vignette|Graffiti sur un mur de Lisbonne montrant un prêtre pourchassant deux enfants (2011).
LÉglise catholique fait face depuis la fin du à la révélation de nombreuses affaires d’abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres, des religieux ou des laïcs en mission ecclésiale sur différents continents. Certaines de ces affaires ont été portées en justice, mais d'autres sont prescrites, souvent parce qu'elles ont été couvertes ou étouffées par la hiérarchie ecclésiastique.
La hiérarchie catholique a réagi tardivement à ces sujets largement médiatisés. Les papes et François ont chacun présenté leurs excuses pour les dommages causés aux victimes. L’accumulation des révélations est la cause d'une crise de confiance à l'intérieur de l'Église catholique qui a entraîné des départs de fidèles.
Premières mentions Scandales isolés
Des scandales publics éclatent en Europe à la fin du , comme celui des frères de Saint-Joseph à l'abbaye de Cîteaux qui défraie la chronique en 1888.. Dans un contexte français marqué par l'anticléricalisme, la presse populaire, comme Le Petit Parisien, relaie spécifiquement des affaires de pédophilie impliquant des prêtres. La couverture médiatique des abus sexuels sur mineurs, commis ou non par des clercs, retombe ensuite durablement jusqu'à la fin des années 1970.
Des études ultérieures ont documenté des cas d'abus sur mineurs, par exemple aux États-Unis, en Irlande, aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne dans les années 1960-1980. Ces affaires ont souvent été étouffées, ou ont peu retenu l'attention des responsables et de l'opinion.
Les années 1990 marquent un tournant avec une forte médiatisation des affaires de pédophilie au niveau international. La parole des victimes et de leurs parents se libère au moment où le statut de l'enfant dans la société change : la convention internationale des droits de l'enfant ne date que de 1989, et il était encore possible pendant la révolution sexuelle des années 1970 de faire l'apologie de la pédophilie..
Première alerte aux États-Unis En 1985, Thomas Patrick Doyle, prêtre catholique et spécialiste de droit canon, rédige avec F. Ray Mouton Jr. et le père Michaël Peterson un rapport de 92 pages sur les nombreux abus sur mineurs commis par des membres du clergé aux États-Unis (version téléchargeable )..
Le document est envoyé aux évêques américains, certains l'accueillant favorablement.. Toutefois, ses conclusions ne seront pas suivies par la conférence épiscopale américaine.
Les auteurs proposaient, entre autres, la création d'une commission nationale pour répondre aux plaintes déposées dans toute l'Église aux États-Unis. Les évêques préfèrent cependant agir de façon indépendante dans leurs diocèses, avec leurs propres experts... Ce rapport dénonçait pourtant une négligence dans le traitement des affaires et préconisait des mesures qui seront prises plus tard, après les premiers scandales importants des années 1990 — Thomas C. Fox, What they knew in 1985, NCR Online, 17 mai 2002 (lire en ligne).. Thomas Doyle devient par la suite l'un des porte-paroles des associations de victimes.
Premières affaires retentissantes Aux États-Unis Les premières affaires déclarées de pédocriminalité dans l'Église catholique aux États-Unis apparaissent à la fin des années 1980. Des procès très médiatisés, comme celui, en 1993, du prêtre Edward Pipala – condamné pour des viols commis sur une dizaine de jeunes garçons – contribuent à donner la parole aux victimes. Elles sont bientôt des centaines à sortir du silence..
Ces premières affaires agissent comme un révélateur. Elles permettent une meilleure appréhension de la gravité de ces abus, et conduisent la hiérarchie de l'Église catholique aux États-Unis à adopter une position plus ferme sur le sujet. En 1993, la conférence épiscopale des États-Unis crée une commission pour lutter contre les abus sexuels dans l'Église (Ad Hoc Committee on Sexual Abuse). La même année, , répondant aux préoccupations des évêques américains, annonce la création d'une commission d'étude pour améliorer les procédures de jugements canoniques des affaires d'abus sexuels. Vers la fin de l'année 1993, cette commission, comprenant des représentants de l'Église américaine et du Saint-Siège, publie des directives pour faciliter la suspension des prêtres fautifs. Le pape approuve ces lignes directrices, sur une base expérimentale, en . Les diocèses américains deviennent plus attentifs à la sélection des candidats au sacerdoce. Des tests psychologiques et d'autres moyens de contrôle pour identifier les personnalités à risque sont mis en place. Mais cette prise de conscience n'est pas suffisante et surtout n'est pas encore générale dans l'Église.
En Europe vignette|Caricature en Allemagne sur le traitement des abus par l'Église catholique. En 1995, le cardinal Hans Hermann Groër, archevêque de Vienne, est publiquement accusé d'abus sexuels par deux de ses anciens élèves. Ces faits se seraient produits alors que ces derniers étaient adolescents... Le cardinal ne reconnaît pas ces abus et renonce, la même année, à ses fonctions de primat des catholiques autrichiens. Le Saint-Siège estime que Hans Hermann Groër est victime de fausses accusations. Quelques mois plus tard, Christoph Schönborn, évêque coadjuteur du cardinal Groër, admet pourtant publiquement la crédibilité des faits qui sont reprochés à son supérieur. En 1998, avant une visite du pape en Autriche, l'épiscopat autrichien demande au Saint-Siège de se prononcer officiellement sur cette affaire et d'autres allégations d'abus sexuels . À la suite d'une enquête du Saint-Siège, le cardinal Groër renonce à ses fonctions ecclésiastiques. Il meurt en 2003 sans que sa culpabilité soit publiquement éclaircie.
D'après le cardinal Christoph Schönborn, une enquête sur le cardinal Groër avait déjà été demandée en 1995, par le cardinal Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Une partie de la curie romaine, dont le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'état du Saint-Siège, s'y serait alors opposée et aurait obtenu satisfaction..
Histoire récente Afrique Afrique du Sud William MacCurtain, un prêtre jésuite britannique en poste à Johannesburg, agresse sexuellement William Segodisho de 1986 à 1989.. Malgré la visibilité donnée au témoignage de la victime, le prêtre est simplement renvoyé au Royaume-Uni, où sa hiérarchie précise « qu’une enquête approfondie a conclu que les accusations étaient fondées ».. Une trentaine d’affaires de pédophilie ont été recensées par l’Église catholique en Afrique du Sud depuis 2003 sans qu'aucun prêtre ne soit condamné.
Cameroun Lors de l'émission Cash Investigation sitée au Cameroun, diffusée le sur France 2 en partenariat avec Mediapart, l'évêque Joseph Atanga doit s'expliquer sur une affaire de pédophilie dans son diocèse, notamment au collège François-Xavier Vogt, par des prêtres de la communauté Saint-Jean. Il aurait tenté de couvrir les responsables en mutant les prêtres concernés pour leur éviter ainsi un procès« France : quand l’Église couvre les agissements pédophiles de certains prêtres en Afrique » Jeune Afrique, 21 mars 2017 ; Georges Dougueli, « Pédophilie dans l’Église : le silence coupable de l’archevêque camerounais Joseph Atanga », Jeune Afrique, 28 mars 2017 ...
Maroc Antoine Exelmans dirige entre 2021 et 2024 au sein de l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca au Maroc un service d'accueil de migrants. Il est soupçonné de violences sexuelles sur six personnes, cinq Guinéens et un Camerounais, mineures au moment des faits. Antoine Exelmans avoue ces « abus sexuels » lors de l'enquête canonique préliminaire. Il quitte le Maroc en 2024 pour se mettre en retrait en France où une enquête judiciaire est engagée...
Amérique Argentine En , Nicolás Parma, un prêtre de la communauté Hermanos Discípulos de Jesús de San Juan Bautista est condamné à de prison pour le viol de deux jeunes garçons de .. Quelques semaines avant, le fondateur du mouvement, Agustín Rosa Torino, avait été condamné à de prison pour le viol de 3 religieuses..
Bolivie En , deux prêtres jésuites espagnols sont condamnés à un an de prison pour ne pas avoir signalé des abus sexuels sur mineurs commis par un autre prêtre, dont le journal posthume a révélé qu'il avait abusé d'au moins entre 1972 et 2000..
Canada
Au Canada, à la fin des années 1980, des révélations sur des sévices infligés dans les années 1950 et 1960 à des enfants d'un orphelinat de Terre-Neuve ont suscité un scandale.. En , les évêques canadiens ouvrent une plateforme pour permettre aux victimes de mentionner les situations d’abus sexuels commis ou cachés par un évêque..
En , lors de son voyage au Canada, le pape François reconnait les crimes sexuels perpétrés par des prêtres et des religieuses et demande pardon à l’ensemble des victimes de ces violences sexuelles..
Chili Au Chili, au moins du clergé chilien ont été impliqués dans une série d'affaires de violences sexuelles.. En , le pape François s’est rendu au Chili pour un voyage apostolique. Il s'est retrouvé en présence du cardinal Barros, soupçonné depuis des années d’avoir protégé le père Fernando Karadima, reconnu pour avoir agressé des mineurs. Quelques jours plus tard, après être revenu à Rome, il mandate Scicluna pour faire enquête au Chili. Ce que découvre le pape dans son rapport le renverse. Il est question de , selon la télévision chilienne. On y retrouve également des enquêtes qui n’ont pas été effectuées et même des documents compromettants qui ont été détruits.
, affirme le pape. Quoi qu’il en soit, il y a un message clair. Le pape François n’arrivait pas jusqu'ici à offrir une réponse crédible et satisfaisante aux trop nombreux scandales de prêtres criminels qui ont agressé des mineurs. Même la commission qu’il a mise sur pied pour venir à bout de ce fléau semblait se perdre dans l’insignifiance..
Mis en cause par le pape lui-même pour la gestion calamiteuse des affaires de pédophilie dans leur clergé, tous les évêques chiliens ont présenté le vendredi leur démission au souverain pontife, une première dans l’histoire de l’Église catholique.. Il accepte sept d'entre elles, puis en celle du cardinal Ezzati, accusé au Chili de ne pas avoir dénoncé des agressions sexuelles commises par trois prêtres, dont Oscar Muñoz et Fernando Karadima..
Le , deux évêques, et , sont rendus à l'état laïc, sanction la plus grave en droit canon.. Le , l’Église catholique chilienne est condamnée à verser à trois victimes.. Le pape François écarte le cardinal Francisco Javier Errázuriz Ossa, soupçonné d’avoir couvert la pédophilie d'un prêtre chilien, de son cercle de proches conseillers, le , en ..
États-Unis
En 2002, le John Jay report dénombre, pour la période 1950 à 2002, sexuels concernant et agresseurs sexuels, soit 4 % du clergé américain.
Équateur Le , Luis Fernando Intriago Páez, curé de l'église Nuestra Señora de Czestochowa à Guayaquil, leader du mouvement pro-vie et du Mouvement catholique de la vie chrétienne en Équateur, est condamné à de prison ferme pour abus sexuels et torture des mineurs. Il était un ami intime du Péruvien Luis Fernando Figari, lui-même accusé d'abus sexuels sur mineurs en 2010. Dénoncé publiquement en 2013, il est aussitôt suspendu de ses fonctions, alors que ses supérieurs étaient informés depuis 2003.. – ou en Équateur – (1926-2017) est accusé d’abus sexuels dans 16 affaires, selon la Conférence épiscopale allemande. Par ailleurs Emil Stehle a aidé des prêtres pédophiles allemands à se cacher de la justice en Amérique latine..
Mexique Gonzalo Galván Castillo, évêque d'Autlán est accusé d'avoir protégé un prêtre pédophile et a été contraint à la démission en 2015.