprit s’exerce aussi bien dans la spécialisation que dans la généralisation. C’est un observateur des hommes, encore plus que des choses. Il ne voit pas seulement des hommes de toutes sortes, mais connaît aussi leurs secrets les plus profonds ; il les voit dans des situations qui "éprouvent leurs âmes". C'est pourquoi l'avocat est susceptible de devenir un bon juge des hommes.
Selon Brandeis,
Durant les années 1890, Brandeis vient à questionner l'ordre industriel en Amérique. D'une part, il n'aime pas la consommation de masse. Cela le mena à développer une forme de haine pour la publicité. Par ailleurs, cela le conduisit à lutter contre les monopoles qu'il considérait comme inefficaces économiquement. En effet, il estimait que : Brandeis Louis, 1905, discours devant la .
Brandeis plaide contre les monopoles, ce qui va l'amener à s'opposer à John Pierpont Morgan et par suite à la corruption. Il va défendre la Boston and Maine Railroad contre la New Haven Railroad de J. P. Morgan. Cela l'amène à rencontrer deux fois Theodore Roosevelt qui engage une action contre cette société au titre de la loi antitrust. Durant les auditions de la , il est démontré que cette société a fait des « donations » à des hommes politiques complaisants.
Par ailleurs, il contribue à développer un nouveau système d'assurance-vie. En , il défend gratuitement les souscripteurs d'une société d'assurance-vie en faillite. Il s'aperçoit qu'à l'époque on pouvait considérer l'assurance-vie comme un vol légal. Il fait passer une loi pour réguler le secteur, ce qu'il considère comme étant l'une des grandes réussites de sa vie.
Le conseiller de Wilson thumb|240px|right|Thomas Woodrow Wilson Président des États-Unis (1913-1921), inspirateur de la Société des Nations, prix Nobel de la paix en 1919.
Brandeis est Link, . du programme de Woodrow Wilson appelé . Le débat qui oppose Wilson à Theodore Roosevelt entré en dissidence du Parti républicain porte principalement sur le domaine économique. Entre ces deux candidats progressistes (il y en avait un troisième, un républicain Taft), le désaccord porte sur la façon de réguler l'économie : faut-il un État puissant capable de tenir tête et aussi de s'allier aux grandes sociétés — c'est la thèse de Theodore Roosevelt et de son programme — ou faut-il sortir du laisser-faire en se méfiant tant des grandes sociétés que d'un État trop puissant — c'est la thèse de Brandeis et de Wilson ? Ce dernier point de vue va finalement l'emporter. Lors d'une réunion entre les deux hommes en , Wilson lui demande de Mason, 1946, .. Pour McGrawMcGraw, 1984, ., il est le principal conseiller économique de Wilson de 1912 à 1916 et il .
Brandeis joue un rôle crucial dans l'élaboration et le processus de validation par le congrès du qui est voté en . Pour lui, Piott, 2006, .. Pour aider à convaincre, Brandeis écrit pour Harper's Weekly une série d'articles qui suggèrent les moyens de restreindre le pouvoir des grandes banques. Ces articles sont réunis dans un livre de 1914, .
Juge à la Cour suprême Nomination En 1916, Wilson nomme Brandeis juge à la Cour suprême. Cette nomination fut vigoureusement contestée par des conservateurs républicains tels que l'ancien président Taft ou l'ex-sénateur Elihu Root, avançant qu'il n'était pas « fait » pour être à la Cour suprême. Plus tard le Juge William O. Douglas écrit au sujet des débats entourant sa nomination :
William O. Douglas, « », critique littéraire de , The New York Times, 5 juillet 1964.
Brandeis était un militant de la justice sociale, quel que soit son opposant. Il était dangereux, pas seulement parce qu'il était brillant et courageux, mais parce qu'il était incorruptible. La peur de l'« Établissement » était d'autant plus grande que Brandeis était le premier juif nommé à la Cour suprême. Cependant, ceux qui étaient en sa faveur étaient nombreux et influents. Le doyen de la Harvard School of Law, Roscoe Pound déclara au comité que et prédit, selon Todd, qu'il serait un jour classé . Le , il est officiellement confirmé à la Cour suprême par contre 22.
Protection des personnes Sur le point de la protection des personnes, les apports de Brandeis sont nombreux : Arrêts sur la liberté d'expression : Gilbert c. État du Minnesota (1920), Whitney c. État de Californie (1927). Oliver Wendell Holmes et Brandeis s'opposent à la majorité de la Cour. Pour eux, pour être privé de liberté d'expression, il faudrait que le ;
Arrêt sur le droit à la vie privée : Olmstead c. États-Unis d'Amérique (1928). Brandeis écrit dans sa justification de son opposition à la solution retenue par la majorité () :
Olmstead v. United States, 277 U.S. 438 (1928), complete text including dissent. Les arrêts touchant le domaine public vignette|Benjamin Cardozo. Avec Benjamin Cardozo et Harlan Fiske Stone, Brandeis appartient à l'aile libérale de la Cour suprême. Ils sont surnommés (« les trois mousquetaires »), qui s'opposent aux quatre conservateurs (« les cavaliers »). S'ils sont en général favorables à Franklin D. Roosevelt, ils s'opposèrent aussi à lui. Limitation des pouvoirs présidentiels. Dans Louisville c. Radford (1935), il avance que la propriété privée ne peut être prise sans une juste compensation. Dans l'arrêt Schechter Brothers c. États-Unis d'Amérique (1935), la Cour vote à l'unanimité que le National Industrial Recovery Act est inconstitutionnel car il donne un pouvoir discrétionnaire indu au présidentJohn Steele. "The Economic Contradictions of Obama-ism", Commentary magazine, avril 2009, pgs. 23-26.. Brandeis s'oppose aussi à la réorganisation judiciaire de Roosevelt de 1937, qui veut nommer à la Cour suprême autant de membres qu'il y a de juges âgés de plus de soixante-dix ans, car il pensait que cela menaçait l'intégrité de la ConstitutionDawson, Nelson L. ed., Brandeis and America, Univ. Press of Kentucky (1989), ..
Loi fédérale contre loi des États : l'arrêt Erie Railroad Co. c. Tompkins (1938). Son dernier combat pour Klebanow et Jonas fut lun de ses plus significatifs. Brandeis revient sur une doctrine datant de l'arrêt Swift c. Tyson, et insiste sur le fait qu'il n'existe pas une jurisprudence générale fédérale. Ainsi, les cours fédérales doivent appliquer les lois des États où le dommage est survenu.
New Deal vignette|Franklin D. Roosevelt en .