Le coup d'État du (samedi ), souvent abrégé en coup d'État du 18 Brumaire, organisé par Emmanuel-Joseph Sieyès et exécuté par Napoléon Bonaparte, avec l'aide décisive de son frère Lucien, président des Cinq-Cents, marque la fin du Directoire et le début du Consulat. Bien que les événements décisifs se déroulent le au château de Saint-Cloud où siègent le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens, c'est le 18 que les conjurés mettent en place le dispositif du coup d'État.

Les préparatifs du coup d'État vignette|Sieyès en tenue de directeur.|gauche Le coup d'État du 30 prairial porte Sieyès au pouvoir, mais celui-ci entend s'affranchir de l'influence des néo-jacobins auxquels il doit son retour sur la scène politique. Partisan d'un retour à l'ordre et d'un exécutif fort, il envisage de renverser la Constitution de l'an III et d'élaborer une constitution parfaite, dont les contours demeurent toutefois incertains dans son esprit à l'été 1799. Celle-ci ne pouvant être révisée qu'au bout de , il imagine un coup d'État.

Pour cela, il compte utiliser la complicité du Conseil des Anciens et obliger l'ensemble des députés à se déplacer à Saint-Cloud, au prétexte d'un péril jacobin. En effet, depuis 1789, les assemblées se trouvent toujours sous la menace de la population parisienne. En déplaçant les assemblées, les conjurés s'assurent que la population parisienne ne peut intervenir. La ville de Paris doit être fermée et placée sous le contrôle de la police, toute entrée ou sortie étant interdite.

Le financement du coup d'État est assuré par le concours de financiers inquiets de l'instabilité politique, de la faillite de l'État et de la crise économique que le Directoire ne parvient pas à endiguer. Les banquiers Jean-Barthélemy Le Couteulx de Canteleu et Jean-Frédéric Perregaux, futurs fondateurs de la Banque de France, avancent des fonds...

Sieyès ne peut toutefois agir sans le concours de l'armée. Son premier choix s'était porté sur le général Joubert, mais celui-ci meurt en à la bataille de Novi. Bonaparte, couvert de gloire et héros républicain, rentre secrètement d'Égypte le et s'impose comme l'homme providentiel. Sieyès trouve en lui le soutien militaire nécessaire : Bonaparte est chargé d'assurer le commandement des troupes de Paris ainsi que la garde du corps législatif. Par précaution, sept mille hommes de troupe sont massés à Paris. L'alliance unit la légitimité révolutionnaire de Sieyès à la popularité militaire de Bonaparte.

Le plan prévoit ensuite l'effondrement du Directoire pour permettre la rédaction d'une nouvelle Constitution. Des cinq directeurs, Sieyès, Roger Ducos et Barras doivent démissionner, tandis que Moulin et Gohier doivent être placés sous surveillance. Dans les préparatifs autant que dans l'exécution du coup d'État, Talleyrand joue un rôle déterminant, usant de toutes ses relations, persuadant Barras de se retirer, prenant des risques. Il est, selon son biographe, l'« exécuteur des basses œuvres »..

Les et , Sieyès et Bonaparte dînent chez Barras. Une alliance est probablement scellée à cette occasion et Barras promet une neutralité bienveillante.

Le coup d'État est préparé dans l'hôtel Beauharnais, demeure de Joséphine de Beauharnais, rue Chantereine à Paris, à peu près à l'emplacement entre l'actuelle rue de la Victoire et la rue de Châteaudun. Les et se déroulent les ultimes préparatifs que Napoléon évoque à Sainte-Hélène ; le Grand maréchal du palais Henri-Gatien Bertrand rapportera ses mots :

Le Conseil des Anciens doit décider du transfert le , mais l'essentiel des événements se déroule le à Saint-Cloud. Les révisionnistes ont envisagé une démission collective des députés du Conseil des Cinq-Cents, mais les assemblées prennent du retard car cette idée ne fait pas l'unanimité ; notamment deux Jacobins refusent de démissionner. Bonaparte s'impatiente et décide d'intervenir.

Le , à l’aube, le commandant de Paris François Joseph Lefebvre, les régiments de la garnison ainsi que les adjudants des quarante-huit sections sont invités à se rendre le lendemain à sept heures du matin dans la rue Chantereine, située à l’emplacement actuel entre la rue de Châteaudun et la rue de la Victoire, où se trouvait la maison habitée par Bonaparte. Cette réunion, escomptée depuis le retour du général en chef, ne suscite aucune méfiance ; à la même heure sont également convoqués tous les officiers sur lesquels les conjurés estiment pouvoir compter. Chacun d’entre eux, croyant comme le public que le général allait partir pour l’armée d'Italie, juge naturel d’être convoqué afin de recevoir des ordres.

Dans ce contexte, les préparatifs du coup d’État, menés dans l’urgence en quelques jours seulement, sont toutefois marqués par une certaine impréparation et ne sont achevés que les 16 et 17 brumaire, alors que Bonaparte avait initialement envisagé une action dès le 15. Ils ne passent pas complètement inaperçus dans les milieux politiques et diplomatiques parisiens, mais l’inaction, l’incrédulité ou les divisions des responsables du Directoire empêchent toute réaction coordonnée. Initialement prévue pour le 16 brumaire, l’opération est finalement reportée de deux jours à l’initiative de Bonaparte, notamment afin de tenter une dernière démarche auprès de Jean-Baptiste Jourdan, figure influente du courant jacobin, et d’obtenir au moins sa neutralité. La veille du coup d’État, un dîner officiel offert par les Conseils met en évidence, malgré son apparat, le climat de tension et de défiance qui marque les derniers moments du régime directorial.

Déroulement du coup d'État 150px|vignette|gauche|Panneau Histoire de Paris « Hôtel Moreau ».

7 heures

8 heures vignette|Conseil des Anciens. Séance du Conseil des Anciens aux Tuileries.

Un inspecteur de la salle déclare que les « anarchistes » sont prêts à renverser la représentation nationale et que, pour déjouer leur plan, il faut transporter les Conseils hors de Paris.

À huit heures et demie, un messager du conseil des Anciens remet à Napoléon Bonaparte le décret de transfert des assemblées, qu'il fait lire aux militaires présents. :

Après cette lecture, suivie du cri unanime de « Vive Bonaparte ! Vive la République ! », le général en chef harangue les militaires présents. Dans cette proclamation envoyée aux armées, il leur dit. :

Le décret est voté, les Conseils siégeront le lendemain à Saint-Cloud. Bonaparte est nommé commandant de toutes les troupes et de la garde nationale de la militaire (Paris et banlieue).

Sur le champ, les chefs des quarante-huit sections reçoivent l'ordre de faire battre la générale et de faire proclamer le décret dans tous les quartiers de Paris. Pendant ce temps-là, Bonaparte se rend à cheval aux Tuileries, suivi d'un important cortège de généraux et de soldats.

9 heures vignette|redresse=0.5 |Jean Lannes. Admis avec son état-major dans le conseil des Anciens, il leur parle. Cette allocution est accueillie par de nombreux applaudissements, et le nouveau commandant général va passer la revue des troupes.

Par ses ordres, , commandés par le général Lannes, occupent les Tuileries (conseil des Anciens) ; les postes du Luxembourg (siège des ), de l'École militaire, du palais des Cinq-Cents (Palais Bourbon ; les Cinq-Cents y siégeaient depuis , après avoir occupé le Manège), des Invalides, sont confiés à la garde des généraux Milhaud, Murat, Marmont, Berruyer.

Le général Lefebvre conserve le commandement de la militaire, et Moreau lui-même accompagne Napoléon Bonaparte en qualité d'aide de camp.

Au palais du Luxembourg, les directeurs Louis Gohier et Jean-François Moulin constatent qu'ils sont abandonnés par les trois autres et « gardés » par le général Moreau. Ces diverses mesures sont prises avec tant d'adresse et de promptitude que, dès dix heures du matin les directeurs n'ont plus de pouvoir. Emmanuel-Joseph Sieyès et Roger Ducos, qui font partie du complot, se rendent comme de simples citoyens au conseil des Anciens. Barras, Gohier et Moulin veulent d'abord faire quelque résistance : ils font appeler le général Lefebvre pour lui donner des ordres. Celui-ci leur répond qu'en vertu du décret, il ne connaît d'autre supérieur que le général Bonaparte.

11 heures Dans le jardin des Tuileries, Botot, le secrétaire de Paul Barras, qui se rend au Conseil des Anciens pour parler à Bonaparte, s'entretient avec lui quelque temps en particulier, puis Bonaparte, élevant la voix lui dit en présence d'une foule d'officiers et de soldats : .

12 heures vignette|redresse|Lucien Bonaparte. Le Conseil des Cinq-Cents se réunit au palais Bourbon (actuelle Assemblée nationale). Le président Lucien Bonaparte lit le décret de transfert à Saint-Cloud. Les Jacobins protestent en vain. Au palais du Luxembourg, Paul Barras signe sa démission ; Emmanuel-Joseph Sieyès et Roger Ducos ont déjà donné la leur.

14 heures Napoléon Bonaparte et son état-major font garder par les troupes les points stratégiques de Paris et de la route de Saint-Cloud. Paris reste calme. La vie y continue comme à l'ordinaire.

Le directeur Moulin avait proposé à ses collègues de s'emparer de Bonaparte et de le faire fusiller, mais il apprend bientôt que l'exécution d'un coup si hardi n'était plus en son pouvoir ; un détachement envoyé autour du Luxembourg lui fait abandonner son projet. La propre garde du Directoire se met, de son propre mouvement, à la disposition de l'auteur du coup de force, et les directeurs s'estiment heureux qu'on leur permette d'aller finir leurs jours dans l'obscurité et la retraite.

Dans la nuit du 18 au 19 brumaire Dans la nuit du 18 au , le conciliabule bonapartiste se réunit à Paris, se retrouvant à l'hôtel de Breteuil : l'ancien ministre des Affaires étrangères Talleyrand, le ministre de la Police générale Joseph Fouché, les députés Lucien Bonaparte, Bérenger, Cabanis, Daunou, le directeur Sieyès, le commissaire général de l'Administration des Postes (et responsable du cabinet noir) Gaudin ; une fraction du parti de Madame de Staël s'est également ralliée à Bonaparte. Tout doit être prêt pour le lendemain ; la nuit entière est consacrée à la rédaction de toutes les pièces qui doivent servir à assurer le succès de leur entreprise..

8 heures 250px|vignette|Salle des Cinq-Cents à Saint Cloud. Les députés, souvent accompagnés de leur famille, gagnent Saint-Cloud où l'animation est grande. Dans le parc, bivouaquent la garde des Conseils et une dizaine de compagnies de la . Le général Sérurier est chargé de la « protection » des Conseils. Dans le château, les ouvriers se dépêchent de disposer les bancs, les tribunes, les tentures. Au premier étage de l'aile droite du château, la galerie d'Apollon sert de salle de délibérations au Conseil des Anciens. Faute d'autres grandes salles, le Conseil des Cinq-Cents siège dans l'Orangerie, au rez-de-chaussée, bâtiment perpendiculaire au corps du château.

9 heures 30 ; Paris Rue Chantereine, Napoléon Bonaparte discute avec les officiers et les civils importants chargés de l'opération. Le succès n'apparaît pas certain.

11 heures ; Paris Escorté par un détachement de cavalerie, Bonaparte part pour Saint-Cloud.

12 heures 30 ; Saint-Cloud Bonaparte et son escorte arrivent au château de Saint-Cloud. Ils sont accueillis par des cris variés : « Vive Bonaparte » pour les partisans du coup d'État, ou « Vive la Constitution ! » par les opposants.

13 heures, à l'Orangerie du château Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, ouvre la séance.. Des Jacobins prennent d'abord la parole. On crie : « Point de dictature ! À bas les dictateurs ! Vive la Constitution ! ». L'un d'eux fait décider que tous les députés devront prêter serment de fidélité « à la Constitution de l'an III », que le coup d'État doit abolir..

14 heures, galerie d'Apollon vignette|Lucien Bonaparte dans la salle des Cinq-Cents (Musée de la Révolution française).