Pierre l’Arétin ou Pierre Arétin (en italien Pietro Aretino), nommé « le divin Arétin », est un écrivain, poète, satiriste, dramaturge et maître chanteur italien, né le à Arezzo (Toscane) et mort le à Venise (Vénétie). Il exerça une influence sur l'art et la politique contemporains. Il est l’un des écrivains les plus influents de son époque et un critique fervent des puissants. En raison de ses relations et de ses sympathies avec les réformateurs religieux, il est considéré comme un protestant nicodémite.

Biographie

Origines et jeunesse Pierre l’Arétin naît en 1492 à Arezzo (l’Arétin signifiant « venant d’Arezzo ») de Luca Del Tura, un cordonnier, qui abandonne sa famille pour rejoindre la milice. Son père retourne plus tard à Arezzo, mourant finalement dans la pauvreté à l'âge de 85 ans, non pardonné par son fils, qui n'a jamais reconnu le nom paternel, prenant Aretino comme nom de famille. Sa mère, Margherita, est connue sous le nom de Tita Bonci. Avant ou après l'abandon (on ne sait pas quand), elle noue une relation durable avec un noble local, Luigi Bacci, qui aide Tita, Pietro et ses deux sœurs, et élève Pietro comme faisant partie de sa propre famille.

Rome Banni de sa ville natale, il passe une décennie à Pérouse avant d’être envoyé, hautement recommandé, à Rome, où le riche banquier Agostino Chigi, mécène de Raphaël le prend sous son aile.

En 1516, meurt l'éléphant Hanno, animal de compagnie du pape Léon X, et Pierre l'Arétin écrit un pamphlet satirique intitulé La dernière volonté et le testament de l'éléphant Hanno. Le testament fictif se moque habilement des principales personnalités politiques et religieuses de Rome de l’époque, dont le pape Léon X lui-même. Le pamphlet a du succès et lance sa carrière ; l’Arétin fait parler de lui à Rome par ses satires mordantes, qui le font devenir célèbre, finalement connu sous le nom de « Fléau des Princes ».

Après la mort de Léon X en 1521, son mécène est le cardinal Giulio de Médicis, dont les concurrents pour le trône papal souffrent des propos calomnieux de l'Arétin. L'arrivée du pape néerlandais Adrien VI, « la tedesca tigra » (« la tigresse allemande ») selon ses mots, l'encourage à chercher de nouveaux clients en dehors de Rome, principalement auprès de Frédéric II de Mantoue à Mantoue et auprès du condottiere Jean des Bandes Noires. L'élection de son ancien mécène Médicis comme pape sous le nom de Clément VII le renvoie brièvement à Rome.

L'Arétin s'enrichit, vivant dans le cercle lettré de son mécène, aiguisant ses talents satiriques sur les potins de la politique et de la Curie romaine, et transformant la grossière pasquinade romaine en une arme de satire, jusqu'à ce que, ses Sonnets luxurieux écrits pour accompagner la série de dessins d'une beauté exquise mais très pornographique de Giulio Romano, gravés par Marcantonio Raimondi sous le titre , publiés en 1524, provoquent finalement un tel scandale qu'il doit fuir temporairement Rome en 1525. Cet écart lui vaut de perdre la protection du pape Clément VII. Des menaces de mort et une tentative d'assassinat de la part d'une des victimes de sa plume, l'évêque Giovanni Matteo Giberti, en , l'amènent à circuler dans le Nord de l'Italie au service de différents nobles, se distinguant par son esprit, son audace et ses talents brillants et faciles, jusqu'à ce qu'il s'installe définitivement à Venise en 1527, la ville la plus opposée au pape en Italie, « siège de tous les vices » note avec enthousiasme l'Arétin.

Venise vignette|redresse|Anselm Feuerbach, La Mort de pierre l'Arétin, 1854, Kunstmuseum (Bâle). En sécurité à Venise, l'Arétin devient maître chanteur, extorquant de l'argent aux hommes qui ont sollicité ses conseils dans le vice. Il « gardait tout ce qui était célèbre en Italie dans une sorte d'état de siège » selon Jacob Burckhardt . Il publie sa correspondance, mettant ainsi sous pression tout ce que l’Italie compte de notables. Il n’épargne pas dans ses écrits satiriques les princes et les grands : la plupart, pour éviter les traits de sa satire, lui font des présents considérables. Ainsi et l’empereur Charles Quint le subventionnent en même temps, chacun espérant quelque dommage pour son rival, puis le mettent simultanément à la retraite, chacun espérant que la réputation de l'autre sera ternie. « Le reste de ses relations avec les grands n'est que mendicité et extorsion vulgaire », selon Burckhardt. Addison déclare qu'« il a mis la moitié de l'Europe sous contribution ».

Sur la fin de sa vie, il publie par ailleurs diverses œuvres pieuses, une traduction italienne des Psaumes de David, trois livres « sur l’humanité de Jésus Christ » ainsi qu’un livre sur la Passion du Christ.

D’après la tradition, l'Arétin serait mort étouffé d'avoir « trop ri » : on raconte qu'au cours d’un copieux repas, une plaisanterie particulièrement obscène lui provoque une incroyable crise de rire qui le fait tomber à la renverse et qu'ainsi il se fend le crâne. La vérité la plus banale est peut-être qu’il est mort d’un accident vasculaire cérébral ou d’une crise cardiaque.

En 1559, trois ans après sa mort, l'ensemble de son œuvre est répertorié dans l' Index librorum prohibitorum par Paul IV. Les premières traductions anglaises de certains de ses textes les plus osés sont arrivées sur le marché récemment.

Personnalité vignette|redresse|Illustration érotique de Paul Avril pour une édition des Sonnets luxurieux, 1892. L'Arétin est bisexuel, comme d'autres personnalités de la Renaissance telles que Benvenutto Cellini et le cardinal Francesco Maria del Monte. Il se déclare « sodomite » depuis sa naissance et a une importante sexualité, écrivant qu'« un homme prolonge sa vie exactement dans la mesure où il satisfait ses désirs » et prétendant qu'il craint pour sa santé s'il a moins de 40 personnes différentes comme amants par mois (soit plus d'une personne par jour). Alors qu'il est de son temps l'un des auteurs les plus connus et lus, son œuvre est par la suite davantage ignorée pour plusieurs raisons, dont le caractère obscène de ses écrits et sa bisexualité.

Dans une lettre à Giovanni de Médicis écrite en 1524, il joint un poème satirique disant qu'en raison d'une aberration soudaine, il est « tombé amoureux d'une cuisinière et était temporairement passé des garçons aux filles... » (Mon cher garçon). Dans sa comédie , le personnage principal est ravi de découvrir que la femme qu'il a été forcé d'épouser est en réalité un page déguisé. Alors qu'il était à la cour de Mantoue, il développe une amourette pour un jeune homme appelé Bianchino et agace le duc Frédéric II en lui demandant de plaider auprès du garçon en son nom.

Ses Ragionamenti, propos d’une prostituée à divers interlocuteurs composés comme des « raisonnements » en forme de dialogue platonicien, tournent en dérision la société de son temps et particulièrement les sacrements religieux (vœux monastiques, mariage). Un des personnages est la Nanna, une ancienne courtisane qui évoque son expérience.

L’Arétin était un ami personnel du Titien, qui fit au moins trois portraits de lui. Il fut un proche de Giuseppe Betussi, de Giorgio Vasari, Jules Romain, Raphaël et du Parmigianino. Il est considéré comme un pionnier de l'histoire de l'art et de la critique.

Œuvre

thumb|Stanze di M. Pietro Aretino, gravure sur bois par Giovanni Britto, 1537

Outre les textes sacrés et profanes – une satire de dialogues néoplatoniciens solennels de la Renaissance, se déroulant dans une maison close – et cinq comédies, dont La Courtisane et La Talenta. On connaît l'Arétin principalement pour ses lettres, pleines de flatteries littéraires qui pouvaient tourner au chantage. Elles circulèrent largement sous forme manuscrite ; il les rassembla et les publia à intervalles réguliers, gagnant autant d'ennemis que de renommée, et lui valut le dangereux surnom que lui donna l'Arioste, le « fléau des princes ». Il est aussi l’auteur de la tragédie Les Horaces (1546).

Liste des œuvres L'Œuvre du divin Arétin, Introduction et notes par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des curieux, Paris, 1909L'Œuvre du divin Arétin, Tome 1, Texte en ligne 1910Tome 2, Texte en ligne. Lettres, trad. André Chastel et Nadine Blamoutier, Scala, 1988. . Sonnets luxurieux, dessins de Giulio Romano, trad. Paul Larivaille et Alcide Bonneau, Payot, 1996. L'éducation de la Pippa (extrait du Ragionamenti, trad. Alcide Bonneau) Allia, 1997 . Les roueries des hommes (extrait du Ragionamenti, trad. Alcide Bonneau) Allia, 1997 . La ruffianerie (extrait du Ragionamenti, trad. Alcide Bonneau) Allia, 1997 . Ragionamenti, trad. Giovanni Aquilecchia et Paul Larivaille, Les Belles Lettres, 2 vol., 1998 et 1999 (réédition 2008), . La Courtisane, trad. Paul Larivaille, Les Belles Lettres, 2005. Ragionamenti (extraits: La vie des nonnes. La vie des femmes mariées. La vie des courtisanes) trad. Alcide Bonneau, Allia, 2008 . Les Trois Livres de l'humanité de Jésus-Christ, traduits de l'italien en français par Pierre de Larivey, Éditions Honoré Champion, 2009.

Représentations vignette|redresse|Marcantonio Raimondi, Portrait de Pierre Aretino, gravure d'après Titien, vers 1517-1520, Metropolitan Museum of Art. L'Arétin est un ami proche de Titien : la relation entre l’écrivain et le peintre est devenue particulièrement étroite au cours des presque trente années passées par l'Aretin à Venise. Il devint le compagnon de vie le plus proche de Titien, son critique le plus sensible, ainsi que son conseiller, agent, publiciste, collecteur de dettes, secrétaire et « parasite ». Titien a peint son portrait trois fois : un portrait de 1527 au Kunstmuseum (Bâle)Kunstmuseum Basel.In Apollo magazine (20 September 2019), Frick curator Xavier Salomon makes the case that the portrait in Kunstmuseum Basel is the 1527 portrait of Aretino that Titian painted for the Marquis of Mantua, Frederico Gonzaga. . Tizian (Vecellio, Tiziano) (zugeschrieben / attributed to), un portrait de 1537 à The Frick Collection et un portrait de 1545 au palais Pitti. Luba Freedman mentionne un quatrième portrait, datant « d'au plus tard en 1535 », mais Xavier F. Salomon, conservateur en chef de la Frick Collection, dit qu'« il n'y a aucune preuve qu'il ait jamais existé ». Clément VII a fait l'Arétin chevalier de Rhodes et Jules III l'a nommé chevalier de Saint-Pierre, mais la chaîne qu'il porte pour son portrait de 1545 n'est peut-être qu'un simple bijou.

Titien a également dépeint l'Arétin comme Ponce Pilate dans son tableau Ecce HomoEcce Homo au Kunsthistorisches Museum, « comme un soldat anonyme dans la foule » dans l'Allocution d'Alphonse d'Avalos au musée du Prado de Madrid, et à côté d'un autoportrait dans La Gloria, également au PradoAt the Museo del Prado website, under "Collection," the discussion of "La Gloria" states, "On a lower level are two elderly bearded men identified as Pietro Aretino and Titian himself in profile." , mais Xavier Salomon écrit : « Dans l’histoire de l’art, les choses se répètent sans cesse et deviennent des faits. Il n’y a aucune raison pour Aretino d’être dans le Gloria de Titien et l’homme habituellement identifié comme Aretino lui ressemble à peine. Je suis absolument convaincu que ce n’est pas lui. »

Titien est loin d'être le seul artiste à avoir représenté l'Arétin. Aucune autre célébrité du Cinquecento n'a probablement vu son image reproduite aussi souvent et sur autant de supports : peintures, fresques, sculptures, gravures, médailles. À différentes étapes de sa vie, l'Arétin a également été représenté par Sebastiano del Piombo, Alessandro Bonvicino, Francesco Salviati, Le Tintoret et Giorgio Vasari. Son portrait a été gravé par Marcantonio Raimondi et Jean Jacques Caraglio. Son portrait a été reproduit sur des médailles par Leone Leoni, Francesco Segala, Alfonso Lombardi et Alessandro Vittoria et son image a été sculptée par Jacopo Sansovino et Danese Cattaneo.

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