Le soulèvement du ghetto de Varsovie est une révolte armée, organisée et menée par la population juive du ghetto de Varsovie contre les forces d'occupation allemandes entre le et le . Plus long et meurtrier des soulèvements de ghettos durant la Seconde Guerre mondiale, c'est l'acte de résistance juive pendant la Shoah le plus connu et le plus commémoré..
Le mois suivant a lieu le soulèvement du ghetto de Częstochowa puis, en août, celui de Białystok.
Histoire Le débute la Grande Action : les Allemands commencent à déporter les Juifs au camp d'extermination de Treblinka.. Début , les autorités allemandes décident d’accélérer la déportation de la population civile du ghetto vers les camps d'extermination afin de le « liquider » définitivement. Dans le cadre de lAktion Reinhard, la population du ghetto est en effet déjà passée de à environ .
Les déportations massives de l'été avaient eu comme conséquence l'apparition d'une résistance juive armée dans le ghetto autour de deux organisations : d'une part l'Organisation juive de combat (, ŻOB) d'inspiration sioniste et bundiste, dirigée par Mordechaj Anielewicz, , et Marek Edelman, , et d'autre part l'Union militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy, ŻZW), organisation sioniste révisionniste du Betar dirigée par Pawel Frenkel et Dawid Moryc ApfelbaumDictionnaire de la Shoah, ..
Le , ces deux groupes s'opposent par la force à une nouvelle vague de déportation. Après quatre jours de combats de rue, le ghetto est paralysé et les déportations suspendues.
Heinrich Himmler donne donc l'ordre à son représentant en Pologne, le Höhere SS- und Polizeiführer (HSSPf) Friedrich-Wilhelm Krüger, dans une lettre du , de détruire complètement le ghetto. Il écrit : . Le , la police allemande et les forces SS entrent dans le ghetto sous le commandement du SS-Oberführer Ferdinand von Sammern-Frankenegg afin de faire reprendre les déportations. Bien qu'équipés de chars, d'artillerie et de lance-flammes, les quelque et SS rencontrent une très vive résistance et le plan prévoyant la maîtrise complète du ghetto en trois jours est un échec completPierre Souyri, Michel Borwicz, L'insurrection du ghetto de Varsovie. Collection « Archives ». (compte-rendu), Annales, 1967, 22-26, p. 1384-1386..
Aussi Ferdinand von Sammern-Frankenegg est-il remplacé par Jürgen Stroop, qui met quatre semaines à anéantir le ghetto, en recevant chaque jour ses ordres du HSSPf Friedrich-Wilhelm Krüger et de Himmler en personne. Krüger lui recommande ainsi de faire exploser la synagogue de VarsovieKazimierz Moczarski, Entretiens avec le bourreau, Gallimard, Paris, 2011, p. 329.. Les forces juives polonaises alignent du ŻZW conduits par Dawid Moryc Apfelbaum et Paweł Frenkel et environ de la ŻOB (Organisation juive de combat) sous les ordres de Mordechaj Anielewicz. La résistance polonaise non juive, c'est-à-dire l'Armée Intérieure polonaise (Armia Krajowa, AK) fournit quelques hommes, mais aussi des armes. Marek Edelman, seul commandant survivant de l'insurrection, donne un nombre de combattants plus restreint : , âgés de « Soixante-cinq ans après, un chef du soulèvement du ghetto de Varsovie se souvient », Monika Scislowska, dépêche Associated Press, 14 avril 2008..
Marek Edelman a lorsqu'il prend le commandement de l'un des trois groupes de combattants, constitué de cinquante insurgés. Après la mort des premiers dirigeants et le suicide de Mordechaj Anielewicz le , c'est lui qui dirige l'insurrection. Ayant survécu aux combats, il participe l'année suivante à l'Insurrection de Varsovie.
La nourriture manquait terriblement. Marek Edelman indique : , que lui et ses hommes trouvaient chez ceux qui avaient été déportés.
Durant les combats, environ du ghetto ont été tués, ont été brûlés vifs ou gazés durant la destruction totale du quartier, les Allemands déportèrent les survivants, afin de les faire mourir, dans les camps d'extermination de Treblinka, Majdanek et dans les camps de concentration de Poniatowa et de Trawniki.
Le , le soulèvement est écrasé.
Après la destruction des états-majors de la ŻOB et de la ŻZW et la chute du ghetto, de petits groupes de survivants continuent la lutte armée dans les ruines jusqu'au mois de . Certains groupes de combattants parviennent également à sortir du ghetto et continuent la lutte, rejoignant les partisans dans les forêts de la région.
Conséquences vignette|Photographie du ghetto rasé à la fin de la guerre. Les conséquences morales et historiques de l'insurrection du ghetto de Varsovie furent importantes. La résistance dépassa les prévisions allemandes, même si l'issue était certaine au vu du déséquilibre des forces. Izrael Chaim Wilner (dont le pseudonyme était Jurek), soldat de la ŻOB, a résumé le sens de ce combat en ces termes : (). Elle remet aussi en cause le cliché et stéréotype raciste du Juif passifDictionnaire de la Shoah, ..
En 1970, le chancelier Willy Brandt s'agenouille devant le mémorial du ghetto de Varsovie en Pologne.
Photographie historique gauche|vignette|alt=Dans une rue, des civils (des femmes et des enfants au premier plan, quelques hommes derrières) ont les mains levés. Derrière eux, des soldats ont leurs armes pointés sur les civils et font sortir d’autres personnes d’un bâtiment.|La photographie de 1943. La plus célèbre photographie du ghetto de Varsovie est celle représentant un groupe de femmes et enfants juifs poussés hors de leur cachette par les soldats allemands en 1943, pour être envoyés à Treblinka. Y sont reconnaissables : le garçon au premier plan, qui est peut-être Artur Dab Siemiatek, ou bien Levi Zelinwarger (près de sa mère Chana Zelinwarger), ou encore Harry-Haim Nieschawer ou enfin Tsvi Nussbaum ; Chana Zelinwarger, avec la tête tournée, deux sacs aux bras et les mains levées ; Hannah (Hanka) Lamet, la petite fille à gauche qui lève la main (assassinée à Majdanek) ; Matylda Lamet Goldfinger, la mère de Hanka, deuxième en partant de la gauche ; Ahron Leizer (Leo) Kartuziński (ou Kartuzinsky) de Gdańsk, en arrière plan avec un sac blanc sur l'épaule ; Gołda Stawarowska, la première femme à droite, au fond, qui ne lève qu’une main ; Josef Blösche, le SS-Rottenführer à droite, avec une arme à feu pointée sur le garçon.
Cette photographie est notamment récupérée dans deux œuvres d'art controversées juxtaposant le soulèvement du ghetto de Varsovie avec la souffrance palestinienne, l'une par Alan Schechner en 2003 intitulée L'Héritage des enfants victimes de mauvais traitements : de Pologne en Palestine et l'autre par Norman G. Finkelstein en 2009 avec le sous-titre « Les petits-enfants des survivants de l'Holocauste font aux Palestiniens exactement ce qui leur a été fait par les nazis allemands ».
Bibliographie Michel Borwicz, L'Insurrection du ghetto de Varsovie, Paris, Julliard, collection « Archives », 1966. Larissa Cain, Ghettos en révolte, Pologne 1943, Collection Mémoires, éditions Autrement. Marek Edelman, Mémoires du ghetto de Varsovie, Éditions Liana Levi, 2002. Marek Edelman, La Vie malgré le ghetto, Paris, Éditions Liana Levi, 2010. . Joseph Kubert, Yossel, Delcourt, 2003. Bernard Mark, « L'insurrection du ghetto de Varsovie », dans Le Livre noir, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman, Arles, Actes Sud, 1995. Kazimierz Moczarski, Entretiens avec le bourreau, Éditions Gallimard, 2011. Dariusz Libionka, Laurence Weinbaum (2011), Bohaterowie, hochsztaplerzy, opisywacze, Varsovie, Stowarzyszenie Centrum Badań nad Zagładą Żydów. . Frédéric Rousseau, L'Enfant juif de Varsovie, Paris, Seuil, collection "L'Univers historique", 2009. Didier Zuili,"Varsovie, Varsovie", bande dessinée 128 p.,éditions Liliane Marouani
Dans les arts
En peinture
Le Soulèvement du ghetto de Varsovie de Mané-Katz
Au cinéma
1978 : Mini-série Holocauste dans laquelle est relatée l'insurrection du ghetto de Varsovie. 1983 : Au nom de tous les miens de Robert Enrico, adaptation du roman Au nom de tous les miens de Martin Gray. 2001 : 1943, l'ultime révolte de Jon Avnet 2002 : Le Pianiste de Roman Polanski
Roman
John Hersey, La muraille, 2 vol., Gallimard, 1979. David Safier, 28 jours, Pocket, 2017.
Musique Sabaton, Uprising.
Images
Voir aussi Articles connexes Shoah en Pologne Musée du ghetto de Varsovie Jürgen Stroop Rapport Stroop Kazimierz Moczarski Michał Klepfisz Exécutions dans les ruines du ghetto de Varsovie (1943-1944) Bataille de la place Muranowski, du 19 au
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Notes et références
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