thumb|upright|Portrait du chef séminole Co-ee-há-jo, peint par George Catlin (1837). Les guerres séminoles (en anglais : Seminole Wars ou Florida Wars), désignent trois conflits qui opposèrent, en Floride, les États-Unis à divers groupes d'autochtones, connus sous l'appellation collective de Séminoles. La première guerre séminole eut lieu de 1817 à 1818 ; la seconde guerre séminole de 1835 à 1842 ; et la troisième guerre séminole de 1855 à 1858. La seconde guerre séminole, souvent appelée la guerre séminole, fut la plus coûteuse des guerres indiennes que menèrent les États-Unis et aussi l'une des plus longues.

Contexte Floride coloniale thumb|upright|Gravure espagnole, représentant un Negro cimarrón (esclave en fuite). La population indigène de Floride déclina après l'arrivée des Européens dans la région. Les Amérindiens des États-Unis n'avaient que peu de résistance aux maladies introduites par les colons venus d'Europe. La répression espagnole, exercée sur les indigènes du Nord de la Floride lors de révoltes, réduisit encore leur nombre. Une série de raids, perpétrés par des soldats de la province de Caroline et leurs alliés amérindiens, s'étendant sur toute la péninsule de Floride contribuèrent à la mort ou à la déportation de la plupart des indigènes encore en vie au début du . Lorsque l'Espagne remit la Floride aux Britanniques en 1763, les Espagnols emmenèrent les rares survivants amérindiens à Cuba.

Des groupes de diverses tribus du Sud-Est des États-Unis commencèrent à s'installer sur les terres inoccupées de Floride. En 1715, les Yamasees s'installèrent en Floride en tant qu'alliés des Espagnols à la suite de leurs conflits avec les colonies britanniques. Les Creeks également commencèrent à s'y installer. Un groupe de locuteurs Hitchitis, les MiccosukeeS, s'installèrent autour de ce que l'on nomme aujourd'hui le lac Miccosukee près de Tallahassee. Un autre groupe de locuteurs Hitchiti conduit par le chef Cowkeeper s'installa dans ce qui est aujourd'hui le comté d'Alachua, une région où les Espagnols avaient maintenu des fermes d'élevage (ranchs) au . L'un des plus connus était appelé « Rancho de la Chua », et la région prit le nom d' « Alachua Prairie ». Les Espagnols de Saint Augustine commencèrent à nommer les Creeks Alachuas Cimarrones, qui signifie en gros « sauvages » ou « fuyards », mot qui est sans doute à l'origine du nom « Séminole »Les Séminoles alachuas conservèrent une identité séparée en tout cas jusqu'à la troisième guerre séminole. Le successeur de Cowkeeper, en 1784, fut son neveu Payne. Payne fut tué lors d'une attaque de la milice de Géorgie en 1812. Son frère Bolek (le premier du nom) emmena la plus grande partie du groupe près de la Suwannee, d'où ils furent chassés par la campagne d'Andrew Jackson en 1818. Les Séminoles Alachua s'installèrent ensuite au centre de la Floride, et Bowlegs fut remplacé après sa mort, en 1821 par son neveu Micanopy. Après la capture de Micanopy et sa déportation à l'ouest, les Séminoles restants furent conduits par son neveu Billy Bowlegs (Holata Micco) jusqu'à sa reddition en 1858. Weisman, pages 22-24 ; Covington, page 143.Marrons, le nom donné aux esclaves en fuite, dans nombre d'endroits aux Amériques, provient probablement aussi du mot espagnol Cimarrones.. Ce nom fut également donné à d'autres groupes vivant en Floride, bien que les Amérindiens eux-mêmes se considéraient comme membres de diverses tribus. Les autres groupes vivant en Floride à l'époque des guerres séminoles comprenaient les Yuchis, Spanish Indians, ainsi nommés parce qu'on pensait à cette époque qu'ils descendaient des Calusas, ainsi que des rancho Indians, vivant dans des villages de pêcheurs sur les côtes de Floride.

Les esclaves fuyant les plantations des colonies britanniques et qui parvenaient jusqu'en Floride espagnole devenaient généralement libres. Les autorités espagnoles accueillaient les esclaves en fuite, les autorisant à s'installer dans leur propre village, nommé Fort Mose, à proximité de Saint Augustine, et les mobilisant dans la milice le cas échéant pour aider à la défense de la ville. D'autres esclaves en fuite rejoignirent les divers groupes séminoles, parfois comme esclaves, et parfois comme membres de la tribu à part entière. Comparativement l'esclavage, tel que le pratiquaient les Amérindiens de Floride était bien léger, comparé à celui en vigueur dans les colonies britanniques. Joshua Reed Giddings écrivit, en 1858, à ce sujet, Alors que la plupart des anciens esclaves de Fort Mose partirent à Cuba lorsque les Espagnols quittèrent la Floride en 1763, les autres restèrent au sein des divers groupes d'Indiens. Des esclaves continuant à s'échapper des Carolines et de Géorgie se rendaient toujours en Floride. Les Noirs qui restèrent avec les Séminoles ou qui les rejoignirent s'intégrèrent aux tribus, apprenant leurs langues, adoptant leur mode vestimentaire et épousant leurs filles. Quelques-uns de ces Séminoles noirs devinrent d'importants chefs tribaux.

Prémices du conflit Lors de la révolution américaine, les Britanniques, qui contrôlaient la Floride, recrutèrent des Séminoles pour accomplir des raids sur les colonies de Géorgie. La confusion, due à la guerre, permit également à davantage d'esclaves de s'enfuir vers la Floride. Ces évènements firent des Séminoles les ennemis des tout jeunes États-Unis. En 1783, le traité de Paris qui mit fin à la guerre d'indépendance des États-Unis, restitua la Floride à l'Espagne. Avec quelques faibles garnisons stationnées à Saint Augustine, Saint Marks et Pensacola, la mainmise de l'Espagne sur la région était des plus légères. La frontière entre la Floride et les États-Unis n'était pas non plus contrôlée. Les Mikasukis et autres groupes séminoles occupaient toujours des villages aux États-Unis, alors que des squatters américains s'installèrent en Floride espagnole.

La Floride avait été divisée en Floride orientale et Floride occidentale par les Britanniques en 1763, division que les Espagnols conservèrent lorsqu'ils reprirent la Floride en 1783. La Floride occidentale s'étendait du fleuve Apalachicola au Mississippi. Ajoutées à leurs possessions de Louisiane, cela donnait aux Espagnols le contrôle de toutes les embouchures des fleuves qui traversaient les États-Unis à l'ouest des Appalaches. Ceci, ajouté à la volonté des Américains d'étendre leur territoire, doctrine que l'on nomma la Destinée manifeste, les États-Unis désiraient acquérir la Floride, à la fois pour permettre l'utilisation commerciale des fleuves et pour empêcher que la Floride puisse être utilisée par les Européens comme base d'invasion des États-Unis.

thumb|upright|Gravure représentant le président James Madison.

L'achat de la Louisiane à la France, en 1803, mit l'embouchure du Mississippi en mains américaines, mais la plus grande partie de la Géorgie, de l'Alabama, du Mississippi et du Tennessee était traversée par des rivières passant par les Florides orientale ou occidentale avant d'atteindre le golfe du Mexique. Les États-Unis revendiquèrent la portion de la Floride occidentale, à l'ouest de la Perdido River comme faisant partie de l'achat de la Louisiane, alors que les Espagnols considéraient la Floride occidentale comme s'étendant jusqu'au Mississippi. En 1810, les habitants de Baton Rouge constituèrent un gouvernement, se saisirent du fort espagnol et sollicitèrent la protection des États-Unis. Le président James Madison autorisa William C. C. Claiborne, gouverneur du territoire d'Orléans, à prendre possession de la partie de la Floride occidentale comprise entre le Mississippi et la Perdido River, cependant Claiborne n'occupa que la partie située à l'ouest de la Pearl RiverCollier.. Madison envoya ensuite George Mathews négocier avec les autorités de Floride. Lorsque la demande de cession du reste de la Floride occidentale aux États-Unis fut refusée par le gouverneur espagnol, Mathews se rendit en Floride orientale pour tenter d'y lancer une rébellion semblable à celle de Baton Rouge. Comme les habitants de Floride orientale se satisfaisaient très bien de leur situation, une troupe de volontaires (à qui l'on avait promis des terres gratuites) fut levée en Géorgie. En , cette unité de « Patriotes », assistée de quelques canonnières de l'United States Navy s'emparèrent de Fernandina. La prise de Fernandina avait au préalable été autorisée par le président Madison, mais il la désavoua par la suite. Les Patriotes ne purent, cependant, prendre le Castillo de San Marcos à Saint Augustine, et l'approche de la guerre avec le Royaume-Uni conduisirent les Américains à renoncer à leur incursion en Floride orientale. Par contre, en 1813, des troupes américaines prirent Mobile aux Espagnols.

Avant que les Patriotes ne fassent retraite, ils furent attaqués par des Séminoles, alliés des Espagnols. Ces attaques confortèrent les Américains dans leur idée que les Séminoles étaient leurs ennemis. La présence de Séminoles noirs, lors du combat, raviva la crainte d'une révolte d'esclaves parmi les Géorgiens de l'armée des Patriotes. En , une compagnie de volontaires de Géorgie attaqua, sans succès, les Séminoles vivant sur l'Alachua Prairie. Une force plus importante, début 1813, chassa les Séminoles de leurs villages sur l'Alachua Prairie, puis tua ou s'empara de plusieurs milliers de têtes de bétail appartenant aux Séminoles.

Première guerre séminole thumb|right|upright|Andrew Jackson conduisit l'invasion de la Floride, lors de la première guerre séminole.

Les dates de début et de fin de la première guerre séminole ne sont pas clairement définies. L'infanterie de l'US Army indique qu'elle s'étendit de 1814 à 1819U.S. Army National Infantry Museum.. Le U.S. Navy Naval Historical Center donne 1816 à 1818. Un autre site de l'Armée mentionne 1817 à 1818Lacey.. Enfin l'unité historique du Battalion du Field Artillery indique que la guerre se déroula en 1818 uniquementOfficers of 1-5 FA..

La guerre Creek et le « fort Nègre » Un nouvel évènement affecta bientôt les Séminoles de Floride, la guerre Creek qui se déroula de 1813 à 1814. Andrew Jackson devint un héros national, en 1814, à la suite de sa victoire sur les Creeks, lors de la bataille de Horseshoe Bend. Il imposa alors aux Creeks, le traité de Fort Jackson qui confisquait leur territoire s'étendant au sud de la Géorgie et au centre et sud de l'Alabama. Dépossédés de leurs terres, ils se réfugièrent alors en Floride.

En 1814, également, les Britanniques, en guerre avec les États-Unis, débarquèrent des troupes à Pensacola et en d'autres lieux de Floride occidentale, où ils commencèrent à recruter des alliés amérindiens. En , une troupe britannique pénétra l'embouchure de l'Apalachicola, distribuant des armes aux Séminoles, aux Creeks et aux esclaves en fuite. Les Britanniques remontèrent la rivière et établirent un fort à Prospect Bluff. Après que les Britanniques et leurs alliés amérindiens ont été repoussés lors de l'attaque de Mobile, une troupe américaine, conduite par le général Jackson chassa les Britanniques de Pensacola. Les travaux de construction du fort à Prospect Bluff furent cependant poursuivis. Lorsque la guerre prit fin, les forces britanniques abandonnèrent la Floride occidentale, à l'exception du major Edward Nicholls des Royal Marines. Il supervisa l'approvisionnement du fort en canons, mousquets et munitions. Il dit aux Amérindiens que le traité de Gand garantissait la restitution de toutes les terres indiennes perdues lors de la guerre, y compris les terres creeks de Géorgie et d'Alabama. En 1815, comme les Séminoles n'étaient pas intéressés à monter la garde dans un fort, le major Nicholls invita les esclaves en fuite à s'y installer. La nouvelle parvint aux Blancs du Sud des États-Unis qui le surnommèrent Negro Fort (« fort Nègre ») et y voyaient une dangereuse source d'inspiration à la fuite et à la révolte pour leurs esclaves.

right|thumb|upright|Portrait d'Edmund Pendleton Gaines.