Salmo trutta est une espèce de poissons de la famille des Salmonidés appelée, en français, la truite commune européenne. L'espèce est polyphénique. Selon les variétés locales et la situation côtière ou continentale d'un cours d'eau, une proportion très variable des truites qui y naissent peuvent migrer en mer. C'est potentiellement une espèce envahissante en Amérique du Nord. Dans la plupart des pays (dont en France, au moins depuis les années 1960.), sa pêche est réglementée (permis, dates et lieux de pêche, taille légale, etc.).

Dénominations Nom scientifique valide : Salmo trutta Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Truite de mer., Truite brune., Truite commune, Truite fario, Truite d'Europe, Truite de lac, Truite commune européenne, Truite de rivière, Truite à grosses taches, Truite, Truite brune de mer, Truite argentée, Truite atlantique., Truite commune d'Europe, Truite de mer européenne, Truite lacustre, Truite saumonée Noms vernaculaires (langage courant) : finnock, traite de lac, truitelle, trutta

Variations de formes ou morphes vignette|gauche|Salmo trutta.

La taxonomie de l'espèce reste provisoirePatrick Berrebi, Zhaojun Shao (2011). Structure génétique populationnelle et gestion des truites méditerranéennes françaises. Contribution au Congrès 2011 de la Société Zoologique de France. Dans Actes du Congrès 2011 de la Société zoologique de France, éditeurs Patrice Francour, Pascaline Bodilis, Arceo Hazel, Université de Nice publ., Nice, 13-16 septembre 2011, 184 p..

Les formes ou morphes varient selon l'environnement : La truite fario ou Salmo trutta forme fario, croissant en rivière, la truite de mer ou Salmo trutta forme trutta, pour les individus ayant migré en mer, la truite de lac ou Salmo trutta forme lacustris, pour les individus qui croissent dans un lac.

Malgré leurs aspects assez différents, ces formes ne sont pas des sous-espèces ni des populations distinctes, mais elles constituent une vaste population génétiquement unifiée dans laquelle les individus peuvent prendre chacune des trois formes selon leur lieu de vieKatia Charles, René Guyomard, Björn Hoyheim, Dominique Ombredane et Jean-Luc Baglinière (2005). Absence de différenciation génétique entre les truites anadromes et résidentes coexistant dans une rivière normande (l’Oir). Dans Aquatic Living Resources, Volume 18, N° 1, January-March 2005. Pages 65-69.. Une truite de mer peut engendrer des truites fario de rivière, si celles-ci restent dans la rivière qui les a vu naitre à l'âge adulte au lieu de descendre en mer. Les mêmes truites fario de rivière, si elles atteignent un lac et y stationnent, peuvent évoluer vers la forme « truite de lac ». Ainsi un même individu peut prendre deux ou trois de ces morphologies au cours de sa vie s'il change de milieu, ou rester toujours dans le même lieu de vie avec la même morphologie.

La forme marine constitue donc seulement une partie de la population générale de l'espèce, qui assure le brassage génétique et l'unité du patrimoine génétique des populations de truites entre les différents bassins fluviaux d'une même façade continentale. Cette forme marine permet aussi à cette espèce de poisson partiellement dulcicole (d'eau douce) de peupler de nombreux bassins fluviaux qui sont inaccessibles naturellement aux autres poissons strictement dulcicoles, où elles font face à moins de concurrence pour l’accès à la ressource alimentaire. On retrouve la même stratégie de peuplement, à des degrés divers, chez de nombreux Salmonidés, ce qui explique le succès de cette famille dans les régions tempérées et froides de hémisphère Nord, où de vastes surfaces continentales riches en cours d'eau pauvres en autres types de poissons se sont libérées après chaque déglaciations.

Sous-espèces

Il existe également plusieurs sous-espèces (qui peuvent se croiser) : Salmo trutta aralensis Salmo trutta macrostigma Salmo trutta oxianus

Description

La truite fario est un salmonidé. L'adulte mesure de Salmo trutta fario Linnaeus, 1758 sur doris.ffessm.fr. Longueur moyenne : 20-35 cm ; maximale : 1 m.. Son corps fusiforme est parfaitement adapté à une nage rapide. Comme tous les salmonidés, elle a une nageoire adipeuse, entre les nageoires dorsale et caudale. Son museau est pointu et sa bouche a de petites dents.

Elle possède une excellente vision.

Mœurs

La truite fario est un poisson territorial. Dans une rivière, les truites se partagent l'espace en fonction du potentiel de nourriture qu'il offre. Les plus gros sujets s'attribuent généralement les postes les plus riches en nourriture (fosses, courants), tant que ceux-ci restent à proximité de leur cache.

L'alimentation de la truite est variée selon son âge et évolue en fonction du type d'habitat, les jeunes truitelles se nourrissent exclusivement d'insectes et d'invertébrés tandis qu'à partir d'une certaine taille, la truite se nourrit aussi de jeunes poissons (vairons, goujons…).. La truite est un poisson plutôt craintif.

Variations selon les habitats

La truite de rivière ou truite fario est la souche des individus ayant grandi uniquement en rivière. Leur couleur est variable selon l'habitat ; elle peut aller d'une robe très sombre sous les roches ou dans les cours d'eau ombragés, à une couleur plus claire pour les truites vivant dans des zones plus ensoleillées. Elle possède un dos sombre allant du brun au gris verdâtre. Ses flancs de teinte dégradée possèdent des points noirs, verts, bleus et rouges. Certains morphes ne possèdent pas de taches colorées.

La truite de lac (Salmo trutta morpha lacustris) : la génétique a montré qu'elle faisait bien partie de la même espèce que la truite de rivière, bien que souvent très différente extérieurement. Très présente dans les lacs alpins et notamment dans le lac Léman, ce poisson aux flancs argentés et à la chair rose ressemble davantage à un saumon qu'à une truite de rivière. Très recherchée par les pêcheurs pour sa combativité, elle peut atteindre un poids de 10 à et une longueur pouvant dépasser . La truite de lac remonte les affluents du lac pour frayer en rivière lors d'une montaison. Sa robe est particulière aux eaux lacustres, avec un phénomène de dépigmentation observé sur les individus lors de leur dévalaison.

La truite de mer est aussi appelée « la blanche », truite saumonée ou truite argentée. L'identification des truites de mer comme espèce ou sous-espèce distincte, remonte à la classification de Linné. Depuis, la génétique a prouvé qu'il n'y avait absolument aucune différence génétique entre une truite de rivière et une truite de mer. Aussi étrange que cela puisse paraître, surtout quand on compare les deux poissons : la truite fario a des rayures et des points de couleur plus ou moins prononcés alors que la truite de mer ressemble à un saumon. Et pourtant il ne s'agit que d'une adaptation au milieu, non d'une espèce différente. De même le saumoneau qui, petit, ressemble fort à une truite fario, se transforme visuellement en « poisson blanc » au moment de sa dévalaison. Cela s'appelle la smoltification. Il en va de même lors de la dévalaison de certaines truites, qui de fait deviennent des truites de mer, avec un aspect similaire à celui des saumons.

Souches génétiques

Il existe une multitude de souches génétiques bien différentes. Celles-ci sont issues de deux lignées principales correspondant aux deux principaux bassins versants : on distingue ainsi les souches-mères atlantique et méditerranéenne. La souche atlantique, qui se subdivise en une forme moderne et une forme ancestrale (rivières du Pays basque et de Bretagne), se distingue morphologiquement par les indices suivants : liserés souvent colorés sur les nageoires ventrales et anales, nombre limité de points sur l'opercule (inférieur à 15), ligne latérale clairement distincte, ponctuation plus clairsemée faite de points assez gros, souvent nettement cerclés de blanc. La souche méditerranéenne ne possède souvent pas d'ornementations sur les nageoires ventrales et anales, sa ligne latérale est nettement moins visible, sa ponctuation est souvent dense, particulièrement dans la zone operculaire (supérieure à 15 points) et faite de petits points peu ou non cerclés. Sa robe est plus souvent sujette à des zébrures de coloration foncée. Les introductions de truites d'élevage de souche atlantique dans des rivières du bassin versant méditerranéen ont modifié la répartition géographique des souches originelles, et contribué à une diminution de la diversité génétique de salmo trutta fario. On relève également une souche corse : Salmo trutta macrostigma, forme ancestrale méditerranéenne.

Distribution

Origine La truite commune est indigène du Paléarctique occidental, dans une zone allant du nord de la Norvège et les tributaires de la mer Blanche dans l'océan arctique en Russie, jusqu'aux montagnes de l'Atlas dans le nord de l'Afrique. À l'ouest elle est présente jusqu'en Islande dans l'Atlantique Nord et à l'est jusque dans les tributaires de la mer d'Aral en Afghanistan et au Pakistan Robert J. Behnke, Ted Williams (2007). About Trout: The Best of Robert J. Behnke, chapitre Brown Trout-Winter 1986. In Trout Magazine, pp. 45–50. Globe Pequot, Guilford, CT (U.S.A.), 2007. ..

Introductions Elle a été introduite dans de nombreux endroits en Amérique du Nord et du Sud, Asie, Australasie, à l'est et au sud de l'Afrique Global Invasive Species Database-Salmo trutta-Distribution. Publié par Invasive Species Specialist Group (ISSG) de la Commission pour la survie des espèces (Species Survival Commission) de l'IUCN..

Introduction en Australie Les premières introductions se déroulèrent en Australie en 1864, avec l'apport de prélevés dans le fleuve Itchen dans le comté du Hampshire, Angleterre. Trois cents œufs survécurent au voyage de quatre mois à bord du voilier Norfolk, depuis Falmouth (Cornouailles) jusqu'à Melbourne. En 1866 il en restait 171 truites dans une écloserie sur la rivière Plenty, affluent du fleuve Derwent en Tasmanie. Trente-huit truites furent relâchées cette année-là dans la Plenty. En 1868 la rivière abritait une population de truites autonome qui servit de stock pour peupler en truites les rivières d'Australie et de Nouvelle-Zélande Cecil E. Heacox (1974). The Complete Brown Trout. Éd. Winchester Press, New York, 1974. pp. 7–23. ..

Introduction en Afrique Elle a été introduite avec succès dans le Natal en 1890 et dans la province du Cap en 1892. En 1909 elle était établie dans les montagnes de la colonie du Kenya Newton, Chris (2013). The Trout's Tale - The Fish That Conquered an Empire – chaptitre The Trout in India, pages 79–95. Medlar Press, Ellesmere, Shropshire. ..

Introduction en Asie

La première introduction dans l'Himalaya en Inde du Nord eut lieu en 1868. En 1900 la truite était établie dans le Cachemire et à Madras.

Introduction aux Amériques

En 1886 eurent lieu les premières introductions en Terre-Neuve au Canada. Elles furent continuées jusqu'en 1933. Les seules régions canadiennes sans truites sont le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest.

L'introduction en Amérique du Sud commença en 1904 en Argentine. La truite fario est maintenant établie au Chili, Pérou et dans les Falklands.

Dans les années 1950 et 1960, le géologue français Edgar Aubert de la Rüe commença l'introduction de plusieurs espèces de salmonidés dans les îles Kerguelen dans l'ouest de l'océan Indien. Sur les sept espèces introduites ainsi, seuls l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis, le « saumon de fontaine ») et la truite fario survécurent et établirent des populations sauvages Newton, Chris (2013) The Trout's Tale - The Fish That Conquered an Empire – chapitre The Monsters of Kerguelen, pages 161–170. Medlar Press, Ellesmere, Shropshire. .. Des truites de mer dépassant 20 kg sont pêchées régulièrement par les pêcheurs locaux.