Viktor Anatolievitch Bout (en ), né le à Douchanbé, au TadjikistanViktor Bout, « le marchand de la mort », évite une extradition vers les États-Unis, Le Monde, (à l'époque république fédérée de l'URSS), est l’un des plus influents et importants trafiquants d'armes au monde. Il est spécialisé dans la vente d'armes dans des pays sous embargo de l'ONU. Certains médias l'ont surnommé le « marchand de mort« La Thaïlande accepte d'extrader le "marchand de mort" Viktor Bout aux États-Unis », Le Point du 20 août 2010. » et « seigneur de guerre. ».

Arrêté en 2008 en Thaïlande, il est extradé aux États-Unis et condamné le à de réclusion criminelle puis incarcéré au , en Illinois. Le 8 décembre 2022, il est libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers avec la Russie, contre la basketteuse américaine Brittney Griner.

Biographie

Origines

Les origines de Viktor Bout ne sont pas claires. Des documents de l'Organisation des Nations unies et Viktor Bout lui-même indiquent que son lieu de naissance est Douchanbé, en République socialiste soviétique du Tadjikistan, en URSS (aujourd'hui capitale du Tadjikistan), et que sa date de naissance est très probablement le , bien que plusieurs autres dates soient possiblesArms and the Man New York Times, 17 August 2003"Meeting Viktor Bout, the 'Merchant of Death'" , BBC Channel 4 Snowblog, 16 March 2009Site internet personnel de Viktor Bout . Victorbout.com.Addendum to the final report of the Monitoring Mechanism on Sanctions against UNITA S/2001/363Trapping the Lord of War, The Rise and Fall of Viktor Bout Part 2: Secretive about His Past. spiegel.de, 6 October 2010.. Il a un frère aîné nommé Sergei Bout.

D'origine ukrainienne (selon les services de renseignement sud-africains et le British Foreign Affairs Select Committee), Viktor Bout devient un citoyen russe après la dislocation de l'URSS en 1991"The Merchant of Death" . Foreign Policy.Douglas Farah and Stephen Braun: "The Merchant of Death" . (PDF).. Selon le Conseil de sécurité des Nations unies sur le Liberia, il détient au moins quatre passeports..

Officier polyglotte dans l'Armée soviétique Ancien élève de l'Institut militaire des langues étrangères de Moscou (qui forme les officiers du GRU, le renseignement militaire soviétique), il travaille ensuite comme officier dans l'aviation russe« Le marchand d'armes russe Viktor Bout arrêté en Thaïlande ». Dépêche Reuters du 7 mars 2008, par Nopporn Wong-Anan.Lire en ligne sur le site de Libération. , comme interprète. Viktor Bout parle russe, farsi, anglais, français, allemand, portugais, espagnol, xhosa, zoulou. et espéranto ”Komercisto de la morto” estas esperantisto.. En 1987, il participe pendant plusieurs semaines à une opération de maintien de la paix en Angola « Who is Viktor Bout », csmonitor.com du 22 octobre 2009.. Il passe ensuite deux ans au Mozambique « Arms and the Man », The New York Times du 17 août 2003.. Militaire à Vitebsk (Biélorussie) lors de l'effondrement de l'URSS et de la dissolution de son unité en 1991, il se reconvertit à vingt-quatre ans dans le trafic d'armes. Il profite, après la chute du mur de Berlin, des offres à bas prix des armes soviétiques dans des bases militaires livrées à elles-mêmes..

Trafiquant Bout se fait remarquer sur la scène internationale lorsqu'il s'avère qu'il fournit illégalement des armes à de nombreux protagonistes en Afrique dans les années 1990, notamment au Liberia, en Sierra Leone, au Rwanda, en Angola, en République démocratique du Congo (où il procure un avion à Mobutu Sese Seko pour lui permettre de fuir, en 1997), en Afghanistan, en Colombie, au Sri Lanka et aux Philippines. Il fournit des armes au régime déchu de Charles Taylor au Liberia Benjamin Valverde, Le Trafic illicite d'armes légères, travail universitaire de DESS de géopolitique, université Paris-I Panthéon-Sorbonne/ENS, 2004, p.65 entre 1989 et 2003, période pendant laquelle les forces de Taylor et ses rivaux ont exploité illégalement le bois et les minéraux du pays pour acheter les armes de Bout.

Il est fortement soupçonné d'avoir violé l'embargo sur les armes au Soudan (guerre du Darfour). Pendant la guerre civile angolaise, Viktor Bout approvisionne l'UNITA, mais aussi l’armée gouvernementale en mines anti-personnel puis en équipement de déminage Saïd Aït-Hatrit, Viktor Bout, « marchand de mort » de l’Afrique, interpellé en Thaïlande, Afrik, 7 mars 2008.. En Afghanistan, après avoir approvisionné l’Alliance du Nord, il fournit les talibans en armes. Ses avions immatriculés dans des pays africains ont aussi servi au déploiement de l'armée française au Rwanda en 1994. Selon le journaliste d’investigation Alain Astaud, Bout a transporté en du matériel de déminage pour l’ONG britannique HALO Trust.

En raison de ses considérables capacités logistiques, Bout a été prestataire de services pour le transport d'hommes et de matériels de l’ONU en Somalie en 1993 (opération Restore Hope), puis en 1994 lors de l'opération Turquoise au Rwanda, afin d'acheminer soldats français et leur matériel en temps voulu Laurent Léger, Trafic d’armes, Bout Turquoise, Bakchich, 20 septembre 2006. Il fournit également des moyens de transport au PAM et à certaines ONG après le tsunami de 2006, ainsi qu'aux États-Unis dans le cadre des guerres en Afghanistan (jusqu'à fin 2005) et en Irak (plusieurs centaines de vols jusqu'en , également affrétés par l’état-major britannique, selon le journaliste Jean-Michel Vernochet), ainsi que pour les firmes KBR, Halliburton et FedEx en Irak). Il a également collaboré avec l'ONU et le Programme alimentaire mondial.

Organisation À la fin de la guerre froide, il récupère de nombreux pilotes et une soixantaine d'appareils (Antonov, Iliouchine, hélicoptères) en Europe de l’Est. En quelques années, Viktor Bout devient propriétaire ou utilise plusieurs compagnies aériennes pour transporter des armes, comme Air Cess (basée à Charjah, aux Émirats arabes unis), Aerocom, TransAvia et Centrafrican Airlines, ainsi que des avions immatriculés en Belgique, au Kazakhstan, et dans de nombreux pays d’Afrique (Eswatini, Liberia, République centrafricaine, Guinée équatoriale). À l’apogée de ses activités, il aurait eu à sa disposition une soixantaine d’avions, soit la plus grande flotte privée au monde. Grâce à ses contacts, il assure l’acquisition d’armes dans les stocks de l’ancien bloc de l’Est (Moldavie, Ukraine, Bulgarie), assurant sans intermédiaire leur livraison à ses commanditaires. Jusqu'à auraient travaillé pour lui, 1000 selon d'autres sources. En 2005, le département du Trésor américain a déclaré que Bout contrôlait l’un des plus grands réseaux de navires au monde.

Il multiplie les sociétés-écrans, ce qui lui permet de créer dans des pays peu regardants des compagnies aériennes – parfois fictives – et de justifier les vols. Le recours à de faux certificats d’utilisation finale ou des changements de destination en cours de vol permet d’acheminer les armes. De plus, ses compagnies aériennes transportent également des marchandises licites, notamment des poulets surgelés et des fleurs « Flying anything to anybody », The Economist du 18 décembre 2008..

Viktor Bout s'est toujours défini comme un simple homme d'affaires. Dans plusieurs interviews, il déclare n'avoir jamais eu de contacts avec les Talibans ou Al-Qaida « Belgium Issues Warrant for Former Soviet Army Officer Believed to be Running Arms Smuggling Network », transcription d'une interview réalisée par CNN le 4 mars 2002.. Il fait l’objet de deux tentatives de meurtres en 1998.

Arrestation en Thaïlande, incarcération aux États-Unis, libération Faisant l'objet de sanctions de la part de l'Organisation des Nations unies et d'un mandat d'arrêt international, il se réfugie en 2001 à Moscou, où il échappe aux tentatives d’arrestation grâce à ses cinq passeports, ses différentes identités et de puissants appuis que dénoncent les enquêteurs belges.

À partir de 2002, une plainte est déposée par la Belgique pour le blanchiment de de dollars, Viktor Bout est recherché par Interpol. Lors du dépôt d’une demande de sanction au conseil de sécurité des Nations unies contre les trafiquants d’armes, la France le mentionne nommément, mais les États-Unis le font retirer ; il en est de même en 2004 lors d’une résolution française contre Charles Taylor. En , le président américain George W. Bush émet un décret gelant les avoirs de Bout, de Taylor, des proches de Taylor et de certains membres du gouvernement libérien.

Le , Viktor Bout est arrêté à Bangkok, en Thaïlande, par des agents de la Drug Enforcement Administration qui le soupçonnent d'avoir voulu vendre des missiles sol-air et des lance-roquettes antichars aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).. En collaboration avec les polices roumaine, danoise et des Antilles néerlandaises, les agents américains s’étaient fait passer pour des représentants des FARC« Un géant du trafic d'armes arrêté à Bangkok », Libération, 7 mars 2008. afin de duper et confondre Viktor Bout, avant de l'arrêter.

Le département de la Justice des États-Unis souhaite l’inculper pour terrorisme car les FARC sont considérés comme un mouvement terroriste aux États-Unis. Le procureur en chef du Tribunal spécial pour la Sierra Leone demande un procès sur l’action de Viktor Bout en Afrique« Le Lord of War ne sera pas extradé de la Thaïlande vers les États-Unis », Le Monde, 11 août 2009..

En août 2009, en première instance, un tribunal thaïlandais refuse l'extradition de Viktor Bout vers les États-Unis« Bangkok refuse de livrer Viktor Bout aux États-Unis », RFI, 11 août 2009. afin qu'il soit jugé pour trafic d'armes avec les FARC et complot envers des ressortissants américains, mais la cour d'appel autorise son extradition le « La justice thaïlandaise ordonne d'extrader le trafiquant d'armes Viktor Bout aux États-Unis », dépêche AFP du 20 août 2010.. L'extradition a lieu le « Thaïlande : le marchand d'armes russe Viktor Bout extradé aux États-Unis », Le Monde, 16 novembre 2010. suivant. La Russie, qui réclame sa libération, juge cette extradition illégale.

Bout est condamné par un jury de Manhattan le .

Le , un juge fédéral de New York le condamne à vingt-cinq ans de prison et à une amende de de dollars« Fin de parcours d'un des plus grands "marchands de mort" », 6 avril 2012.. Des accusations supplémentaires avaient été retenues contre lui — achat illégal d’avion, fraude électronique et blanchiment d’argent —, mais Viktor Bout n’a jamais été condamné pour ses crimes présumés au Liberia ni pour aucun crime de guerre. Les procureurs du Tribunal spécial pour la Sierra Leone ont échoué à l’inculper, selon Stephen Rapp, un ancien procureur général de ce tribunal de l’ONU, qui évoque des difficultés à prouver l'utilisation qu'aurait été faite des armes vendues par Viktor Bout.

En , selon CNN, les États-Unis auraient proposé un accord d’échange de prisonniers avec la Russie entraînant la libération de Viktor Bout, contre celle de Brittney Griner, une basketteuse américaine condamnée à neuf ans de prison à Moscou pour trafic de drogue, et de Paul Whelan, un ancien marine américain condamné à seize ans de prison pour espionnage. L'éventualité de sa libération provoque de fortes inquiétudes d'ONG et militants libériens qui, au contraire, espèrent son extradition vers le Liberia (car le Liberia a un traité d’extradition avec les États-Unis depuis 1939) afin qu'il soit jugé en Afrique. Finalement, Bout est libéré le suivant dans le cadre d’un échange avec la basketteuse américaine Brittney Griner., sur un aéroport d’Abou Dabi.

Il s'engage ensuite dans le parti russe ultranationaliste LDPR et soutient la politique de Vladimir Poutine, notamment l'invasion de l'Ukraine.. Le parti LDPR tente sans succès d'en faire une figure politique d'importance.. En , il est élu député du parlement régional de l’oblast d'Oulianovsk..

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