Robert Webster Ford (né à Burton upon Trent dans le Staffordshire le et mort le à Londres) est un diplomate et écrivain britannique qui fut opérateur radio à la mission britannique à Lhassa en 1945, puis après une affectation à la mission britannique à Gangtok au Sikkim en 1947, travailla sous contrat pour le gouvernement tibétain à Lhassa et à Chamdo, dans le Kham, de 1948 à 1950. Chargé d’établir une liaison radio entre Lhassa et Chamdo et de former des opérateurs radio, un des sept Européens vivant au Tibet et des cinq travaillant pour le gouvernement tibétain, il est arrêté en lors de l'intervention de l’armée chinoise, accusé d’espionnage et d'implication dans le meurtre de l’envoyé du gouvernement chinois, Géda Tulkou, ce qu'il nia durant son emprisonnement et démentit lorsqu'il fut relâché au bout de cinq années. De retour en Angleterre, il relata cette période de sa vie en 1957 dans Wind Between the Worlds, traduit en français sous le titre Tibet rouge : capturé par l'armée chinoise au Kham. Il mena ensuite une carrière diplomatique jusqu'en 1987 et apporta son soutien au gouvernement tibétain en exil par ses écrits et ses conférences.

Biographie

Robert Webster Ford est le fils de Robert Ford, chauffeur-mécanicien travaillant pour une brasserie, et de Beatrice Ford, domiciliés rue de l'Église à Rolleston on Dove. Il fréquente l'école primaire de Rolleston puis le lycée classique de Burton-on-Trent. Goûtant peu la perspective de devenir simple employé dans une banque ou des bureaux à Burton-on-Trent et désirant voir du pays, il s'engage à l'âge de 16 ans dans la Royal Air Force comme apprenti. En 1943, il est affecté en Inde mais perd bientôt toutes ses illusions et, à la fin de la guerre, saute sur la proposition d'un travail d'opérateur radio à Lhassa au Tibet Robert Webster Ford : Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, Berlin, 12 March 2005 : . Au Sikkim, il se lie d'amitié avec Rai Saheb Pemba TseringAn Old Photo of my Grandfather with Robert Ford, Dechen Pemba's Blog, 30 November 2010., le père du Dr Pemba, le premier médecin d'origine tibétaine formé à la médecine occidentale.

Devenu, en 1945, opérateur radio à la mission britannique, il est un des sept Européens à vivre au Tibet, et des cinq travaillant pour le gouvernement tibétainRobert Ford, The Telegraph, 6 octobre 2013, peu avant l'invasion chinoise de 1950 Tsepon Wangchuk Deden Shakabpa, One Hundred Thousand Moons: An Advanced Political History of Tibet, p. 924, note a. Il fut reçu en audience par le dalaï-lama, Tenzin Gyatso, alors âgé de 11 ans. La même année, il est envoyé à Gangtok, au Bureau politique du Sikkim, qui s’occupe des relations de l'Inde britannique avec le Tibet Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, : Bureau du Tibet, "For Tibet the nightmare of foreign occupation had begun," Robert Ford, 6 juillet 2008 : .

Quand l'Inde devient indépendante en 1947, il est remplacé par un Indien à ce poste et retourne à Lhassa, le gouvernement tibétain lui ayant demandé d'installer la première station de radio tibétaine (Radio Lhassa), de former des opérateurs radio et de mettre au point un réseau de communication radio couvrant tout le Tibet. Il est le premier étranger à être embauché par le gouvernement tibétain et à recevoir un titre officiel Robert Webster Ford : Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, : .

Au bout d’un an, il est affecté par Reginald FoxMichael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, Claire Lumière, 1993, , p. 108 à Chamdo, la capitale du Kham, pour établir une liaison radio entre Lhassa et Chamdo afin que le gouvernement tibétain puisse être informé rapidement de ce qui se passe sur le front oriental, les communications jusque-là prenant 60 jours de voyage à cheval Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, : Mikel Dunham, Buddha's Warriors, The Story of the CIA-backed Tibetan Freedom Fighters, Penguin Books Indian, 2005, 433 p., p. 68 : . Les journaux britanniques de l'époque le surnomment « le Britannique le plus solitaire au monde » en raison de son affectation à un poste aussi loin de tout Peter Simpson, Man who set up Tibet radio gets £65 in back-pay 63 years later, South China Morning Post, 29 March 2013 : . Ayant du mal à prononcer son nom (à cause du F), les Tibétains appellent Ford Phodo, et ceux du Kham, Phodo Kusho (Ford Esquire, « Monsieur Ford »).

À l'été 1949, Ford et trois opérateurs stagiaires arrivent à Chamdo. Leur arrivée permet au gouverneur général du Kham, Lhalu Tsewang Dorje, d’améliorer les mesures défensives sur place et dans les environs. De plus, pour la première fois, un lien direct est établi entre Lhassa et Chamdo. En , Lhalu demande à Robert Ford d’accélérer l'entraînement des opérateurs radio, pour qu'ils puissent établir des stations de radio le long de la frontière. Les rumeurs de l'avancée de l’armée chinoise se sont répandues. Le même mois, de nouvelles armes et des instructeurs arrivent pour initier des recrues au maniement des fusils. Ford rapporte que l'armée tibétaine « commençait à prendre une allure un peu moins moyenâgeuse » Tsering Shakya, The Dragon in the Land of Snows.. En avril, Ngabo Ngawang Jigme est nommé nouveau gouverneur général. Il arrive à Chamdo en septembre. Lhalu quitte Chamdo, laissant à son successeur la responsabilité des affaires civiles et militaires de la ville The Dragon in the Land of Snows par Tsering Shakya..

Lors de l'intervention militaire chinoise au Tibet (1950-1951), après une fuite aussi brève que rocambolesque devant les avant-gardes de l'armée populaire de libération Peter Simpson, op. cit. : Présentation par l'éditeur du livre Tibet rouge : capturé par l'armée chinoise au Kham, Éditions Olizane, 1999., Ford est arrêté le , ainsi que Ngabo Ngawang Jigme et des responsables tibétains Samten G. Karmay, Authenticating Tibet: Answers to China's 100 Questions, Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille (dir.), p. 57-58. Sumit Ganguly, The Kashmir Question: Retrospect and Prospect, p. 156.. La République populaire de Chine accuse Ford d'espionnage, de diffusion de propagande anticommuniste et d'implication dans la mort de son envoyé spécial, le tulku Géda, abbé du monastère de Béri et vice-président du gouvernement provincial du Xikang, chargé de transmettre au gouvernement tibétain à Lhassa des propositions en vue de négociations de paix Xirab Nyima, The Historical Status of China's Tibet, China Intercontinental Press, en particulier (3) The Local Government of Tibet Refused Peace Talks and the PLA Was Forced to Fight the Qamdo Battle. Chapitre VII. Selon Xirab Nyima, Géda arrive à Chamdo le 24 juillet 1950 et demande à se rendre auprès du dalaï-lama à Lhassa, mais il est mis en résidence surveillée sur les conseils des agents britanniques Reginald Fox et Robert Ford. On le retrouve mort, empoisonné. Dans sa prison, Ford devait reconnaître que Géda avait été assassiné pour l'empêcher de communiquer à Lhassa les termes d'un accord en dix points devant déboucher sur la libération pacifique du Tibet. Après l'assassinat de son envoyé, le gouvernement central décide de prendre Chamdo pour contraindre Lhassa à négocier.. Ford nia ces accusations durant ces cinq ans de prison Samten G. Karmay, Authenticating Tibet: Answers to China's 100 Questions, eds. Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille, p. 64.Samten G. Karmay, : .

vignette|Arrivée de Robert Ford à l'issue de sa captivité chinoise à l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol le 22 juin 1955.

Il passe près de 5 ans en prison, dans la crainte constante d'une exécution, soumis à des interrogatoires et au lavage de cerveau, à ce qu'il rapportera plus tard dans ses mémoires. En 1954, il est autorisé à écrire une lettre à ses parents. À l’issue de son procès fin 1954, il est condamné à dix ans de prison. Il est finalement relâché en 1955, escorté jusqu'à Hong Kong pour y être remis au gouvernement de la colonie britannique Robert Webster Ford, sur le site du village de Rolleston-on-Dove.Peter Simpson, op. cit. : .

En 1956, il travaille comme journaliste indépendant Robert Ford: Radio operator in Tibet who was jailed by China for being an ‘imperialist spy’, independent.co.uk, 18 octobre 2013 avant d'être nommé au service diplomatique britannique. Jusqu'à son départ à la retraite, il servira, pour le compte du Ministère des Affaires étrangères, à Londres, au Vietnam, en Indonésie, aux États-Unis, au Maroc, en Angola, en Suède) et en France, et finalement comme consul général à Genève, en Suisse Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, : . La même année, il épouse Monica Tebbett, une amie d'enfance, avec laquelle il aura deux fils, Martin et Giles Thubten Samdup, UK Celebrate 90th Birthday of Robert Ford, Tibet's First Radio Operator, sur le site tibet.net, March 23, 2013 : .

À son retour en Grande-Bretagne, Ford décrit dans un quotidien ses expériences avant d'en faire, en 1957, un livre intitulé Captured in Tibet (Wind Between the Worlds pour l'édition américaine)Peter Simpson, op. cit. : Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, : , qui est traduit en français l'année suivante sous le titre Tibet rouge : "Captured in Tibet". L'ouvrage connaît une réédition en anglais en 1990 sous le titre Captured in Tibet, et en français en 1999 sous le titre Tibet Rouge. Capturé par l’armée chinoise au Kham. L'ouvrage comporte aussi incidemment l'autoportrait d'un homme d'une douceur rare, de hautes connaissances intellectuelles qui a appris à lire et à écrire le chinois en prison, et à parler tibétain au cours de son travail The Listener, vol. 57, BBC, 1957, p. 797 : .

En 1959, Ford est l'un des membres fondateurs de la Tibet Society et en devient le vice-président Thubten Samdup, UK Celebrate 90th Birthday of Robert Ford, Tibet's First Radio Operator], : .

Ford part à la retraite en 1987 et est décoré commandeur de l'ordre de l'Empire britannique Robert W. Ford, Freedom for Tibet, Europe speaks out, Berlin, 12 March 2005 : .

Apportant son soutien au gouvernement tibétain en exil, il est amené à donner de nombreuses conférences sur les questions concernant le Tibet et la Chine au Royaume-Uni, dans les autres pays d'Europe, en Australie et aux États-Unis. En 1992, ayant entrepris, à la demande du dalaï-lama, une tournée de conférences en Inde, il est mis en résidence surveillée avec son épouse à Dharamsala par les autorités indiennes, ses conférences coïncidant avec la visite officielle du premier ministre chinois Li Peng. Ford doit écourter son séjour et rentrer en Grande-Bretagne Thubten Samdup, UK Celebrate 90th Birthday of Robert Ford, Tibet's First Radio Operator, : .

Le , il est convié par le dalaï-lama à un déjeuner réunissant des Occidentaux ayant vécu au Tibet avant 1950. Ces derniers signent un document où elles affirment leur conviction que celui-ci était un État indépendant et souverain avant 1950 Statement by Westerners who visited Tibet before 1949, tibet.com (ancien site du Gouvernement tibétain en exil), 13 septembre 1994 : Ces personnes sont Joan Mary Jehu, Heinrich Harrer, Archibald Jack, Bruno Beger, Fosco Maraini, Kazi Sonam Togpyal..

En 1996, Ford est en mesure d'organiser la première rencontre entre le dalaï-lama et un membre de la famille royale d'Angleterre. La rencontre avec la Reine mère a lieu le à Clarence House Thubten Samdup, UK Celebrate 90th Birthday of Robert Ford, Tibet's First Radio Operator], : .

À l'occasion de son , le Bureau du Tibet de Londres organisa une cérémonie en . Ayant auparavant plaisanté sur ses arriérés de salaire non perçus, il se voit remettre à cette occasion son dernier salaire, un agrandissement photographique d’un billet de banque tibétain de 100 srang avec des excuses pour le retard « dû à des circonstances atténuantes » Peter Simpson, op. cit. : Roger Croston, Robert Webster Ford (1923-2013) – known to Tibetans as “Phodo Kusho” – Ford Esq..

vignette|Le Dalaï-lama remet le prix Lumière de la vérité à Robert Ford en 2013.