L'abbaye royale de Longchamp, également appelée couvent ou abbaye de l'Humilité Notre-Dame, est un ancien monastère français fondé en 1255 par Isabelle de France, sœur de saint Louis, dans la paroisse d'Auteuil aux limites nord de Longchamp, le champ communal du hameau des Menus-lès-Saint-Cloud qui s'étire alors entre la rive droite de la Seine et la forêt du Rouvray.

Symbole du dérèglement des couvents devenus mondains et de l'enfermement des filles rebelles à leurs pères, elle est détruite à la Révolution. Son site est occupé de nos jours par l'hippodrome de Longchamp et le château de Longchamp.

Histoire Fondation royale Isabelle de France, fille du roi de France Louis le Lion et de Blanche de Castille, entreprend en 1255 la construction d’une abbaye dans la forêt de Rouvray, actuel bois de Boulogne. Proche de Paris, le terrain, qui relève de la censive de l'abbaye royale de Saint Denis, a été concédé par son frère, le roi Louis IX. Le futur Saint Louis, très attaché à sa sœur, l'a autorisée à consacrer une somme de trente mille livres, soit la somme qu’elle aurait eue comme dot, pour la construction du monastère. La première pierre est posée le par le roi en personneHenri Corbel, Petite Histoire du Bois de Boulogne, Albin Michel, 1931, ..

Le monastère de Longchamp est achevé en 1259. Il accueille les premières clarisses (de l’obédience de Saint-Damien), venues de l'abbaye des Filles-de-Saint-Damien-d'Assise de Reims, le . En s’inspirant de la règle écrite par sainte Claire, Isabelle a composé elle-même une règle, un peu moins sévère, approuvée par Alexandre IV le . Saint Bonaventure, ministre général des Franciscains et d’autres frères l'ont conseillée ; il prêche plusieurs fois à Longchamp et rédige un traité de vie spirituelle dédié à Isabelle : De Perfectione vitae ad sorores (La vie parfaite, pour les sœurs). Le monastère est consacré à « l’humilité de la Bienheureuse Vierge Marie ».

À partir de 1260, Isabelle vient s’installer dans une petite maison, construite pour elle dans l’enclos du monastère, pour partager la vie et la prière des sœurs, mais elle ne fait jamais profession religieuse. En 1263, elle obtient du pape Urbain IV un remaniement de la règle. Cette dernière rédaction est adoptée par plusieurs monastères en France et en Italie (clarisses urbanistes).

Isabelle meurt le . Elle est enterrée dans l’église du monastère. Après la mort de Saint Louis à Tunis la même année, Charles d’Anjou, frère du roi et d’Isabelle, demande à une dame de compagnie d’Isabelle d’écrire sa vie, en vue de sa canonisation. Agnès d'Harcourt publie ce récit hagiographique, vers 1280, mais Isabelle n'est béatifiée qu’en 1521 par le pape Léon X (bulle Piis omnium).

En , le roi Philippe V le Long, dont la sœur a reçu le prénom d'Isabelle, pose la première pierre de l'église voisine de Notre Dame de Boulogne. Il meurt à Longchamp le , sept ans avant l'inauguration du pèlerinage de Boulogne sur Seyne qu'il avait appelé de ses vœux et qui restera étroitement associé à l'abbaye. Sa fille Blanche est religieuse à Longchamp de 1317 à sa mort 1358.

En 1360, les Anglais pillent le couvent et les religieuses se réfugient à ParisHenri Corbel, Petite Histoire du Bois de Boulogne, Albin Michel, 1931, ..

En , par ses lettres patentes, Louis XI renouvelle la protection royale octroyée par ses prédécesseurs..

Les fêtes de l'abbaye

Au , cette communauté connaît des dérèglements. Le Roux de LincyAntoine Le Roux de Lincy, Le Livre des proverbes français, 1859. signale que l'expression « être de l'abbaye de Longchamp » se disait « à Paris d'un homme qui aime les femmes ».

En 1585, l'abbaye, qui détient depuis la guerre de Cent Ans et le pillage de l'abbaye, le fief dit de Longchamp à Chaillot, acquiert le fief de la Bretonnerie, également appelé fief de la Petite Bretonnerie.

Au , l'abbaye de Longchamp est un lieu de promenade très prisé : « Sous l'ancien prétexte d'aller entendre l'office à Long-Champ, tout le monde sort de la ville ; c'est à qui étalera la plus magnifique voiture, les chevaux les plus fringans, la livrée la plus belle »Louis-Sébastien Mercier, Le Tableau de Paris, chapitre CXXII.. Les intrigues amoureuses des nonnes, qui disposent parfois de fortunes personnelles considérables et jouissent de nombreux appuis extérieurs, donnent lieu à toutes sortes de rumeurs plaisantesDésiré Lacroix, « Notes secrètes sur l'abbaïe de Longchamp en 1768 », coll. Bibliothèque galante, Frédéric Henry, Paris, 1870, 32 p.. Cette condition des femmes, enfermées contre leur gré, est dénoncée par Denis Diderot dans son roman La Religieuse, qui s'inspire explicitement du cas de Longchamp.

Destruction de l'abbaye pendant la Révolution Le , les religieuses reçoivent un arrêté d'expulsion ; le les objets précieux et les ornements sacrés de la chapelle sont enlevés, et le 10- les religieuses quittent le monastère. L'abbaye est mise en vente en 1794 puis, n'ayant pas trouvé d'acquéreur, est démolieHenri Corbel, Petite Histoire du Bois de Boulogne, Albin Michel, 1931, .. Une partie des ruines servent à la construction de l'escalier dit des cent marches, pour accéder au calvaire du mont Valérien (cf. « Histoire de Suresnes »). Dans les années 1850 est créé l'actuel bois de Boulogne, qui annexe en 1856 le domaine de Longchamp. L'année suivante, les bâtiments de ferme de l'ancienne abbaye et les restes du mur d'enceinte sont démolis.

De l'abbaye ne subsistent finalement qu'un moulin, situé au nord de l'hippodrome de Longchamp, l'ancien pigeonnier, intégré au domaine du château de Longchamp, et une petite tour en ruine, cachée dans le sous-bois, près de la route des Moulins.

En 1902 a lieu au niveau du moulin le départ d'une course automobile donnée devant le shah de Perse Mozaffareddine Chah« Le Chah de Perse au Bois de Boulogne », cent.ans.free.fr, consulté le 25 octobre 2019..

À proximité du site historique de l'abbaye, le nom du chemin de l'Abbaye rappelle son souvenir.

vignette|center|400px|Les ruines de l'abbaye gravées par Edmond Morin. À droite, l'église et un colombier. La vue est peut-être prise du haut du moulin qui signale aujourd'hui le virage de l'hippodrome. Le bâtiment du , situé plus en avant à droite, n'apparait pas. Au second plan à gauche, le château de Suresnes en bord de Seine et l'église Saint-Leufroy dominés par les vignobles du mont Valérien.

Liste des abbesses

Religieuses et personnalités célèbres

Jeanne d'Harcourt (après 1214-1280), fille de Richard d'Harcourt et de Mathilde Tesson, tante des abbesses Agnès et Jeanne d'HarcourtÉtienne Pattou, 2004, généalogie de la famille d'Harcourt.. Jeanne de Navarre, fille aînée des souverains et , religieuse de à sa mort à l'abbaye le . Catherine de Verdun (1568-apr. 1633), maîtresse du roi , de à fin , le roi lui promit de lui donner le titre d'abbesse de l' en Normandie, pour la consoler et lui offrir un avenir un peu plus glorieux. Elle était élevée en 1685 en compagnie de sa sœur aînée Jeanne de Verdun (1566-1614), qui quittera le couvent pour se marier Racines histoire, . Catherine-Nicole Le Maure (1704-1786), cantatrice, s'y retira un temps.

Iconographie Attribué à S. J. Misbach, Vue de l'abbaye de Longchamp prise du pied du jardin de M. Lagarde, fonds Destailleur, coll. Province, , 208, Cabinet des estampes de la BNF, Paris, ca. 1795.

Annexes Bibliographie Gaston Duchesne, Histoire de l'abbaye royale de Longchamp, 1905. Gerturd Młynarczyk, Ein Franziskanerinnenkloster im XV. Jahrhundert, : Edition und Analyse von Besitzinventaren aus der Abtei Longchamp, Bonn, L. Röhrscheid, 1987, préface de Henri Dubois, Pariser historische Studien, ISSN 0479-5997 ; 23. Liens externes

Notes et références Notes

Références

Longchamp Catégorie:16e arrondissement de Paris Longchamps Catégorie:Clarisse Catégorie:Abbaye en ruines