Le nationalisme serbe est un phénomène politique apparu à la fin du et au début du . Lors de l'élection présidentielle serbe de 2017, le Parti radical serbe, mouvement nationaliste de droite, est arrivé cinquième avec 4 % des voix.

Présentation 250px|thumb|right|Les nationalités dans l'espace de l'ex-Yougoslavie, en 2008 En raison de ses composantes diverses, qui mêlent des données historiques, ethniques, culturelles et religieuses, auxquelles s'ajoutent aujourd'hui des considérations d'ordre socio-économique, voire géopolitique, le nationalisme serbe est un phénomène complexe. De plus, ce phénomène n'est pas limité aux frontières de l'actuelle Serbie. L'évolution historique de l'ex-Yougoslavie, qui a abouti à l'indépendance de la Slovénie, de la Croatie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Macédoine du Nord et du Monténégro ont fait que de nombreuses populations serbes vivent en dehors de l'actuelle république de Serbie, par exemple dans la république serbe de Bosnie, intégrée dans l'actuelle Bosnie-Herzégovine, ou, autrefois, dans l'éphémère république serbe de Krajina, en Croatie. Symétriquement, des populations non serbes sont parfois majoritaires dans telle ou telle région de Serbie, par exemple les Bosniaques dans la municipalité de Novi Pazar ou les Albanais dans la municipalité de Preševo Књига 1, Становништво, национална или етничка припадност, подаци по насељима, Републички завод за статистику, Београд, фебруар 2003, .

250px|thumb|left|Les nationalités en Serbie, recensement de 2002 Reste que le sentiment nationaliste serbe actuel s'oriente autour de deux axes fondamentaux. D'abord, la répartition d'un même peuple, le peuple serbe, dans cinq États différents, issus de l'éclatement progressif de l'ex-Yougoslavie est ressentie comme une injustice. En 1993, Vuk Drašković, président du Mouvement serbe du renouveau, un mouvement royaliste, affirmait : Vuk Drašković, in Borba, 19 novembre 1993, cité par Jacques Rupnik. La question du Kosovo constitue le deuxième centre de cristallisation du nationalisme serbe. Cette province est considérée par beaucoup de Serbes comme le centre historique et religieux de leur pays, au point qu'elle est parfois décrite comme ... À l'exception de trois municipalités , les populations albanaises y sont majoritaires ; de ce fait, les nationalistes albanais y .

La guerre du Kosovo, qui a eu lieu en 1999, a montré à quel point les tensions nationalistes étaient extrêmes. En 1999, le journaliste Jean-Arnault Dérens écrivait à ce propos : .. En 2008, l'indépendance annoncée du Kosovo, qui pourrait être reconnue par la communauté internationale, continue d'alimenter le nationalisme serbe ; d'autant plus que, selon les propos de Michel Foucher, ancien ambassadeur de France, si , .. Cette position internationale est considérée comme une injustice par les Serbes. C'est ainsi que Tomislav Nikolić, dans une entrevue accordée au journal de Bosnie-Herzégovine Dnevni avaz, se prononçait en faveur de l'indépendance de la république serbe de Bosnie () et déclarait : .. C'est le même paradoxe que souligne le géopolitologue Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : ..

Historique 200px|thumb|right|L'empire serbe à l'époque de Stefan Dušan () À partir du , la majeure partie de l'actuel territoire de la Serbie passa sous le contrôle de l'Empire ottoman. Par la suite et jusqu'au , la conscience nationale serbe fut entretenue par les traditions familiales, par les chansons populaires et par des récits épiques célébrant la grandeur de la Serbie au temps des Nemanjić. L'Église orthodoxe serbe joua un rôle important dans la conservation de la culture serbe. Dans les dernières décennies du , des livres d'histoire furent rédigés, comme l'Histoire de la Serbie de Jovan Rajić (1794).. Né de la lutte des Serbes contre l'occupation ottomane, le nationalisme serbe s'est ainsi nourri du souvenir de la puissance des États serbes médiévaux.

Du au début du 200px|thumb|left|Vladimir Borovikovsky, Portrait de Karađorđe, 1816 Au début du , l'affranchissement vis-à-vis des Ottomans fut progressivement obtenu par la première révolte serbe contre les Turcs (1804-1813), conduite par Karageorges, puis par une seconde (1815), conduite par Miloš Obrenović. La première rébellion serbe est parfois analysée comme .. En tout cas, dans la suite de l'histoire, ces deux soulèvements historiques devinrent à leur tour une composante importante du nationalisme serbe. Progressivement construit, l'État serbe moderne, dont Belgrade ne devint la capitale qu'en 1867, était loin d'englober tous les territoires habités par des Serbes.

Une partie d'entre eux restaient les sujets de la Sublime Porte, d'autres, par exemple dans l'actuelle province autonome de Voïvodine, étaient sujets de l'empire d'Autriche. Les deux dynasties princières serbes des Karađorđević et des Obrenović, en rivalité politique sur bien des sujets, s'accordaient autour d'une réunion dans un même État de tous les Serbes, ce qui impliquait un contrôle sur l'Herzégovine, la Bosnie, la Rascie et la « Vieille Serbie » (Kosovo, Métochie, Macédoine du nord et de l'ouest)..

En 1844, le nationalisme serbe trouva une de ses formulations politiques les plus explicites dans un mémorandum confidentiel adressé au prince Alexandre Karađorđević par Ilija Garašanin, alors Ministre des Affaires intérieures de la principauté de Serbie ; ce rapport confidentiel, connu sous le nom de Načertanije (« esquisse »), préconisait de dépasser les buts de l'« austroslavisme » pour réunir les Slaves du sud (autres que les Bulgares) à l'intérieur d'une « Grande Serbie » .. Selon l'historien Dušan T. Bataković, . À la fin du et au début du , ce concept de Grande Serbie fut notamment repris par Nikola Pašić, l'un des artisans de la ligue balkanique de 1912.

Première Guerre mondiale et période monarchique

Pendant la Première Guerre mondiale, alors que l'Autriche-Hongrie vise à soumettre définitivement la Serbie dans le cadre de sa « marche vers Salonique » dans les Balkans, la Serbie et le Monténégro pour leur part visent à réunir tous les Serbes, y compris ceux d'Autriche-Hongrie, sous leurs deux sceptres. À mesure que l'Autriche-Hongrie s'affaiblit (bien qu'elle ait occupé la quasi-totalité du territoire serbe), cette revendication s'élargit aux Croates et aux Slovènes.

Ceux-ci n'espéraient plus rien de l'« austroslavisme » prônant la création, sous le sceptre des Habsbourg, d'une troisième entité regroupant la Carniole, Trieste, l'Istrie, le sud de la Styrie, le royaume triunitaire de Croatie-Slavonie-Dalmatie et le condominium de Bosnie-Herzégovine. En effet, tant les cercles conservateurs de Vienne que la noblesse hongroise y étaient farouchement opposés (alors que l'archiduc François-Ferdinand assassiné à Sarajevo le , y avait été favorable). De ce fait, Slovènes et Croates se rallièrent à l'idée d'un « royaume des Serbes, Croates et Slovènes » sous le sceptre du roi Pierre Ier de la dynastie serbe KarageorgevitchTomasz Kamusella, The Politics of Language and Nationalism in Modern Central Europe, ed. Palgrave Macmillan, 2008, pp. 228, 297, royaume qui commença son existence en 1918 puis adopta le nom de Yougoslavie par la suite.

Au sein de ce royaume, une partie des Croates, surnommés oustachis (« combattants ») s'opposa à la dynastie Karageorgevitch et à sa politique centralisatrice concrétisée à travers la création de nouvelles « banovines » en 1929 : il y eut des attentats, dont celui contre le roi Alexandre Ier (d'ailleurs commis par un bulgare), mais globalement la cohésion du royaume ne fut pas remise en cause jusqu'à la Seconde Guerre MondialeMilan Stojadinović, La Yougoslavie entre les deux guerres : ni le pacte, ni la guerre, Nouvelles Éditions Latines, 1979

Seconde Guerre mondiale

En 1941, la Yougoslavie est envahie et occupée par les troupes de l'Axe et de ses alliés Hongrois. Le pays est alors démembré : deux états fantoches, le « royaume sans roi de Croatie » et la « Serbie résiduelle » sont mis en place ; une partie de la Dalmatie, le Monténégro et le Kosovo passent sous protectorat italien, la Slovénie est partagée entre l'Italie fasciste, l'Allemagne nazie et la Hongrie qui annexe aussi le Baranya et la Bačka, tandis que la Bulgarie annexe la Macédoine du Nord. En Croatie, les Serbes et les Roms sont identifiés puis massacrés dans le cadre de la politique de nettoyage ethnique pratiquée par les Oustachis au pouvoir. Quant à la Serbie occupée, elle est dirigée par un collaborateur serbe : Milan Nedic.

Période communiste

En république fédérative socialiste de Yougoslavie, le Parti communiste unique « gela » toutes les revendications nationalistes dont celle de la « Grande Serbie » mais après la mort du dirigeant communiste Josip Broz Tito, l'état fédéral s'affaiblit et des leaders nationalistes émergèrent : Slobodan Milošević (serbe), Alija Izetbegović (bosniaque), Franjo Tuđman (croate), Milan Kučan (slovène), Kiro Gligorov (macédoslave) et Ibrahim Rugova (albanais du Kosovo). Leurs choix politiques enclenchèrent un processus de dislocation de la fédération qui aboutit aux guerres de Yougoslavie, et sept États indépendants de taille modeste finiront par en émerger.

Après Tito Le maréchal, chef du Parti communiste unique et dictateur indiscuté Tito concentrait de tels pouvoirs qu'à lui seul, il . Sa mort le inaugura une période d'instabilité dans le pays, désormais miné par des tendances centrifuges. Le régime résista cepenant encore une décennie. Le premier signe de délitement, le , fut l'incendie du Patriarcat de Peć, centre historique de l'Église orthodoxe serbe, alors que des étudiants albanais du Kosovo, qui selon le gouvernement de Belgrade auraient été « soutenus par l'Albanie », manifestaient à Priština, réclamant le statut de république fédérée pour la région autonome serbe du Kosovo. Cet incendie inaugura une période difficile pour les Serbes de la province, parfois maltraités. En 1986, un document connu sous le nom de Mémorandum, émanant de l'Académie serbe des sciences et des arts, fut publié dans la presse. On pouvait y lire la déclaration suivante : . Cette publication est souvent considérée comme le signal d'un réveil du nationalisme serbe. Le politologue Jacques Rupnik y voit la transformation d'un ou « nationalisme du ressentiment », celui qui s'indigne du sort réservé au Serbes du Kosovo, à un qui aboutit à la .

L'historien Dušan T. Bataković, quant à lui, voit dans la publication du Mémorandum une , une , une tentative de la part du régime communiste de . Dobrica Ćosić, homme politique et écrivain serbe de premier plan, membre de l'Académie, futur président de la république fédérale de la YougoslavieLa République fédérale de Yougoslavie a été formée en 1992, Dobrica Ćosić en fut le premier Président. non communiste, est parfois décrit comme que furent les guerres de Yougoslavie. Les admirateurs de Ćosić le considèrent comme le « Père de la Nation serbe » en raison de son engagement nationaliste. Dans L'Effondrement de la Yougoslavie, l'auteur du Temps de la mort, reconnaît ce jugement et le nuance : ; dans le même ouvrage, il se définit lui-même comme animé par un .

La période Milošević