vignette|Représentation des éléments de base de la TCC.
Les thérapies comportementales et cognitives ou TCC(ou psychothérapies cognitivo-comportementales) (en anglais, cognitive behavioral therapy ou CBT) sont des traitements de troubles psychiatriques, notamment recommandés contre les addictions, psychoses, dépressions, troubles anxieux (phobies en particulier) et les troubles des conduites alimentaires). Elles ont en commun d'être fondées sur les connaissances issues de la psychologie scientifique et en tant que démarche de médecine fondée sur les faits, de devoir obéir à des protocoles relativement normalisés, incluant une évaluation fréquente de l'évolution du patient au cours de la thérapie ; leur standardisation a contribué à faire reconnaitre leur efficacité, dont par leur caractère reproductible (qui est une des exigences de la démarche scientifique). Elles visent à aider le patient à résoudre des difficultés comportementales dans « l'ici et maintenant », par des exercices pratiques centrés sur les symptômes observables au travers du comportement, avec l'accompagnement par le thérapeute de processus mentaux dits cognitifs (conscients ou non), considérés comme à l'origine des émotions et de leurs désordres. Elles présentent souvent un rapport coût/efficacité favorable par rapport à la pharmacothérapie, et peuvent selon les cas se dérouler en face à face, en thérapie de groupe, sous forme de thérapies brèves ou en visioconférence.
Dans l'histoire de la psychologie clinique, les courants dits comportementalistes (visant d'abord à intervenir sur le comportement) et cognitifs (cherchant à intervenir sur les croyances, les représentations, et leurs processus de construction) sont apparus parallèlement au milieu du , parfois en compétition l'un avec l'autre. Depuis les années 1980, ce clivage tend à disparaître dans la pratique thérapeutique (B. Samuel-Lajeunesse, Ch. Mirabel-Sarron, L.Vera, F.Mehran Manuel de thérapie comportementale et cognitive, 1998, )..
Histoire Influences philosophiques Des précurseurs de certains aspects fondamentaux de la thérapie cognitive et comportementale (TCC) ont été identifiés dans diverses traditions philosophiques anciennes, en particulier le stoïcisme.Le stoïcisme comme précurseur épistémologique de la thérapie cognitive - Michaël Pichat, Anne Ray, Marie-Carmen Castillo - PSN février 2012 - Pages 65 -76Thérapies cognitives et philosophie stoïcienne - PSN - Bernard Granger - May 2003, Volume 1, Issue 3, .Pichat, M. (2013) La psychologie stoïcienne, Paris, L'Harmatthan. Dans son manuel de traitement original pour la dépression, Aaron Temkin Beck, stipule que : « Les origines philosophiques de la thérapie cognitive remontent aux philosophes stoïciens ».. On peut citer des philosophes stoïciens comme Épictète qui enseigne dans son Manuel philosophique que Manuel d'Épictète – fragment V : Ce qui seul peut nous troubler, ce sont nos opinions - Extrait « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu'ils en ont. Par exemple, la mort n'est point un mal, car, si elle en était un, elle aurait paru telle à Socrate ; mais l'opinion qu'on a que la mort est un mal, voilà le mal. Lors donc que nous sommes contrariés, troublés ou tristes, n'en accusons point d'autres que nous-mêmes, c'est-à-dire nos opinions » : Selon lui, nous devons identifier ce qui cause nos troubles, modifier nos représentations ; pour ancrer nos représentations nouvelles, il nous conseille de nous exposer à ce qui cause nos troubles et de les appréhender à travers des exercices répétés quotidiennementManuel d'Épictète - « Ainsi donc, à toute idée pénible, prends soin de dire : "Tu es idée, et tu n'es pas du tout ce que tu représentes." Examine-la, et juge-la selon les règles dont tu disposes. ». Dans Pensées pour moi-même, l'empereur et philosophe stoïcien Marc-Aurèle écrit ses réflexions et se donne lui aussi des exercices à mettre en œuvre pour atteindre l'absence de troubles. Ce principe est fondateur de l’approche de la relation d’aide en psychologie cognitive, telle qu'a pu la définir Albert Ellis, en s'appuyant sur le stoïcisme... John Stuart Mill est également une figure philosophique clef ayant influencé le développement de la TCC par sa création de l'associationnisme, une méthode précurseure du conditionnement classique et de la théorie comportementale.. Néanmoins, selon Bernard Granger, si les analogies avec le stoïcisme sont profondes, notamment sur le principe de rationalité, ..
Les principes issus du bouddhisme ont également eu un impact significatif sur l’évolution de diverses formes de TCC, notamment la thérapie comportementale dialectique (TCD), la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, la TCC basée sur la spiritualité et la thérapie focalisée sur la compassion..
Les racines modernes de la TCC remontent au développement de la thérapie comportementale au début du XXe siècle, au développement de la thérapie cognitive dans les années 1960 et à la fusion ultérieure des deux disciplines..
Du comportementalisme aux thérapies Au début du , la célèbre expérience d'Ivan Pavlov sur le conditionnement classique donne naissance au courant comportementaliste en psychologie scientifique : si on présente un stimulus initialement neutre, par exemple un son de cloche, juste avant de donner de la nourriture à un chien et que cela est répété plusieurs fois, le chien finira par saliver en entendant seulement le son, avant même que la nourriture arrive ; c'est le conditionnement. Mais si, par la suite, le son est présenté plusieurs fois sans nourriture, la salivation ne se produira plus ; c'est « l'extinction ». Mis en évidence chez l'animal, ces phénomènes ont été reproduits chez l'humain. John Watson, en 1920, induit une phobie chez un enfant à partir de cette théorie du conditionnement. Ces travaux mettent en évidence la volonté de donner, au moyen de l'expérimentation chez l'homme mais aussi au besoin chez l'animal, une base empirique aux théories et partant à la démarche clinique en psychothérapie.
Mary Cover Jones, en 1924, expérimente la première thérapie comportementale : elle expose peu à peu des enfants à l'objet de leur peur, tout en les récompensant de cette exposition, ainsi qu'en leur montrant d'autres enfants qui eux n'ont pas peur. Cette première thérapie comportementale est présentée comme une expérience scientifique. Richard L. Solomon en 1953 formalise l'idée même d'exposition, prouvant avec des chiens que si l'exposition est suffisamment longue la phobie disparaît.
En 1952, dans ses recherches sur l'anxiété, Joseph Wolpe propose un traitement dit de « désensibilisation systématique » fondé sur le principe d'inhibition réciproque qui consiste à produire un état psychologique incompatible avec l'état anxieux pendant l'exposition à l'objet phobique. Il s'inspira des premières expériences qui consistaient par exemple à donner de la nourriture à des chats rendus anxieux par conditionnement préalable. Toujours en 1953, Burrhus F. Skinner place le conditionnement opérant au centre de ses travaux, montrant comment les individus acquièrent leur comportement, en sélectionnant ceux qui seront positifs pour eux. Il tente de l'appliquer à une meilleure compréhension de l'éducationPour une histoire et une critique du courant béhavioriste, voir l'article béhaviorisme..
Apparition Parallèlement, entre les années 1950 et 1960, de nouvelles approches thérapeutiques voient le jour.. En effet malgré certains succès dans le traitement des névroses, d'autres troubles dont la dépression s'avèrent plus résistants aux thérapies d'inspiration comportementalistes. Les alternatives proposées, notamment par les américains Albert Ellis et Aaron Beck, se démarquent par leur utilisation de concepts auparavant considérés comme trop « mentaliste » tels que les croyances ou les émotions (B.Samuel-Lajeunesse, Ch. Mirabel-Sarron, L.Vera, F.Mehran et Coll, Manuel de thérapie comportementale et cognitive, 1998, ).—Beck sera à l'origine d'un questionnaire de mesure de la dépression toujours utilisé aujourd'hui, le . Malgré l'effervescence scientifique autour de la Révolution cognitive, les fondements cliniques de ces approches reflètent davantage la recherche d'une « troisième voie » entre le comportementalisme et la psychanalyse que les nouveaux paradigmes de la psychologie cognitive de laboratoire.
La thérapie rationnelle qu'Albert Ellis élabore à partir de 1953 et qu'il baptisera par la suite de « thérapie rationnelle-émotive » se revendique ainsi de la philosophie stoïcienne. Elle repose en partie sur l'idée que les perturbations psychiques sont le reflet d'un dysfonctionnement dans la manière de penser ou d'appréhender le monde sur la base de croyances erronées. La thérapie se focalise donc sur le présent, en cherchant par le biais d'exercices mentaux et d'un travail de rationalisation, à modifier les modes de pensée, les réactions émotionnelles et les comportements plutôt que de revenir sur le passé pour comprendre l'origine du trouble. La théorie rationnelle-émotive est considérée comme la première forme de thérapie résolument cognitivo-comportementale.
Autre déçu de la psychanalyse et influencé par Albert Ellis, le psychiatre Aaron Beck développe sa propre approche thérapeutique, d'abord autour de la dépression, au début des années 1960, puis s'intéressant aussi aux troubles anxieux. Il propose le terme de thérapie cognitive en référence au concept de cognition qui désigne les processus mentaux par lequel les individus traitent l'information dans leur vie de tous les jours. Cette thérapie cognitive se démarque donc franchement des méthodes comportementalistes en se focalisant quasi exclusivement sur les processus mentaux, et en particulier ce que Beck dénommera sous le nom de schémas. Ce sont en effet ces schémas mentaux (pensées automatiques, monologues internes) sur lesquels le thérapeute cherche à agir avec le patient.
Fusion cognitivo-comportementale En 1961, Albert Bandura montre que, si l'on présente à des enfants de deux ans et demi des adultes maltraitant une poupée, et que ces adultes partent, les enfants imitent ces comportements violents. L'imitation fonctionne si le comportement imité n'est pas vu « directement », mais est seulement filmé.