Rémy Roure (), est un journaliste et résistant français, compagnon de la Libération.

Il a notamment été journaliste à L'Éclair et au Temps dans l'entre-deux-guerres, au Monde et au Figaro après la Seconde Guerre mondiale. Il a aussi publié plusieurs livres sous un pseudonyme, Pierre Fervacque.

Résistant, il a été déporté au camp de concentration de Buchenwald en 1944.

Biographie Les débuts Éloi Frédéric Rémy Roure est le fils d'un couple d'agriculteurs modestes. Après des études à l’institution Notre-Dame de Valence (Drôme), il est titulaire du baccalauréat en . En , il s'engage comme simple soldat dans l'armée, qu'il quitte en 1907 avec le grade de sergent, obtenu en 1906Dossier de la Légion d'honneur de Rémy Roure dans la base Léonore..

Les sources divergent sur les années qui vont de 1907 à 1914. Selon certaines sources, il entre avant 1914 au Temps, un quotidien républicain conservateurPhilippe Radal, op. cit., en 1909 selon l'historienne Claire Blandin pour qui il collabore à sa rubrique du mouvement socialClaire Blandin, Le Figaro : Deux siècles d'histoire, Armand Colin, 2007, en 1910 selon la notice biographique du site de l'Ordre de la Libération, après avoir commencé des études de droit à Paris. Selon Jean-Louis Panné et sa notice du Maitron, il n'est entré au Temps qu'en 1925, après la guerre. Ce dernier le présente comme un employé et militant syndicaliste avant 1914, rédacteur à La Bataille syndicaliste, journal révolutionnaire lié à la CGT, qui parait à partir de 1911. Son ami le journaliste socialiste Jean Texcier, également résistant, souligne en 1945 que Roure fut . Texcier a été le secrétaire du groupe des étudiants collectivistes, fondé vers 1908 et renommé groupe des étudiants socialistes révolutionnaires en 1911, ] (L'auteur cite Texcier et Roure aux côtés de Marcel Déat, au groupe des étudiants socialistes révolutionnaires).. Un Rémy Roure signe plusieurs articles dans L'Humanité entre 1908 et 1911Collection de L'Humanité dans gallica..

Il épouse Hélène Marie-Louise Tourrès le .

Première Guerre mondiale Il est mobilisé en au début de la Première Guerre mondiale, est affecté au d'infanterie, combat en Alsace et en Artois, est promu sous-lieutenant à titre temporaire en .

vignette|redresse|gauche|Le fort du Prince-Karl, la forteresse d'Ingolstadt. Durant la Première Guerre mondiale, des prisonniers de guerre, dont Roure, y ont été enfermés. Fait prisonnier par les Allemands le , il s'évade à plusieurs reprises, ce qui lui vaudra en 1927 la médaille des évadés. Lors de sa captivité au fort d'Ingolstadt en Bavière, il rencontre deux autres prisonniers en 1917 : Charles de Gaulle, alors capitaine, et le Russe Mikhaïl Toukhatchevski, futur maréchal soviétique éliminé par Staline en 1937. Il est rapatrié en , regagne la vie civile en 1919 avec le grade de lieutenant de réserve, ce qui lui vaut la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1930.

L'entre-deux-guerres : journaliste et auteur Il est journaliste dans l'entre-deux-guerres. Il collabore à plusieurs périodiques, successivement ou en même temps. Il signe ses articles sous son nom ou sous son pseudonyme de Pierre Fervacque.

Il est rédacteur en chef d'un périodique, Le soldat de demain, bulletin officiel de l'Union des sociétés d'éducation physique et de préparation au service militaire, à partir de 1919, signant ses articles avec son nom . La même année, son nom apparaît aussi brièvement dans les colonnes de La Lanterne. Il est rédacteur à partir de 1919 au quotidien L'Éclair dirigé par Émile Buré, titulaire de la rubrique sociale, sous son nom, puis à L'Avenir lorsque ce journal reprend L'Éclair en 1925, avec le pseudonyme de Pierre Fervacque, en 1925 et en 1928 pour quelques articles sur l'autonomisme alsacien. Il donne aussi des articles à la revue La Renaissance politique, littéraire, artistique et à l'hebdomadaire L’Information sociale, sous son nomNotice du Maitron, dans la première moitié des années 1920. Sa signature apparait aussi dans des journaux de province comme La Petite Gironde ou L'Ouest-Éclair (1924-1925).

Il collabore à partir de 1925 au quotidien Le Temps, un journal austère et sérieux, destiné à une clientèle bourgeoise, contrôlé par des industriels. Il signe ses articles sous son pseudonyme de Pierre Fervacque. La presse annonce en que le périodique de la Fédération républicaine, La Nation, lui confie une chronique des livres et des revues. Il signe quelques portraits d'hommes politiques sous son pseudonyme dans l'hebdomadaire Gringoire, en 1935De Louis Rollin (Gringoire, mars 1935, ), Georges Lebecq (24 mai 1935), Georges Contenot (21 juin 1935), Louis de Blois (12 juillet 1935) : en ligne dans Retronews.. Il donne à L'Ordre de Buré deux articles en 1936 sur Mikhaïl Toukhatchevski et sur un déjeuner à Paris avec ce maréchal soviétique, chef de l'armée rouge, . Il donne aussi dans les années 1930 quelques textes à la Revue politique et parlementaire, au Mercure de France ou à Paris-Soir dimanche .

Un autre pseudonyme lui est parfois attribué, celui de Jean Rolland , . Un Jean Rolland signe en tout cas des articles dans des journaux dirigés par Buré, La France (en 1919), L'Eclair et L'Avenir, jusqu'en 1931. L'Avenir du 26 mai 1928 souligne qu'il suit au moment où Roure/Fervacque s'y intéresse..

Il est membre du comité de fondation du syndicat des journalistes en 1924Le Petit Journal, 18 mars 1924, , « Le syndicalisme et le journalisme », La Lanterne, 12 avril 1924 (Il est présenté comme un rédacteur de plusieurs journaux et périodiques parisiens, spécialisé dans les questions sociales)..

Il publie plusieurs livres sous le pseudonyme de Pierre Fervacque entre et 1930. Des essais, consacrés au maréchal Toukhatchevski (Le Chef de l’Armée rouge, ), à l'autonomisme alsacien (L’Alsace minée, 1929, L'Alsace et le Vatican, 1930), à Trotski (La Vie orgueilleuse de Trotski, en 1929). Il publie aussi deux romans, l'un sur les prisonniers de guerre (Les Demi-vivants, en 1928), l'autre sur son Bas-Vivarais natal (Anaïs, Petite fille vivaroise, 1930), et une biographie de l'espion Yevno Azev (Le secret d'Azeff, en 1930, en collaboration avec Pierre Tugal). Des extraits de ses livres sur Toukhatchevski (en 1927) et sur Trotski (1929) sont publiés dans La Revue hebdomadaire.

Il écrit un article dans la revue La Renaissance au sujet du premier livre de Charles de Gaulle La Discorde chez l'ennemi, publié en 1924. Il vantera par la suite dans ses articles du Temps les autres livres de De Gaulle, soulignant avoir assisté à ses conférences données dans le camp d'Ingolstadt aux officiers prisonniers, louant ses conceptions audacieuses et son talent littéraire voire son . De Gaulle lui en sera reconnaissant, comme le montre leur correspondance, (L'auteur cite L'Eclair et non La Renaissance), , .

La Résistance et la déportation

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'engage très tôt dans la Résistance, en zone libre, notamment à Lyon où Le Temps s'est replié. Il continue d’écrire dans Le Temps, activité qui lui sert de « couverture », jusqu'à ce que le journal se saborde en .

Proche du général Cochet, il fonde, avec François de Menthon, le mouvement et le journal clandestin Liberté dont il est membre du comité directeur. Membre ensuite du comité directeur de Combat, il est partisan d'un rapprochement entre ce mouvement et le général de Gaulle, de manière plus prononcée et plus précoce que son patron, Henri Frenay, auquel il reproche son opportunisme vis-à-vis de la France combattante. Son domicile lyonnais, au 85, rue Cuvier, est un lieu où les membres du comité directeur se réunissent et où d'autres personnalités de la Résistance s'y croisent. Ainsi le , c'est là qu'est prise la décision d'autoriser Frenay à rencontrer un représentant du régime de Vichy, en l'occurrence le ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu. Roure, de retour de déportation, écrit à Frenay en :

Roure travaille aux côtés de Georges Bidault, nommé en à la tête d’un bureau d’information et de presse connu sous l'acronyme BIP, chargé de faire la liaison entre la France libre à Londres et ses représentants en France métropolitaine, de diffuser en France les informations venues d’outre-Manche et de répandre la propagande gaulliste à travers les réseaux de résistance intérieure, mais aussi de transmettre des renseignements utiles aux Français libres. À partir de , le BIP produit et distribue le Bulletin de la France combattante, qui alimente la presse clandestineMaxime Tandonnet, Georges Bidault. De la résistance à l'Algérie française, Perrin, 2022.

Rémy Roure est aussi membre d'un réseau de récupération de pilotes alliés, Bordeaux-Loupiac, à partir de . Le , alors qu'il convoie à Rennes des pilotes américains qu'il doit accompagner à Londres par une opération maritime, il est arrêté par la Gestapo au Café de l’Époque rue du Pré-Botté, à la suite d’une dénonciation. Il tente de s'évader mais il est grièvement blessé par balle au cours de sa tentative alors que Jean-Claude Camors, alias Raoul, fondateur et chef de Bordeaux-Loupiac qui l’accompagne, est abattu. Presque mourant il est miraculeusement soigné par un chirurgien français, le Eugène Marquis.

Interné à la prison de Fresnes quatre jours plus tard, il est frappé et torturé mais il se tait. Le , il quitte le camp de Compiègne pour être déporté. Il fait partie du « convoi des tatoués » du , durant quatre jours et trois nuits, qui le mène à Auschwitz d'abord, pour une raison inconnue et qui explique son tatouage sur l'avant-bras gauche, et au bout de quelques jours à Buchenwald où il parvient le Thomas Fontaine, . Il porte le . Il est libéré le à Buchenwald..

Son épouse, Marie-Louise Roure (née le à Lamagistère dans le Tarn-et-Garonne), poursuit ses activités de résistante. Arrêtée également, elle est déportée de Paris, au départ de la gare de l'Est, vers le camp de Ravensbrück le Hélène Roure porte au camp de Ravensbrück le . Elle y meurt un mois avant la fin du conflit, le .. Son fils unique, André, résistant également, membre de l'Armée française de la Libération, meurt accidentellement à 24 ans, en , alors qu'il tentait de retrouver sa mère en Allemagne. Trois autres membres de sa famille sont « morts pour la France » : sa sœur (Adrienne Baumer, née Roure), morte également à Ravensbrück, son beau-frère (Louis Baumer, mort dans le camp de concentration de Neuengamme) et un neveu (Rémy Marti), fusillé en France, à Lyon, . Il fait publier un livre posthume de son fils, Valeur de la vie humaine, , «, . De Gaulle commente dans une lettre la publication du livre : . Un autre neveu, René Baumer, futur peintre, a aussi été déporté, à Neuengamme, mais il a survécu comme son oncle, .

Mémoire de la Résistance et de la déportation

Il évoque sa déportation dans son tout premier article du Monde, intitulé « L'enfer de Buchenwald et d'Auschwitz-Birkenau », publié le dès son retour des camps nazis et après avoir d'abord livré son témoignage aux journalistes du quotidien. Un texte dont il a . Il y note que comportaient alors qu'il n'y en avait qu'un seul à Buchenwald et il y rend hommage à un clerc, l'abbé Joseph Tanguy, curé de Pont-Aven, mort à Buchenwald. Il évoque la mémoire de Raymond Naves, mort à Auschwitz en 1944, dans une lettre adressée au journal L'Ordre en .

Au titre des prisonniers et déportés, il est délégué à l'Assemblée consultative provisoire, du au . En , Rémy Roure est fait compagnon de la Libération.