Ctenopharyngodon idella, communément appelé Carpe de roseau, Carpe herbivore, Carpe amour (car originaire du fleuve Amour), Amour blanc ou Carpe chinoise, est l'une des cinq espèces de carpes qui se rencontrent en Asie (les autres étant la carpe à grosse tête, la carpe argentée, la carpe miroir et la carpe noire). On l'y trouve naturellement (autochtone) dans le sud-est de la Russie et le nord-ouest de la ChineBecky Cudmore and Nicholas E. Mandrak (2004)Biological Synopsis of Grass Carp (Ctenopharyngodon idella), novembre ; Canadian Manuscript Report of Fisheries and Aquatic Sciences 2705, Fisheries and Oceans Canada ; Great Lakes Laboratory for Fisheries and Aquatic Sciences, mais elle a été également, souvent récemment, introduite par l'homme dans un grand nombre d'autres pays (selon la FAO, en 1988, ce poisson avait déjà été introduit, volontairement, dans 139 paysWelcomme RL (1988) International introductions of inland aquatic species. FAO, 318 pp). On a longtemps faussement cru qu'il ne pouvait pas se reproduire hors de son aire naturelle de répartition et on y a donc prêté peu d'attention, mais ceci s'est révélé faux ; l'espèce s'est révélée invasive, tout comme les autres introduites de par le mondeLa carpe envahissante sur le site Invading Species, consulté en février 2012. Selon une étude de 2014 ayant comparé la gravité des impacts écosystémiques et économiques de 40 espèces de poissons exotiques introduits en Europe, la Carpe Amour a été classée en seconde position, confirmant les résultats similaires d'une étude américaine.

Dénominations Nom scientifique valide : Ctenopharyngodon idella (Valenciennes, 1844) Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Carpe herbivore.., Carpe amour, Carpe de roseau, Amour blanc, Carpe chinoise, Chinoise, Carpe asiatique

Description Taille : (maximum) Poids : le plus fort poids connu est ; généralement, le poids maximum avoisine 30 à dans leur environnement d'origine Stich, Daniel S., Behavior and population dynamics of Grass carp incrementally stocked for biological control. 2011. Âge : 30 ans (maximum) Grass carp dans fishbase.org. ; moyenne 11 ans Kirk and Socha. Longevity and Persistence of Triploid Grass Carp Stocked into the Santee Cooper Reservoirs of South Carolina. J. Aquat. Plant Manage. 41:2003..

Sa croissance est extrêmement rapide, avec de jeunes individus de de long au printemps atteignant plus de à l'automne ; elle peut dépasser un gain de taille de /jour et en poids /jour. Le rythme de croissance diminue toutefois fortement à partir de la quatrième année.

La température et le rythme de croissance sont déterminants pour la taille et l'âge auxquels cette carpe devient sexuellement mature, et influent largement sur le comportement de l'adulte. Plus la saison de croissance est longue et plus la nourriture est abondante, plus la maturation est précoce.

Reproduction La maturité sexuelle est atteinte entre quatre et neuf ans d'âge, pour un poids moyen de et une longueur de 63 à selon la latitude.

Les jeunes tendent à rester dans la partie aval des rivières et migrent vers l'amont une fois adultes.

Au début des années 1980, on pense que dans la nature, cette carpe herbivore fraye dans les rivières à courant rapide et que ses œufs, à peine plus denses que l'eau, se développent tout en dérivant vers l'aval, maintenus en suspension par les turbulences. Comme chez la plupart des espèces, il semble que les œufs ont moins de chances de survivre s'ils coulent sur les fonds vaseuxKrykhtin, M.L., and E.I. Gorbach. (1981). Reproductive ecology of the grass carp, Ctenopharyngodon idella, and the silver carp, Hypophthalmichthys molitrix, in the Amur Basin. Journal of Ichthyology 21(2):109-123.. Pour la carpe chinoise (autre espèce invasive), une modélisation (dite FluEgg pour Fluvial Egg Drift Simulator) a montré que les turbulences pouvaient transporter les œufs ; ce type de modélisation cherche à déterminer les conditions hydrodynamiques critiques pour l'espèce (en termes de vitesse d'écoulement, profondeur, vitesse de cisaillement, turbulences...) pour maintenir les œufs en suspension, ce qui permettrait d'aider à identifier les zones de frai de carpes asiatiques et faciliter un meilleur contrôle de l'invasivité de l'espèce dans les rivières ou les plans d'eau (où le vent peut parfois induire des courants significatifs).

Habitats Ctenopharyngodon idella affectionne plutôt les eaux calmes (lacs, étangs, grandes rivières et leurs bras morts), préférant les grands plans d'eau à écoulement lent ou stagnant, riches en végétationGrass carp in fishbase.org..

Ce cyprinidé est très tolérant vis-à-vis de la température de l'eau qui peut varier de et sur la quantité d'oxygène dissout (mini ).

Alimentation Majoritairement herbivore pour l'adulte (qui mange des plantes aquatiques supérieures et de la végétation terrestre submergée) )Froese, Rainer and Pauly, Daniel, eds. (2007). "Ctenopharyngodon idella" in FishBase. May 2007 version., ce poisson se nourrit aussi de détritus, d'insectes et d'autres invertébrés.

Chaque jour, selon l'âge, il peut absorber l'équivalent de son propre poids et plus. Sa nourriture préférée serait l'Hydrilla (Hydrilla verticillata) mais ses préférences varient en fonction de sa taille, la température, la texture de la plante et l'accessibilité de la nourriture.

Dans son habitat originel et dans ses deux premières années de vie, Ctenopharyngodon idella peut migrer sur . Dans le Mississippi, cette espèce a été observée sur des migrations atteignant ; et à plus de de l'endroit de déversement après l'apport de stock.

Risques sanitaires, impacts écologiques et invasivité L'espèce a largement été utilisée dans le monde pour lutter contre les pullulations de végétaux favorisées par l'eutrophisation générale des eaux polluées par les engrais agricoles et les effluents urbains, industriels et d'élevagesOpuszyński K (1972) Use of phytophagous fish to control aquatic plants. Aquaculture 1: 61–74. Elle était supposée avoir besoin pour se reproduire de courants suffisamment oxygénés et turbulents (que l'on reproduit en pisciculture).

Cependant on sait qu'elle a frayé et établi des populations autoreproductrices dans au moins six des grandes rivières de l'hémisphère nord où elle a été introduite accidentellement ou volontairement. En Floride en 1972, Rose se demande s'il s'agit d'un super poisson ou d'une super malédictionRose S (1972) What about the white amur? A superfish or a super curse? ( Et l'amour blanc? Un super poisson ou une super malédiction?) The Florida Naturalist 1972 (Oct): 156–157.

Lors de tempêtes avec grandes inondations, elle peut s'échapper de pisciculture ou des fleuves et rivières pour atteindre des mares et étangs où elle peut causer d'importants dégâts sur les herbiers aquatiques. En 1979, on sait que cette carpe se reproduit dans le fleuve Tone-gawa dans l'est du Japon, mais aussi dans certains étangsTsuchiya M (1979) Natural reproduction of grass carp in the Tone River and their pond spawning. In: Proceedings of the grass carp conference. Gainesville, USA, 1979. Aquatic Weeds Research Center. University of Florida, Institute of Food and Agricultural Science, 185 pp (dans cette région de grandes inondations peuvent suivre le passage des typhons).

En 1985, Rowe & Schipper estimaient que son apparente incapacité à établir des populations pérennes dans certaines rivières de Nouvelle-Zélande autres que celles où elle a été volontairement introduite suggère que cette espèce a des besoins de reproduction assez spécifiques, encore à préciserRowe D.K & Schipper C.M (1985) An assessment of the impact of grass carp (Ctenopharyngodon Idella) in New Zealand waters. Rotorua N.Z.: Fisheries Research Division, Ministry of Agriculture and Fisheries.

Aux États-Unis où l'espèce a été introduite en 1963 pour tenter de contrôler la pullulation de plantes aquatiques dans certains étangs et lacs eutrophisés ou dystrophes, on s'inquiète rapidement d'éventuelles capacités d'invasivité, d'autant que Hogg dès 1976 a classé la carpe Amour parmi les deux espèces les plus destructives pour les herbiers et plantes subaquatiques (qui produisent de l'oxygène mais aussi abritent de nombreuses espèces d'alevins et d'invertébrés et jouent un rôle pour la clarification de l'eau)Hogg R.G. (1976) Established exotic cichlid fishes in Dade County, Florida. Florida Scientist 39(2): 97-103. Ce poisson n'était pas censé pouvoir se reproduire dans tous les États de la région des Grands Lacs car les lâchers de femelles fertiles y ont été interdits, l'espèce s'étant rapidement montré invasive et posant . Il y a cependant des preuves de reproduction naturelle dans la rivière Sandusky et quelques individus reproductivement viables ont été capturés dans le lac Érié. . Cette espèce se déplace sur de grandes distances et de nombreux acteurs sont à mobiliser pour lutter contre ses invasions. En 2020, une analyse décisionnelle collaborative et multipartite (Canada ; États-Unis et plusieurs États et provinces dont les États du Michigan et de l'Ohio) a été faite pour aider les décideurs à fixer les objectifs et des mesures de contrôle et de gestion adaptative de cette carpe envahissante dans le lac Érié.

Au Canada un atelier d’expert a publié en 2004 un bilan (provisoire) des risques posés par l’introduction de 3 carpes asiatiques (dont l’amour blanc), en se basant sur les meilleures données alors disponibles en termes de biologie, de vecteurs possibles d’introduction d’œufs, d’alevins ou d’adultes, de risque de survie et de reproduction et de dissémination, ainsi qu'en termes de risques posés par leurs pathogènes, parasites et (pouvant aussi devenir invasifs ou problématiques). Les auteurs ont différencié leurs incidences selon que le poisson soit dans son aire naturelle de répartition ou hors de celle-ci (zones d’introduction volontaires ou accidentelles). Ils ont conclu à Mandrak N.E & Cudmore-Vokey B.C (2004) Risk assessment for Asian carps in Canada. Fisheries & Oceans Canada, Science, Canadian Science Advisory Secretariat. ; selon un autre rapport publié la même année : .

En Europe, l'espèce a été classée en 2014 comme la seconde des « pires » espèces de poissons introduites (parmi 40 espèces) en termes de gravité des impacts (selon des critères d'herbivorie/prédation, de compétition, de transmission de maladies, d'hybridation et d'altération des écosystèmes et de dégâts économiques) de 40 espèces de poissons exotiques introduits en Europe, la Carpe Amour a été classée en seconde position derrière le complexe poisson rouge/Carassius auratus/C. gibelio et devant Pseudorasbora parva, sachant que le score du complexe Carassius auratus/gibelio est à peu près aussi élevé que celui des pires mammifères invasifs en Europe, confirmant pour l'Europe les résultats du même type issus d'une étude américaine de 1976. En 2015, une étude, faite sur un nombre limité de prélèvements a conclu que les plus gros individus semblent provenir de pisciculture, mais que des reproductions spontanées se produisent dans les eaux douces d'Europe de l'Ouest.

Introductions Cette espèce a été introduite dans de nombreux pays du monde.

Dans l'hémisphère nord, on la trouve maintenant à Taïwan, en Israël, au Japon, aux Philippines, en Inde, en Malaisie, et dans de nombreux pays européens (aux Pays-Bas, en Suisse, en Tchéquie, en Slovaquie, en Croatie, en Serbie, en Slovénie, au Monténégro, en Bosnie- Herzégovine, en Macédoine du Nord, au Danemark, en Suède, en Roumanie, en Pologne, en Italie, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni). Elle est présente au Mexique et aux États-Unis, où l'espèce aurait été importée pour la première fois en 1963 (de Taïwan et de Malaisie, pour le compte d'installations aquacoles d'Alabama et d'Arkansas.

En , la « carpe de roseau » est officiellement répertoriée dans les eaux du Québec (Canada), plus précisément dans le fleuve Saint-Laurent en amont du lac Saint-Pierre et dans certains de ses tributaires.