Le lac de Nantua est un lac du massif du Jura, situé en France sur la commune de Nantua, dans le département de l'Ain en région Auvergne-Rhône-Alpes.
D'origine glaciaire, le lac s'étend actuellement sur .
Le lac est classé site naturel protégé. en 1935.
Géographie et topographie Emplacement Le lac de Nantua se situe dans le massif du Jura, sur la commune de Nantua entre Bourg-en-Bresse et Genève (Suisse).
Situé à d'altitude, le lac s'étend en longueur d'ouest en est sur , pour une largeur de , pour une superficie totale de . Sa capacité est de de mètres cubes d'eau, et sa profondeur maximale de .
Alimentation hydrique Il est alimenté à 80 % par trois petits ruisseaux qui se jettent dans sa partie sud-est : la Doye, le Merloz Nord et le Merloz Sud. Des sources de moindre débit complètent son alimentation.
La sortie des eaux (émissaire) ne se fait qu'à un seul endroit : le Bras du Lac qui rejoint ensuite l'Oignin.
Originalité méconnue : le lac Genin se déverse en partie dans le lac de Sylans (via le ruisseau de Charix) qui lui-même alimente en partie le lac de Nantua via le Merloz.
Communes concernées Bien que situé en totalité sur la commune de Nantua, ses rives sont néanmoins bordées, en plus de Nantua à l'est, par les communes de Port et de Montréal-la-Cluse à l'ouest, communes situées dans le département de l'Ain en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Formation géologique Situation géologique générale L'origine du lac est en lien avec la formation géologique de la cluse de Nantua : elle est perpendiculaire aux grandes unités structurales depuis la Combe du Val jusqu'à la Michaille et Bellegarde-sur-Valserine à l'est.
Son tracé est sinueux tantôt nord-ouest/sud-est tantôt sud-ouest/nord-est et correspond à la direction d’accidents transversaux.
Elle est empruntée par le glacier jurassien qui y a déposé des dépôts glaciaires et fluvio-glaciaires, en particulier aux extrémités est et ouest.
Situation géologique locale Le lac de Nantua, qui représente une partie de cette cluse est un lac issu de cette origine glaciaire. Sa formation résulte d'un débordement en direction de l'ouest d'un immense glacier d'orientation nord-sud( ): Bugey..
L'étendue primitive du lac, une fois les glaciers disparus, (étude des moraines glaciaires terminales) était environ deux à trois fois la superficie des années 2000 avec des extensions dans la plaine dans trois directions (Nurieux, Saint-Martin-du-Frêne, Montréal-la-Cluse) mais avec de faibles profondeurs concernant les extensions.
Ceci explique pour la partie principale la profondeur importante () et son orientation est-ouest (a contrario des grands plis géologiques), les zones à risque d'inondation en direction de la plaine de Port et les zones de moraines.
Son étendue était beaucoup plus vaste et était marquée par deux bras du lacs et d'importantes zones marécageuses insalubres notamment « la Plaine des Eaux Mortes » située du côté de Saint-Martin du Frêne. Il s'agissait d'une zone mal drainée correspondant à l'emplacement du glacier puis du lac de Nantua à son début. Elle reste remplie par des dépôts glacio-lacustres dont l'épaisseur peut atteindre localement .
Au sud, à Saint-Martin-du-Frêne, comme au nord à Montréal-la-Cluse et à l'ouest à Nurieux-Volognat, des bourrelets topographiques arqués correspondent à la moraine frontale de cette langue de glace. Les matériaux apportés par le glacier sont visibles à l’occasion de travaux de terrassement le long de la D 1084 entre Saint-Martin-du-Frêne et Port.
Cette zone de plaine semble avoir eu au début du Pliocène un exutoire vers le sud-ouest en mettant en place notamment le réseau karstique de la grotte du Cerdon.
Situation contemporaine Les grands travaux de 1856 Le lac de Nantua tel que l'on peut le voir actuellement résulte des grands travaux de 1856 : ces travaux abaissèrent le niveau du lac de plus d'un mètre. Ils permettent un assainissement des zones marécageuses et l'aménagement de l'esplanade du lac côté Nantua.
Les zones ainsi dégagées et assainies sont revendues en grande partie à des particuliers en 1869 par la mairie de Nantua en tant que lac non domanial. À l'origine, deux bras du lac servent à l'évacuation de ce volume énorme d'eau, un seul demeurant de nos jours, le second étant asséché et combléarchive revue Le Bugey - article de P. Domingeon / https://books.google.fr/books?id=ZFj7nMGNSqIC&pg=PA155&lpg=PA155&dq=lac+nantua+1856&source=bl&ots=vxFq3GHA16&sig=xzauZVyBnvvs_m9zTPnk6Xcvm8s&hl=fr&sa=X&ei=f3i8UdiPLJKYhQf1zoD4BA&sqi=2&ved=0CC0Q6AEwAA#v=onepage&q=lac%20nantua%201856&f=false.
upright=2.2|vignette|centre|Vue panoramique du lac de Nantua.
Le classement du lac Le lac de Nantua est classé par arrêté du parmi les sites et monuments naturels de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire et pittoresque.
Ce classement comprend le lac dans son entier et des abords portant sur les communes de Nantua et de Portsource CAUE de l'Ain ; liste des sites classés au cours de l'année 1936 (document administratif 03-04-1937 Rectif. : JO 10-04-1937 .
C'est la reconnaissance du caractère notable du site.
Ceci entraîne une protection du site et de ses environs : interdiction d'affichage, enfouissement des réseaux électriques (< ) et des lignes téléphoniques, interdiction de travaux sauf accord expresse du préfet ou du ministre concerné (article L341-10 et suivants du code de l'environnement). Les monuments naturels ou les sites classés ne peuvent ni être détruits ni être modifiés dans leur état ou leur aspect sauf autorisation spéciale (article L341-10).
Seconde Guerre mondiale Petite anecdote historique : lors de la Seconde Guerre mondiale, les résistants des environs se débarrassent dans le lac des containers largués par les Alliés. Il s'agit de cylindres vides qui contenaient des vivres, du matériel ou des armes. Ces vestiges sont observables entre -15 et - 25 m..
Écologie Le lac est extrêmement fragile et sensible à l'eutrophisation et au brassage des limons du fait de son faible renouvellement et de sa profondeur avec de très petites parties sujettes à la constitution d'herbiers.
Le lac est temporairement sauvé de l'eutrophisation au cours des années 1970 et 1980 en faible partie grâce à l'installation d'une station de ré-oxygénationAIR LIQUIDE, 1978 - Réoxygénation du lac de Nantua. Mesures effectuées durant la campagne 1978. Rapport ; 6 p. mais surtout par le traitement des eaux usées en provenance des communes environnantes.
Le phénomène d'eutrophisation dans le lac de Nantua est notamment connu sous le terme de « sang des Bourguignons » (en référence à un phénomène qui a lieu en 1476 en Suisse à la suite de la bataille de Morat et que l'on attribue à tort au sang des vaincus).
Il est le résultat de la présence de grandes quantités d'algues du genre Oscillatoria qui lui donnent une couleur rouge sang..
Les premières apparitions de ce phénomène datent de 1921 mais elles commencent réellement à être récurrentes à partir de 1950.
En effet, le lac de Nantua, du fait de son renouvellement d'eau assez faible et d'un apport en nutriment important, fait partie des lacs à risque dit eutrophehttp://www.obs-vlfr.fr/Enseignement/enseignants/copin/Oxygene.pdf. Si des mesures d'oxygénation (travaux 1970-1980) n'avaient pas été prises ainsi que le traitement des eaux usées, entre autres de la commune de Nantua, la faune et la flore locales n'auraient pas survécu.
Le lac est encore extrêmement fragile puisque sa qualification écologique en 2009 est classée « moyenne » avec un objectif d'amélioration pour 2015. et que le milieu a été de plus récemment perturbé par les travaux d’aménagement des berges à la suite de la réhabilitation de la voie ferrée pour un passage de TGV (voir ci-dessous).
Au début des années 2000, Réseau ferré de France, malgré l'opposition de nombreux riverains et habitants de la région, remet en service l'ancienne ligne ferroviaire désaffectée entre Nantua et Bellegarde.
Ces travaux ont entraîné la construction de nombreux filets métalliques antichutes de pierre côté ubac qui ont fortement dégradé le paysage.
Les renforts du petit pont situé vers Port ont entrainé une augmentation temporaire de la turbidité de l'eau et ont coïncidé avec la disparition des herbiers de Myriophylles du côté de la plage de Port.
Les herbiers ont d'abord été saturés de sédiments la première année puis ont disparu en deux ans, laissant les fonds nus. On peut considérer que tous travaux entraînant des brassages et des mises en suspension de particules peuvent avoir des conséquences indirectes mal évaluées mais significatives.
Un rapport du a d'ailleurs conclu à la nécessité de préserver les zones situées le long de la voie ferrée de tout aménagement et de toute augmentation de la fréquentation touristiquehttp://www.ain.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_conclusions_et_avis_du_commissaire_enqueteur_-.pdf.
Faune Poissons : le peuplement de poissons est assez varié : ablette, gardon, brème, tanche, carpe (dont les variétés dites carpe miroir et carpe écaille), chevesne, perche, brochet, sandre, lavaret, truite arc-en-ciel, truite fario (avec la forme lacustre)..
On observe depuis quelques années des perches soleils (Lepomis gibbosus), espèce invasive importée (comme le poisson chat) qui aurait éventuellement des conséquences écologiques néfastes sur les alevins de toutes espèces, mais sa prolifération semble contenue, voire en régression.
Crustacés : on ne trouve quasiment plus d'écrevisses indigènes à pattes rouges (Astacus astacus), ou alors de petite taille. Elles entrent en concurrence depuis 2013 avec l'écrevisse de Californie (Pacifastacus leniusculus). Cette espèce est invasive, sa pêche n'est pas réglementée contrairement à celle de l'écrevisse indigène. Il est interdit de la transporter vivante (sous peine d'amende) pour éviter toute dissémination. La pêche de l'écrevisse indigène est, au contraire, réglementée.
Méduses d'eau douce : à partir de 2010, on a pu observer des méduses d'eau douce Craspedacusta sowerbyi.. Cette méduse, importée, est non urticante. Elle n’apparaît pas ensuite chaque année mais on peut la considérer désormais comme implantée sous forme de polypes.
Coquillages : il existe un fort peuplement de moules d'eau douce, principalement des dreissènes (Dreissena polymorpha) (image : http://redpath-staff.mcgill.ca/ricciardi/dreissenap.html), plus rarement des Pisidium..
Attention: il ne faut pas consommer les moules d'eau douce car ce sont de véritables pièges à polluants. On observait jusqu'il y a cinq ans quelques colonies dAnodonta grandis mais elles ont été progressivement remplacées par les dreissènes plus envahissantes et moins sensibles à l'eutrophisation. On n'observe néanmoins plus de gros spécimens (>) comme certaines personnes ont pu en trouver par le passé, ce qui témoigne d'une forte pollution sédimentaire profonde.
Gastéropodes : principalement du genre Hydrobiidae (concentration maximum vers ) et Valvatidae (moins de ).
Sangsues : sangsues de petites tailles (Helobdella robusta), qui ne s'attaquent pas à l'homme mais plutôt aux gastéropodes (qu'on peut apercevoir facilement en soulevant une pierre), voire aux poissonshttp://sierm.eaurmc.fr/plans-eau/rapports-donnees-brutes/rapport_nantua_2007.pdf.
Flore aquatique Macrophytes Les Macrophytes sont un terme générique différenciant les plantes possédant des éléments botaniques visibles, à différencier des algues filamenteuses ou microscopiques.
Macrophytes immergés : On trouve principalement des herbiers de Myriophylle en épi mais ces herbiers sont en très forte régression par rapport aux peuplements d'une dizaine d'années avec une disparition quasi totale du côté de Port et de La Cluse, alors qu'on trouvait tout le long du fond entre et de grands herbiers d'une hauteur allant jusqu'à .