La Pulperie de Chicoutimi est un vaste complexe d’animation culturelle et touristique destiné à la préservation et la mise en valeur du patrimoine du Saguenay–Lac-Saint-JeanEncyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française. Situés aux abords de la rivière Chicoutimi, les bâtiments qui composent cet ensemble touristique appartenaient autrefois à la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, qui transformait mécaniquement le bois en pâte à papier pour répondre à la demande des marchés européens du début du . L'usine termine ses opérations en 1930. Le site est fortement endommagé par le Déluge du Saguenay en 1996. Le Musée du Saguenay s'y installe en 2002 ; ce musée détient la majeure partie des œuvres d'Arthur Villeneuve, dont la Maison Arthur-Villeneuve. Le site a été désigné lieu historique national du Canada en 1984 et classé Site historique l'année suivante.
Période industrielle
Le , Joseph-Dominique Guay, maire de Chicoutimi à l’époque, fonde, avec quelques amis, « La Compagnie de Pulpe de Chicoutimi », première compagnie gérée par des canadiens-français œuvrant dans les pâtes et papiers, et construit un moulin sur la rivière Chicoutimi. La richesse forestière immense en amont de la rivière facilite grandement la croissance de la compagnie qui devient, en peu de temps, une exportatrice de pulpe de bois renommée internationalement. Sous la gestion de Julien-Édouard-Alfred Dubuc, la Pulperie de Chicoutimi prend de l’expansion et, en tout, trois moulins sont construits. La rivière devient un moyen de transport du bois et une source d’énergie suffisante pour que Chicoutimi devienne la capitale mondiale de la pulpe qui fournira l’Angleterre durant la Première Guerre mondiale. La compagnie connaît sa chute à la suite de la guerre, dans les années 1920, et la Pulperie de Chicoutimi ferme en 1930.
Le procédé de fabrication de la pulpe
Le site est situé sur un emplacement idéal pour la production de pâte mécanique de papier: la matière première, le bois, est disponible en abondance dans les environs du lac Kénogami. En effet, l'épinette noire et le sapin sont particulièrement adaptés à la production de pulpe, étant donné leur structure fibreuse. On dispose également, sur l'Île électrique, où se trouvent les moulins #1 et #3, d'une importante force hydraulique fournie par la rivière Chicoutimi. Celle-ci offre une puissance de chevaux vapeur, amplement suffisante aux besoins de ce type d'industrie. Les équipements dans tous les moulins à l'exception du #4 sont actionnés par la seule force de la rivière. Les installations du bâtiment 1920, quant à elles, fonctionnent grâce à l'électricité produite par la centrale de Pont-Arnaud, située en amont du site sur la rivière Chicoutimi.
Pendant l'hiver, alors que le cours d'eau est pratiquement inutilisable à des fins industrielles, les ouvriers se rendent sur des chantiers situés sur le pourtour du lac Kénogami pour y couper tout le bois nécessaire aux activités de production de pâte mécanique des autres mois de l'année. À l'apogée de la Compagnie, les moulins transforment plus de 4000 billots par jour. Elle s'assure d'en avoir environ 33 % plus, au cas où les conditions de production changeraient. C'est donc dire qu'on coupe plus d'une dizaine de milliers de billots de bois chaque jour dans les chantiers, où les hommes passent le plus clair de leur hiver. S'ils ont de la chance, ils peuvent retourner dans leur famille à l'occasion de Noël ou du jour de l'An, mais la plupart d'entre eux décident de demeurer sur place étant donné l'absence de route bien balisée entre les chantiers et Chicoutimi. Les billots sont empilés et déposés sur la glace de la rivière. Lors de la fonte des neiges au printemps, les billots suivent le cours de la rivière Chicoutimi jusqu'au Lac Dubuc, un réservoir artificiel aménagé à environ en amont du site de la Pulperie. Des draveurs sur place se chargent de défaire les embâcles et de diriger les billots vers le monte-billot mécanique de la scierie, là où se déroule la première étape de la fabrication de la pulpe. thumb|Dessin d'un défibreur dans le catalogue de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, 1922 À la scierie, on coupe chaque billot d'une longueur de . Par la suite, on les achemine jusqu'aux deux complexes de production (Saint-Joseph et Sainte-Marie) par le biais d'une glissoire à bois. Deux gigantesques monticules de billots se trouvent près de chacun des moulins. Les écorceurs se chargent alors de les dépourvoir de leur écorce à l'aide de lames qui tournent à grande vitesse. Il y a deux bâtiments des écorceurs sur le site, l'un adjacent au bâtiment 1903 et l'autre situé juste de l'autre côté du pont menant au bâtiment 1898.
Les billots écorcés sont amenés à l'intérieur des moulins, où le gros du travail commence. Des pistons hydrauliques pressent le bois contre des meules en granit qui tournent à grande vitesse et dont la surface est striée, ce qui défibre les billots pour les transformer en minuscules fibres de bois.
Ces dernières sont mêlées à une grande quantité d'eau et passent à travers plusieurs tamis en direction des métiers. Ces machines tournent sans arrêt et permettent d'accumuler la fibre de bois pour lui donner une certaine épaisseur, soit . Lorsque cette mesure est atteinte, un ouvrier coupe la feuille de pulpe, la plie en 4 et la recouvre d'un treillis métallique.
Les feuilles sont ensuite empilées pour former des ballots de pulpe gorgés d'eau. Grâce à des presses hydrauliques, on enlève 50 % du volume d'eau contenu dans ces ballots pour en permettre le transport. En effet, chacun d'entre eux peut peser jusqu'à et doit être transporté manuellement jusqu'aux trains de marchandise qui attendent près des bâtiments des écorceurs. Toutefois, une certaine quantité d'eau doit demeurer: en effet, la pulpe produite à Chicoutimi est principalement destinée aux États-Unis et à l'Angleterre. Pour éviter qu'elle ne s'assèche (et ne devienne ainsi invendable), elle doit être assez humide pour supporter de longs voyages.
Finalement, les ballots sont acheminés par train jusqu'au port de Chicoutimi, où ils sont empaquetés sur des bateaux ou expédiés par voie ferrée jusqu'à New York.
Les bâtiments Moulin Saint-Joseph (1898)
Le moulin Saint-Joseph est le premier bâtiment à être construit. Il est bâti sur l'Île électrique et relié à la rive par un pont qui enjambe un des deux bras de la rivière Chicoutimi. Les coûts du complexe sont estimés à et les plans et devis sont réalisés par l'architecte C. E. Eaton et à l'ingénieur Alex Wendler. Les travaux, qui ont débuté en 1897 après l'annonce de la fondation de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi et des pourparlers avec la compagnie Carter Wilkinson de Liverpool, s'achèvent en 1898, année où le moulin est inauguré et où il entre en opération le . Il est placé sous la protection de Saint-Joseph, patron des ouvriers. Une conduite forcée d'environ de long est aménagée pour amener l'eau située un peu plus haut sur la rivière Chicoutimi et l'utiliser pour faire tourner les meules. 75 hommes travailleront dans ce premier édifice, qui s'avérera bientôt trop petit pour répondre à la demande croissante en pâte mécanique.
Moulin Sainte-Marie (1903)
left|thumb|Photographie de Joseph-Eudore Lemay montrant l'usine Sainte-Marie en mai 1923.En 1900 se tient l'Exposition universelle de Paris. La Compagnie de Pulpe y présente son produit, jugeant que cela peut lui apporter de nouveaux clients: la pâte mécanique du Saguenay remporte un prix d'excellence pour sa qualité, ce qui suscite un engouement pour l'entreprise naissante et pour son produit. Bien vite, le carnet de commandes déborde, et le moulin #2, ou moulin Sainte-Marie, dont la construction a été annoncée en 1899 suit à la signature d'un contrat avec une autre entreprise britannique, va devenir essentiel pour la suite des choses.
Le moulin Sainte-Marie est le premier dont les plans sont confiés à l'architecte René-Pamphile Lemay, de Québec, qui a acquis de l'expérience aux États-Unis avant de s'attaquer au projet. Il imagine un complexe d'une ampleur colossale dans le style architectural des cathédrales industrielles. Ce bâtiment sera, tout comme son prédécesseur, construit en granit gris et portera une stèle gravée sur sa façade pour rappeler l'année de son inauguration - 1903. Le style particulier des infrastructures de la Compagnie est né et sera adopté pour toutes les constructions subséquentes, conférant une marque de commerce unique au monde à l'entreprise régionale. Le moulin 1903 devient le plus gros en Amérique du Nord et les travaux sont réalisés au coût de , une somme faramineuse pour l'époque. Ce moulin permettra de tripler la production et le nombre d'employés sur le site passera à 300.
Moulin #3 (1912) thumb|Le bâtiment 1912 peu après le déluge de 1996 Face à un accroissement de la demande, qui s'explique par la qualité de la pulpe et par des difficultés en Europe dans le secteur des pâtes et papier, la Compagnie de Pulpe investit pour la construction d'un troisième moulin, le 1912, adjacent au moulin Saint-Joseph. Des travaux d'agrandissement de ce dernier sont entrepris à la même époque. Ainsi, l'Île électrique est utilisée à son maximum. Les deux bâtiments sont profondément ancrés dans le roc et sont assez solides pour supporter le poids des équipements industriels. Tout comme pour les deux autres moulins, le style architectural du bâtiment 1912 est celui d'une cathédrale industrielle. L'abondance de fenêtres permet de réduire les coûts d'éclairage et d'augmenter le moral des travailleurs, qui préfèrent la lumière naturelle. Une seconde conduite forcée est aménagée près de celle du moulin #1 et longe les deux bâtiments pour s'engouffrer dans le 1912, où la force qu'elle génère permet de faire fonctionner la machinerie.
Sous-station électrique (1913) À la suite de la mise en œuvre de la centrale de Pont-Arnaud, gérée par la Pulperie de Chicoutimi, ce bâtiment est construit pour répartir l'électricité entre les moulins (pour l'éclairage et, éventuellement, le fonctionnement de la machinerie dans le moulin #4 de 1920) et le quartier du Bassin, à Chicoutimi.
Moulin #4 (1920) Le quatrième et dernier moulin à être construit est également confié à l'architecte René-Pamphile Lemay. En fait, il s'agit d'un agrandissement du moulin Sainte-Marie (1903). Contrairement aux autres bâtiments, celui-ci fonctionne entièrement grâce à l'hydroélectricité produite par la centrale de Pont-Arnaud. Il permet à la Compagnie de Pulpe d'atteindre son apogée: en effet, en 1920, elle est la plus grande productrice de pulpe en Amérique du Nord et une des premières au monde. Elle emploie alors plus de 2000 hommes sur les 8000 qui résident à Chicoutimi. C'est le sommet de l'aventure. Julien-Édouard-Alfred Dubuc est toujours à la tête de l'entreprise et voit déjà plus loin.
Fait intéressant, le 1920 n'a pas sa propre façade avec une stèle inaugurale comme les autres bâtiments. En fait, la façade du bâtiment 1903 a été avancée pour devenir celle de tout le complexe Sainte-Marie, qui dépasse les de superficie grâce à cet agrandissement.
Atelier de réparation mécanique et de fonderie (1921)