La vallée de BaïgorryAnatole Marga, Généralité de la France, E. Bourges, 1880, 739 pages, p.401 est une vallée des Pyrénées où coule la Nive des Aldudes, un affluent de la Nive.

Isolée des grandes voies de communication, la vallée de Baïgorry a gardé un caractère vierge et elle est renommée pour la beauté de ses paysages et la qualité de ses productions gastronomiques. Elle bénéficie d'un micro-climat agréable qui favorise des éco-systèmes remarquables. Géographie Localisation

L’acception actuelle de vallée de Baïgorry désigne un territoire situé au Pays basque français, dans le département des Pyrénées-Atlantiques en région Nouvelle-Aquitaine, à la frontière avec l'Espagne (communauté forale de Navarre). Elle correspond à l’actuel canton de Saint-Étienne-de-Baïgorry sans le pays d’Ossès, qui comprend en particulier Ossès, Bidarray et Saint-Martin-d'Arrossa. À l’est, la vallée est délimitée par la Nive d'Arnéguy et s’adosse au pays de Cize ; elle se prolonge au sud par le Pays Quint (Kintoa en basque ou Quinto Real en espagnol), qui s’enfonce dans le val d’Erro navarrais. L’appellation vallée de Baïgorry a représenté au Moyen Âge une zone plus large que celle reconnue au , s’étendant plus au sud, en territoire espagnol..

Relief et géologie Le massif des Aldudes La vallée de Baïgorry est située dans un massif ancien constitué de roches d’âge primaire datant de (MA). Le massif des Aldudes regroupe des montagnes aux crêtes sommitales très homogènes en altitude, dominées par les de l’Orzanzourièta. De nombreux sommets dépassent les , justifiant une vie pastorale traditionnelle avec un véritable estivage dans les vallées des Aldudes, du Baztan, d’Erro et le pays de Valcarlos. Les deux tiers des sommets s’élevant au sud-est de la ligne joignant Ardaza à Samoa, soit , pointent à une altitude comprise entre , avec une concentration de entre . La limite méridionale du bloc paléozoïque suit d’est en ouest le parallèle de Roncevaux. Au nord-ouest, la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la Nive et de la Bidassoa suit le front de la cuesta permo-triasique du Baztan, constituée de grès roses. Cette configuration perdure vers le nord jusqu’au col d'Ispéguy ; les affleurements primaires se présentent alors plus resserrés jusqu’à la dépression tectonique de Cize-Baïgorry. Le massif des Aldudes s’achève au nord en ce point et domine vers l’est sur jusqu’à Saint-Michel, et par un escarpement de , la dépression de Cize. Celle-ci, entre le col d’Oustéléguy et Irouléguy, et dans la direction de Saint-Jean-Pied-de-Port, est caractérisée par de faibles altitudes et par un climat clément, dû à la protection de la chaine méridionale et à celle des hautes collines situées au nord. Son sous-sol calcaire a favorisé le développement de la culture de la vigne. La bordure orientale du massif est caractérisée par la rupture franche cénomanienne, que constitue la cuesta d’Ourkouloua, et une limite plus imprécise à l’approche d’Estérençuby. Cette partie de l'est du massif montre des roches du Dévonien, caractérisées par des schistes gras, des grès-quartzites très friables et des calcaires massifs ou à griottes.

Le massif des Aldudes constitue un bloc paléozoïque dissymétrique surélevé qui surplombe sa couverture sédimentaire au nord et au sud, alors que celle-ci le domine à l’ouest et à l’est.

La vallée de Baïgorry Les couches les plus anciennes du massif datent de l’Ordovicien.. Elles se signalent par des schistes satinés noirs et des quartzophyllades, ou des quartzites conglomérés en grès à ciment cristallin très durs, de couleur blanche ou grise ; on les trouve en bancs épais de à plusieurs mètres, à l’origine des escarpements abrupts de l’Aintziaga, de l’Harrihandia ou du Larrarte qui surplombe Urdos. Le vallon d’Ispéguy arbore, de son côté, des barres rocheuses saillantes insérées dans des schistes noirs. Par endroits, la prédominance de ces derniers a donné des profils toujours accentués mais plus réguliers ; d’où un paysage caractérisé par des contrastes forts entre les formes rebondies et des fronts rocheux accentués, comme ceux des gorges de quartzites du Valcarlos ou des falaises du Munhoa-Artainbarria. Les couches de l’Ordovicien sont recouvertes par des schistes noirs siluriens relativement tendres, à l’origine des échancrures de certains des cols actuels.

Au sud de la vallée, la cuvette des Aldudes résulte de l’érosion ancienne de schistes tendres et de calcaires parfois dolomitiques. Le gisement de ces calcaires, contenant de fortes épaisseurs de carbonate de magnésium pur, prend naissance dans l’actuel Pays Quint et se prolonge dans la vallée des Aldudes ; bien que délimité, il n’a pas encore été exploité au début du . Les calcaires présentent, d’autre part, des dolines, creusées par les eaux de pluie et de ruissellement, ainsi que des gouffres ; on les trouve en particulier à proximité d’Esnazu, ainsi que dans les pâturages proches du Pays Quint. Ils sont généralement recouverts d’une herbe épaisse ou d’arbres. Ces calcaires sont également observables sur les pentes des pics d’Adarza, qui culmine à et de Mendimotcha. Des gouffres, résultant de la dissolution de la roche par les eaux, s’y sont ouverts, tel le gouffre d’Ohakoa, sur une pente qui surplombe Banca.

La partie orientale de la vallée présente un ensemble de buttes à versants rectilignes ; les vallons qui les séparent possèdent en sous-sols et en affleurements des grès très friables, dont les saillies sont rapidement érodées par les pluies et le gel. On peut observer ces roches tendres à la grande carrière de sable des Aldudes ainsi qu’en parcourant les ravinements de Bihurrietabuztan. En revanche, à l’ouest de la vallée, des grès rouges se sont déposés au début de l’ère secondaire , après le plissement du socle primaire sur lequel ils reposent. Cette épaisse carapace, qui ourle le massif des Aldudes, plonge vers le Baztan et se redresse à l’approche de la vallée de la Nive. Elle trace la sévère pente raide qui s’étend de Bidarray au col d’Ispéguy et qui culmine à au mont Hautza, en territoire espagnol et à de la frontière. Ces grès rouges, également répartis dans un chapelet qui suit les crêtes de Larla () et de Yarra () interrompues par la gorge de la Nive en aval d’Eyheralde, sont exploités sous le nom commercial fautif de dalles de la Rhune.

Sommets L'Adartza, , est un mont situé entre Saint-Étienne-de-Baïgorry, Lasse et Anhaux. L'Artzaïnharria culmine à et le pic d'Arrolakoharria, entre Banca, Saint-Étienne-de-Baïgorry et Anhaux, à . Le Munhoa (ou Monhoa), , est un mont situé entre Saint-Étienne-de-Baïgorry et Saint-Jean-Pied-de-Port. On y accède à partir d'Anhaux, Lasse ou Saint-Étienne-de-Baïgorry par le GR10.. Le mont Harrigorry culmine à , le Munhogain à , l’Otsamunho à , l’Errola à , l’Abraku à , l’Ichtauz à , l’Antchola à , le Mehatzé à , le Lindus à , le Mendimotcha à et l’Aurigna à . L'Ahintziaga, , est un sommet frontalier surplombant par l'ouest Saint-Étienne-de-Baïgorry. L'Hautza, , est un sommet surplombant par l'ouest Saint-Étienne-de-Baïgorry. Le mont Adi, , est une montagne entre Saint-Étienne-de-Baïgorry et Urepel.

La composition géognostique La géognosie de la vallée a intéressé l'Homme depuis l'Antiquité, conduisant à une exploitation primitive de certains filons.

Un des principaux dépôts cuprifères de la vallée est situé près du hameau de Donostey, au-dessus du bourg de Saint-Étienne ; d'autres s'étendent sur la partie ouest de la vallée. Le cuivre est présent dans des schistes souvent quartzeux. La montagne d'Ustelleguy présente un filon de fer spathique sur sa pente ouest, constituée de grès rouge. Le filon est orienté du nord vers le sud ; il contient également de rares traces de cuivre pyriteux.

Les filons laminaires de baryte sulfatée, d'un blanc jaunâtre, sont nombreux dans la vallée. Il s'agit d'un minéral souvent pur, parfois mêlé à du cuivre carbonaté pulvérulent bleu et vert et à « de l'ocre de fer ». On trouve ces gisements dans les montagnes d'Haussa, d'Ustelleguy, de Jara et de Borchirietta, parmi des bancs de grès rouges ou schisteux. Les grès roses ou rouges sont également abondants sur la ligne de partage des eaux entre la vallée des Aldudes et celle du Baztan, à l'ouest de la cuvette des Aldudes. Ils se sont déposés sur du schiste argileux, en particulier dans les quartiers d'Harrieta, de Haussa, d'Ispeguy, de Boustancellay et d'Harrigorry. Il s'agit souvent d'un poudingue constitué de gros fragments érodés.

Les grottes d'Haitzalde ont été creusées par les eaux de ruissellement sur plusieurs centaines de mètres dans un sol calcaire. Le sous-sol de la vallée offre également des argiles bigarrées, autrefois utilisées par les tuiliers de Teileria à proximité de Licerasse, ainsi que des dépôts d’ophite. Il est probable que les amas d’ophite soient le résultat de l’activité de volcans sous-marins il y a . Plusieurs sites ont été exploités fournissant des matériaux de ballast ou d’enrochement marin, comme c’est le cas à sur la Côte basque à Anglet. L’ophite a subi, au cours des millénaires, une altération de surface fournissant aujourd'hui des sables riches en chaux et en potasse. Les filons d'ophite recèlent parfois des amas de prehnite, silicate vert-pomme ou vert jaunâtre très pâle ; elle est signalée aux abords du ruisseau Casten erreka (« ruisseau des châtaigniers »).

Gisements miniers La vallée de Baïgorry est située au centre d’une région possédant un riche passé minier et métallurgique ; des gisements de cuivre et de fer et des filons d’argent et d’or sont concentrés suivant un axe nord-ouest - sud-est qui débute au nord de la vallée du Baztan, traverse la vallée de Baïgorry et le Valcarlos pour s’éteindre dans la vallée d'Aezkoa.. Les terrains affleurants concernés datent au nord-ouest du Carbonifère, puis, vers le sud-est, il s’agit de formations du Dévonien et du Permien s’enfonçant sous une vigoureuse couche de grès roses du Permo-Trias. Les gisements métalliques de la région correspondent dans leur grande majorité aux périodes géologiques des terrains encaissants, soit, dans un ordre de concentration décroissant, aux systèmes ordovicien, dévonien et exceptionnellement carbonifère. De l’Ordovicien, les formations de schistes et de quartzites recèlent systématiquement des minéralisations associées de fer (hématite et sidérite), cuivre (chalcopyrite), auxquels s’adjoignent parfois des cuivres gris, associés à l’argent. Le Dévonien a laissé des minéralisations différentes. Ainsi le fer naît dans des gisements de grès bréchoïdes à ciment d’hématite , ou se présente sous forme oolithique ; les sulfures, pour leur part, émergent de gisements associant sphalérite, pyrite, galène et chalcopyrite, comme à Urepel, ou chalcopyrites alliées au cinabre en vallée d’Aezkoa. L’or, quant à lui, a donné lieu à d'importants travaux d’exploitation sur le versant nord du Baztan jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’argent à Banca.

Hydrographie

Le massif des Aldudes, qui se situe dans le bassin versant de l'Adour, présente un drainage presque exclusivement orienté vers le nord-est, alimentant deux affluents de la Nive., la Nive d'Arnéguy et la Nive des Aldudes.. Ces deux tributaires trouvent leur source dans le massif, à quelque et de la limite méridionale du bloc paléozoïque primaire. Ils sont contenus dans une ancienne cuvette d'inversion du relief, révélant un bloc ancien aplani en creux, surplombé par une enveloppe sédimentaire périclinale.