Dans le système d'enseignement supérieur public français, les concours nationaux d'agrégation de l'enseignement supérieur sont des concours organisés pour le recrutement des enseignants-chercheurs relevant du corps des professeurs des universités, dans des domaines non représentés dans l'enseignement secondaire général.

Ces concours sont organisés en fonction des sections d'enseignement et de recherche au Conseil national des universités. Depuis 1986, seules cinq sections (correspondant au groupe des disciplines juridiques et politique, et la section des sciences de gestion) en organisent un, sur la totalité des 52 sections existantes.

Les concours sont ouverts aux titulaires d'un doctorat ou de l'habilitation à diriger des recherches.

Histoire

vignette|Université de Paris, Concours d'agrégation. Procès-verbaux des séances du jury, 1787-1791 (extrait), Bibliothèque de la Sorbonne, NuBIS, cote MSAU 96. Le nom de ce concours vient du fait qu'il servait auparavant à recruter des enseignants adjoints aux professeurs titulaires et appelés .

C'est en 1840 que des premiers concours nationaux pour le recrutement sur l'ensemble des places d'agrégés nouvellement créées dans les facultés des sciences et des lettres furent organisés mais ils ne furent par la suite pas renouvelés. Pour les facultés de droit c'est à partir de 1855, date à laquelle les suppléants des facultés de droit prennent l'appellation d'agrégés que des concours nationaux sur l'ensemble des places vacantes voient le jour. Auparavant un concours était organisé par chaque faculté.

Dans les facultés de médecine, à la suite de l'institution de places d'agrégés en 1823, des concours furent organisés par chaque faculté (Paris, Montpellier et Strasbourg), mais c'est seulement en 1875 que le concours devient national et est destiné à pourvoir toutes les facultés et écoles ; il a lieu à Paris. En 1887, les épreuves d'admissibilité sont fixées de la manière suivante : les sujets sont tirés au sort et comprennent un exposé oral des titres et travaux et une leçon de ¾ heure avec 3 à 4 heures de préparation. Les épreuves d'admission comprennent une leçon d'une heure (après 24 ou 48 heures de préparation libre) et des épreuves pratiques.

Avant la création du corps des professeurs des universités en 1979, les concours d'agrégation de droit servaient, jusqu'en 1963, au recrutement des agrégés des facultés de droit, puis au recrutement des maîtres de conférences agrégés des facultés de droit, puis, à partir de 1971, au recrutement des maîtres de conférences des sciences juridiquesDécret 71-559 du 12 juillet 1971, le « concours d'agrégation » devenant alors le « concours d'accès pour l'accès au corps des maîtres de conférences des disciplines juridiques »Arrêté du 9 juillet 1971. Les professeurs titulaires des facultés de droit étaient quant à eux recrutés par un concours sur titres et travaux. La dénomination de « concours d'agrégation » a été réintroduite lors de la création du corps des professeurs des universités, puis remplacée par « concours national sur épreuve », lors de la réforme du statut des enseignants-chercheurs en 1984, et redevenue « concours d'agrégation de l'enseignement supérieur » en 1987.

On distinguait auparavant les « premiers concours » (dits « externes »), destinés aux titulaires du doctorat ou de l'habilitation à diriger des recherches, et les « deuxièmes concours » (dits « internes »), destinés aux maîtres de conférences âgés d'au moins quarante ans et comptant au moins dix années de serviceDécret du 6 juin 1984 (art. 49-2 ancien) fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences. . Le premier type de concours a été créé en 1855. Le second concours est issu de la procédure de recrutement par inscription de maîtres-assistants sur une liste d'aptitude mise en place en 1971, puis remaniée en 1978 et 1979. Supprimée en 1984 au profit de la mise en place de concours par établissement, la notion de second concours d'agrégation apparaît véritablement avec le décret du et a été supprimée par le décret 2014-997 du .

Fonctionnement Le concours d'agrégation de l'enseignement supérieur est ouvert aux candidats titulaires du doctorat ou de l’habilitation à diriger des recherches.

Les épreuves comportent une discussion des travaux des candidats et au plus trois leçons ; l’admissibilité est prononcée après la discussion des travaux et une leçon.

Le jury de chaque concours d’agrégation comprend le président, nommé par le ministre chargé de l’enseignement supérieur parmi les professeurs de la discipline considérée, et six autres membres nommés par le ministre chargé de l’enseignement supérieur sur proposition du président du jury ; quatre de ces membres sont des professeurs de la discipline concernée. Les deux autres membres du jury sont choisis parmi les professeurs d’une autre discipline ou parmi les personnalités françaises ou étrangères du secteur public ou du secteur privé connues pour leurs compétences ou leurs travaux dans des domaines liés à la discipline considérée.

Les candidats déclarés reçus, nommés dans le corps des professeurs des universités, sont affectés à un établissement, dans la mesure où les besoins du service le permettent, compte tenu de leur rang de classement au concours et y sont installés.

Liste des agrégations Existantes en 2022 Conformément aux dispositions de l'article 49-2 du décret no 84-431 du fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs, des concours nationaux d'agrégation peuvent être ouverts dans les disciplines correspondant aux sections 1 à 4 et 6 du Conseil national des universités : agrégations de droit : Section 01 : agrégation de droit privé et sciences criminelles ; Section 02 : agrégation de droit public ; Section 03 : agrégation d'histoire du droit ; Section 04 : agrégation de science politique agrégations de sciences économiques et de gestion : Section 06 : (à ne pas confondre avec l'agrégation de l'enseignement du second degré qu'est l'agrégation d'économie et de gestion)

Ayant existé agrégation de sciences économiques, dont le dernier concours aura été organisé en 2021, mais non mené à terme du fait que seules trois candidatures avaient été déposées (supprimée par le décret n°2022-227 du )L'article 3 du décret n°2022-227 du 23 février 2022 a modifié l'article 49-2 du décret n°84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants chercheurs, afin d'opérer la suppression du concours d'agrégation pour la section économie : "L'article 49-2 du même décret est ainsi modifié : 1° Au premier alinéa, le mot : « , économiques » est supprimé ;". agrégation de médecine (disparue) agrégation de pharmacie (supprimée en 1968, réapparue de 1995 à 1997) agrégations de médecine vétérinaire (par discipline, disparues) agrégations n'ayant existé qu'en 1840, 1844 et 1848, à ne pas confondre avec les agrégations de l'enseignement du second degré relatives aux mêmes champs disciplinaires agrégation de littérature ancienne et moderne agrégation d'histoire et géographie agrégation de philosophie agrégation de mathématiques agrégation de physique agrégation de sciences naturelles

Débat quant à son maintien Contestation du principe de l'agrégation de l'enseignement supérieur

L'agrégation de l'enseignement supérieur fait l’objet de critiques de la part d’une partie du corps des enseignants-chercheurs.

Argument n°1 : partialité Un premier grief adressé à cette procédure de recrutement est sa partialité. Les épreuves n'étant pas anonymes, nombre de candidats connaissent, directement ou indirectement, les membres du jury. De fait, les résultats des concours démontrent un lien statistique récurrent entre l'origine des reçus et les facultés représentées au jury. L'Association française d'économie politique (AFEP) a ainsi dénoncé en 2010 « les modalités d’organisation dont il fait l’objet en économie, et qui en font un simulacre de concours où règnent certains réseaux et le "copinage" »Nos engagements pour 2011, Association Française d'Économie Politique.

Argument n°2 : manque de valorisation de la recherche Un second grief formulé contre l'agrégation du supérieur est celui de l'absence de valorisation de la recherche. Le concours permettrait à un jeune maître de conférences de devenir professeur en justifiant d'un travail de publication scientifique qui peut s’étaler sur moins de 15 ans, alors qu’une telle durée est demandée dans les autres disciplines. Ce phénomène aurait pour effet de décourager les maîtres de conférences non sélectionnés de poursuivre une activité de recherche, faute de perspective de progression hiérarchique et engendrerait une déperdition scientifique.

Un mouvement de contestation Au soutien de cette position, un sitePour la suppression de l’agrégation du supérieur et une pétitionPétition Réforme des voies d'accès au corps des professeurs des universités des sections 1 à 6 petitionpublique.fr ont été mis en ligne de manière anonyme. La pétition, soutenue par le syndicat FERC Sup CGTFERC Sup CGT Égalité de traitement pour tous les enseignants-chercheurs, a recueilli plus de 700 signatures.

La soumission des sections 1 à 6 au régime de droit commun a depuis été recommandée dans le rapport issu des assises de l'enseignement supérieur et de la recherche remis à François Hollande, Président de la République, le par Vincent BergerAssises de l’enseignement et de la recherche, Rapport au Président de la République, 17 décembre 2012 dont la proposition est de « créer une voie de recrutement identique à celle existant pour les autres sections, ouverte sans condition d’ancienneté, pour les sections 1 à 6 du CNU » :

Ce mouvement a été vu par certains comme ayant entraîné la suppression du second concours d’agrégation par un décret du . Mais des professeurs d’université en droit y voient plutôt la « sanctuarisation » de l'existence d'un concours d'agrégation externe pour le recrutement des professeurs en droitDidier Truchet, « Réforme du statut des universitaires : l’agrégation et le reste », La Semaine Juridique Édition Générale , 29 septembre 2014, 983 .

Défense du principe de l'agrégation de l'enseignement supérieur Selon ceux prônant le maintien de l’agrégation du supérieur, les arguments avancés par les opposants à l’agrégation de l’enseignement supérieur se retournent en réalité en faveur de celle-ci. L’idée principale est que l’agrégation n’est pas forcément un système parfait, mais que le système alternatif proposé est largement pireAgrégation du supérieur : la fin ? - Gaïa Universitas.

Argument n°1 : Impartialité Le cœur du débat réside dans l’idée d’impartialité, inhérent à tout recrutement national. C’est l’argument principal en faveur du maintien de l’agrégation de l’enseignement supérieur : il serait impartial. En effet, ses promoteurs avancent le fait que tout chercheur souhaitant accéder à ce poste national doit passer devant le même jury pour un concours. Ce jury change en totalité à chaque concours afin que toutes les sensibilités intellectuelles soient représentées. Il y a plusieurs épreuves, chacune notée, et c’est la moyenne qui détermine le classement de manière mécanique. Ce système serait évidemment loin d’être aussi partial que celui proposé où des personnes installées localement dans des universités choisiraient avec beaucoup plus de liberté ceux qui veulent promus à ce poste convoité. Un tel système favoriserait le clientélisme et le localisme, avec peu de regard de l’extérieur, au détriment de l’objectivité scientifique.

Michel Grimaldi, professeur des universités en droit, écrit ainsi, dans une tribune intitulée « Pour que vive le concours d’agrégation en droit ! », publiée au Recueil Dalloz du :