Survivre avec les loups (titre original : ) est un roman présenté comme l’autobiographie d’une rescapée de la Shoah. Le livre a été écrit par Misha Defonseca, de son vrai nom Monique De Wael, en collaboration avec Vera LeeÉcrit aussi avec la collaboration de Marie Thérèse Cuny pour la nouvelle édition (XO éditions en 2005. Il est paru en France en 1997 aux Éditions Robert Laffont, après avoir été publié aux États-Unis, à Boston, par les éditions Mt. Ivy Press. Il s'agit d'une pseudo-autobiographie dans laquelle son autrice prétend raconter comment, en tant que petite fille juive, elle a réchappé à l'Holocauste pendant la Seconde Guerre mondiale, errant à travers Europe à la recherche de ses parents déportés. Le livre a été traduit en 18 langues et adapté au cinéma en 2007 par Véra Belmont, dans un film également intitulé Survivre avec les loups. Il a été vendu à plus de dans sa version française« Survivre avec les loups » : l’éditeur présente ses excuses », Valérie Sasportas, Le Figaro, 29 février 2008La quatrième de couverture des éditions Pocket précise que le livre s’est vendu à ..
En , après la mise en doute de la véracité de son récit, l’autrice a reconnu que ce qu'elle présentait comme une autobiographie était une invention.
Le livre (Les numéros des pages renvoient à l’édition Pocket de 2005.)
Résumé Le livre commence par la quête infructueuse de la narratrice, Misha, pour retrouver à Bruxelles les traces de sa petite enfance. Elle se rappelle ensuite l'époque où elle vivait, quasi cloîtrée, dans un appartement, sauf pour aller à l’école. Un jour, son père ne vient pas la chercher à la sortie des cours. Elle est emmenée dans une famille d’accueil sans tendresse. Rapidement, une véritable complicité s’installe entre elle et Ernest, le grand-père chez qui elle va régulièrement chercher des provisions. Il lui apprend que ses parents ont été arrêtés et déportés à l’Est par les Allemands.
Quand Misha apprend à l’automne 1941 qu’elle ne peut plus se rendre à la ferme du grand-père, elle décide de partir chercher ses parents à l’Est. Elle s’enfuit, avec comme seul guide, une boussole qu'Ernest lui a offerte. Elle vole dans les fermes pour se nourrir, mange des vers de terre, des baies, de l’herbe, des carcasses d’animaux morts. Elle traverse ainsi l'Allemagne finit par arriver en Pologne. Alors qu’elle vole de la nourriture dans une ferme, elle est blessée par le fermier et s’évanouit dans la forêt. Quand elle se réveille elle se retrouve face à une louve108.
L’animal et la petite fille s’adoptent mutuellement, mais la louve et son compagnon sont tués par un chasseur. Après avoir assisté au meurtre par « jeu » d'un juif par les Nazis, Misha multiplie les rencontres : des partisans polonais et une colonne juive avec laquelle elle entre dans le ghetto de Varsovie toujours à la recherche de ses parents. Terrorisée par la violence des Allemands et révoltée par l’indifférence des habitants140-141 du ghetto devant le sort des enfants faméliques et des morts, elle s’enfuit en passant par-dessus le mur. Poursuivant sa route vers l’est, elle trouve un soir refuge dans une caverne avec des louveteaux. Elle parvient à se faire adopter par la meute. Elle se nourrit des restes des loups. Misha se décide enfin à continuer sa route vers l’Est avec deux des petits, devenus adultes. Un jour, elle assiste au viol et à l’assassinat d’une jeune Russe par un soldat allemand159. Terrifiée, elle le tue à coups de couteau160. Elle est ensuite le témoin impuissant et révolté du massacre par les nazis d'un convoi d'enfants.
Mishke, à nouveau seule, entame le chemin du retour où elle ne rencontre que des charniers, des villages brûlés et abandonnés. Elle traverse la Moldavie, la Roumanie. En train, puis à pied, elle traverse les plaines et les montagnes d'Europe centrale jusqu'au littoral yougoslave. Elle s’évanouit et se réveille dans un bateau qui transporte des réfugiés vers l’Italie. Le pays a été libéré. Recueillie par la police belge, elle est reconnue par le grand-père en tant que Monique De Wael. Elle est confiée à deux vieilles filles enseignantes qui prennent en charge son éducation.
Le dernier chapitre raconte brièvement la vie d’adulte de la narratrice : un mariage sans amour avec un Juif séfarade qui lui laisse un fils, un second mariage heureux, et le retour au judaïsme aux États-Unis.
Les personnages
La narratrice Misha se décrit dans le premier chapitre comme un « loup égaré dans la ville »Éditions Pocket 2005, 9, une petite fille de 8 ans, blonde, « couverte de plaies et de croûtes », une sauvage rétive aux règles de vie qu’on veut lui imposer. Elle revient ensuite sur son enfance. En 1941, c’est une petite fille de 7 ans, pleine de vie et d’imagination. Après l’arrestation de ses parents, elle devient Monique Valle, 4 ans. Elle explique qu’elle peut passer pour une fillette de 4 ans parce qu’elle est de petite taille45 mais solide55 et intrépide. Dès les premières semaines de son périple, elle acquiert une grande insensibilité à la douleur84 et fait preuve d’une résistance physique hors norme. Peu à peu son apparence se transforme. Elle est tellement sale qu’elle finit par avoir une odeur plus animale qu’humaine. C’est du moins comme cela qu’elle explique le peu de méfiance d’une louve à son égard 149. Lorsqu’elle est le témoin de l’exécution sommaire d’enfants par les nazis, elle prend conscience des dangers qu’elle court et du côté chimérique de son entreprise. De retour en Belgique, elle a le plus grand mal à s’adapter à la vie sociale.
La mère, Gerusha, est une Juive russe. C’est une belle femme brune, aux yeux sombres, qui a gardé un fort accent russe. Elle est arrêtée en 1941 par les Allemands. Elle est pour la narratrice l’image même de l’amour et de la douceur. C’est elle qui manque le plus à Misha et que la petite fille veut retrouver.
La mère d’accueil en 1941, Marguerite : la narratrice la surnomme la « virago » et souligne son âpreté au gain. C’est une femme sèche aux cheveux gris mauve, une bourgeoise catholique. Elle confie un jour à une parente : 46. Elle humilie sans cesse la petite fille. C’est avec elle que Misha fait l’apprentissage de la haine.
Le grand-père, Ernest : c’est en fait l’oncle du père. Il a une ferme qui permet à la famille de s’alimenter sans restriction. Lui et sa femme Marthe sont les seuls à être gentils avec Misha. Il dit à la petite fille : 49. La narratrice explique que le grand-père lui a transmis cette « philosophie de vie ».
Analyse Bernard Fixot, l’éditeur français, Vera Belmont et Gérard Mordillat qui ont adapté Survivre avec les loups pour le cinéma soulignent qu’il s’agit d’une belle histoire, une histoire de quête et de survie dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.
Plusieurs thèmes ressortent de ce récit. La quête de la mère traverse tout le roman. La beauté et la douceur de la mère sont idéalisés. La narratrice va même jusqu’à identifier la louve qu’elle rencontre en Pologne, « sa maman Rita »115, à sa mère. La fourrure de la bête lui rappelle la chaleur de la chevelure maternelle. Lors de sa deuxième rencontre avec une meute de loups, elle est tellement heureuse de faire partie de la meute qu’elle arrête de rechercher ses parents. Chez les partisans russes, Malka, une autre figure maternelle, lui fait prendre son premier bain depuis son départ.
Le second moteur est la résistance à toute épreuve de Misha et sa haine des hommes : haine de Marguerite sa mère d’accueil, haine du soldat allemand qui tue le couple de loups avec qui elle vit en arrivant en Pologne, haine des Allemands encore qui tuent un déporté juif pour « s’amuser »126-127. Elle préfère la compagnie des animaux. La violence est un compagnon de voyage de la petite fille ; que ce soit sa propre violence, elle casse les jambes de l’Allemand qui a tué maman Rita, elle tue un soldat allemand qui a violé une jeune russe ; la violence des adultes, elle voit quotidiennement des exécutions le peu de temps qu’elle passe avec les partisans polonais, des exécutions sommaires dans le ghetto de Varsovie139.
À partir du moment où la narratrice rencontre la louve grise, le récit s’attache à évoquer l’adaptation de la petite fille aux mœurs des loups. Elle se plaque à terre quand la louve retrousse ses babines, en signe de soumission. Elle se couche sur le dos quand le nouveau compagnon de sa protectrice la menace116. La narratrice prête aussi des sentiments et des pensées humaines aux loups. Lorsqu’elle joue avec les louveteaux qu’elle vient de rencontrer, elle pense que l’attitude de la vieille louve signifie : Elle pense qu’elle est adoptée par la meute de loups parce qu’elle n’a pas peur d’eux et qu’elle éprouve pour eux un amour absolu. La mère devient à son tour une mère de substitution. Le mythe de la louve nourricière, qui remonte à Romulus et Rémus, a été repris par Kipling dans Le Livre de la jungle, est encore une fois utilisé« Misha Defonseca et ses loups », par Karin Bernfeld, Le Monde, 15 mars 2008.
Critiques et ventes ElleSurvivre avec les loups - Fiche livre : Documents et essais , Catherine Louquet, France-soirvivelesanimaux.com
En 2005, le livre s’est classé en des meilleures ventes d’essais et documents. Lors de la révélation de la supercherie, il figurait à la des meilleures ventes d’essais et documents, tandis que son édition de poche était du palmarès des pochesLivresHebdo.fr. Bernard Fixot, va envoyer aux libraires deux textes à glisser dans les exemplaires en circulation. Le premier de Misha Defonseca pour reconnaître son mensonge, le second, rédigé par l’éditeur, explique sa position. Ces deux textes seront intégrés à une réimpression du livre. L’indication « document-histoire vraie » sera remplacée par la mention « roman »François-Guillaume Lorrain, Le succès d’une « histoire fausse », le point.fr.
L’imposture littéraire
La révélation de l’imposture Misha Defonseca a affirmé pendant longtemps qu’il s’agissait de sa véritable histoire. Cette affirmation n’a guère été remise en cause publiquement jusqu’en , date à laquelle son éditrice, avec qui l'autrice était en conflit financier et judiciaire, commence à publier un blogLe blog de Jane Daniel. remettant en question la véracité du récit. La polémique fait surtout rage depuis la sortie du film de Vera Belmont. Serge Aroles, chirurgien et spécialiste des enfants-loups, publie le un article soulignant l’absurdité du comportement de Misha au sein de la meute de loups, puis, le , il donne une argumentation titrée , repris ensuite sur : . Maxime Steinberg, historien de la déportation des Juifs de Belgique, intervient dans le débat et précise que la déportation des Juifs vers les camps d’extermination n’a commencé que le , et non en 1941 comme l’écrit Misha Defonseca dans son récit. Ces propos sont repris par RegardsSite de la revue Regards., la revue du Centre communautaire laïc juif de Belgique. Les historiens pensent que Misha Defonseca s’appelle en fait Monique De Wael, née en 1937, et qu’elle était élève dans une école de Schaerbeek, dans la banlieue de Bruxelles. De plus, elle ne serait pas juive, mais catholique. Ses parents, des résistants, ont été arrêtés le à leur domicile et déportés à Sonnenburg, à la frontière germano-polonaise. Son père est mort en 1944, sa mère en 1945Ses parents étaient des résistants, pas des juifs déportés : le vrai dossier de « Misha », Marc Metdepenningen, Le Soir, 23 février 2008..