La lire italienne ₤ (ITL, en italien lira au singulier et lire au pluriel) est l'ancienne unité monétaire de l'Italie, émise du au , et qui est remplacée par l'euro à cette date.

Une lire italienne est divisée en 100 centimes (centesimi en italien ; centesimo au singulier), mais cette division fut peu usitée en raison de la valeur très faible de cette monnaie.

L’abréviation L. est usuellement utilisée devant le nombre ; l’abréviation et le symbole £ (le même symbole que la livre sterling) ont aussi été utilisés, par exemple L. 123 ou Lit. 123 ou . Le symbole £ a parfois deux barres ; le caractère ₤ représente ce symbole avec deux barres et a été codé pour la lire italienne mais est moins fréquemment utilisé, ce dernier est dans le Unicode parce qu’il est présent dans le codage informatique .

Étymologie Le terme provient du latin libra qui était utilisé pour indiquer la valeur d'un poids d'une livre mesurée en once troy, en argent assez pur. Dans quelques pays, les mots lira ou, (en anglais), pound sont utilisés comme équivalents.

Histoire Une ancienne monnaie de compte Après avoir été une unité de mesure du poids (entre 380 et ), servant à frapper des deniers et des sous, ce n'est qu'en 1472 que le doge de Venise fait frapper la première lire d'argent, en tant que pièce de monnaie d'une valeur de 20 sous (soldi), soit titré . En 1474, le duc Galéas Marie Sforza en fait de même à Milan et cette pièce fut ensuite appelée testone figurant le prince de profil. D'autres lires furent frappées à Gênes, alors sous domination milanaise. La lire se diffusa alors dans de nombreuses villes italiennes (dont Florence, Mantoue et Bologne). Dans le Piémont, la lire est introduite en 1562. Au , les États pontificaux émettent des pièces de 4 lires en argent valant un scudo, lui-même divisé en 100 baiocchi.

Vers l'unification Après la paix de Campo-Formio et la reconstitution de la République cisalpine en tant que République italienne en 1802, devenue Royaume d'Italie en mars 1805, la lire devient la devise officielle de cet État, monnaie divisée en 20 soldi et 100 centesimi. Les premières émissions faites à Milan, Bologne et Venise furent frappées en 1807, avec des pièces de 40, 5 et 2 lires. L'année suivante furent frappées également des pièces de 20 lires en or et d'une lire en argent, qui se caractérisait par un poids de et un titrage de . La lire de Napoléon est calquée sur le franc Germinal quant à ses poids et valeur argent et or.

Après 1815, les souverains du royaume de Sardaigne transforme la lire sarde par décimalisation, et adopte les mêmes caractéristiques que le franc.

+ Tableau de conversion avec la lire italienne État Ancienne monnaie Remplacée en Conversion en lire Royaume de Lombardie-Vénétie Lire de Lombardie-Vénétie 1858 1 L = 0,86 Duché de Parme Lire de Parme 1860 Parité Royaume de Sardaigne Lire sarde 1861 Parité Royaume des Deux-Siciles Ducat des Deux-Siciles 1861 1 D = 4,32 Grand-duché de Toscane Florin toscan 1862 = 1,40 Saint-Marin Création 1864 Lire de Saint-MarinParité Vénétie et Mantoue(Empire d'Autriche) Florin autrichien 1866 1 f = 3 États pontificaux Lire pontificale 1870 Parité

Monnaie nationale Avant l'unification en , l'Italie est encore l'endroit de multiples monnaies différentes. Par la suite, Turin, la capitale de la maison de Savoie, fait adopter la lire italienne, qui est en réalité le prolongement de la lire sarde. En 1870, les États pontificaux sont forcés d'abandonner la lire pontificale au profit de la monnaie nationale italienne.

La lire rejoint l'Union latine dès 1865 mais quitte ce système en 1920. Durant les années 1920, la bataille de la lire permet au pays de renforcer sa monnaie. En 1928, la lire vaut français et 1 livre sterling, 90 lires. La lire de Saint-Marin est à parité avec la lire italienne.

Après la Seconde Guerre mondiale, la lire, sortie très dévaluée du conflit, vaut cent fois moins que sa valeur à la veille de 1914. La Banque d'Italie supprime les centimes de lires, inusités, vu leur très faible valeur commerciale. L'Italie adhère au Fonds Monétaire International le . Le , l'Italie rétablit la convertibilité en or de la lire avec un taux de conversion de d'or pour 1 lire, soit 625 lires par dollar. Elle s'engage alors à intervenir si la différence du taux de change s'écarte de 1% de sa valeur. Avec cette mesure, l'Italie adhère officiellement aux accords de Bretton WoodsTaracchini . En 1960, 100 lires cotent sur le marché des changes parisien, de l'époque, soit après l'introduction du "nouveau franc" (ou franc lourd) le .

En , les principaux pays de l'OPEP décident d'augmenter fortement le prix du pétrole brut, déclenchant ainsi une crise pétrolière qui frappe durement tous les pays importateurs. La hausse des prix du pétrole a provoqué une hausse soudaine du coût de l'argent qui, au printemps 1974, a porté le taux d'escompte de la Banque d'Italie à 9 %. Pour lutter contre la crise, de nombreux emprunts ont été émis qui, en 1975, ont exposé la lire à des phénomènes spéculatifsTaracchini . L'augmentation de la dette déclenchée par la crise pétrolière a provoqué une forte dévaluation par rapport aux autres monnaies européennes et pour son redressement, la Banque d'Italie a augmenté le taux d'escompte jusqu'à 15 % à l'automne 1976Taracchini .

Pour réduire la variabilité excessive du taux de change entre les monnaies européennes, à laquelle la lire a été exposée avec la crise pétrolière, de la Communauté économique européenne (CEE) ont décidé de créer le mécanisme de taux de change européen. L'Italie, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, l'Irlande et le Luxembourg ont donné naissance, le , au Système monétaire européen (SME) et à l'Unité de compte européenne l'ECU, une monnaie virtuelle, composée d'un panier de monnaies des pays membres pondérés en fonction de la puissance économique du paysTaracchini . La lire est restée dans le SME jusqu'en 1992, lorsqu'une très grave crise financière en Europe a contraint la livre sterling et la lire italienne à quitter le SME. La lire est revenue dans le SME le , au taux de change de 990 lires pour un mark allemand.

Crise de la lire avant passage à l'euro En 1984, Bettino Craxi, chef du Gouvernement italien, envisage de créer la lira pesante, une nouvelle lire ou « lire lourde », en supprimant trois zéros, sur le modèle du franc français en 1958, qui fut divisé par cent le . Deux projets similaires avaient été envisagés à la fin des années 1950 et des années 1960, mais n'avaient pas abouti. Le projet de cette nouvelle lire fut enterré, après avoir été soumis à Carlo Azeglio Ciampi, gouverneur de la Banque d'Italie, qui fit fabriquer des essais de billets pour des montants de 1 à 10 lires. Parvenu au parlement en 1991, le projet fut suspendu en , quand le projet d'une monnaie européenne commune était devenu inéluctable.

En 1992, le gouvernement italien crée une taxe exceptionnelle de (6 pour mille) sur les comptes en banque italiens. Le pays doit se résoudre à sortir du système monétaire européen et la lire se dévalue fortementItalian Government Approves Austerity Cuts. Entre le et le , la lire perd presque 18 % de sa valeur par rapport au dollarLe 9 août, le dollar valait lires. Le 16, il en valait . Fin , la lire a perdu plus de 50 % de sa valeurLa lire s'échangeait, le 29 mars 1993 à lires pour un dollar. Cette dévaluation, dramatique pour le pouvoir d'achat des ménages, a cependant permis à l'économie italienne de regagner en compétitivité et rééquilibrer la balance commerciale du pays.

Linguistique Dans certains parlers gallo-italiques du nord-ouest de l'Italie, le nom « franc » était d'ailleurs utilisé et cet usage a continué jusqu'au passage à l'euro en 2002.

Émissions monétaires Pièces de monnaie italiennes

Les pièces en lires italiennes restées en circulation jusqu'en 2002, avant l'adoption de l'€uro.

Une lire italienne était divisée en , pièces qui n'ont existé que jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, pour disparaître ensuite. Les pièces restées en circulation lors de l'introduction de l'euro en 1999 étaient celles de 20-50-100-200-500 et 1000 lires. ImageValeurAnnéesd'émissionAuteurParamètres techniquesTrancheAversReversMaquettisteGraveurPoids (g)Diamètre (mm)Compositioncenter|70pxcenter|70px1 L.1951–1959Giuseppe Romagnoli0,62517.20Italmalissecenter|75pxcenter|75px2 L.1953–1959Giuseppe Romagnoli0,8018,30Italmacanneléecenter|80pxcenter|80px5 L.1951–1998Giuseppe Romagnoli1,0020,30Italmalissecenter|95pxcenter|95px10 L.1951–1999Giuseppe Romagnoli1,6023,30Italmalissecenter|85pxcenter|85px20 L.1957–1959Pietro Giampaoli3,6021,30Bronzitalcannelée1969–1999lissecenter|100pxcenter|100px50 L.1954–1989Giuseppe RomagnoliPietro Giampaoli6,25024,80Acmonitalcannelée1990–19952,7016,55lissecenter|115pxcenter|115px100 L.1955–1989Giuseppe RomagnoliPietro Giampaoli8,0027,80Acmonitalcannelée1990–19923,3018,30lissecenter|100pxcenter|100px200 L.1977–1998Mario Vallucci5,0024,00Bronzitalcanneléecenter|105pxcenter|105px500 L.1982–1995Laura Cretara6,8025,80Acmonital Bronzitalcannelée discontinucenter|110pxcenter|110px1000 L.1997–1998Laura Cretara Uliana Pernazza8,8027,00Bronzital Cupronickelcannelée discontinu

Les billets de banque italiens Dernière série de billets, 1990-1997 Le billet de (rose) représentant Maria Montessori (1870-1952), éducatrice, scientifique, médecin, philosophe, féministe et volontaire. La série précédente figurait l'explorateur, marchand, écrivain et ambassadeur Marco Polo (1254-1324), sur fond de Palazzo Ducale de Venise; tandis qu'auparavant il y avait eu le compositeur Giuseppe Verdi sur fond de théâtre de la Scala de Milan. Le billet de (marron) représentant Guglielmo Marconi (1874-1937), physicien, inventeur et prix Nobel. Dans la série précédente il y avait eu le physicien, astronome et philosophe Galileo Galilei (1564-1642). Le billet de (vert) représentant le compositeur Vincenzo Bellini (1801-1835). Le billet de (bleu) représentant le physicien Alessandro Volta (1745-1827), inventeur de la pile électrique. Le billet de (fuchsia) représentant Le Bernin (1598-1680), architecte, sculpteur et peintre. Le billet de (marron/gris) représentant le peintre Le Caravage (1571-1610). Le billet de (rose/vert) représentant le peintre et architecte Raphaël (1483-1520). Galerie :

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Lire (monnaie) qui liste toutes les monnaies ayant porté, ou portant, ce nom. Bataille de la lire, politique économique menée sous l'Italie fasciste dans les années 1920 afin de réévaluer la monnaie. AM-Lire, monnaie émise en Italie par le Gouvernement militaire allié des territoires occupés (AMGOT) après l'invasion alliée de la Sicile en 1943

Liens externes

Catégorie:Monnaie italienne Catégorie:Monnaie remplacée par l'euro