Les papillons sont un thème ou un motif utilisé dans la peinture.
Les papillons ou lépidoptères semblent absents des peintures et gravures de la préhistoire mais sont par la suite régulièrement représentés, sur l'ensemble des continents, dans les œuvres d'art de nombreuses cultures ou civilisations.
Dans la peinture occidentale, on les rencontre à partir du , figurés de façon plus ou moins réaliste, dans la peinture italienne mais aussi dans la peinture flamande ou hollandaise.
Les papillons sont ensuite particulièrement présents dans les natures mortes du . Minutieusement peints, ils sont alors, en général, aisément identifiables.
Les œuvres des siècles suivants les évoquent encore sporadiquement. Sans les ignorer, les peintres du ne les représentent plus que de façon très stylisée.
Dans la peinture occidentale jusqu'au
Antiquité vignette|283x283px|Fresque de Pompéi représentant Psyché avec des ailes de papillons. Dans la civilisation grecque le papillon est associé à l’âme, en effet le terme grec ψυχή (psuchè) peut se traduire aussi bien par « papillon » que par « âme» . Cette symbolique se retrouve dans la civilisation gréco-romaine, où le papillon sert souvent à symboliser l’âme. Sur les tombes de l'époque romaine un papillon est souvent représenté à côté d'un squelette ou d'un cadavre pour symboliser l'âme qui s'échappe du corps. Cette signification macabre se retrouve ainsi sur une mosaïque pompéienne représentant un memento mori, où un papillon figure entre un crâne, symbole de mort, et une roue, symbole de la fortune. Le papillon, attiré par la flamme à laquelle il se brûle est également un symbole de témérité. Peut-être est-ce la raison pour laquelle une pièce de l'empereur Auguste représente un papillon attrapé par un crabe. Il s'agirait alors d'une mise en garde contre les dangers de la témérité.
A l’époque hellénistique Éros, ou Cupidon dans le monde romain, est souvent représenté comme un enfant ailé et parfois cruel. Il arrive qu’il soit représenté en compagnie d’un papillon, avec lequel il joue et parfois qu’il déchire ou qu’il brûle. Le papillon représente alors l’âme tourmentée par l’amour.
A la représentation du papillon pour figurer l’âme s’ajoute celle de Psyché, déesse de l’âme et parèdre d’Éros, dieu de l’amour. À partir du Ve siècle av. J.C Psyché est souvent représentée comme une jeune fille ou une petite fille dotée d’ailes de papillon. La plus ancienne représentation de Psyché sous cette forme figure sur une gemme étrusque du Ve siècle av. J-C conservée au British Museum. La figure de Psyché connait un grand succès à l’époque hellénistique puis romaine. Elle apparait ainsi aussi bien sur des fresques que dans des mosaïques, sur des pièces de monnaie, des bijoux ou encore dans la sculpture, seule ou en compagnie d’Éros/Cupidon. De nombreuses Psychés figurent ainsi sur les fresques de Pompéi, souvent accompagnées d’un ou plusieurs cupidons. Les ailes de papillons de Psyché sont généralement de forme arrondie, souvent dotée d’ocelles et correspondent rarement à une espèce identifiable.
De manière générale les représentations de papillons correspondent rarement à une espèce précise. Il existe quelques exceptions cependant : ainsi le grand papillon figurant sur la mosaïque dite « de la chasse », découverte à Pompéi en 2018 a été identifié comme un petit monarque (Danaus chrysippus L., 1758).
Les manuscrits enluminés
La représentation des papillons diminue fortement au Haut Moyen Age. Le mythe de Psyché semble oublié et n'est plus représenté. On trouve cependant quelques représentations de papillons stylisés dans les manuscrits enluminés, par exemple les deux papillons du Chi-Rho du livre de Kells, au début du IXe siècle.
Les représentations de papillons se multiplient de nouveau à partir du XIIIe siècle. Les papillons sont présents dans les "drôleries " des marges des manuscrits où ils sont souvent chassés et attrapés par divers personnages. Il semble que l'association des papillons à l'âme n'a pas été oubliée et il a été avancé que la combinaison des mouches (symbole de la mort), des libellules (symbole de vol et d'ascension) et des papillons (symbole de la résurrection) dans les marges médiévales est une représentation du Christ. Les papillons sont généralement représentés de manière fantaisiste.
On trouve des lépidoptères identifiables dans les manuscrits occidentaux à partir du XIVe siècle, notamment un Machaon dans un bréviaire à l'usage de Verdun de 1304 (BM Verdun Ms 107, folio 1) ou encore deux Piérides du chou dans le Alphonso Psalter, vers 1309 (The Bird Psalter, Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, MS 2- 1954, f. 1r). Le manuscrit des Cocharelli, enluminé entre 1330 et 1340, contient plusieurs représentations d'insectes identifiables dont un Moro-sphinx, un Sphinx à tête de mort et un Grand paon de nuit, cependant des représentations aussi précises restent exceptionnelles pour cette époque.
Les représentations de papillons deviennent de plus en plus souvent identifiables dans les manuscrits des .
Les papillons représentés dans le Livre d'heures d'Hastings (vers 1470) sont identifiables (piéride du chou en haut, vraisemblablement grande tortue en bas) mais ceux qui figurent dans les Heures à l'usage de Paris (vers 1490)Les Heures à l'usage de Paris sont un manuscrit sur peau de vélin enluminé par le Maître de la Chronique scandaleuse (actif à Paris de 1493 à 1510 environ, travaillant pour la Cour, principalement pour Charles VIII, Louis XII et Anne de Bretagne), comportant 71 miniatures (« L'art en miniature », dans La Gazette de Drouot, , 16 juillet 2010, et 81). ou dans un Livre de prières de Bruges datant de 1500-1525Ce Livre de prières de Bruges est un manuscrit sur parchemin de cent feuillets, avec deux grandes peintures à pleine page, vingt petites miniatures, quatre grands encadrements et vingt bordures de fleurs, fruits et animaux sur fond or (« L'art en miniature », dans La Gazette de Drouot, , 16 juillet 2010, ). sont imaginaires.
Au début du Jean Bourdichon représente encore, entre 1503 et 1508, un papillon imaginaire sur une page des Grandes Heures d'Anne de BretagneConservé à la Bibliothèque nationale de France et reproduit dans .. Dans les Heures à l'usage d'Amiens (1513), des papillons vraisemblablement nocturnes, figurés en général de façon symétrique sur deux pages, ne peuvent pas non plus, malgré la précision du dessin de leurs ocelles, être identifiésLes Heures à l'usage d'Amiens sont un ouvrage sorti des presses de Gillet Couteau pour le libraire Guillaume Eustace. Imprimé sur peau de vélin en caractères gothiques, il est illustré de dix-huit grandes figures sur bois et de seize vignettes. Les trente-et-une bordures en sont peintes sur fond lavé d'or de fleurs, fruits, insectes, escargots et oiseaux. (La Gazette de l'Hôtel Drouot, , 24 septembre 2010, , et , 8 octobre 2010, )..
La figuration stylisée sans réalisme des papillons sur la plupart des manuscrits enluminés semble répondre à une volonté décorative ou à l'intention de symboliser les saisons. Les papillons figurent essentiellement dans les marges des manuscrits et il est rare qu'ils soient représentées dans le texte du manuscrit ou dans une miniature. La peinture italienne du Quattrocento
Au Quattrocento, Pisanello (av. 1395-1450/1455) peint entre 1435 et 1449 autour du Portrait d’une princesse de la Maison d'Este [Ginevra d'Este] (musée du Louvre) des représentations identifiables d'un flambé (à gauche) (Iphiclides podalirius) à gauche, d'un vulcain (Vanessa atalanta) en vol et de profil à droite et d'un souci (Colias crocea).
À la gauche de La Vierge au papillon (musée du Vatican), Francisco di Gentile () peint également un flambé.
Un croquis schématique de papillon, aux côtés d'une libellule et d'un poisson volant, figure au dos du folio 99 du Codex Ashburham de Léonard de Vinci (1487-1490) Conservé à la bibliothèque de l'Institut de Paris et reproduit dans .. Mais c'est un papillon imaginaire que Filippo Torelli représentait, vers 1449, dans un Missel enluminéConservé au museo di San Marco dell'Angelico de Florence et reproduit dans ..
Au début du Dosso Dossi (1490-1542) fait, en 1529, peindre à Jupiter des papillons qui ne sont pas plus identifiables.
La peinture flamande
120px|thumb|right|Pieter Brueghel l'Ancien, La Chute des anges rebelles, détail Le papillon prend une signification ambivalente dans la peinture flamande et allemande à partir du XVe siècle. Les papillons de la famille des nymphalidae, en particulier le Vulcain et la Petite tortue sont souvent associés au mal et à la luxure. Les démons sont ainsi représentés avec les ailes de ces papillons, par exemple dans le Jugement dernier de Hans Memling. Cette association pourrait s'expliquer par la couleur de leurs ailes(le rouge et le noir, ainsi que les couleurs mélangées et tachetées étant associés au diable), à leur habitude de se poser avec les ailes ouvertes, symbole d'orgueil, et au fait que les adultes de ces espèces se nourrissent de viande en décomposition et d'excrément, symbole de mort et de souillure. Le Machaon est parfois aussi associé aux démons, par exemple dans la Chute des anges rebelles de Pieter Brughel l'Ancien. À l'inverse les papillons de couleur claire, en particulier les piérides, accompagnent souvent la Vierge et les saints, ainsi dans le Petit jardin de Paradis du Maître du jardin de Paradis en 1410.
Rogier van der Weyden (c. 1399-1464) introduit, dans sa Tentation de Saint Antoine, la figuration d'un vulcain.
Brueghel l’Ancien (c. 1525-1569) représente dans La Chute des anges rebelles (musée de Bruxelles) l'archange Michel qui, avec l'aide des anges, chasse les anges rebelles du paradis. Ceux-ci sont précipités vers le bas où ils rejoignent des créatures monstrueuses. Les ailes que le peintre attribue à l’un de ces êtres composites sont empruntées à un machaon (Papilio machaon).
Dans un livre d'heures flamand, une chasse aux papillons (six personnages, cinq papillons) est représentée sur la page du mois de juillet dans The Golf Book (atelier de Simon Bening, vers 1520)Conservé à la British Library de Londres et reproduit dans ..
La peinture hollandaise 200px|thumb|left|Jérôme Bosch, Le Jardin des délices, 1504, détail : ailes de vanesse au centre
Jérôme Bosch (c.1430-1516) introduit, en 1504, dans Le Jardin des délices (musée du Prado) un myrtil femelle à tête d'oiseau, au centre du volet droit, et des fragments d'ailes d'une petite tortue (Aglais urticae) sur le volet centralL'écrivain Vladimir Nabokov, expert en lépidoptères, note dans Ada ou l'ardeur que celle-ci, figurée les ailes repliées, devrait donc présenter au premier plan le dessous de son aile, alors que c'est le dessus qui se trouve peint. « De toute évidence, Bosch a trouvé une ou deux ailes de ce papillon au milieu d'une toile d'araignée dans le coin de l'encadrement de sa fenêtre et il nous en montre le côté supérieur, plus joli, peignant ainsi un insecte à rebours », commente Nabokov (cité dans )..
Durant la même époque, les princes et les notables, curieux de connaissances, commencent de collectionner les « merveilles de la nature » dans leurs « cabinets de curiosités ». Pour les compléter ils commandent aux peintres des représentations de coquillages et d'insectes. Ainsi, sur la fin du , Joris Hoefnagel enlumine entre 1582 et 1590 les 650 pages du « Missel romain » de Ferdinand, archiduc du Tyrol (Bibliothèque de Vienne) dont, en renouvelant le travail des miniaturistes flamands, il fait quasiment un recueil naturaliste. Dans une gouache datée de 1590 il semblerait cependant adjoindre deux petites queues à la figuration d'une belle dame (Vanessa cardui). Il compose ensuite dans le sens d'un réalisme de plus en plus scrupuleux les 100 pages de lAlbum d'insectes qu'il compose pour l'empereur Rodolphe II, (conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles).