L'église Sainte-Marie (Marienkirche ou St. Marien zu Lübeck), appelée aussi Notre-Dame de Lübeck, est une église luthérienne de la ville de Lübeck en Allemagne. Elle fut construite de 1250 à 1351. C'était un symbole de la puissance commerciale de Lübeck, ville appartenant alors à la ligue hanséatique. L'église est toujours aujourd'hui un monument important de la ville.

Comme le reste de la vieille ville, qu'elle domine de ses hautes flèches, c'est un monument protégé par l'UNESCO. L'église Sainte-Marie est le modèle du gothique de brique du nord de l'Allemagne. Plus de soixante-dix églises de cette région de la Baltique l'ont prise pour exemple. Historique

Henri le Lion transfère l'évêché d'Oldenbourg à Lübeck en 1150 et y installe un chapitre qui trouve place à la cathédrale de Lübeck. Quant à l'emplacement de Sainte-Marie, une église de bois est d'abord construite en 1163 qui est remplacée en 1173-1174 par un édifice roman en briques. Des statues de cette deuxième église se trouvent aujourd'hui au musée Sainte-Anne de Lübeck.

L'église ne reflète cependant plus au début du la prospérité et la conscience de soi des marchands de la ville, si bien qu'une troisième église est construite, prenant comme modèle les églises gothiques de France et de Flandres. Elle est de plan basilical à trois nefs.

L'église Saint-Nicolas de Stralsund et l'église Saint-Nicolas de Wismar se construisent ensuite à son exemple. L'on n'avait jamais vu jusqu'alors d'église de briques construite avec de si hautes voûtes. Un renfort de poussée permet aux voûtes, grâce à des contreforts, d'atteindre une telle hauteur. La motivation du conseil de la ville de s'engager dans de tels travaux s'explique par les rapports que la ville entretient avec l'évêché, depuisEn 1309 que l'évêque Burkhard von Serkem (1236-1317) avait préféré établir sa résidence à Eutin. L'imposant édifice devait donc manifester la volonté de liberté de ces marchands qui n'hésitaient pas à commercer avec de lointaines contrées. Lübeck était depuis 1226 ville libre et avait fait construire à proximité immédiate de la place du marché et de l'hôtel de ville une cathédrale romane remontant à Henri le Lion. L'église Sainte-Marie se devait donc d'être encore plus imposante.

Vers 1310, la Briefkapelle est construite à l'est de la tour sud. Son portail ouvre en direction de la place du marché et constitue la seconde entrée principale de l'église. Elle est d'abord consacrée à sainte Anne, puis prend son nom actuel après la Réforme, car le commis aux écritures s'y trouvait. La chapelle mesure 12 mètres de longueur sur 8 mètres de profondeur et 12 mètres de hauteur. Ses voûtes, chef-d'œuvre de l'art gothique, sont en forme d'étoile. Elle sert aujourd'hui d'église d'hiver pour les cultes qui ont lieu de janvier à mars.

À l'angle sud-est du déambulatoire, le conseil de la ville fait construire en 1390 une chapelle particulière, appelée donc la Bürgermeisterkapelle (chapelle du bourgmestre). Elle se remarque de l'extérieur par ses murs qui alternent les briques glaçurées et non glaçurées. Le nouveau conseil de la ville venait ici, après son installation, pour rendre grâces et manifester ainsi son effectivité. Certaines des stalles subsistent. La salle du trésor, ou Trese, se trouve à l'étage supérieur. C'est ici que se gardaient les manuscrits importants, les lettres de privilèges, les documents importants de la ville et ses édits, les lettres de fondations ou de mandats, etc. Cette partie de l'église appartient encore aujourd'hui à la ville.

Le dernier agrandissement gothique de l'église concerne la chapelle à travée unique qui est à la limite orientale du déambulatoire et qui est fermée par un mur de forme octogonale de 5/8. Elle a été construite en 1444. C'est ici que se chantaient la liturgie des Heures en l'honneur de la Vierge Marie et le petit office de la Sainte Vierge. C'est pourquoi elle se nomme la MarientidenkapelleMarientide est le nom en bas-allemand du petit office de la Sainte Vierge, ou la Sängerkapelle (chapelle des chanteurs, ou « chantres »).

L'église Sainte-Marie comprend en tout neuf grandes chapelles latérales et dix petites. La plupart sont dénommées d'après les familles de conseillers de la ville qui y reposent et qui les ont fondées.

Reconstruction L'église a subi un incendie dévastateur après le bombardement de Lübeck, de la part de la Royal Air Force, qui a eu lieu la nuit du dimanche des Rameaux 1942 et qui a détruit un cinquième de la ville. Le Totentanzorgel (orgue de la danse macabre), sur lequel Buxtehude et, vraisemblablement, Bach avaient joué, a été anéanti. Des œuvres telles que La Messe de saint Grégoire de Bernt Notke; la monumentale ; les statues du jubé; l'autel de la Sainte-Trinité de Jacob van Utrecht; L'Entrée du Christ à Jérusalem de Friedrich Overbeck sont détruites à jamais. Des sculptures disparaissent dans les flammes, comme celles de Benedikt Dreyer au côté ouest du jubé, ainsi que celles des grandes orgues datant de 1515-1518. Les photographies anciennes, comme celles de Wilhelm Castelli, donnent une idée de la richesse du décor intérieur avant la Seconde Guerre mondiale.

Un toit de protection temporaire est ensuite placé sur la nef et le chœur est restauré. Les travaux de reconstruction commencent en 1947 et durent une douzaine d'années. Les flèches, comme celles de la plupart des édifices religieux restaurés des environs, sont recouvertes d'un système spécial de protection utilisant des métaux renforcés et du béton léger, il en est de même pour la structure du toit, qui auparavant était en bois. L'architecte Erich Trautsch sauve ainsi une fenêtre au nord. La toiture est prête en 1951 pour les festivités du sept-centième anniversaire de l'église. Le chancelier Adenauer assiste à l'inauguration des nouvelles cloches et la chapelle des grâces de la tour sud est consacrée. La petite flèche dorée qui culmine à trente mètres au-dessus de la nef a quant à elle retrouvé sa forme d'origine dans les années 1980.

Un débat a lieu dans les années 1950 pour déterminer s'il fallait restaurer l'intérieur de l'église dans la pureté de sa forme originelle gothique, ou restaurer les restes de peintures médiévales qui étaient apparus lorsque le plâtre qui recouvraient les colonnes et les murs s'était effrité depuis le bombardement. C'est la solution puriste du retour au gothique non historiciste qui prévaut. D'autre part l'église doit affirmer sa double fonction d'église épiscopale et d'église paroissiale. Un appel d'offres fermé sélectionne en 1956 six architectes, dont Gerhard Langmaak et Denis Boniver, qui présentent le projet actuel en 1958. L'évêque luthérien-protestant Heinrich Meyer (1904-1978) est vivement en faveur de l'enlèvement de l'autel de Fredenhagen, et son souhait est exaucé.

La restauration intérieure est placée sous la responsabilité de Boniver qui fait installer un chauffage au sol. Le sol de calcaire du Gotland est remplacé par un revêtement de brique. Le chœur est séparé d'un mur de trois mètres du déambulatoire. Un nouvel autel fait dans un bloc de calcaire coquillier remplace l'autel précédent et, au-dessus de lui, est accroché à l'arc-doubleau un crucifix conçu par Gerhard Marcks. Le chœur restauré est consacré le .

En même temps, l'espace entre les tours est réservé à une salle du trésor qui recueille la paramentique provenant de l'église Sainte-Marie de Dantzig qui d'allemande et protestante est devenue catholique et polonaise en 1945. Ces pièces sont transférées au musée Sainte-Anne en 1993. Une tribune d'orgue est aménagée. L'orgue lui-même est inauguré en 1968. Les fresques Après l'incendie de 1942, les peintures murales médiévales qui étaient auparavant recouvertes de poussière et de plâtre, sont apparues en plusieurs endroits. Elles ont été documentées pendant la guerre par des photographies. Dietrich Fey a été chargé de les restaurer en 1948, avec l'assistance de Lothar MalskatIl apparaît dans le roman de Günter Grass, Die Rättin, ce qui provoquera un scandale retentissant, car des fresques de saints dans le style du sont rajoutées au-dessus de l'arc-doubleau, comme étant authentiques. Elles sont ôtées par la suite. En revanche, la scène de l'Annonciation avec un ange entre deux pèlerins qui est peinte en accords de rouge, vert, et ocre est authentiquement du , comme des photographies de 1944 le prouvent.

Mobilier L'église a été richement meublée et décorée au cours des siècles par les bourgeois de la ville hanséatique, les conseillers, les guildes, et aussi bien par de puissantes familles que par les dons personnels de simples paroissiens. Il y avait à la fin du Moyen Âge, avant la Réforme protestante, trente-huit autels et soixante-cinq bénéfices. On remarque:

Des fonts baptismaux de bronze, œuvre de datant de 1337. Ils se trouvaient avant 1942 à l'ouest de la nef et sont aujourd'hui au milieu du chœur. La Madone de Darsow, sculpture de 1420. Brisée en 1942, elle a été complètement restaurée en 1989. Le tabernacle, œuvre de Klaus Grude en 1479. Il est décoré d'un millier de petites unités de bronze ou de dorure et se trouve au mur nord du chœur. Il mesure 9,5 mètres de hauteur. Le polyptyque de Christian Swarte (vers 1495) avec une Vierge de l'Apocalypse. Il se trouve aujourd'hui derrière l'autel. La tombe de bronze de la famille Hutterock, œuvre de Bernt Notke (1505). Elle se trouve dans la chapelle de la Prière, chapelle absidiale au nord. Le jubé a été presque entièrement détruit en 1942. Il ne reste plus qu'un arc et les statues de sainte Élisabeth avec son fils saint Jean-Baptiste, enfant, sainte Anne, l'archange Gabriel et la Vierge Marie, ainsi que celles de saint Jean l'Évangéliste et de sainte Dorothée.

Le bas-relief de l'atelier de (1515) dans le déambulatoire représentant des scènes de la Passion du Christ: au nord, Le Lavement des pieds et La Dernière Cène, au sud, le Christ dans le jardin de Gethsémani et son Arrestation. Dans le cadre de La Dernière Cène, on remarque un symbole de Lübeck qui est aussi familier au folklore allemand. C'est une petite souris qui ronge un rosier, ce qui est signe de bonne chance. La statue de bois de saint Jean de Henning von der Heyde (vers 1505) La statue de pierre de saint Antoine (vers 1460) Quelques stalles gothiques subsistantes se trouvent dans la chapelle des bourgmestres, au sud du déambulatoire.

Le tableau de La Lamentation du Christ de Friedrich Overbeck est un chef-d'œuvre du mouvement nazaréen. Il se trouve dans la chapelle de la Prière. Le chancel a été reconstruit. En 1959, le chœur avait été muré et séparé du déambulatoire. Les murs ont été de nouveau abattus dans les années 1990 et le chancel actuel reproduit l'ancien, détruit en 1942. Il est en chêne. Le retable d'Anvers

Le fameux retable d'Anvers, qui est fort impressionnant, date de 1518. Il est donné à l'église par le marchand Johann Bone, originaire de Geldern, en 1522 et il est placé à la chapelle de la Prière en 1790. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se trouvait à la Briefkapelle. C'est un triptyque de bois doré représentant des scènes de la vie de la Vierge Marie. On remarque au centre les figures sculptées de la Dormition de la Vierge, au-dessous sa mise au tombeau, à gauche l'Annonciation, à droite son tombeau. Le panneau de gauche montre en haut sa Nativité, au-dessous la Présentation de Jésus au Temple avec en haut à droite une partie de l'Arbre de Jessé et en dessous Jésus adolescent prêchant au Temple. On distingue aussi les scènes de l'Adoration des bergers, de celle des Rois-Mages, la Circoncision, la Fuite en Égypte, flanquées de la scène du mariage de Joachim et Anne, le Sacrifice du Christ et son action de grâces, etc. Lorsque le retable est fermé (pendant la Semaine sainte), il montre une scène de l'Annonciation peinte par le Maître de 1518.