Bernard Cazeneuve, né le à Senlis (Oise), est un homme d’État français. Longtemps membre du Parti socialiste (PS), il est Premier ministre du au , sous la présidence de François Hollande.
Il est député de la Manche entre 1997 et 2017, maire d'Octeville de 1995 à 2000 puis de Cherbourg-Octeville de 2001 à 2012, et président de la communauté urbaine de Cherbourg de 2008 à 2012.
En 2012, il est nommé ministre délégué aux Affaires européennes dans le gouvernement Ayrault. L'année suivante, il devient ministre délégué au Budget, à la suite de la démission de Jérôme Cahuzac. Ministre de l'Intérieur dans les gouvernements Valls I et II (2014-2016), il est confronté à une vague inédite de terrorisme islamiste, avec notamment les attentats de janvier 2015 en France, dont celui contre Charlie Hebdo, et les attentats du 13 novembre 2015 en France, la pire attaque terroriste sous la .
À la fin de l'année 2016, Manuel Valls ayant démissionné pour se présenter à la primaire socialiste de 2017, Bernard Cazeneuve lui succède comme Premier ministre. Il gouverne en pleine campagne présidentielle et doit notamment faire face à un mouvement social en Guyane. Il démissionne après la victoire d'Emmanuel Macron, puis rejoint comme associé le cabinet d'avocat August Debouzy.
En 2022, en désaccord avec l'alliance conclue entre le PS et La France insoumise pour les élections législatives, il quitte le Parti socialiste et lance l'année suivante un nouveau mouvement, La Convention, qui est rallié par plusieurs partis politiques dont le Parti radical de gauche.
Biographie Famille Bernard Guy Georges Cazeneuve est le fils de pieds-noirs d'Algérie, Gérard Cazeneuve, instituteur dans le quartier de Châteauneuf, dans la commune d’El Biar, près d’Alger, puis à Senlis (Oise), et Danièle Varailhon., « marxistes et de gauche. ». Son père était responsable du Parti socialiste dans l'Oise.
thumb|redresse|left|Bernard et Véronique Cazeneuve lors des commémorations à l'occasion du du débarquement de Normandie en à Arromanches-les-Bains (Calvados). Le , Bernard Cazeneuve épouse Véronique Beau, directrice d’une maison d’édition pour enfants, avec laquelle il a deux enfants : Nathan et Mona. Après une séparation de trois ans et un divorce, au début du quinquennat de François Hollande, ils se remarient le .... Véronique Cazeneuve meurt en des suites d'une longue maladie...
En , interrogé par La Croix, Bernard Cazeneuve se décrit comme « plutôt agnostique ».
Formation Bernard Cazeneuve fait toute sa scolarité à Creil, dans l'Oise. Il est d'abord élève de l’école Jean-Biondi, où son père est nommé au début des années 1960. Il étudie ensuite à l'école Descartes, au collège Havez puis au lycée Jules-Uhry...
Il est ensuite admis à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (diplômé de la promotion 1985).. Il est par ailleurs titulaire d’une maîtrise en droit public de l'université de Caen-Basse-Normandie..
Parcours professionnel et politique Ascension Premières adhésions (années 1980) À l'IEP de Bordeaux, Bernard Cazeneuve dirige la fédération du mouvement des Jeunes radicaux de gauche de Gironde, créé en 1983. Il est membre du bureau national du Mouvement des radicaux de gauche (MRG) de 1985 à 1987..
En 1987, Bernard Cazeneuve adhère au Parti socialiste.
Juriste et conseiller (années 1990) Il entame une carrière de juriste à la Banque populaire, avant d'intégrer les cabinets ministériels. Il devient ainsi conseiller technique au cabinet de Thierry de Beaucé, secrétaire d'État chargé des Relations culturelles internationales en 1991, puis chef de cabinet d'Alain Vivien, secrétaire d'État chargé des Affaires étrangères, en 1992, et de Charles Josselin, secrétaire d'État à la Mer, en 1993« Arrêté du 18 mars 1993 portant cessation de fonctions au cabinet du secrétaire d’État », Journal officiel du 23 mars 1993 page 4504. À cette date, il est nommé secrétaire général du Conseil supérieur de la navigation de plaisance et des sports nautiques« Arrêté du 18 mars 1993 portant nomination au Conseil supérieur de la navigation de plaisance et des sports nautiques », Journal officiel du 23 mars 1993 page 4505..
Implantation dans la Manche (1994-2012) Homme d'appareil, proche du courant fabiusien, il se présente en 1994 dans le canton de Cherbourg-Sud-Ouest pour mettre fin aux divisions socialistes locales, qui avaient fait perdre la mairie du chef-lieu en 1989. Élu conseiller général, il reprend la mairie d'Octeville à la droite en 1995 puis est élu député de la cinquième circonscription de la Manche en .
Il mène campagne pour le « Grand Cherbourg », qui doit conduire à la fusion des six communes de l'agglomération cherbourgeoise. Le référendum local aboutit à la réunion de Cherbourg et Octeville. En 2001, un an après la création de la nouvelle commune, il en est élu maire, devançant la liste RPR conduite par Jean Lemière. Son ascension est interrompue par la perte de son mandat de député au profit de ce dernier aux élections législatives de 2002.
Élu juge titulaire à la Haute Cour de justice et à la Cour de justice de la République pour la durée de son premier mandat de parlementaire, il poursuit en parallèle une carrière juridique, étant inscrit à partir de 2003 au barreau de Cherbourg-Octeville. Au milieu des années 2000Entre 2006 et 2008 selon la biographie sur le site du ministère des Affaires étrangères, entre 2005 et 2007 selon l'intéressé (source : Ariane Chemin, « Gilles August et associés, un cabinet très politique », Le Monde, 21 décembre 2012)., il rejoint, en qualité d’avocat non associé, l'équipe « public, réglementaire et concurrence » du cabinet parisien de droit des affaires August DebouzyVincent Nouzille, La République du copinage, éd. Fayard, 2011..
En 2004, François Hollande doit le convaincre de prendre la tête de la liste manchoise des élections régionales en Basse-Normandie après la défection de Jean-Pierre Godefroy. Mais, fervent partisan de l'énergie nucléaire, dans un département où sont implantés la centrale nucléaire de Flamanville, l'usine de retraitement de la Hague et l'arsenal de Cherbourg, ses prises de position, notamment en faveur de l'implantation de l'EPR dans le Cotentin, confirment le divorce des socialistes avec les Verts, qui s'unissent aux Radicaux de gauche pour le premier tourPierre-Yves Lautrou, « Une campagne pas si tranquille », L'Express, 23 février 2004. Élu conseiller régional, il est, sous la présidence de Philippe Duron, premier vice-président du conseil régional. Il défend le « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005.
Il se présente aux élections législatives de 2007, à l’issue desquelles, ayant obtenu 59 % des suffrages exprimés., il retrouve son siège de député face au sortant UMP de la circonscription de la Manche, Jean Lemière. Il démissionne alors de son mandat régional.
Face à une droite divisée, il conduit en 2008 une liste d'union de la gauche qui l’emporte au premier tour des élections municipales à Cherbourg-Octeville, ce qui lui permet d’être réélu maire par le nouveau conseil municipal.. Dans la foulée, il prend la présidence de la communauté urbaine de Cherbourg en avril suivant. Il poursuit son souhait d'accentuer le caractère maritime de Cherbourg-Octeville, à travers l'organisation de festivités nautiques (courses internationales de voile), et d'engager la revitalisation de la ville unifiée par une opération de rénovation urbaine autour des quartiers des Bassins et des Provinces, alliant projets commerciaux, culturels et urbains (aménagement urbain et rénovation de l'habitat social)..
N'ayant soutenu aucun candidat lors de la primaire citoyenne de 2011, il est désigné comme l'un des quatre porte-parole de François Hollande, candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Il prend dès lors de l'ampleur dans les médias, et s'occupe des questions industrielles et du dossier nucléaireRenaud Czarnes, « Cazeneuve, éminence grise dans la lumière », Les Echos, 30 mars 2012., jouant un rôle important dans la poursuite, sans remise en cause, du chantier EPR à Flamanville et du retraitement des déchets nucléaires à l'usine de la Hague.« Bernard Cazeneuve, un ex-"noniste" au budget », Le Monde.fr, 19 mars 2013..
Responsabilités gouvernementales Ministre délégué aux Affaires européennes (2012-2013) vignette|gauche|Bernard Cazeneuve et le vice-chancelier autrichien Michael Spindelegger en 2013. Évoqué parmi les ministrables, notamment pour le portefeuille de la Défense, il est nommé le , ministre délégué aux Affaires européennes, auprès de Laurent Fabius. Il est largement réélu député avec 55,39 % au premier tour dans la quatrième circonscription de la Manche lors des élections législatives de 2012, avec sa première adjointe à la mairie de Cherbourg-Octeville, Geneviève Gosselin-Fleury, comme suppléante. Celle-ci le remplace à l'Assemblée nationale à compter du . Il abandonne le la tête de la mairie de Cherbourg-Octeville à Jean-Michel Houllegatte et la présidence de la communauté urbaine de Cherbourg au maire de Tourlaville, André Rouxel.
Il a pour tâche de défendre en 2012 le pacte budgétaire européenEurope: les contradictions du ministre Bernard Cazeneuve, L'Humanité 30 septembre 2012 face aux objections des parlementaires socialistes qu'il reçoit chacun jusqu'à l'adoption à l'Assemblée nationaleSolenn de Royer, « Bernard Cazeneuve, ministre sous pression », Le Figaro, octobre 2012..
Durant ses fonctions, en 2012, il est en relations avec la syndicaliste Maureen Kearney, d'Areva, qui lui fait part d'inquiétudes à propos de projets nucléaires avec la Chine...
Ministre délégué au Budget (2013-2014) Le , à la suite de la démission de Jérôme Cahuzac, accusé de fraude fiscale, il est nommé ministre délégué au Budget et remplacé aux Affaires européennes par le ministre délégué à la Formation professionnelle et à l'Apprentissage, Thierry Repentin...
Il affirme vouloir poursuivre la politique de réduction des déficits publics, afin d'économiser cinq milliards d'euros sur le budget de l'État en 2014Jean-Baptiste Garat, « Bernard Cazeneuve au défi de trouver les économies », lefigaro.fr, 19 mars 2013.. En , il intervient personnellement pour enterrer un amendement étendant le champ de la taxe sur les transactions financières aux opérations de trading à haute fréquence, un des engagements de campagne du candidat François Hollande.. Il propose aussi l'amendement relevant la TVA applicable aux activités équestres de 7 à 20 %. Surnommée l'« équitaxe », cette mesure entraîne de vives réactions des professionnels et des amateurs du monde du cheval en France..
Ministre de l'Intérieur (2014-2016)
Le , il est nommé ministre de l'Intérieur au sein du gouvernement Valls I.
Lors du vote au Sénat du projet de loi contre le terrorisme, le ministre de l'Intérieur a introduit un amendement permettant à l'autorité administrative d'exiger des moteurs de recherche (Google) qu'ils déréférencent des sites, sans intervention du juge. Le projet de loi prévoyait initialement uniquement la possibilité de demander aux fournisseurs d'accès à Internet le blocage de ces sites. Le Point critique cet amendement qui limite un fondement de la démocratie, en rappelant que « les libertés fondamentales doivent être limitées par la justice, pas par l'exécutif »La petite combine de Cazeneuve pour censurer Google, Le Point, 28 octobre 2014. Mediapart estime que l'« apologie du terrorisme » est une notion « floue et malléable ».« La police dira à Google les sites qu'il doit censurer ! », numerama.com, 16 octobre 2014..