Jean Marie Bernard Paul Magnaud, né le à Bergerac (Dordogne) et mort le à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), est un magistrat et homme politique français.

Biographie D'abord inscrit au barreau de Paris, il entre dans la magistrature en 1880. Il est substitut à Doullens, juge d'instruction à Montdidier, puis Senlis et Amiens, et président du tribunal civil de Château-Thierry entre le et le , date à laquelle il est élu député radical-socialiste de la Seine. Il ne se représente pas en 1910 et devient juge au tribunal de la Seine, puis conseiller à la cour d'appel de Paris.

Mort sans enfant, il était marié à la féministe Marie-Thérèse Beneix., filleule de George Sand.

Affaire Louise Ménard vignette|Palais de justice de Château-Thierry. Le , le juge Magnaud relaxe Louise Ménard, une jeune fille-mère qui avait dérobé du pain chez un boulanger de Charly-sur-Marne parce qu'elle n'avait rien mangé depuis 36 heures. Le juge fonde sa décision sur l'état d'absolue nécessité de la prévenue, en interprétation des dispositions de l'article 64 du code pénal. Il rembourse lui-même le coût du vol au dit boulanger. Si la cour d’appel d'Amiens confirme la relaxe le , elle censure la motivation. En effet, l’état de nécessité n’est pas fondé en droit, mais elle reconnait à la prévenue une absence d'intention frauduleuse.

Cette affaire fait la une de la presse parisienne à l'époque et lui vaut le surnom de « bon juge », attribué par Georges Clemenceau, et qui sera ensuite inscrit sur sa pierre tombale.

En 1994, le code pénal reconnaît officiellement l'« état de nécessité ».

Autres avancées vignette|Buste de Paul Magnaud, 1903. Henri Godet, sculpteur.

Dans l'affaire Eulalie Michaud, il défend cette fille-mère en fustigeant « cette lacune de notre organisation sociale, laissant à une fille-mère toute la charge de l’enfant qu’elle a conçu, alors que celui qui, sans aucun doute, le lui a fait concevoir, peut se dégager allègrement de toute responsabilité matérielle ».

Il rendra d'autres jugements controversés, comme l'acquittement d'un jeune homme accusé de vagabondage ou des décisions en faveur des employés face à leurs patrons.

Plusieurs autres affaires sont explicitées, analysées et mises en perspective, dans une synthèse de Jean Touzet, procureur général honoraire près la cour d'appel de Reims.

Paul Magnaud se justifiera en expliquant que .

Distinctions Décorations françaisesCes différentes décorations figurent dans son dossier à la chancellerie de la Légion d'Honneur. Base Léonore. Dossier LH/1685/69. (décret du )Ministère de la Guerre. Légion d'Honneur. Journal Officiel, 14 juillet 1897, p. 3991, . (décret du ) (décret du )Le Bon Juge commandeur de la Légion d'Honneur. Comoedia, 19 septembre 1923, p. 2, .. Parrain : l'architecte, critique d'art et homme de lettres Frantz Jourdain , à l'époque « Officier de l'Instruction publique »Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-arts. Officiers de l'Instruction publique. Journal Officiel, 9 février 1903, p. 749, . (décret du )Ministère de l'Agriculture. Grade de chevalier. Journal Officiel, 30 juillet 1905, p. 4671, .. Décorations étrangèresCes décorations figurent également dans son dossier à la chancellerie de la Légion d'Honneur et plus précisément sur ses états de services § Décorations étrangères (vue 16/30). On les voit distinctement sur la photographie de Paul Magnaud par Nadar (agrafées sur sa robe pour les décorations roumaine et russe, portée en cravate pour la décoration tunisienne). Commandeur du Nichan Iftikhar (Tunisie) Officier de l'ordre de la Couronne (Roumanie) Chevalier de l'ordre de Sainte-Anne (Russie).

Paul Magnaud et la postérité en littérature 1900 : Jean Marteau - II - La Loi est morte mais le juge est vivant, récit profitable d'Anatole France dans lequel on fait l'apologie du discernement du juge Magnaud.

au théâtre 1901 : Le Bon Juge, comédie en 3 actes d'Alexandre Bisson, au théâtre du Vaudeville (), avec Félix Huguenet dans le rôle-titre.

au cinéma 1909 : Le Bon Juge, court-métrage (150 mètres) de Léonce Perret, également interprète du rôle-titre. 1913 : Le Bon Juge, court-métrage (720 mètres) de Georges Monca, d'après la pièce d'Alexandre Bisson (1901), avec Charles Prince dans le rôle-titre.

dans les arts 1901 : Portrait du président Magnaud, huile sur toile par le peintre Maxime Dastugue, exposé au Salon des artistes français de Paris en (n° 573 du catalogue de l'exposition)Le Salon. Société des artistes français. Le vernissage. Salle 18. La Lanterne, 2 mai 1901, p. 2, .Trop de fleurs ! Le Guetteur de Saint-Quentin et de l'Aisne, 25 juin 1901; p. 1, .. Localisation actuelle inconnue. 1902 : Portrait de Paul Magnaud, président du tribunal de Château-Thierry, buste en plâtre par le sculpteur Henri Godet, exposé au Salon des artistes français de Paris en (n° 2515 du catalogue de l'exposition)Sculpture. Godet (Henri). Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture [...], 1er mai 1902, p. 264, .. Localisation actuelle inconnue. 1903 : Paul Magnaud, buste en marbreIl s'agit de la réplique du buste en plâtre présenté au Salon de 1902. par le sculpteur Henri Godet, exposé au Salon des artistes français de Paris en (n° 2805 du catalogue de l'exposition) et offert par souscription au magistrat en Hommage au président Magnaud. Le buste du bon juge. Le , 26 mars 1903, p. 1, .Au jour le jour. Hommage au président Magnaud. Le Temps, 1er novembre 1903, p. 3, . Localisation actuelle inconnueOn perd sa trace après le décès de Paul Magnaud en 1926. Aurait été offert par sa veuve à la commune de Saint-Yrieix-la-Perche (sous réserve de vérification).. 1946 : Le président Magnaud, médaille en bronze par le graveur Albert HerbemontAuguste Albert Herbemont (1874-1953), sculpteur et graveur en médailles, était un élève de Jules Chaplain. Chevalier de la Légion d'Honneur (1937). exposée au Salon d'hiver de Paris en (n° 137 du catalogue de l'exposition38e Salon d'hiver 1946. Explication des œuvres exposées. Catalogue des œuvres exposées, 30 novembre-31 décembre 1946, p. 16, .). Localisation actuelle inconnue.

Bibliographie Jules Cauvière, Le « bon juge » : étude de mœurs contemporaines, Paris, Lethielleux, 1907 . Marie-Anne Frison-Roche, « Le modèle du bon juge Magnaud », dans De code en code : mélanges en l'honneur du doyen Georges Wiederkehr, Paris, Dalloz, 2009, , lire en ligne. . Jean Jolly, , 1960. Henri Leyret, Les jugements du président Magnaud réunis et commentés par Henri Leyret, Paris, P.V. Stock éditeur, 1911, 346 p. André Rossel, Le bon juge, À l'Enseigne de l'Arbre verdoyant, 1983, 207 p. Mohamed Sadoun, Paul Magnaud, le « bon juge », préface d’Henri Leclerc, Paris, Riveneuve éditions, 2011 . Réédition : 2020 Jean Touzet, « Les mésaventures d'un 'bon juge' presque champenois », dans Travaux de l'Académie nationale de Reims. Mélanges académiques, vol. 188, 2020, p. 277-293. Sarah Ferrand, « Une pièce composée à plusieurs mains : l'accès des femmes à la profession d'avocat en France », Journal des Tribunaux, 2025/9 (n°7015), 2025/10 (n°7016) et 2025/11 (n°7017), pp. 175-176, 190-191 et 206-207.

Notes et références

Liens externes

Notice sur Picardia Le jugement du 4 mars 1898 du président Paul Magnaud sur gallica.bnf.fr

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