Le mont Saint-Michel est un sommet situé dans le parc naturel régional des Vosges du Nord, sur le territoire de la commune de Saint-Jean-Saverne. Il culmine à d'altitude.
Le site fait l'objet d'une occupation humaine depuis au moins le second âge du fer, qui se caractérise par plusieurs aménagements. Sur le sommet se trouve ainsi une chapelle dédiée à saint Michel, plusieurs puits et un grand bassin circulaire creusé dans la roche. La date de construction et la fonction de celui-ci demeurent indéterminés, les interprétations allant d’une piscine en lien avec le culte de Mithra à la cave d’un édifice disparu. Le lien avec Mithra repose sur le rapprochement de la grotte aménagée sous la plateforme sommitale à un mithréum, dont la présence n’est toutefois pas entièrement confirmée. Il est en revanche certain que la grotte a servi d’ermitage au Moyen Âge.
Du fait de ces aménagements à l’origine floue, le site s’est vu rattaché un certain nombre de légendes et croyances populaires. Le bassin est ainsi tour-à-tour vu comme le lieu où les druides faisaient des sacrifices humains ou comme l’emplacement d’une école de sorcières. D’autres traditions locales mettant en scène des sorcières utilisent le mont Saint-Michel comme décor, par exemple la légende de la sorcière Itta, épouse du comte Pierre de Lutzelbourg.
Toponymie La première mention connue de la montagne se trouve dans un document de 1126, connu par une copie de 1377, dans lequel elle est appelée Hertenstein. Cette dénomination reste en usage au moins jusqu’à la fin du , mais le terme, qui désignait à l’origine uniquement le rocher, s’étend par métonymie à la montagne entière au cours du Moyen Âge. Plusieurs autres noms apparaissent en parallèle dans les documents à partir du , sans qu’il soit aisé de déterminer s’ils s’appliquent à toute la montagne ou à des parties précises de celle-ci. Ainsi, le nom de Michelsberg, « mont Saint-Michel », apparaît pour la première fois en 1553, concurrencé par Sankt Johannesberg, « montagne Saint-Jean » en 1569.
Sur sa carte réalisée en 1576, Daniel Specklin nomme la montagne Bruderstein, « pierre des frères », appellation probablement liée aux ermites et qui semble avoir été dominante au , avec peut-être le nom similaire de Bruderberg, « montagne des frères ». Cette dénomination est remplacée à la fin de ce siècle par celle de mont Saint-Michel, un document de 1693 expliquant que la chapelle se trouve « sur la montagne Hertenstein, dans le massif qu’on avait appelé autrefois Bruderberg mais qui porte maintenant le nom de Saint-Michel ».
Géographie Le mont Saint-Michel se trouve dans la région de Saverne, dans le département du Bas-Rhin, à l’extrême nord des Vosges centrales. Situé immédiatement au nord du village de Saint-Jean-Saverne qu’il domine d’une centaine de mètres, son altitude à partir du niveau de la mer étant de . De forme oblongue orientée sud-ouest-nord-ouest, la colline possède des flancs particulièrement escarpés rendant son accès difficile sur trois côtés, l’accès n’étant aisé que par l’ouest, où elle se rattache au reste du massif. Le petit vallon, dit Winterhalde, qui le borde au nord la sépare d’une autre colline occupée à son sommet par l’oppidum de la Heidenstadt.
Le sommet du mont est occupé par une plateforme en poudingue de grauwacke et de galets de quartz surplombant une grotte naturelle. Ces deux éléments ont fait l’objet de nombreux aménagements humains, dont un large bassin circulaire taillé à l’extrémité orientale de la plateforme, la partie occidentale étant occupée par une chapelle. Le site possède au moins une source, qui émerge à environ cinquante mètres à l’ouest de la chapelle, tandis qu’un puits comblé, taillé dans la roche au nord-est de celle-ci, semble également avoir tenté de capter.
Histoire
La première occupation du site établie avec certitude date du second âge du fer et est à mettre en relation avec l’oppidum voisin de la Heidenstadt, les céramiques retrouvées sur les deux sites étant semblables. Il n’est en revanche pas totalement certain que l’occupation se soit poursuivie à l’époque gallo-romaine, malgré la découverte sur le versant nord de la montagne d’un lingot de fer de cette époque et d’une pièce de bronze frappée vers 340 en contrebas de la plateforme rocheuse. Le site, et en particulier la grotte, est de nouveau habité au plus tard vers le milieu du , comme l’attestent de nombreux déchets de cuisine et quelques éléments métalliques comme une lame de couteau ou une pointe de flèche. Au début du , le rocher est l’objet d’un conflit de propriété entre Folmar de Hunebourg et Pierre de Lutzelbourg, que ce dernier résout en faisant don en 1126 du site à l’abbaye Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-Saverne.
La grotte est occupée tout au long du Moyen Âge et se voit doter d’éléments de confort comme un poêle en céramique, plusieurs fois reconstruit. Ses occupants sont probablement déjà des ermites, bien que leur présence ne soit mentionnée dans les textes qu’à partir du . Une chapelle est construite sur le site à une date indéterminée du Moyen Âge, mais antérieure à 1371, date à laquelle un registre de recettes de l'évêché de Strasbourg évoque l’existence d’un chapelain, ce qui indique que le lieu de culte existait déjà. Cette chapelle, qui est abandonnée au cours du , est reconstruite en 1593, tandis qu’en parallèle sont fondés un pèlerinage et la confrérie de Saint-Michel. Le site subit des destructions pendant la guerre de Trente Ans à la suite de laquelle l’habitat est abandonné et, bien que la chapelle ait été rénovée en 1686, il ne semble pas y avoir eu de présence humaine permanente jusqu’au début du . Cette renaissance est toutefois de courte durée et la majeure partie des constructions occupant les lieux, notamment les aménagements de la grotte, sont détruites peu après 1720, peut-être simultanément à l’ouverture d’une carrière pour le chantier de reconstruction de l’abbaye Saint-Jean entre 1729 et 1740.
Lors de la Révolution française, la chapelle est saccagée en 1792, puis le site est transformé par le général Sautter en position d’artillerie dans le but de défendre l’approche de Saverne par le nord. Des travaux de consolidation de la chapelle sont entrepris en 1826, mais ce n’est qu’en 1848 qu’elle est reconstruite et rendue au culte catholique.
Aménagements humains Bassin vignette|Bassin de la plateforme sommitale, avec un trou de poteau à gauche. L’extrémité orientale du promontoire est occupé par un grand bassin circulaire de de diamètre et d’une profondeur oscillant entre taillé directement dans la roche. Du côté nord, trois marches, elles-aussi taillées dans le roc, permettent d’accéder au fond du bassin. Il est probable que ce bassin n’était anciennement pas à l’air libre, mais entouré d’une construction circulaire, comme tendent à l’indiquer la marche supérieure de l’escalier qui n’est pas de plain-pied, mais légèrement en contrebas, la présence dans la chapelle de pierres de réemploi ayant un profil courbe correspondant à une structure circulaire de de diamètre et la carte de Specklin de 1576, qui fait figurer à l’emplacement du mont une construction ressemblant à une tour. L’usage et la date de construction de cette structure demeure cependant indéterminés.
La datation de cet aménagement demeure incertaine : si en 1828 l’archéologue Jean Geoffroy Schweighaeuser n’y voyait qu’un aménagement tardif dédié aux pèlerins, les travaux postérieurs tendent à lui donner une origine antique, si ce n’est protohistorique, en relation avec l’oppidum de la Heidenstadt.
Grotte vignette|Vue générale de l’espace intermédiaire de la grotte aménagée, avec le sarcophage à l’avant-plan et l’espace intérieur au fond. La grotte, dont l’entrée s’ouvre à onze mètres sous la plateforme sommitale, est une cavité naturelle qui a été aménagée à la fois par la retaille du rocher et par des constructions, dont ne subsistent que les traces des poteaux. Globalement orientée est-ouest, elle s’ouvre sur l’extérieur par une entrée de de large, puis se rétrécit pour former une rotonde de de diamètre, le fond se trouvant à de l’extrémité orientale du plateau.
Les traces de constructions divisent la grotte en trois espaces, intérieur, intermédiaire et extérieur. Tout au fond de la grotte se trouve l’espace intérieur, qui était divisé en deux pièces par des cloisons en bois. L’extrémité occidentale a fait l’objet d’importants travaux de taille à une date ancienne pour créer une rotonde semi-circulaire. Les parois de celle-ci ont été retaillées à une date postérieure, apparemment dans le but de détruire des aménagements dont la nature exacte n’est pas connue. La paroi nord est par ailleurs ouverte sur l’extérieur par une fissure naturelle, dite « trou des fées », « trou du diable » ou « trou des sorcières », à laquelle des traditions orales attribuent des vertus curative au bénéfice de celui qui la traverse.
La séparation entre cet espace intérieur et l’espace intermédiaire a varié au cours du temps, prenant la forme d’abord d’une cloison en bois, qui a été par la suite remplacée par un mur en pierre. Le sol de cet espace est creusé de rigoles supposée canaliser les eaux de ruissellement, mais ce réseau semble avoir été réalisé sans réflexion préalable, obligeant son ou ses auteurs à multiplier les creusements pour parvenir à un minimum d’efficacité. L’élément le plus caractéristique de l’espace intermédiaire est un sarcophage à cavité céphalique taillé directement dans le socle rocheux et qui pourrait remonter à l’époque carolingienne. Cet aménagement a toutefois été la cible en 1987 de vandales, qui ont retaillé son emprise, de sorte qu’il n’en subsiste qu’une vague cavité.
Chapelle gauche|vignette|Chapelle Saint-Michel, mur sud de la nef. L’existence d’une chapelle sur le mont Saint-Michel se devine pour la première fois dans un document de 1371 parlant du chapelain du Hertenstein. Tant l’aspect que l’histoire de l’édifice sont inconnus jusqu’à l’extrême fin du , toutefois la chapelle médiévale a probablement été détruite ou abandonnée à la fin du Moyen Âge, car elle n’apparaît pas sur les cartes du et il est certain qu’elle était en ruine à la fin de ce siècle.
La chapelle est reconstruite en 1593 lorsque la confrérie saint Michel et le pèlerinage sont établis. Ce renouveau est toutefois de courte durée, notamment en raison de la guerre de Trente ans, et, malgré une première restauration en 1663, l’édifice est dans un tel état dans les années 1680 qu’il est décidé de la reconstruire entièrement, en profitant de l’occasion pour l’agrandir. Ces travaux, qui sont principalement subventionnés par un legs du schultheiss d’Eckartswiller, débutent en 1684 et durent jusqu’en 1686. Un incendie causé par la foudre détruit une grande partie de la chapelle en 1717 puis elle est saccagée pendant la Révolution et reste alors à l’abandon. Quelques réparations sont effectuées en 1826, qui voient notamment la démolition du campanile surmontant le chœur, son remplaçant, plus petit, étant installé à l’extrémité occidentale de la nef. La restauration complète de l’édifice ne débute qu’en 1844 et dure jusqu’en 1848. Les façades et la toiture sont restaurés encore à deux reprises en 1950 et 1984. Lors de cette dernière restauration, des éléments possiblement romans utilisés en réemploi dans la maçonnerie sont découverts sous le crépi.
vignette|Intérieur de la chapelle Saint-Michel, avec la statue de la Femme en prière de Maurice Gardond.