Salammbô est un roman historique de Gustave Flaubert, paru le 24 novembre 1862 chez Michel Lévy frères.

Il a pour sujet la guerre des Mercenaires, au , qui opposa la ville de Carthage aux mercenaires barbares qu'elle avait employés pendant la première guerre punique, et qui se révoltèrent, furieux de ne pas avoir reçu la solde convenue.. Flaubert chercha à respecter l'histoire connue, mais profita du peu d'informations disponibles pour décrire un Orient à l'exotisme sensuel et violent.

À l'instar de son œuvre, les travaux de recherche et d'élaboration déployés pour l'écriture de Salammbô sont considérables. En effet, en avril 1858, Flaubert se rend en Tunisie afin de voir Carthage, de s'y renseigner, et de lui permettre de rendre avec justesse son sentiment sur les lieux où se déroule son récit.

Genèse vignette|droite|Portrait présumé de Gustave Flaubert en oriental, par Victor Pieters, 1856. Salammbô vient après Madame Bovary, mais le projet d'un roman oriental est présent dans sa correspondance dès 1853 : « Ah ! qu'il me tarde d'être débarrassé de la Bovary [...] ! Que j'ai hâte donc d'avoir fini tout cela pour me lancer à corps perdu dans un sujet vaste et propre. J'ai des prurits d'épopée. Je voudrais de grandes histoires à pic, et peintes du haut en bas. Mon conte oriental me revient par bouffées ; j'en ai des odeurs vagues qui m'arrivent et qui me mettent l'âme en dilatation » (Lettre à Louise Colet). Flaubert en commence les premières rédactions en septembre 1857. Quelques mois plus tôt, après avoir gagné le procès qui avait été intenté contre Madame Bovary, il avait fait part dans sa correspondance (lettre à Leroyer de Chantepie) de son désir de s'extirper littérairement du monde contemporain, et de travailler à un roman dont l'action se situe trois siècles avant Jésus-Christ.

Dès 1857, Flaubert entreprend de se renseigner sur Carthage. En mars, il écrit une lettre à Félicien de Saulcy, archéologue français, dans laquelle il lui demande des renseignements sur cette région. À partir de ce moment, il multipliera les lectures sur le sujet. Si l'intrigue est une fiction, il se nourrit des textes de Polybe, Appien, Pline, Xénophon, Plutarque, et Hippocrate pour peindre le monde antique et bâtir la couleur locale. Parallèlement, il fait deux visites au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale le 16 mars 1857 et le 15 mars 1860 pour consulter « les terres cuites assyriennes » puis les monnaies anciennes ainsi que les terres cuites antiques..

Du 12 avril au 5 juin 1858, Flaubert se rend en Tunisie pour s'imprégner du cadre de son histoire et se documenter davantage sur Carthage. Il souhaite également observer par lui-même le lieu où se déroulera son roman. Dans une lettre à Mme de Chantepie datée du 23 janvier 1858, il annonce sa décision de partir : .

Les étapes du voyage en Afrique (avril/juin 1858) C'est grâce à la correspondance et les notes prises dans un carnet. pendant son voyage que l'on connaît les étapes du voyage de Flaubert entrepris avec l'ambition de s'imprégner des lieux pour mieux les décrire et écrire son roman carthaginois : . Dans son article « Flaubert voyageur en Algérie et en Tunisie »., Biago Magaudda revient sur ces différentes étapes.

Il quitte Paris le lundi pour arriver à Marseille le lendemain où il reste deux jours. Il en profite pour se promener dans les vieux quartiers de la ville. Il embarque à bord du paquebot Hermus le et arrive en Algérie, à Stora-Philippeville, deux jours plus tard. Le soir même il se rend en visite à Constantine où il visite les mosquées et admire les paysages. Le jeudi , il s'arrête à Bone. Il embarque à nouveau à bord de lHermus et arrive à Tunis le où il reste jusqu'au . Durant cette période il va faire de nombreuses promenades et excursions pour s'imprégner de l'atmosphère orientale, explorer les sites de l'Antiquité qu'il souhaite faire renaître. Comme le souligne Ôphélia Claudel dans son article « Bas les masques ! Lever le voile sur la méthode in situ de Flaubert »., l'érudit qui a collecté pléthore de sources documentaires à Croisset, devenu voyageur, récolte maintenant des impressions : il cherche à capter par ses observations in situ la vie de Carthage, celle qui donnera vie à son roman, ce qui lui manquait jusque-là. Ainsi lorsqu'il voit en conclut-il : .

Le il part pour le Kef par Dougga. Biago Magaudda énumère son itinéraire jusqu'au retour à Marseille : .

Le Flaubert revient à Paris après ces deux mois d'expédition qui ont été décisifs dans la genèse de Salammbô.

Retour à Croisset et naissance de Salammbô vignette|gauche|redresse=1.3|Cabinet de Gustave Flaubert à Croisset, par Georges-Antoine Rochegrosse. Épuisé, Flaubert revient à Paris dans un qu'il exprime dans sa correspondance : .

Les notes qui viennent clore son carnet de voyage, écrites à son retour à Croisset sont d'après Jean-Pierre Richard, les :

Le voyage a été décisif et il va considérablement modifier le roman à venir. À son retour, Flaubert révise entièrement les idées qu'il avait à l'origine pour son récit. Il écrit une lettre à Ernest Feydeau dans laquelle il explique qu'il doit repartir à zéro dans son projet ; son projet initial se voulait, dit-il, .

Le voyage a constitué un véritable impératif littéraire ; au travail de documentation préalable, la (re)découverte sensorielle était nécessaire pour rendre la résurrection de Carthage possible. Ôphélia Claudel considère que la génèse de ce roman constitue les fondations d'une méthode d'écriture propre à Flaubert dont la découverte sur le terrain est nécessaire.. Elle nomme Flaubert avant que celui-ci ne se rende sur les lieux. Malgré son travail d'érudition préalable, c'est sur les lieux que Carthage se révèle vraiment à lui au point qu'à son retour il écrit à Ernest Feydeau le :

Il s'attelle alors à l'écriture d'un chapitre d'explication, chapitre qu'il immolera après avoir eu tant de mal à l'écrire : . Mais à la suite de l'écriture de ce chapitre il se remet à écrire .

Épuisé de corps et d'esprit, il vit le retour et la reprise du roman comme une véritable maladie (il appelle d'ailleurs Salammbô la ) dans laquelle il doit digérer tout ce qu'il a absorbé, métaphore employée par Jean-Pierre Richard avant de le rendre sur le papier, transformé. Il vit son sujet de tout son être ce qui provoque cette maladie d'écriture, phase qui le traverse physiquement :

C'est donc encore plus épuisé qu'il achève son roman en , comme il l'écrit dans une lettre à Mlle Leroyer de Chantepie :

Résumé 1. Le festin , lors d'une fête organisée pour célébrer l'anniversaire de la bataille d'Eryx contre Rome. Issus de diverses peuplades, des mercenaires barbares prennent part en grand nombre à un festin dans les jardins d'Hamilcar Barca, général carthaginois. Cependant, échauffés par l'absence de leur hôte ainsi que par le vin et le souvenir des injustices commises par la cité punique à leur encontre, les guerriers désœuvrés délivrent des esclaves cloîtrés dans un ergastule. Parmi ces prisonniers se trouve un dénommé Spendius, naguère capturé par les Carthaginois lors d'une bataille. L'esclave polyglotte remercie ses libérateurs grâce à sa maîtrise des langues grecque, ligure et punique, puis feint de s'étonner qu'ils ne boivent pas dans les coupes de la Légion sacrée, réservées au corps d'élite de l'armée de Carthage. Les barbares exigent aussitôt qu'on leur apporte ces coupes, privilège que leur refuse Giscon, vieux général carthaginois. En conséquence, les mercenaires ravagent la propriété d'Hamilcar.

Au sommet du palais apparaît alors Salammbô, la fille d'Hamilcar. Entourée des prêtres eunuques du temple de Tanit, elle descend dans les jardins pour tancer les barbares de leurs déprédations, avant de tenter de les calmer. Deux hommes la fixent ardemment : Narr'Havas, un jeune chef numide devenu l'hôte d'Hamilcar, et Mâtho, un colossal mercenaire libyen. La princesse carthaginoise tend une coupe à ce dernier, geste qu'un barbare gaulois interprète plaisamment comme le symbole de leurs futures noces. Furieux, Narr'Havas transperce le bras du Libyen avec son javelot. Dans la confusion qui s'ensuit, Salammbô disparaît dans son palais. Mâtho la suit, sans pouvoir la rejoindre. À cet instant, Spendius se met au service du Libyen et l'exhorte à s'emparer de Carthage par la force. Saisi d'une crainte superstitieuse, Mâtho rejette la suggestion. Tandis que le dieu Soleil se lève sur la cité-État, le mercenaire et l'esclave aperçoivent à l'horizon un char conduisant deux femmes sur la route d'Utique.

2. À Sicca Deux jours plus tard, après avoir reçu des Carthaginois la promesse hypocrite de recevoir leur solde, les mercenaires quittent la cité punique. Ils se mettent en route pour la ville sacrée de Sicca qu'ils atteignent au bout de sept jours, non sans avoir vu une inquiétante succession de lions crucifiés par les paysans carthaginois. Tandis que les barbares campent dans la plaine et trompent leur ennui, Spendius découvre que son maître Mâtho demeure hanté par le souvenir de Salammbô, qu'il essaie vainement de chasser de ses pensées.

Un soir arrive le suffète Hannon, gras et lépreux dans sa riche litière escortée par les enseignes de la République carthaginoise. Croyant enfin toucher leur solde, les mercenaires applaudissent. Or le suffète cherche à les convaincre du mauvais état des finances de Carthage en s'exprimant en langue punique, idiome que les barbares ne parlent pas. Profitant de l'incompréhension, Spendius tente de monter la multitude contre Hannon en travestissant les propos du suffète.

L'indignation explose quand survient le barbare Zarxas, un frondeur des Baléares qui rapporte le massacre de ses compagnons d'armes retardataires par des habitants de Carthage juste après le départ du gros des troupes mercenaires. Hannon est pris à partie, ses bagages sont ouverts, le montant de la solde provisoire s'avère ridicule. La révolte finit par éclater, le suffète s'enfuit précipitamment à dos d'âne et sa litière est mise à sac. Les mercenaires décident alors de retourner à Carthage.

3. Salammbô Une nuit de lune, Salammbô apparaît, accompagnée d'une esclave, sur une terrasse du palais. Elle invoque Tanit, la lune, , et en fait un portrait paradoxal, alternant entre des caractéristiques de fécondation et de destruction. Elle fait également un portrait d'elle-même, de ses désirs, entre feu et langueur. Élevée en solitaire en vue d'une alliance, loin de toute dévotion populaire, elle désire ardemment voir la statue de Tanit, mais Schahabarim, le grand prêtre de Tanit, l'ayant rejointe sur la terrasse, s'y refuse, car de la contempler. Ils aperçoivent alors au loin l'armée des barbares en route pour Carthage.

4. Sous les murs de Carthage Après seulement trois jours de voyage depuis Sicca, l'armée des mercenaires arrive devant Carthage et s'installe au milieu de l'isthme, au bord du lac. On ferme les portes. Description de Carthage, de ses nombreux temples, de ses représentations de divinités à la face hideuse.

Des membres du grand conseil vont négocier directement avec les soldats. Leurs exigences sont élevées, mais les promesses qu'Hamilcar leur avait faites pendant la guerre l'étaient tout autant. Ils commencent par réclamer des vivres, payées sur leur dû, puis augmentent leurs demandes jusqu'à vouloir la tête d'Hannon. Pour les calmer, on leur envoie Giscon, qui commence à les régler, mais, excités par Spendius et Zarxas, ils se rebellent. Giscon disparaît lors d'une émeute : . Les Carthaginois qui l'accompagnent sont jetés vivants dans la fosse à immondices ; on les y attache à des pieux.

Le lendemain, pris de langueur, les soldats craignent la vengeance de Carthage. Spendius amène alors Mâtho à l'aqueduc, par lequel ils pénètrent, de nuit, dans la ville. Spendius veut aller au temple de Tanit. Mâtho, lui ayant promis de le suivre s'il réussissait à les faire entrer dans Carthage, l'accompagne.

5. Tanit