Symmaque, né en Sardaigne vers , est évêque de Rome du au . Durant son pontificat, il s'oppose à Laurent, élu au même moment que lui par une partie dissidente du clergé qui souhaite un rapprochement avec le patriarcat de Constantinople. Son mandat est ainsi marqué par un grave schisme sur la question de savoir qui serait élu pape par la majorité du clergé romain.

Il est fêté le .

Biographie Origines Fils d'un certain Fortunatus, Symmaque est né en Sardaigne., alors sous la domination des Vandales. Jeffrey Richards note qu'il est né païen et « peut-être le plus étranger » de tous les papes ostrogoths, dont la plupart étaient issus de familles aristocratiques. Il est baptisé à RomeThiel, Epist. pont. rom., I, 702., où il devient archidiacre de l'Église romaine sous le pape Anastase II (496–498).

Schisme Symmaque est élu pape le dans la basilique constantinienne, bénéficiant du soutien populaire grâce à ses actions charitables, opposé à l'archiprêtre de la basilique Sainte-Praxède de Rome Laurent, ascète lié aux cercles d'aristocrates pieux. Laurent est élu pape le même jour dans la basilique Sainte-Marie (vraisemblablement la basilique Sainte-Marie-Majeure) par une faction dissidente aux sympathies byzantines, soutenue par l'empereur romain d'Orient et guidée par le chef du sénat romain Festus. Les deux factions conviennent de permettre à Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths et du royaume ostrogoth d'Italie, d'arbitrer. Celui-ci établit une nouvelle réglementation : le droit d'élire est réservé au clergé, même si l'on consent aux papes de désigner leur successeur. Il décide que celui qui serait élu le premier et dont les partisans seraient les plus nombreux devra être reconnu comme pape. Il s'agit d'une décision purement politique. Une enquête favorise Symmaque et son élection est reconnue comme juste. Cependant, un document ancien connu sous le nom de Fragment Laurentien affirme qu'il a obtenu la décision en payant des pots-de-vin ; le diacre Ennode de Pavie a écrit plus tard que 400 solidi ont été distribués à des personnages influents qu'il serait indiscret de nommer.

Premier synode romain Symmaque convoque un synode qui se tient à Rome le et auquel assistent 72 évêques et tout le clergé romain. Laurent assiste à ce synode. Par la suite, il est nommé au diocèse de Nuceria en Campanie. Selon le récit du Liber pontificalis, Symmaque accorde le siège à Laurent « guidé par la sympathie », mais le Fragment Laurentien déclare que Laurent « a été gravement menacé et amadoué, et envoyé de force » à Nuceria, dans la Province de Salerne. Le synode ordonne également que tout clerc qui cherche à obtenir des voix pour un successeur à la papauté du vivant du pape, ou qui convoque des réunions et tient des consultations à cette fin, soit destitué et excommunié.

Deuxième synode romain En 501, le sénateur Festus, partisan de Laurent, accuse Symmaque de divers crimes. L'accusation initiale est que Symmaque célèbre Pâques le , selon l'ancienne coutume romaine, tandis que les Byzantins observent la fête le , selon le nouveau décompte. Le roi Théodoric le convoque à Ariminum pour répondre à l'accusation. Le pape arrive seulement pour découvrir qu'un certain nombre d'autres accusations, notamment d'avoir manqué à la chasteté et d'avoir abusé des biens de l'Église, sont également portées contre lui.

Symmaque, pris de panique, fuit Ariminum au milieu de la nuit avec un seul compagnon. Sa fuite se révèle un mauvais calcul, car elle est considérée comme un aveu de culpabilité. Laurent est ramené à Rome par ses partisans, mais un groupe important du clergé, dont la plupart des clercs supérieurs, se retire de la communion avec lui. Un évêque en visite, Pierre d'Altinum, est nommé par Théodoric comme visiteur apostolique, à la demande des sénateurs Festus et Probinus, opposants à Symmaque, pour célébrer les Pâques de l'an 502 et assumer l'administration du siège romain, en attendant la décision d'un synode qui serait convoqué après Pâques.

Présidé par les autres métropolites italiens, , Laurent de Milan et Marcellien d'Aquilée, le synode s'ouvre dans la basilique Sainte-Marie-Majeure. L'ambiance est tumultueuse et l'on se retrouve bientôt dans une impasse en raison de la présence de l'évêque en visite, Pierre d'Altinum. Ce dernier fait valoir que la présence d'un évêque en visite implique que le siège de Rome est vacant, et que le siège ne peut être vacant que si Symmaque est coupable, ce qui signifie que l'affaire a déjà été tranchée avant que les preuves soient entendues. Bien que la majorité des évêques assemblés partage ce point de vue, le visiteur apostolique ne peut pas être obligé de se retirer sans la permission de Théodoric, laquelle n'est pas donnée. En réponse à cette aporie, des émeutes éclatent dans Rome, poussant un certain nombre d'évêques à fuir la ville et les autres à demander à Théodoric de déplacer le synode à Ravenne.

Troisième synode romain Le roi Théodoric refuse de déplacer le synode et ordonne aux évêques de se réunir à nouveau le . Le , le roi écrit aux évêques qu'il envoie deux des Maiores Domus nostrae (Anciens de la maison), Gudila et Bedeulphus, pour veiller à ce que le synode se réunisse en toute sécurité et sans crainte. À la reprise, les relations ne sont pas moins acrimonieuses. Tout d'abord, les accusateurs présentent un document qui comprend une clause stipulant que le roi sait déjà que Symmaque est coupable et que le synode doit donc assumer sa culpabilité, entendre les preuves, puis prononcer la sentence. L'attaque de la foule contre le parti du pape alors qu'il s'apprête à comparaître au synode est particulièrement violente : beaucoup des partisans de Symmaque sont blessés et plusieurs, dont les prêtres Gordianus et Dignissimus, sont tués. Symmaque se retire à Saint-Pierre et refuse de sortir, malgré les pressions des députations du synode. La Vie de Symmaque présente cependant ces meurtres comme faisant partie des combats de rue entre les partisans des sénateurs Festus et Probinus d'un côté, et le sénateur Faustus de l'autre. Les attaques sont particulièrement dirigées contre des religieux, dont Dignissimus, prêtre de la basilique Saint-Pierre-aux-Liens, et Gordianus, prêtre de la basilique Santi Giovanni e Paolo, bien que la rhétorique du passage étende la violence à quiconque est partisan de Symmaque, homme ou femme, clerc ou laïc. Il est alors dangereux pour un religieux de se promener la nuit dans Rome.

Quatrième synode romain À ce stade, le synode adresse une nouvelle fois une pétition au roi Théodoric, demandant la permission de dissoudre la réunion et de rentrer chez lui. Théodoric répond, dans une lettre datée du , qu'il faut mener l'affaire à son terme. Ainsi, les évêques se réunissent à nouveau le au lieu connu sous le nom de Palma et, après avoir passé en revue les événements des deux sessions précédentes, décident que puisque le pape est le successeur de l'apôtre Pierre, ils ne peuvent pas porter de jugement sur lui et laissent Dieu décider de la question. Tous ceux qui ont abandonné la communion avec lui sont invités à se réconcilier avec lui et tout membre du clergé qui à l'avenir célèbrera la messe à Rome sans son consentement sera puni comme schismatique. Les résolutions sont signées par , dirigées par Laurent de Milan et Pierre de Ravenne.

L'édit publié par le préfet de Rome Basile en 483, réglementant la gestion des biens de l'Église, est déclaré invalide et Symmaque publie un nouvel édit sur la gestion de ces biens et surtout sur leur vente.

Fin du conflit Malgré le résultat du synode, Laurent retourne à Rome et, pendant les quatre années suivantes, selon le Fragment Laurentien, il tient ses églises et règne comme pape avec le soutien du sénateur Festus. Durant cette période, Symmaque, obligé de fuir la résidence pontificale qui est alors au palais du Latran, fait bâtir la première demeure située dans l'enceinte du Vatican, autour de l'antique basilique vaticane. La lutte entre les deux factions se déroule de deux façons : par la violence collective commise par les partisans de chaque camp religieux, décrite d'une manière vivante dans le Liber pontificalis et par la diplomatie, qui produit des documents, les faux symmachiens, des jugements de droit canonique pour soutenir l'affirmation selon laquelle en tant que pape, Symmaque ne peut pas être tenu responsable. On suppose que les faux symmachiens sont apparus au cours du troisième synode romain et ont servi à fournir la conclusion de Palmaris. Une action, plus productive sur le front diplomatique, est de convaincre le roi Théodoric d'intervenir, menée principalement par deux partisans non romains, le diacre milanais Ennodius et le diacre exilé Dioscore. Finalement, Théodoric retire son soutien à Laurent après sa brouille avec Byzance en 506, et se rapproche de nouveau de Symmaque, ordonnant à Festus de lui remettre les églises romaines. Théodoric reconnaît l'acquittement de Symmaque et lui restitue la légitimité du pouvoir. Symmaque va enfin pouvoir gouverner avec énergie.

Écrits Un certain nombre d'écrits polémiques paraissent durant le schisme comme le traité Contra Synodum absolutionis incongruae (Contre le synode d'absolution incongrue) de la faction de Laurent, auquel le diacre Ennode de Pavie répond par le Libellus adversus eos qui contra Synodum scribere praseumpserunt (Pamphlet contre ceux qui ont écrit avec présomption contre le Synode)Mon. Germ. Hist.: Auct. ant., VII, 48 sq.. Alors que l'auteur de la biographie de Symmaque rapportée dans le Liber pontificalis est très favorable au pape, l'auteur d'une autre biographie papale soutient la cause de Laurent"Frammento Laurentino", dans Liber pontificalis, ed. Louis Duchesne, I, 44-46. Au cours de la dispute, les partisans de Symmaque élaborent quatre écrits apocryphes, les faux symmachiens, dont les titres sont : Gesta synodi Sinuessanae de Marcellino (Actes du synode de Sinuessana concernant Marcellinus) ; Constitutum Silvestri (Constitution de Sylvestre) ; Gesta Liberii (Les actes de Libère) ; Gesta de purgatione Xysti et Polychronii accusation (Le récit de la purge de Xystus et de l'accusation de Polychronius)Pierre Coustant, Epist. Rom. pontif., Paris, 1721.. Le but de ces contrefaçons est de produire des précédents qui soutiennent Symmaque et de donner un fondement à l'idée que l'évêque romain ne peut être jugé par un tribunal composé d'autres évêques.

Relations avec l'orthodoxie Symmaque défend avec zèle les partisans de l'orthodoxie lors du schisme d'Acace de Constantinople et défend, quoique sans succès, les opposants à lHénotique (Henotikon) avec une lettre envoyée à l'empereur d'Orient . Par la suite, de nombreux évêques orientaux persécutés se tournent vers le pape à qui ils envoient une confession de foi. Immédiatement après 506, l'empereur d'Orient lui adresse une lettre pleine d'invectives, à laquelle le pape répond avec fermeté, affirmant avec force les droits et libertés de l'ÉgliseThiel, Epist. rom. pont., I, 700 sq.. Dans une lettre datée du , adressée aux évêques illyriens, le pape les avertit de ne pas rester en communion avec les hérétiques. Il excommunie l'empereur d'Orient , suspecté de monothélisme.

Selon le Liber pontificalis, le pape prend des mesures sévères contre les manichéens, ordonnant que leurs livres soient brûlés et qu'ils soient expulsés de Rome.

La question de la Gaule