Les œuvres d’Edgar Allan Poe ont eu une large influence sur la littérature américaine et mondiale (parfois même en dépit de ceux qui prétendaient le critiquer), et même, au-delà de la littérature, dans l'ensemble du monde de l'art.

Littérature américaine La réputation littéraire de Poe aux États-Unis est inférieure à ce qu'elle est dans le reste du monde, parce que considérée comme trop macabreMichel Barrucand, Histoire de la littérature des États-Unis, Paris, Ellipses, 2006, , , malgré les efforts de ses amis et de ses admirateurs, notamment James Russell Lowell, selon lequel Poe est « le critique le plus exigeant, le plus philosophique et le plus intrépide » d'AmériqueVoir Edgar Allan Poe National Historic Site. L'influence des diffamations de Rufus Griswold continuent à le desservir auprès du monde littéraire américain.

Cependant, plusieurs écrivains américains comme Walt WhitmanWalt Whitman, Œuvres en prose, 1892, le nouvelliste Edward Page Mitchell (1852-1927), LovecraftIl le qualifie de « plus grand maître mondial de l'horreur et de l'insolite » (the world's greatest master of the terrible and the bizarre) dans le premier chapitre de La Maison maudite (1924)., William Faulkner et Herman Melville ont été largement influencés par son œuvre. Nathanael West a repris le sujet et l'humour noir de L'Homme qui était refait pour son troisième roman, A Cool Million. Flannery O'Connor, qui a grandi en lisant les textes satiriques de Poe, a revendiqué l'influence de Poe sur son œuvreFrederick Frank et Anthony Magistrale, The Poe Encyclopaedia, Westport, Greenwood Press, 1997, ..

Walt Whitman louait l'écriture de Poe, considérant qu'il était à classer « parmi les feux électriques de la littérature américaine, le brillant et l'éblouissant », bien qu'il ait critiqué son manque de didactismeJeffrey Meyers, Edgar Allan Poe : His Life and Legacy, Cooper Square Press, 1992, .. T. S. Eliot, qui s'est souvent montré tout à fait hostile à Poe, le décrivant comme ayant « l'intellect d'une personne pré-pubère hautement douée »Citations sur le site de la Edgar Allan Poe Society of Baltimore, professait qu'il était impressionné, cependant, par le talent de Poe comme critique littéraire, parlant de lui comme « le plus direct, le moins pédant, le moins doctoral des critiques écrivant à son époque n'importe où en Amérique ou en Angleterre »Étude sur le regard porté par T. S. Eliot sur Edgar Poe, de B. R. McElderry Jr. Mark Twain est également un critique acéré de Poe. , écrit-il le dans une lettre à William Dean HowellsCitation de Mark Twain.

Dans Le Loup des mers de Jack London, Humphrey Van Weyden, prototype de l'intellectuel distingué, prépare un article sur quand il est mis en présence de Loup Larsen, tenant de la force brutale.. En , de passage à Baltimore, London se rase complètement la tête et se fait photographier devant la tombe de Poe..

Littérature française

En France, où il est communément connu sous le nom d'« Edgar Poe », les premiers contes traduits sont William Wilson, édité par Pierre Gustave Brunet dans La Quotidienne les 3 et , La Lettre volée, parue anonymement dans Le Magasin pittoresque et dans L'Écho de la presse en , et Le Scarabée d'or, publié dans La Revue britannique par Amédée Pichot en .

Le , Pierre Gustave Brunet publie dans La Quotidienne une adaptation de Double assassinat dans la rue Morgue, donnée comme une production originale, sous le titre de L'Orang-Outang. Le , Le Commerce fait paraître une traduction intégrale du conte, œuvre d'« Old Nick », nom de plume de Paul Émile Daurand Forgues (1813-1883), déjà traducteur d'Une Descente dans le Maelstrom pour La Revue britannique, en Rémy de Gourmont, « Nouvelle suite d'épilogues (1895-1904). Des amis d'Edgar Poe », Promenades littéraires, , Mercure de France, 1927, Voir les traductions françaises d'Edgar Poe. Un troisième journal, La Presse, accuse Forgues d'avoir plagié le texte de La Quotidienne. Pour se défendre, Forgues explique que l'histoire n'est pas un plagiat, mais la traduction des « contes d'E. Poe, littérateur américain ». Il fait paraître, le , une étude consacrée à Poe dans la Revue des Deux Mondes. Quand La Presse prétend rejeter l'explication de Forgues, celui-ci réplique par un procès en diffamation, au cours duquel il ne cesse d'affirmer : « Avez-vous lu Edgar Poe ? Lisez Edgar Poe. » La notoriété de ce procès fait bientôt connaître le nom de Poe à travers Paris, attirant l'attention de nombreux poètes et écrivainsKenneth Silverman, Edgar A. Poe : Mournful and Never-ending Remembrance, Harper Perennial, 1991. .. Ainsi, Gérard de Nerval cite Edgar Poe, orthographié « Edgard Poë », dans Les Nuits d'octobre, en 1852.

thumb|right|210px|Illustration du Corbeau d'Edgar Allan Poe par Gustave Doré, en 1884.

Plus significativement, Charles Baudelaire traduit une grande partie des contes de Poe et plusieurs de ses poèmesVoir l'introduction à « Cinq contes d'Edgar Poe », d'Armand Loos, «Baudelaire. Les premières éditions de ses traductions de Poë», dans L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, année LXV, XCII volume, 1929.. Cette traduction de grand style crée une vogue autour de Poe parmi l'avant-garde littéraire française, tandis qu'il est alors ignoré dans son pays natalGary Wayne Harner, « Edgar Allan Poe in France : Baudelaire's Labor of Love », dans Benjamin Franklin Fisher IV (dir.), Poe and His Times : The Artist and His Milieu, Baltimore, The Edgar Allan Poe Society, 1990, .. Par ailleurs, dans une ébauche des Fleurs du mal, Baudelaire met Poe dans la liste d'auteurs qu'il a imités, et certains critiques ont avancé l'idée que Poe aurait exercé une influence prépondérante sur la poésie baudelairienneCf. Michel Brix, « Baudelaire, "disciple" d'Edgar Poe ? », Romantisme , 2003, .. Ce dernier trouve également en Poe un exemple de ce qu'il regarde comme les éléments destructeurs de la société bourgeoise. Poe lui-même était un critique de la démocratie et du capitalisme (dans son conte Mellonta Tauta, Poe écrit : « la démocratie est une forme de gouvernement réellement admirable… pour les chiens »), et l'image de tragique pauvreté et de misère qu'offre la biographie de Poe semble, pour Baudelaire, l'ultime exemple de la capacité de la bourgeoisie à détruire le génie et l'originalité.

Jules Verne publie en 1864 dans le Musée des familles, un article intitulé Edgard Poe et ses œuvres, il est parmi les rares critiques à déceler l'importance des Histoires extraordinaires dans la littérature mondiale. Même si l'auteur des Voyages extraordinaires reproche à son modèle ses invraisemblances scientifiques, il le suit volontiers sur les chemins du mystère.

Sollicité par Baudelaire pour écrire un article critique sur Poe à l'occasion de l'édition des Histoires grotesques et sérieuses, Hippolyte Taine lui répond le : « J'admire beaucoup Poë: c'est le type germanique anglais à profondes intuitions, avec la plus étonnante surexcitation nerveuse. Il n'a pas beaucoup de cordes, mais les trois ou quatre qu'il a vibrent d'une façon terrible et sublime. Il approche de Heine ; seulement tout chez lui est poussé au noir, l'alcool a fait son office. Mais quelle délicatesse et quelle justesse dans l'analyseVoir l'introduction à « Cinq contes d'Edgar Poe »! »

De même, Jules Barbey d'Aurevilly, qu'une amitié lie à Baudelaire depuis 1853, juge comme lui Poe « aristocrate » et « né pour être poète » mais aussi « américain quoi qu'il fasse », considérant que, s'il a de prodigieuses capacités d'analyse, il les gâche « en chaussant l'appareil de la technologie » et en détruisant le merveilleux contenu dans ses contes par des explications rationnellesVoir la préface de Marie-Christine Natta, , in Jules Barbey d'Aurevilly, Charles Baudelaire, Sur Edgar Poe, Paris, Éditions complexe, 1990, 221 pages ..

En 1897, Jules Verne publie Le Sphinx des glaces, qui fait suite au roman Les Aventures d'Arthur Gordon Pym d'Edgar Allan Poe, publié en 1838. L'action, qui débute aux îles Kerguelen, se poursuit au sein du continent antarctique. Si Jules Verne propose une fin rationnelle à la fin du récit (là où celle de Poe était fantastique, voire mystique), l'auteur français ne cache pas son admiration pour l'auteur américain.

Les artistes symbolistes ont également voué un véritable culte à Poe. Stéphane Mallarmé a traduit une grande partie de ses poèmes, accompagnés d'illustrations d'Édouard Manet et lui a dédicacé plusieurs poèmes. Il a également écrit Le Tombeau d'Edgar Poe à l'occasion de l'érection d'un monument en l'honneur du poète américain à Baltimore, en 1875 ; ce poème a été édité à Baltimore en 1877. Parmi les principaux admirateurs de Poe, on peut, de même, citer Auguste de Villiers de l'Isle-Adam, dont les contes doivent beaucoup à Poe, Paul Valéry et Marcel Proust. Gustave Doré a également illustré des textes de Poe, comme Le Corbeau.

Les surréalistes ont eux aussi exprimé un grand intérêt pour l'œuvre de Poe. André Breton l'a ainsi intégré dans son Anthologie de l'humour noir, affirmant qu'il « est surréaliste dans l'aventure »André Breton, Manifeste du surréalisme, in Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome 1, ..

Royaume-Uni De France, les œuvres de Poe traversent la Manche. Les vers d'une grande musicalité d'un Algernon Swinburne doivent beaucoup à la technique de Poe. Oscar Wilde appelle Poe « ce merveilleux seigneur de l'expression rythmique » et puise dans l'œuvre de Poe pour son roman Le Portrait de Dorian Gray et ses contesFrederick Frank et Anthony Magistrale, Op. cit., 1997, ..

Le poète et critique W. H. Auden revitalise l'intérêt pour l'œuvre de Poe, notamment ses travaux critiques. Auden affirme, au sujet de Poe : « Ses portraits d'états anormaux ou auto-destructeurs favorisèrent nettement Dostoïevski, son héros ratiocinant fut l'ancêtre de Sherlock Holmes et ses nombreux successeurs, ses contes futuristes menèrent à Herbert George Wells, ses histoires d'aventures à Jules Verne et à Robert Louis Stevenson »Frederick Frank et Anthony Magistrale, Op. cit., 1997, ..

D'autres écrivains anglais, comme Aldous Huxley, cependant, l'apprécient nettement moins. Huxley considère Poe comme l'incarnation de la vulgarité en littératureMaria Filippakopoulou (université d'Edimbourg), « Intimité et recul : Aldous Huxley lit Edgar Allan Poe en français »..

L'écrivain anglo-américain Henry James, de son côté, exécute l'œuvre de Poe dans une formule lapidaire restée fameuse : « Un enthousiasme pour Poe est le signe d'un niveau d'intelligence primitifFrench Poets and Novelists, 1878, rapporté par Patrick Quinn, « Le voyage imaginaire de Poe », in Edgar Allan Poe, configuration critique, La Revue des lettres modernes, , 1969. Patrick Quinn suggère toutefois que ce jugement de jeunesse de James sera nuancé par la suite, notamment dans son ouvrage The Golden Bowl, écrit 26 ans plus tard. ». Cependant, il lui doit la distinction entre la « fancy » et l'« imagination », et il lui arrive d'imiter son style« Traduire Hawthorne ou l’Amérique selon Henry James ».

Russie

En Russie, la poésie de Poe a été traduite par le poète symboliste russe Constantin Balmont et a connu une grande popularité en Russie à la fin du et au début du , influençant des artistes comme Nabokov, qui fait plusieurs fois référence à l'œuvre de Poe dans son célèbre roman Lolita.